Ce Qu'il Nous Reste


Disclaimer, rating et genre : voir le premier chapitre de cette histoire.

Relectrices : Morgane, Gwendoline, Lilou Black et Deb Lygg : un grand merci à vous les filles pour votre incroyable disponibilité quand j'en ai besoin.


À vrai dire, je ne pensais pas publier ce nouveau chapitre aussi vite. J'ai eu une semaine éreintante. Mon bébé à la roséole et fait une fièvre de cheval pendant 3 jours. Mais il va mieux et j'avais envie de décompresser, donc j'écris. J'en profite aussi pour vous remercier pour toutes vos reviews, vos ajouts en favoris et en follows, si vous saviez à quel point ça m'aide, m'encourage et me fait plaisir ! Athina, il faut toujours se méfier des personnes désespérées, ce qu'est Sélena. Manon, merci beaucoup pour tes avis. Oui, j'adore cette scène aussi. Et aussi, avez-vous lu la pièce de théâtre "Harry Potter et l'Enfant Maudit" ? Qu'en avez-vous pensé ? Pour ma part, j'ai adoré replonger dans l'univers même si c'était de manière différente. Il y a des choses que j'ai aimé, d'autres moins, d'autres encore moins... Aheum.

Bon, je ne vous embête pas plus longtemps et je vous souhaite une excellente lecture de ce chapitre !


4

J'aimerais vous appeler Hermione

Pour la seconde fois de sa vie, Hermione entra dans la maison de Severus Snape. Le vestibule, toujours aussi étriqué, semblait moins sombre que la dernière fois, constata-t-elle avec une anxiété croissante. C'était idiot d'avoir peur, elle savait dans quoi elle s'engageait. Elle connaissait bien l'homme, alors à quoi bon éprouver de l'angoisse ? Quand elle était élève à Poudlard, elle n'avait pas eu ce genre d'appréhension, mais il lui fallait admettre que les circonstances n'étaient plus les mêmes : elle allait vivre avec lui et... elle n'était plus une petite fille.

Hermione, oppressée, suivit le père et le fils. Au lieu de se rendre dans le petit salon, Severus et le petit Sebastian, prirent l'escalier aux marches en bois grinçant à chaque pas.

— Je vais vous montrer votre chambre, déclara Snape sans se retourner tandis que son fils continuait à babiller derrière lui.

Hermione restait silencieuse. L'angoisse avait définitivement pris le pas sur l'excitation d'une nouvelle vie avec cet adorable petit garçon. Elle était intimidée par la carrure de l'homme qui se trouvait devant elle. La jeune femme avait oublié à quel point il était grand et il semblait bien que la vie en dehors de Poudlard l'ait quelque peu remplumé il paraissait moins maigre. Il a de la chance, pensa-t-elle avec amertume. Sa vie à elle n'avait jamais été aussi affreuse que depuis qu'elle avait quitté le collège. Du jour au lendemain, elle s'était retrouvée seule, ses amis lui avaient horriblement manqué mais l'inverse n'avait, semble-t-il, pas été vrai.

Revenant au présent, elle entendit son ancien professeur lui expliquer que sa chambre serait mitoyenne à la sienne et à celle de Sebastian. Les trois pièces se trouvaient du même côté du couloir. En face, se trouvaient son bureau, la salle de bain, les commodités et tout au fond du corridor, il y avait une dernière pièce. Il lui expliqua que c'était la chambre d'amis occupée actuellement par Sélena Malfoy. La jeune femme ne chercha pas à en savoir plus pour le moment. S'habituer à son nouveau logis était plus important à son sens.

Elle trouva le couloir encore plus sombre qu'à sa première visite. Il n'était pas très large et les murs gris et austères auraient eu besoin d'un bon coup de peinture. Les deux lampes moldues censées l'éclairer étaient cassées et remplacées par un menorah, un candélabre à sept branches d'origine juive fixé au mur.

D'un geste, Snape ouvrit la porte et l'invita à entrer.

— J'espère que la pièce vous conviendra, dit-il d'une voix basse, presque soyeuse d'où perçait une certaine hésitation.

