Ch. 4 : On se réveille toujours seul

Quand il se réveilla, il fallu un peu de temps à Lex pour comprendre où il était. Sa chambre. Bon. Sa tête lui tournait un peu. Que s'était-il passé, déjà ? Il sortit de sous ses draps. Son lit était humide, sa chemise aussi. Et... Lex ouvrit de grands yeux : de son pantalon il ne restait plus grand chose, juste deux bouts de tissus détrempés sur ses mollets, le reste s'était volatilisé. Et il avait des marques de brûlure aux poignets.

"Clark !" songea-t-il. Mais le brun n'était pas là.

Il se dirigea vers la salle de bain et fit couler de l'eau brûlante dans sa baignoire-jacuzzi. Le contact de l'eau sur son corps acheva de lui rappeler ce qui s'était passé. Clark s'était donné à lui. Il frissonna malgré la chaleur de son bain. Non, Clark avait sûrement été drogué par la fille lui aussi... Il n'était pas dans son état normal... Sans doute en voudrait-il à mort à Lex. Penserait-il que le milliardaire avait abusé de la situation ? Le reverrait-il seulement ?

Lex se souvenait avec une acuité insoutenable l'haleine de Clark sur son visage, sa peau contre la sienne, ses gémissements, ses mains sur son corps, son sexe dans sa bouche, ses entrailles serrées autour de lui... Mais tout cela avait été un rêve, et Lex était brutalement revenu à la réalité. Il n'aurait pas détesté mourir dans les bras de Clark tout à l'heure ; maintenant, devrait-il affronter une vie sans lui ? Tandis qu'il se remémorait leurs ébats, il se souvint également de la force surhumaine du fermier, des vêtements qui avaient carbonisé sous son regard... Tant de secrets que Clark n'avait jamais voulu lui révéler, et sans doute lui en cachait-il encore beaucoup d'autres. Les avait-il révélés à Lana ? Lorsque Lex s'aperçut que ses pensées avaient dérivé vers une vision de Lana sur un bûcher, souffrant milles morts, et de lui se moquant bruyamment d'elle tout en enlaçant Clark, il se donna une grande claque mentale. Il était temps qu'il revienne sur terre et qu'il réfléchisse posément à ce qu'il allait faire. Tuer Lana, non. Mauvaise idée, peu productive. Enlacer Clark, oui, très bonne idée. Dangereuse aussi. Impossible ? Certainement pas pour un Luthor !


De son côté, Clark n'avait pas dormi. Il était demeuré prostré, roulé en boule, essayant en vain de faire taire ses pensées. Si seulement il pouvait ne pas entendre la rivière à quelques centaines de mètres de là ! Le bruissement incessant de l'eau était comme une litanie sans fin lui rappelant ses ébats humides avec Lex. Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Ses souvenirs étaient bien trop clairs à son goût : il ne s'était pas seulement laissé faire, il avait pris les devants, avait réclamé Lex encore et encore... La kryptonite rouge ne pouvait pas tout expliquer. Il devait y avoir eu une part de lui qui avait vraiment désiré Lex. Etait-ce à cause de ce baiser volé, sur la table de billard, qui l'avait tourmenté toute la journée ? Non, pas seulement... cela faisait des mois qu'il ne pensait presque exclusivement qu'à Lex, qu'il s'énervait beaucoup trop pour toutes les aventures amoureuses de ce dernier. Il se prit la tête entre les mains. "Je t'aime, Lex"... ces mots, il les avait prononcés. Sous l'influence de la roche rouge, sans doute... mais il les avait prononcés. Pensés. Ressentis.

Clark comprit que si sa vie avait encore été supportable ces derniers mois malgré son vague sentiment de manque, elle serait une véritable torture maintenant. Maintenant qu'il savait ce qu'il ressentait. Maintenant qu'il avait gouté à la peau de Lex et qu'il en serait à jamais privé. Lex l'avait pris, avec tendresse, passion et violence en même temps... mais comme toutes ses aventures, cela n'avait duré qu'un soir.

Et l'eau de la rivière continuait de s'écouler, emportant loin de Clark ces instants de bonheur.


