Quatrième et avant-dernier chapitre de cette fic. Je tiens à remercier ceux qui mettent en favoris et en suivi. Ca illumine ma journée de savoir que ce que j'écris peut plaire :)

Je vous souhaite une bonne lecture.


« Je ne t'aime pas, Kristoff. »

Même dans leur état, le jeune homme comprit que ça venait du cœur.

Elsa, allongée sur le canapé, étrangement fourrée dans les couvertures, regardait le plafond d'un air absent, un bras posé sur le front.

En deux heures, elle avait vomi deux fois malgré le peu d'alcool ingurgité.

« Depuis combien de temps tu n'as pas eu une vraie nuit de sommeil ? » demanda-t-il.

Le silence qui suivit l'incita à croire qu'elle s'était finalement endormie. Il l'espérait sincèrement. En tournant la tête pour voir de quoi il en retournait, il vit qu'elle le fixait du regard.

« Je ne t'aime pas, répéta-t-elle d'une voix atone, en détachant bien chaque mot.

- Venant de toi, je ne sais pas si ça me touche vraiment, mentit-il.

- Tu passes tes week-ends avec des rennes…

- Tu as des abeilles dans ta véranda. »

Elle retourna à sa contemplation du plafond.

« Pas faux » marmonna-t-elle.

Kristoff enchaîna.

« Sans compter que la moindre piqûre de l'une d'entre elles pourrait mettre Anna en croix pour un bon moment.

- C'est bon ! J'ai compris. Tais-toi. »

Elle pouffa.

« Des rennes quand même… »

Avoir Elsa imbibée dans son salon était une expérience un peu moins traumatisante qu'il aurait pu le croire.

Elle se passa les mains sur le visage, resta une seconde dans cette position.

« Je peux te poser une question ? fit-elle.

- Vas-y toujours.

- Avec Anna… vous l'avez fait ? »

Kristoff se demanda un instant si Elsa était sérieuse. Il se rappela qu'il fallait la manipuler avec des pincettes en ce moment.

Ils venaient peut-être de parler de futilités en tous genres pendant deux heures, la blonde n'en restait pas moins fragile sur certaines choses. Il ne pouvait cependant pas lui mentir. Au bout de deux ans de relation avec Anna, l'abstinence n'était pas de mise.

« On l'a déjà fait » répondit-il sobrement.

Il craignait trop de s'enfoncer dans des phrases et des concepts alambiqués. Et puis, ce n'était pas vraiment dans ses habitudes de se perdre en conjonctures. Elsa était certainement plus douée que lui pour ce genre de cas.

Evoquer le sujet lui fit affectueusement repenser à leurs premières fois, avec Anna. A la jeune fille curieuse, à cette soirée Kâma-Sûtra hilarante, à la tentative de visionnage de film pornographique où Anna avait été beaucoup plus attentive que lui…

Le visage toujours dissimulé, Elsa sanglotait.

« Tu ne pensais quand même pas sincèrement qu'on resterait à se regarder dans le blanc des yeux ?

- Non. Non, quand même pas, mais… Oh bon sang… »

Elle fit glisser ses mains à ses tempes et inspira un grand coup.

« Raconte-moi. »

Kristoff mit une seconde à saisir le sens de ces deux mots, sans savoir s'il devait en rire ou en pleurer.

« Non.

- Si ! »

Mais c'est qu'elle est sérieuse !

Elsa se redressa sur un coude.

« Raconte-moi ! répéta-t-elle, impérieuse.

- Non, Elsa ! Je ne vais pas te raconter nos parties de jambes en l'air. Merde, y'a des limites ! »

Elle le jaugea un instant, l'œil sévère, avant de se laisser retomber sur le canapé avec un soupir.

« T'as raison, c'est ridicule.

- Je préfère encore que tu me dises en boucle que tu ne m'aimes pas plutôt que te raconter ça.

- Ca aussi, c'est ridicule, déclara-t-elle.