Étrangement, Hermione eut l'impression que son approbation comptait pour lui. Ridicule, se morigéna-t-elle intérieurement. Severus Snape ne l'avait jamais appréciée, il essayait juste de se montrer poli, rien de plus.

— Ça ira parfaitement, répondit-elle en observant la chambre à la décoration spartiate.

La pièce était meublée d'un lit poussé contre le mur et d'une armoire. Au milieu se trouvait une table basse sur laquelle était posé un autre menorah en guise de lampe. La fenêtre en face de son lit était petite et sale. Elle n'avait même pas de rideaux et Hermione espéra que des volets étaient posés.

Ce n'était, certes, pas le grand luxe, mais elle s'en fichait bien. Elle ne comptait pas rester indéfiniment dans cette maison.

— Hermione ! Hermione ! scanda tout à coup Sebastian impatient. Viens voir ma chambre !

Le petit garçon tirait sur la manche de sa veste avec brusquerie sous le regard noir de son père. Toutefois, l'enfant semblait insensible à la mine austère de ce dernier. Retrouvant un peu de sa souriante bonhomie, elle posa sa valise et son sac à main avant de suivre le fils du professeur Snape sans un regard pour ce dernier.

— Je te suis, dit-elle d'une voix douce.

En quelques pas, ils furent sur le seuil. Sebastian se mit sur la pointe des pieds pour ouvrir la porte et invita la jeune femme à entrer. Une fois à l'intérieur, Hermione fut surprise de découvrir une pièce bien trop adulte pour un enfant de cet âge.

— Où sont tes jouets ? demanda-t-elle avec curiosité.

Le fils de Snape sautilla jusqu'à un petit coffre austère qu'il ouvrit pour en sortir la panoplie parfaite du petit sorcier. Celle-ci se constituait d'un ouvrage pour enfants sur les potions avec quelques fioles et autres mixtures aux couleurs étranges. Il y avait aussi une petite balle rouge qui rebondissait très haut quand on la laissait tomber à terre, un Magicoyoyo qui se déroulait à l'infini et quelques livres aux pages très abîmées.

— Dis, Hermione ! s'exclama l'enfant. Tu voudras bien jouer avec moi à faire des potions magiques ? Papa m'a appris comment mélanger certains ingrédients.

La jeune femme resta un moment interdite avant que Snape, qu'elle n'avait pas entendu arriver, n'intervienne.

— Tu auras tout le temps de voir ça avec elle plus tard, Sebastian. Si tu nous le permets, nous avons à discuter entre adultes.

Le petit garçon acquiesça, la mine grave. Il savait qu'il ne devait pas contredire son père. Il détestait qu'on le prive de dessert.

— Très bien, papa, murmura-t-il avec un peu de déception dans la voix.

Snape sortit de la pièce d'un pas vif.

— Suivez-moi, ordonna-t-il à la jeune femme tandis qu'il longeait le couloir. Elle obéit, non sans éprouver un peu de pitié pour son fils.

Ce ne doit pas être évident tous les jours d'être le fils de Severus Snape, songea-t-elle.

oO§Oo

Severus savait que c'était ridicule mais il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir de la colère envers la jeune femme. Il avait bien vu l'expression d'Hermione à la vue des quelques jouets de son fils. Comme s'il était capable de la moindre cruauté envers sa propre progéniture.

Il envisageait de lui expliquer une bonne fois pour toutes ce qu'il attendait d'elle avant de se souvenir que ce poste de gouvernante n'était qu'un prétexte, un leurre pour la faire revenir dans leur vie. Avait-il donc le droit de se sentir vexé qu'elle mette en doute son affection pour son fils ? Il se sentait vieux et las et à vrai dire, il n'avait jamais su quoi lui offrir en guise d'amusement. Il avait donc tout naturellement transposé ses propres goûts d'adulte pour faire plaisir à son fils. Sebastian s'était toujours montré ravi de ces présents et n'avait jamais rien réclamé de plus.

Et puis leur enfant était parfait, intelligent et ne s'intéressait aucunement à tous ces jeux de morveux du même âge.

