Révélations
Arrivée chez moi, je fonçai dans ma chambre et changeai de pull. J'en choisis un plus épais qui me réchaufferait davantage. Ma mère finissait de se préparer. Elle avait également cuisiné quelques plats pour la soirée. Le tout prit une bonne heure. Une fois ce laps de temps achevé, ma mère était prête. J'emportai les mets dans le tout-terrain. Lorsqu'elle me rejoignit, nous prîmes la direction du campement.
Sue et ses enfants étaient déjà présents, ainsi que Sam, Emily, Paul, Jared et une jeune fille que je ne connaissais pas. Sam vint à nous avec Paul et Jared et ils nous aidèrent à transporter les plats. Une fois ceux-ci posés, j'en profitai pour me jeter dans les bras de Seth et le serrer contre moi. Lui aussi avait changé, c'était dingue ! La réserve était magique, ce n'était pas possible !
Nous échangeâmes rapidement nos réflexions quant à nos changements respectifs. Seth était un jeune enfant lorsque j'avais quitté la réserve, il était normal qu'à ses yeux, je ne sois plus la même, aux miens aussi d'ailleurs, il avait beau avoir 16 ans, il en faisait au moins dix de plus.
Jared vint à mes côtés et me présenta sa petite-amie, Kim. Elle me semblait vraiment charmante. Elle avait le visage en forme de cœur, de fines lèvres, les cheveux et les yeux noir corbeau, son carré plongeant et sa franche mettaient en valeur son regard et son visage. C'était une très jolie fille. Elle contemplait Jared avec tant d'amour et lui avait de grandes difficultés à regarder ailleurs.
Une camionnette arriva à nos côtés. Il s'agissait des Black. Jacob descendit le premier et prit le fauteuil de son père. Quil et Embry sortirent du véhicule. Rachel fut accueillie par Paul qui était venu lui ouvrir la portière du véhicule. Comment était-il arrivé là-bas si vite ?
Je regardais la scène interloquée et pus apercevoir l'expression préoccupée de Sam et Jared lorsque je me retournai et constatai qu'ils m'observaient. Je fis comme si de rien n'était et continuai à aider pour les préparatifs de la soirée qui nous attendait.
Rachel et Jacob allèrent saluer tout le monde. Paul suivait Rachel où qu'elle aille.
Non ! Etaient-ils ensemble ? Mais, on ne me disait rien à moi ! Je poserai la question, ça sera plus simple.
— Salut, c'est cool de te revoir.
Je me retournai et vis Jacob à mes côtés, un sourire éblouissant sur le visage.
— Re-coucou. J'espère que ça c'est bien passé tout à l'heure. Je ne comprends pas pourquoi Sam n'était pas content, mais bon, tu fais comme il te plaît. Le ton de ma voix décrivait parfaitement l'incompréhension de la situation
— Ne t'en fais pas, Sam est protecteur avec nous, c'est tout. Je suis sûr qu'il agit de la même manière avec toi.
— Mais, je suis sa cousine, c'est normal. Et nous nous considérons comme frère et sœur, rétorquai-je. Enfin, je comprends aussi ce que tu veux dire. Sam est ainsi. Je ne pus m'empêcher de sourire à cette simple pensée.
Jacob m'aida à achever les préparatifs. Il était si gentil, un vrai petit frère, comme autrefois.
Je me rendis ensuite auprès de Billy, je ne l'avais toujours pas vu depuis mon arrivée. Jacob m'accompagna.
Billy était un homme de forte corpulence, au visage frappant et parcouru de rides, aux yeux noirs incrustés dans un faciès puissant et à la peau brune. Il me salua chaleureusement, comme une fille qu'il venait de retrouver. J'étais heureuse de le revoir.
Tout était prêt à présent et nous n'avions qu'à nous installer autour du feu que les garçons avaient produit. Avant de m'installer, j'en profitais pour questionner Paul et Rachel sur leur relation, bien naturellement ils étaient ensembles.
— Ben ça alors, j'ai remarqué que…la nuit est splendide ce soir.
J'avais hésité à poser la question. Leurs regards me pénétraient trop et cela m'avait intimidé.
— Quel temps magnifique pour les amoureux, lançai-je en tapant des mains.
— Oui c'est splendide, ajouta Rachel.
— Ah, si j'avais un amoureux. Tout de suite. Là. Moi !
Ils me sourirent tous les deux, mais je n'avais toujours pas la réponse à ma question, quoi que je ne l'avais pas posé non plus.
— Bon, vous êtes ensemble ? demandai-je brutalement.
— Oh ! Pardon, nous ne t'avons rien dit c'est vrai, répondit joyeusement Rachel. Oui, nous sommes ensemble depuis peu, je suis si heureuse.
Rachel se blottit contre Paul, qui l'enlaça de ses bras puissants, puis il le regarda avec beaucoup de tendresses.
— Ouais, en effet ! ajouta Paul.