- J'en déduis que tu m'aimes bien ? »

Elle hocha la tête.

« Anna est sorti avec quelqu'un avant toi. Un type ridicule lui aussi, de mon âge, avec des rouflaquettes. »

Elle s'arrêta pour rire. Kristoff lui-même sourit en imaginant la tête d'un tel homme.

« Il s'appelait Hans. Et j'ai été incapable de le regarder dans les yeux une seule fois parce que ça me faisait penser à ce sketch idiot avec des soldats dans les tranchées… Comme quoi tous les français s'appelleraient Pierre, et tous les allemands se nommeraient Hans. C'est stupide, mais je l'ai toujours vu comme un bouffon. »

Elle essuya une larme que Kristoff ne parvint pas à identifier comme de rire ou de chagrin. Les deux émotions s'étaient retrouvées mêlées bien trop de fois en trop peu de temps.

« C'était moi qu'il visait en fait.

- Et tu as fais quoi ? demanda Kristoff, curieux de savoir comment Elsa avait pu réagir au fait d'intéresser un autre être humain.

- Je l'ai mis dehors après qu'il m'ait fait sa déclaration. Anna était sur le pallier de ma chambre en plus, il était grillé d'office. Manque de bol, mon réflexe a été d'ouvrir la véranda pour le virer.

- Pour de vrai ?! »

Elle lui décocha un sourire ravi.

« Pour de vrai. Je peux dire qu'elles ne l'ont pas raté » répondit-elle.

Ils rirent de concert.

« Et Anna ? Elle l'a pris comment ?

- Très mal. Elle était effondrée. Elle pensait avoir trouvé l'amour de sa vie. Elle a passé quatre jours enfermée dans sa chambre, à se nourrir de chocolat et de thé glacé que je posais devant sa porte. J'ai culpabilisé tout le long.

- Parce que c'était toi qui l'intéressais ? Ce n'est pas ta faute si un crétin s'y est pris comme un pied.

- C'est ce qu'elle m'a dit aussi.

- Comment elle est sortie ?

- Je l'ai croisée un soir, en train de piller le frigo. Parce que le chocolat et le thé, ça va bien un moment, mais faut pas déconner d'après elle. Le poulet froid de la veille et la mayonnaise n'ont pas survécus. »

Kristoff médita un instant sur le fait que sa petite amie envoyait quand même du rêve dans beaucoup de situations. C'était en partie pour ça qu'il l'aimait tant.

« Elle a passé quelques jours à me suivre partout après ça. »

Certainement qu'avec cette histoire, Anna avait eu peur de perdre sa grande sœur. Il aurait suffit qu'elle dise ''oui'' à ce bellâtre idiot et la cadette se serait retrouvée au milieu de tout ça, à tenir la chandelle. Si Elsa en était capable quand ça concernait sa petite sœur, Kristoff doutait sincèrement de la capacité de cette dernière à faire de même pour la blonde.

Il essaya d'imaginer ce que ça pourrait donner si Elsa trouvait quelqu'un un jour, sans parvenir à en retirer quoi que ce soit d'autre qu'une image d'Anna laissée pour compte.

Il jeta un coup d'œil à Elsa, toujours allongée sur le canapé, éveillée et l'œil brillant.

La blonde tenait beaucoup trop à sa sœur pour la laisser derrière. C'était malheureusement à double tranchant, comme la situation de cette nuit le démontrait.

« J'ai vraiment eu l'impression de compter pour elle à ces moments là. D'être la grande sœur responsable, qui rassure, ce genre de choses… »

Il remarqua qu'elle avait recommencé à se tordre les doigts. Elle allait certainement s'en briser quelques uns un jour si elle gardait cette mauvaise manie.

« Alors j'ai espéré que tu sois un tocard toi aussi, juste pour retrouver ces moments. »

Un doigt craqua bruyamment et il entendit Elsa étouffer un gémissement de douleur.

« Je te jure que si tu ne l'as pas cassé sur le coup, j'achève le travail » fit Kristoff, usé de ce petit manège.