Il pénétra dans son bureau et ferma la porte quand elle fut entrée à son tour. Lorsqu'elle passa près de lui, il ne put s'empêcher de respirer son odeur à plein poumons. Il eut une envie subite de l'enlacer et d'enfouir son visage au creux de son épaule mais se retint de justesse. Ce n'était pas encore le bon moment pour ce genre de familiarité. À la place, il lui désigna un siège avant de faire quelques pas devant sa bibliothèque pour calmer ses ardeurs. Une fois certain de ne pas commettre d'impair, il se permit de la dévisager. Merlin, qu'elle est belle ! songea-t-il avec une boule au ventre, toute exaspération oubliée. Hermione l'observait aussi, mais son regard était nerveux. Il reconnaissait parfaitement cette attitude si souvent adoptée quand elle était son élève. Il avait oublié ce regard et s'en sentit déstabilisé. Bien sûr, il n'en montra rien. L'occlumancie lui venait naturellement et son passé d'agent-double avait laissé des traces.

— Je ne vais pas vous manger, Miss Granger, arrêtez de faire cette tête, tenta-t-il de la rassurer dans un soupir.

Cela ne fit qu'accentuer le malaise de la jeune femme. Il inspira profondément avant de s'asseoir sur le sofa.

— Sebastian n'est pas un enfant comme les autres, commença-t-il doucement. Il ne recherche pas le simple amusement. À vrai dire, les jouets ne l'ont jamais intéressé. Il a toujours préféré la compagnie des adultes. Il est assoiffé de connaissances. C'est une des raisons pour lesquelles il a très peu de jouets... Et je dois vous avouer que n'y connaissant pas grand chose, j'ai tendance à transposer mes propres désirs sur les siens.

Hermione fut étonnée, presque choquée de constater que son ancien professeur se justifiait. Ce n'était pas nécessaire et elle ne remettait pas en cause les choix de Snape en matière de loisirs pour son enfant.

— Je ne connais pas assez bien Sebastian pour vous juger, répondit-elle prudemment, choisissant ses mots avec soin. Il est vrai que j'ai été un peu surprise, mais… à cet âge là, il m'a toujours semblé que les enfants aimaient les jouets…Quel que soit leur degré d'intelligence.

Les joues de la jeune fille avaient rosi et Severus la trouva adorable. Un pincement au cœur lui fit presque perdre contenance. L'avoir ici dans cette pièce et ne pas pouvoir la prendre dans ses bras alors qu'il en rêvait depuis une éternité… Décontenancé une nouvelle fois, il se leva brusquement et consulta l'horloge murale.

— Il est bientôt midi, si cela ne vous dérange pas, vous prendrez votre repas avec Sebastian. Pour ma part, j'ai à faire.

Il ouvrit la porte de son bureau pour la congédier sans plus de cérémonie.

Toujours aussi aimable, pensa-t-elle avec résignation avant de quitter la pièce sans un mot.

Severus la regarda partir avec regret. Il n'avait pas voulu la blesser mais il était trop tôt, autant pour lui que pour elle.

Pourquoi avait-il écouté cette vieille harpie de Minerva quand il avait manifesté l'envie de retrouver Hermione ? Il aurait dû tout lui dire dès le début et en assumer les conséquences. Qu'est-ce que cela leur aurait coûté de plus ? Au moins, elle aurait connu son enfant dès le début, l'aurait élevé et ils auraient eu le temps, à deux, de trouver une solution pour qu'elle retrouve la mémoire.

Et si elle était perdue à jamais ?Il avait envisagé de la séduire à nouveau, de lui montrer qu'ils étaient faits pour s'entendre.

Et aujourd'hui, cinq ans plus tard, ils vivraient enfin heureux.

Mais Minerva s'y était fermement opposée. Selon ses propos, Hermione n'aurait jamais pu continuer ses études, trop occupée à retrouver ses souvenirs et trop occupée à prendre soin d'un bébé.

Elle méritait mieux qu'une vie de mère au foyer.