— Je suis si heureuse pour vous, leur dis-je tout en souriant. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour ça arriverait… Allons-nous asseoir.
Il suffisait de demander, pensai-je.
Paul et Rachel se placèrent l'un à côté de l'autre, comme tous les autres couples présents. En tant que célibataire, j'étais très à l'aise…
J'allais m'adosser sur une énorme roche, l'endroit me semblait idéal pour passer une partie de la nuit à manger et festoyer, étrange que personne ne s'y était installé.
Quelques secondes plus tard, Jacob vint à mes côtés et s'installa près de moi.
— J'ai pour habitude de m'asseoir ici, me dit-il.
— Tu veux que je m'en aille ? demandai-je tracassée.
— Non, non, je dis ça car tu as dû te demander pourquoi il n'y avait personne. Reste, il n'y a aucun souci.
— Alors partageons cet espace et jusqu'à mon départ, ça sera le notre.
Nous rîmes de bon cœur, comme par le passé.
Je pus apercevoir Sam, Paul et Jared qui nous observaient, ils semblaient préoccupés. D'ailleurs, à présent que tout le monde était assis, une atmosphère des plus pesantes semblait planée au-dessus de nous. Ils paraissaient tous si inquiets et angoissés. Ma mère détendit cette étrange ambiance, elle commença à faire le service, elle fut aidée par Sue. Bientôt, une joie intense envahit chacun d'entre nous et nous mangeâmes et bûmes dans la plus grande béatitude.
Les conversations fusèrent de tous les côtés, chacun racontant une anecdote, ou alors une blague, c'était très convivial.
Sam restait auprès d'Emily, ils ne se quittaient pas. Ils étaient installés sur un tronc d'arbre et conversaient. Kim, assise à leur côté, participait à la discussion. Jared, à ses pieds, était appuyé contre ses jambes et plaisantait avec Embry et Seth. Paul et Rachel, en tailleur sur le sol, discutaient avec Quil. Nos parents dialoguaient entre eux, sûrement une conversation d'adulte. Je devisais avec Jacob et Leah qui s'était installée près de moi. Je la voyais par moment, regarder en direction de Sam, le voir avec Emily devait lui être très pénible.
Il y avait vraiment une très bonne ambiance. L'air devint plus frais, je me rapprochai donc du feu pour me réchauffer, ce qui fit sourire Leah. Je me demandais bien comment ils faisaient tous pour résister au froid. Toutefois, cela ne semblait pas déranger ma mère qui continuait à parler de son côté. Jacob se rapprocha de moi, finalement, lui aussi devait ressentir la fraîcheur.
Au bout d'une heure, les estomacs de tous étaient rassasiés. Toutefois, Paul, Quil, Embry et Jacob continuèrent à manger. Assise à côté de Jacob, je l'observai engloutir toute cette nourriture.
— Tu regardes quoi ? me demanda t-il intrigué.
— Vous mangez tellement ! A croire que vous n'êtes jamais assouvis.
— On se dépense beaucoup, crois-moi. Il me fit un clin d'œil.
— C'est tout de même incroyable ! lui dis-je éberluée. Je lui souris, je ne souhaitais pas non plus le vexer ou le mettre mal à l'aise.
A présent, tout le monde avait terminé. Je ne saurais comment l'expliquer, mais je sentis l'atmosphère s'alourdir. Une sensation de malaise s'empara de moi. Je regardai autour de moi, mais tout le monde semblait de bonne humeur, nul ne paraissait angoissé. Mais, la pression que je ressentais était de plus en plus pesante. Pourquoi ?
Je regardai alors ma mère, et à cet instant, je pus percevoir quelque chose comme de la peur, de l'anxiété. Quelque chose la préoccupait. Lorsqu'elle sentit mon regard sur elle, elle se contenta de sourire et discuta avec Sue, tout en me regardant du coin de l'œil.
Mais, que se passait-il ? Je le sentais au plus profond de moi, quelque chose n'allait pas.
Mon attitude avais dû éveillée l'intention de Sam car il m'observait. Il semblait très inquiet. Emily me fixait également, je perçus sur son visage de la tristesse.
A cet instant, Sam se leva et se dirigea vers ma mère, avant de s'adresser à moi.
— Miria, nous devons te parler, c'est très important.
Sa voix n'avait rien de tendre, elle était si formelle et lui semblait de marbre. Il reprit, mais cette fois-ci, il hésitait.
— La raison pour laquelle tu es ici, … à nos côtés, n'est pas tout à fait …vraie.
— Que veux-tu dire Sam ? Ma voix était tremblante, je ne comprenais rien, mais surtout cette atmosphère m'étouffait.
— Tu dois savoir que nous sommes une tribu. Billy s'adressa à moi avec une dureté palpable. Et ta place est à nos côtés.
— Je suis désolée, ma fille, pardonne-moi. Ma mère se mit à pleurer.