Sylvia savourait tranquillement son déjeuner, laissant son esprit vagabonder sur ses perspectives d'avenir. Lex était mort, et elle possédait encore de nombreuses fioles de l'elixir de son père. Il fallait qu'elle appelle au plus tôt son avocat pour qu'il poursuive le procès contre le milliardaire. Elle devrait sans doute aller voir un médecin pour qu'il succombe à son charme et lui fournisse un rapport détaillant les horribles violences qu'elle aurait subi dans la boîte de nuit. Le camp adverse n'aurait pas grand chose à lui opposer sans Lex, et au pire elle charmerait le juge. Et hériterait de milliards. Jamais la vie n'avait été aussi douce.

Son téléphone sonna.

-Allô, Mademoiselle ?

C'était son avocat.

-C'est urgent, on m'apprend à l'instant que M. Luthor a été retrouvé noyé dans un hangar. Si vous désirez poursuivre tout de même le procès pour viol, il faut que nous revoyons notre stratégie.

-J'arrive tout de suite, merci.

Sylvia but un elixir miracle au cas où, et sortit à toute vitesse de chez elle. Elle n'avait pas fait deux pas hors de son immeuble qu'elle comprit qu'elle avait été piégée. Elle était encerclée par des voitures de police, dans la ligne de mire d'une dizaine de revolvers.

-A genoux ! Mettez vos mains sur la tête ! Vous êtes en état d'arrestation pour meurtre !

D'abord perdue, Sylvia reprit vite contenance. Elle s'agenouilla et tendit les bras devant elle de manière provocante :

-Et alors, vous ne me menottez pas ?

Son large sourire disparut lorsqu'elle aperçut Lex au milieu des policiers, droit et indifférent dans son long manteau noir. Toujours vivant ! Il s'adressa à elle sur le ton de celui qui a remporté une bataille facilement :

-Inutile de rêver Sylvia, personne ne vous approchera sans protection contre le gaz étrange que vous émettez. Apparemment, j'avais raison, votre pouvoir ne fonctionne que si vous êtes tout près de votre victime, n'est-ce pas ?

-Comment m'avez-vous retrouvée ?

-Question triviale. Le laboratoire dans lequel vous avez tenté de me noyer appartenait à LuthorCorp, rien ne m'était plus facile que de retrouver les fichiers s'y rapportant. Mon père avait ouvert ce labo pour effectuer des recherches sur les pouvoirs aphrodisiaques des morceaux de météorites. Je l'ai fermé il y a six mois, mais son directeur a poursuivi ses recherches dans mon dos, et a apparemment réussi. J'ai tout un dossier sur cet homme, depuis son adresse jusqu'à la photo de sa fille. Ce qui nous a mené ici. J'ajouterai que dans sa négligence, votre père a omis de désactiver les caméras du laboratoire, qui ont filmé toutes vos activités des derniers mois, y compris le meurtre de votre père, celui de mon avocat, et votre tentative de meurtre sur ma personne et celle de Clark Kent. J'ai bien entendu retrouvé ces films et les ai remis à la police.

-Je vois... Les caméras montrent-elles aussi comment vous avez réussi à vous échapper ? Je suis assez curieuse sur la question, j'avoue que je m'attendais à ce que vous vous noyiez, "Lex chéri"...

-Non, l'eau a court-circuité les caméras avant mon évasion... spectaculaire, mentit Lex qui avait gardé pour lui le film de ses ébats passionnés et acrobatiques avec Clark. Adieu, Sylvia.

Un policier en combinaison anti-gaz s'approcha alors de Sylvia et la menotta. Elle fut emmenée dans un fourgon étanche, le temps que les effets de son elixir se dissipent, après quoi la prison deviendrait sans doute son domicile.

Deux policiers entrèrent ensuite dans l'immeuble, au moment où un homme en sortait, pour aller fouiller l'appartement de la jeune femme. Lex n'attendit pas qu'ils en sortent. Il savait qu'ils ne trouveraient rien. Il retourna à sa Ferrari, où le rejoint l'homme qui était allé voler pour lui l'elixir avant que les policiers n'entrent dans l'appartement de la brune. Il se saisit avec satisfaction des fioles. Clark serait à lui.