Elle méritait mieux qu'une vie austère avec un ancien Mangemort repenti, aussi aigri et sinistre que la prison d'Azkaban.

Bien sûr, la vieille mégère ne l'avait pas exprimé à voix haute, mais il l'avait lu dans son regard.

S'il aimait Hermione, il saurait se sacrifier une nouvelle fois. Se taire et attendre. Après tout n'était-ce pas ce qu'il savait faire de mieux ? Faire semblant.

Pourtant, à ce jour, il regrettait ces choix imposés. Il aurait dû se montrer égoïste et faire ce que son cœur lui dictait de faire au lieu d'écouter la vieille rombière. Comment allait-t-il survivre avec la femme qu'il désirait sous le même toit que lui ? Elle était inconsciente de ce qu'il éprouvait, elle avait oublié ce qu'ils avaient vécu et le moindre geste déplacé lui ferait tout perdre. Il l'aimait et son désir d'elle allait le rendre fou. Tant qu'elle était loin, il avait su se maîtriser mais... maintenant qu'elle était là, à portée de main ?

Une colère fulgurante noya les regrets, l'amour et le chagrin. D'un geste furieux, il balaya tout ce qui se trouvait sur son bureau. Il l'avait perdue, bon sang ! Elle n'était plus à lui et tout était à refaire ! Tout !

Et ça le rendait fou.

Il n'aimait pas la patience. La patience était pour les biens lotis, ceux qui pouvaient se payer le luxe d'attendre. Lui avait déjà bien trop attendu à son goût.

Il n'avait jamais payé aussi cher le prix de ses erreurs.

oO§Oo

Décembre 1998, ministère de la Magie.

Le tribunal ne désemplissait pas depuis plusieurs mois. Tous les Mangemorts qui avaient été arrêtés étaient jugés manu militari les uns après les autres. Un véritable défilé. Toutefois, le procès du jour avait quelque chose de différent. Les sorciers membres du Magenmagot et les quelques jurés triés sur le volet éprouvaient une nervosité extrême.

Severus Tobias Snape allait être jugé pour le meurtre d'Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.

La nouvelle, une fois rendue publique, avait fait le tour du monde magique. La Gazette du Sorcier avait dépêché ses meilleurs journalistes pour couvrir l'événement. L'arriviste Rita Skeeter n'aurait manqué ce procès pour rien au monde. Elle avait déjà publié quelques articles vitriolés sur Severus Snape, surtout sur cet enfant qu'il avait eu et qui semblait venir de nulle part. Elle avait été jusqu'à écrire qu'il l'avait volé à de pauvres innocents qu'il aurait tués sans états d'âme.

« L'ancien Mangemort soi-disant repenti, meurtrier du grand Albus Dumbledore, est-il aussi un voleur d'enfants ? »

Rita s'en frottait déjà la plume à papote !

.

Severus était assis dans le couloir menant au grand tribunal du Magenmagot. Il était pieds et poings liés quand Minerva McGonagall arriva à sa hauteur.

Severus, commença-t-elle doucement.

Ses yeux étaient marqués par les cernes. Elle semblait fatiguée, mais il s'en fichait éperdument. Il n'avait qu'une question à l'esprit. Il leva lentement la tête pour l'aviser. Ses cheveux noirs étaient plus longs qu'à l'accoutumée et pendaient lamentablement des deux côtés de son visage. Il avait maigri.

Comment vont-ils ? demanda-t-il d'une voix rauque.

Le bébé va bien, répondit avec prudence la vieille dame. Nous nous occupons bien de lui, vous n'avez pas d'inquiétudes à vous faire, Severus. Quant à Miss Granger, son état s'améliore, bien qu'elle n'ait toujours pas retrouvé la mémoire. Nous ignorons quand les effets du sort s'estomperont. Poppy craint qu'il s'agisse de magie primitive. Il est donc impossible de prévoir à l'avance quand elle retrouvera ses souvenirs, du moins si cela arrive un jour. J'en suis navrée…

Severus ricana à ces mots.

Allons donc, Minerva, vous ne l'êtes pas du tout. Je suis même certain que vous seriez la première ravie qu'elle ne se souvienne jamais de rien.