« Il va bien. Je n'ai rien, regarde. »

Elle lui tendit la main. Il en fit jouer toutes les articulations sans difficultés. Rien à signaler, si ce n'était son incroyable petitesse par rapport à ses propres mains.

Une fleur dans une patte d'ours, songea-t-il en libérant le membre finalement indemne.

« Anna aussi regarde souvent mes mains. Je ne sais pas ce qu'elles ont. »

Et elle se mit elle aussi à les fixer, comme si elle tentait de voir au travers. Visiblement, Elsa avait du mal à appréhender l'idée que l'on puisse s'inquiéter pour elle.

De façon tout à fait aléatoire et inutile, Kristoff remarqua aux mouvements de la jeune femme qu'elle était gauchère. Encore une chose à rajouter sur la liste des petits détails insignifiants qu'il avait appris sur Elsa cette nuit. Intérieurement, il réussit à comparer les dernières heures à un premier rendez-vous.

Plutôt foiré, mais quand même…

Il songea qu'il devait être un des rares, voire le seul homme, à avoir eu ce genre de moments privilégiés avec Elsa et n'en tira aucune fierté particulière.

Elsa n'était définitivement pas la femme pleine d'assurance à laquelle il avait songé tout d'abord. Il pensa même qu'elle agissait en enfant ou en adolescente perdue. Pas dans le même genre qu'Anna toutefois, mais de manière particulière tout de même.

« Quelle heure il est ? » demanda Elsa d'une voix rauque qui jurait avec sa silhouette menue.

Kristoff mit un moment à retrouver son portable. La lumière de l'écran lui agressa les yeux et il lui fallut quelques secondes pour s'habituer à la lueur bleutée et lire l'heure.

« Bientôt 6 heures. On ferait mieux de dormir. »

Elsa se redressa comme un diable sort de sa boîte.

« Il faut que je rentre !

- Non. Le premier bus est peut-être dans dix minutes mais je ne vais certainement pas te laisser partir avec des valises pareilles sous les yeux. »

Elle ne l'écouta pas et se leva d'un pas peu assuré. Fatigue, alcool, poids en moins sur le cœur… Tout ça faisait que Kristoff avait l'impression qu'elle pouvait se faire soulever par la moindre brise. Hors de question de la laisser partir dans cet état.

Il se leva à son tour et alla lui barrer le chemin, lui attraper le bras n'était tout simplement pas envisageable.

« Laisse-moi partir ! lança-t-elle en le défiant du regard.

- Je te laisserai partir quand tu auras dormi correctement, répliqua-t-il sans ciller.

- Anna est dans ma chambre.

- Et alors ? »

Elle le regarda comme s'il lui avait poussé une paire de cornes.

« La véranda est ouverte côté intérieur » déclara-t-elle après avoir retrouvé un semblant de sang-froid.

Elle jeta un regard vers le store à demi ouvert. Une lumière grise annonçait l'aube à venir. Kristoff suivit son regard et comprit. Il savait que les abeilles se mettaient en activité dès les premiers rayons de soleil, il savait aussi qu'Elsa se levait à l'aube et devait alors ouvrir la baie extérieure et fermer l'intérieure à ce moment là, épargnant à Anna l'assaut mortel de dizaines de petites ouvrières égarées dans la chambre que la rouquine squattait régulièrement jusqu'en début d'après-midi.

Avec Elsa ici dans son appartement, partie précipitamment en pleine nuit, les rouages de cette habitude allaient se gripper brusquement, avec peut-être des conséquences désastreuses. Une seule piqûre pouvait être fatale.

« Attends-moi là » lui fit-il en se dirigeant dans sa chambre pour y chercher ses chaussures et la veste qui traînait normalement sur la chaise de son bureau.

Elle n'était plus là quand il revint.

Mais quel crétin !


Hmm... J'ai jamais dit que tout le monde s'en sortait à la fin.

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