Je ne comprenais rien, de quoi parlaient-ils ? Et pourquoi mon cœur battait-il aussi vite ? Je respirais si fort et si vite, j'avais si chaud. Mais… Comment ça ! Tribu ! Ma place est ici ?
— De…de quoi… me parlez-vous ? J'ignorais s'ils avaient entendu mes propos tant je parlais bas. Ma place…ici ? Tout devenait flou autour de moi.
— Nous, les membres du conseil de la tribu, avons décidé que tu devais de nouveau vivre ici parmi les tiens, à la réserve, m'annonça Billy d'un ton si froid.
— Non, non… Je commençais à trembler, mes membres devenaient raides, j'étais incapable de bouger. Je sentais ma tête tourner. Je posais les deux mains au sol et me concentrais pour reprendre mes esprits. …Tout cela ne peut pas être vrai !
— Miria, je t'en pris, essaye de comprendre, intervient ma mère.
— Comprendre, COMPRENDRE ! Comprendre quoi mère ? C'est quoi ces histoires ! Ma place n'est pas ici ! Nous avons une vie en Californie et j'ai déjà un chez moi ! Mes affaires sont toutes là-bas.
J'étais en colère et ma voix couvrait à présent tous sons qui émanaient des alentours. Je me sentais si mal. On m'avait menti.
— Et ce mariage ?
— Il n'y a aucun mariage. Sam me regarda avec tant de tristesse lorsqu'il me répondit.
— Tout n'était que mensonge. Vous m'avez menti ! Tous ?
— Là n'est pas la question. Nous en avons longuement discuté, me lança Billy.
Je n'en pouvais plus, je me levais avec difficulté, la colère déformait mes traits, je pouvais le sentir.
— Et durant cette discussion, n'avez-vous pas remarqué que je n'étais pas là ? Ma voix se faisait plus dure et plus forte.
— Miria, c'était nécessaire, m'assura ma mère. Sa voix était si faible, si peinée, mais j'étais dans une rage folle, je n'y prêtais pas vraiment attention.
— Ce n'était pas à vous de décider ! hurlai-je.
Jacob se leva et s'approcha de moi. J'eus le temps de m'écarter de lui.
— Ne me touche pas Jacob, ne t'approche pas ! Personne d'ailleurs ! Je perçus de la tristesse en lui, mais j'étais en colère et on m'avait trompée. En quoi ma présence est-elle nécessaire en ces lieux ? REPONDEZ !
Mais le silence régna.
— Tu devrais te calmer Miria, s'il te plaît, m'intima Sam.
— Si personne ne peut ou ne veut me répondre, je vais faire mieux que ça !
Je saisis mon sac qui se trouvait non loin de mes pieds et marchai très vite afin de quitter le camp. Soudainement, Sam me barra le chemin. Il refusait que j'avance davantage. Je le poussai autant que je pouvais. Paul et Jared vinrent rapidement à nos côtés, mais n'interfèrent pas. Je ne cessai de hurler contre Sam, lui demandant de me laisser partir, de m'expliquer pourquoi il m'avait menti. Il ne cessa de répéter qu'il me raconterait tout plus tard, lorsque je serrais calmée. Mais, je ne désirais pas rester sur place. Il était si fort, je n'arrivais pas à passer, je ne parvenais d'ailleurs même plus à résister face à sa force. Alors, en larme, je l'implorai de me laisser rentrer chez moi. Il prit mon visage dans ses mains et le rapprocha du sien. Il y avait tant de peine dans son regard. Il me supplia à son tour de rester à La Push et de me calmer. Je lui jurai alors que je ne désirais que quitter ce lieu et il me laissa passer.
Avec rage, j'ouvris la portière de ma X3 et montai dedans. Je n'arrivai pas à insérer les clefs, et posai mes bras sur le volant, puis ma tête sur ceux-ci. J'étais incapable de conduire. C'est alors que Leah apparut à mes côtés et me proposa de me raccompagner. J'acceptai, quelque part au fond de moi, je sentais qu'elle n'était en rien liée à cela. Je glissai vers le siège passager et elle s'installa devant le volant. Je sentis qu'elle me regardait un moment, mais je ne pus pas croiser son regard. Elle démarra le véhicule.
— Miria, je t'en pris, attends ! Ma mère était en pleure, Sue la soutenait.
— Tu en as déjà assez fait, tu ne penses pas !
Je lançai ces mots à ma mère avec une telle froideur, une telle amertume. Je pus sentir Leah sursauter à mes côtés.
— Tu me ramènes oui ou non ? crachai-je à Leah.
Elle manœuvra aussitôt le véhicule pour quitter la place. Je ne regardais personne, je ne désirais qu'une chose, m'éloigner le plus possible d'ici. Je pus entendre un hurlement déchirer la nuit, une immense peine venait d'accabler quelqu'un. Ma mère cria mon nom avec tant de tristesse, que je ne pus m'empêcher de me retourner et la regarder.