Il renifla bruyamment et voulut se passer une main dans ses cheveux. Son cuir chevelu le démangeait. Il ne s'était pas lavé depuis qu'on l'avait arrêté.

Avec toutes les horreurs qu'elle a vécues et subies, ne pensez-vous pas que ce serait mieux ? s'insurgea-t-elle, légèrement sur la défensive.

Un sort d'Amnésie est insuffisant pour oublier à quel point les sorts lancés par Bellatrix vous atteignent jusque dans les os ! cracha durement Snape, le regard noir. Ça, Hermione s'en souviendra toujours, croyez-moi. Quant au reste, vous ne supportez pas que votre petite protégée ait pu faire un enfant si jeune et avec un homme comme moi.

Minerva secoua la tête.

Vous êtes assez âgé pour être son père, Severus. Vous étiez aussi son professeur, jamais je ne pourrai tolérer ce qui s'est passé. Vous m'avez terriblement déçue tous les deux.

Alors pour nous punir, vous privez un enfant innocent de sa mère ? Je ne vous savais pas si cruelle, Madame la Directrice, persifla-t-il avec un mélange de rage et de mépris.

Je ne prive personne de quoi que ce soit, espèce d'ignorant ! s'emporta Minerva. Hermione est jeune, quand elle se souviendra, elle comprendra pourquoi nous avons agi…

— Vous avez agi, Minerva ! Ne me mettez surtout pas dans le même sac que vous, ce n'est pas comme si j'avais eu le choix !

Severus tremblait de fureur. La vieille dame le contempla un moment avant de soupirer. Non, elle ne changerait pas d'avis. C'était soit ça, soit rien du tout.

Vous avez entièrement raison, répondit-elle d'un ton grinçant. En attendant, si cela ne vous dérange pas, je dois plaider pour qu'un des professeurs de Poudlard ne fasse pas de son fils un orphelin.

Severus regarda Minerva s'éloigner en la maudissant intérieurement de tout son être. La vie était particulièrement cruelle, se dit-il, tandis que les gardiens l'emmenaient sans ménagement au sous-sol pour l'installer dans la cage prévue pour les prisonniers dangereux.

Il avait aimé une femme qui ne lui avait jamais rendu cet amour et quand enfin il ouvrait son cœur une nouvelle, fois, c'était pour une gamine qui n'avait pas supporté l'enfer par lequel elle était passée. À croire que sa destinée n'était qu'une énorme farce. Il espérait toutefois qu'elle finirait par se souvenir. Il ne lui en voulait pas. Elle était trop jeune mais... Il aurait aimé qu'elle pense à lui, qu'elle le soutienne tandis qu'il allait affronter une nouvelle épreuve. Son propre procès. Ironiquement, il avait toujours cru que cette guerre sonnerait le glas de son existence... Mais Hermione avait changé la donne.

Quand sa cage fut montée dans le tribunal, Severus tenta de se soustraire au brouhaha qui lui arrivait aux oreilles pour se concentrer uniquement sur l'enfant qui l'attendait et qui avait besoin de lui. Une cacophonie monstrueuse régnait dans la grande salle. Il vit alors arriver son avocate, une jeune sorcière dans la trentaine, Belinda Jugeledroit, la star montante du barreau. Il ne l'avait pas réclamée, elle s'était elle-même imposée à lui.

...

— Faites ce que vous voulez, lui avait-il dit, je m'en contrefiche.

Alors vous n'aurez aucune objection à ce que je fasse de vous un héros ? lui avait-elle rétorqué.

Il avait éclaté de rire.

...

Elle l'avisa un instant avant de lui adresser un signe de tête tout en souriant. Quelle idiote songea-t-il. Elle pense sa cause acquise.

Le procès se déroula en douceur et le dénouement semblait couru d'avance. Il allait mourir. C'était certain. Pourtant, l'acidité qu'il ressentit au niveau de son estomac démontra qu'il ne s'en fichait pas autant qu'il aurait aimé le montrer.

On l'accusait de tous les torts de la terre jusqu'à ce que Belinda fasse venir Kingsley Shacklebolt à la barre. Ce dernier révéla alors son véritable rôle dans toute cette maudite guerre.

Il a donné bien plus que la plupart d'entre nous, déclara-t-il d'une voix de stentor. Ce n'est pas un meurtrier, ni un Mangemort, mais un héros. Il a sacrifié sa vie pour la cause.

Severus fut pris au dépourvu. Il ne s'y attendait pas... tout comme d'autres membres du conseil, d'ailleurs.

Et le meurtre de Dumbledore, alors ? s'insurgea l'un des membres du Magenmagot. Ça aussi c'était pour la cause ?

Vous ne savez pas tout, déclara l'avocate. La relation de mon client avec le directeur de Poudlard était bien plus complexe que ce qu'on aurait pu croire.

Il doit mourir ! s'écrièrent certains.

Severus soupira dans sa cage. Il connaissait déjà le dénouement.

Belinda fit alors venir sa carte maîtresse pour que cette dernière puisse témoigner à son tour. Elle lui reposa la question concernant le meurtre de l'ancien directeur de Poudlard.

C'était prévu depuis le début, déclara Minerva McGonagall qui s'avança vers les jurés, la tête haute.

Que voulez-vous dire, Madame la directrice ?

Albus était mourant quand il a expressément demandé au professeur Snape de le tuer si la situation l'exigeait. Croyez-moi, Severus a immédiatement refusé mais Albus ne lui a pas laissé le choix.

Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ? demanda le président du conseil.

Oui, monsieur. Mes souvenirs, ainsi que ceux de Severus Snape, ont été apportés cet après-midi même à votre collègue, répondit Minerva d'une voix ferme et assurée qui fit sourire Belinda Jugeledroit.

Elle avait tout prévu.

Chacun dans la salle se regarda avant de revenir à Severus qui végétait toujours dans son maudit clapier à lapin. Un groupe se forma à l'autre bout de la pièce tandis qu'une jeune femme plutôt replète discutait avec les membres du Magenmagot. Tous hochèrent la tête avant de reprendre leur place.

Effectivement, commença avec prudence le juge du tribunal. Aux preuves qui nous ont été apportées, il semblerait que ce meurtre, quoique terrible et impardonnable — qu'Albus Dumbledore l'ait commandité ou non —, n'ait pas été commis dans le but de servir les forces du Mal.

Toutefois, nous vous condamnons à un an de travaux d'intérêt général. Vous travaillerez à l'Hôpital Sainte-Mangouste. Nous manquons de préparateurs en potions, et il reste encore beaucoup de blessés.

Le président tapa son marteau une fois quand le bruit assourdissant des brouhahas s'éleva à nouveau.

Taisez-vous ! s'exclama-t-il d'une voix forte.

Puis, se tournant vers Minerva McGonagall :

Vous portez-vous garante de cet homme, Madame ?

Oui.

Le sorcier hocha la tête, ainsi que Belinda qui alla se rasseoir à sa place. Elle attendait la suite avec impatience.

Il semblerait, reprit le président à l'attention de Severus, que vous ayez apporté plus pour le monde magique que nous le pensions. C'est pourquoi, par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous libère de toute accusation. Vous êtes libre et vous recevrez une rente annuelle pour services rendus à la communauté du monde magique de sorcellerie Britannique.

De meurtrier, il était passé à héros de guerre reconnu et avait fait la presse pendant plus de six mois. Un record.

oO§Oo

Hermione apprenait à mieux connaître Sebastian. Ils discutaient tranquillement quand midi sonna. Quelques minutes plus tard, l'elfe de maison vint les prévenir que le repas était prêt. Tous deux se rendirent dans la cuisine sans cesser leur conversation.

Ils se mirent à table quand Hermione remarqua un troisième couvert.

— Papa ne mange jamais avec nous le midi, dit Sebastian en prenant sa serviette pour la mettre autour de son cou. L'autre assiette est pour Sélena. Elle vit avec nous.

Hermione se souvint de la femme à l'air froid et à l'impolitesse irritante qui lui avait ouvert la porte. Observant Sebastian, elle vit qu'il avait commencé à manger. Elle fronça les sourcils.

— Tu sais, Sebastian, c'est très impoli de commencer à manger alors qu'il manque encore des convives.

— Mais, elle doit être avec papa ! objecta l'enfant en reposant sa fourchette de mauvaise grâce.

Elle allait se lever quand la sublime rousse fit enfin son apparition. Ses yeux verts étaient humides. Sélena, la bouche pincée, lui adressa un signe de tête avant de s'asseoir. Le repas fut pris dans un silence presque religieux. Hermione se demanda encore pourquoi cette femme vivait ici si elle n'était ni la femme ni la maîtresse de Severus Snape.

La journée se poursuivit, longue et morne. Plus le temps passait et plus Hermione se sentait triste pour cet enfant qui semblait manquer cruellement d'attention. Elle voyait bien que Snape faisait son maximum et qu'il aimait son fils mais… C'était tellement loin de la manière dont elle-même avait été élevée et choyée… Repenser à ses parents bien aimés la laissait dans une telle affliction qu'en général, il lui fallait plusieurs jours pour s'en remettre. Cependant, elle ne pouvait se permettre un tel laisser aller alors qu'elle commençait juste à travailler.

Après son bain, Sebastian prit son dîner avant les adultes, vers dix-huit heures. Quand Hermione l'eut couché, non sans quelques difficultés et après lui avoir lu une histoire, elle redescendit à pas lents vers la cuisine.

— Miss Hermione Granger ? appela Tinky, l'elfe de maison, le Maître et Miss Sélena Malfoy sont dans la salle à manger.

—Merci, Tinky, répondit Hermione qui se sentait horriblement fatiguée.

En général, à cette heure-ci, il lui arrivait souvent d'aller se coucher directement, laissant les ténèbres l'engloutir. Mais elle n'était plus chez elle, elle ne vivait plus seule et devait prendre garde à son attitude et ne pas laisser planer le moindre doute sur sa santé.

En pénétrant dans la salle à manger faiblement éclairée, elle vit Severus Snape debout près de la cheminée, un verre de porto à la main tandis que Sélena était assise dans un fauteuil à côté de lui. On aurait dit un véritable couple et ils semblaient en grande conversation.

— Je vous prie de m'excuser, dit Hermione, je ne voulais pas vous déranger.

— Pas du tout, Miss Granger, répondit Snape en récupérant un verre pour elle. Voulez-vous un apéritif ?

Voir son ancien professeur lui servir un verre d'alcool lui arracha un rire qu'elle ne put réprimer. Se rendant compte de son impolitesse, elle s'excusa aussitôt :

— Je suis vraiment désolée, commença-t-elle dans le but de se rattraper. Je suis fatiguée, mais oui avec grand plaisir professeur Snape.

Cette fois, ce fut Sélena qui émit un bruit de gorge tandis que Snape remplissait son verre avant de le lui tendre en un geste élégant.

— Tenez.

— Merci, murmura-t-elle en le récupérant avant d'y tremper ses lèvres avec précautions.

— Severus, tu ne peux pas la laisser t'appeler « professeur Snape » voyons ! réprimanda Sélena en reniflant légèrement. Elle n'est plus ton élève et toi, tu n'es plus son professeur.

Snape les regarda l'une et l'autre avant de soupirer. Sélena avait raison mais… n'était-il pas un peu trop tôt pour passer cette étape ? Il devait s'avouer que l'appeler Miss Granger était assez difficile pour lui car elle était devenue Hermione, « son Hermione » depuis si longtemps… Il hocha la tête.

— Sélena a raison, vous pouvez m'appeler Severus et si vous n'y voyez aucune objection, j'aimerais vous appeler Hermione.

À Suivre


À votre avis ? Comment tout ça va évoluer ? J'attends vos reviews, vous savez comme je les apprécie et ça me ferait super plaisir ! Sur ce, je vous souhaite un très bon futur weekend. J'y pense, avant de vous quitter, qui serait partant pour un petit OS "spécial Halloween" sur Hermione et Severus ?