Note : Hello ! Un énorme merci pour vos derniers retours, toujours aussi motivants et adorables :) Petit changement, dû à une surcharge de travail haute à peu près comme le Mont St Michel (à vue de nez hein, j'ai pas calculé avec un mètre) les prochains chapitres ne pourront pas être publiés les jours suivants. Ils arriveront un peu plus tard :) Je m'en excuse mais vous fais quand même des bisous et vous invite à vous régaler, en attendant, avec toutes les autres fics écrites pour ce challenge du mois d'août, à retrouver dans les Fanfics favorites du profil du Collectif NONAME :)

Bêta : ma douce Maya Holmes, que je remercie pour tout.


Lorsque Martha Hudson rencontre Sherlock Holmes pour la première fois, elle lui ment.

L'appartement au-dessus du sien n'est toujours pas loué malgré les six visites qu'elle a eues. Elle n'a rien contre louer les étages à une seule personne, bien qu'il y ait deux chambres, du moment que le loyer est payé tous les premiers du mois. Mais Sherlock s'est présenté comme un Détective Consultant, ce qui ne veut pas dire grand chose, alors la vieille dame a préféré lui dire qu'elle avait déjà choisi quelqu'un d'autre. Ça ne dure qu'un jour avant que l'homme ne revienne à la charge.

Il vient sonner chez elle un mardi, à moins que ça ne soit un mercredi. Il porte son manteau qu'elle trouve un peu trop long et insiste à nouveau pour avoir à lui seul les deux étages. Elle ne sait pas comment il est au courant mais il sait que l'appartement est toujours vide et - pire encore - il sait que son mari est en cavale. Pendant un instant, Mrs. Hudson croit que Sherlock a été envoyé par les mêmes personnes qui cherchent son mari, pour la tuer.

« Personne d'autre ne vous retrouvera, vous avez bien changé de nom. », soupire Sherlock en levant les yeux au ciel, comme si c'était évident.

« Mais si vous l'avez découvert, ils le découvriront aussi... », s'angoisse la vieille femme en massant ses doigts que l'arthrose commence à grignoter.

« Inutile de me comparer à ces hommes, ni même à la police d'ailleurs. Vous n'avez toujours pas de nouvelles de votre mari ? »

Elle se mord la lèvre, regarde autour d'eux, comme pour vérifier qu'une taupe ne pointerait pas le bout de son nez, et secoue la tête à la négative.

« Si je vous aide à le retrouver et à le faire incriminer, vous me louerez l'appartement ? »

Mrs. Hudson ouvre grand les yeux et se tend à l'instant même où Sherlock mentionne la justice. Il ne la connait que depuis hier, lui a parlé peut-être une heure et demie en tout mais il sait qu'elle ne cherche pas à retrouver Jack pour lui pardonner ses saloperies.

« Comment... Comment le savez-vous ? »

Sherlock sourit si fort que cela crée une petite fossette sur sa joue gauche et murmure.

« Oh, c'est évident. »


Ça prend en tout dix-sept jours à Sherlock pour retrouver Jack Jones, parler de sa cachette aux autorités en Floride où il séjourne, et pour amener ses premiers cartons au premier étage du 221B Baker Street.

Il y a un DI qui l'aide à s'installer. Pour la première fois, Mrs. Hudson n'a plus peur de la police.


Ce que Mrs. Hudson préfère, ce sont les samedis après-midi, lorsqu'elle rentre de son Bingo et que Sherlock l'attend dans le salon du rez-de-chaussée. Il teste des nouvelles techniques de filature et a banni depuis quelques temps ses sorties de 17h à 19h pour rester avec elle. C'est peut-être parce que c'est un samedi à 18h30 que la logeuse a fait son premier AVC.

Par chance, et bien qu'elle ait été seule, elle avait eu le bon réflexe d'appeler les urgences dès que son bras gauche avait arrêté de répondre à ses commandes. Elle n'avait pas perdu connaissance et n'avait passé que cinq jours en observation à l'hôpital, mais Sherlock avait été si inquiet qu'il était resté quasiment tout ce temps à son chevet. Depuis, le samedi, c'est à lui qu'elle raconte ses parties endiablées.

Il y aurait bien une autre personne à qui elle pourrait raconter le Bingo, une personne qui aurait pu même venir la voir tous les jours à l'hôpital mais JJ ne lui parle plus depuis trois ans maintenant.

Pour une mère, c'est une éternité.


Quand Sherlock rentre un soir et que son manteau vole derrière lui, ça ne peut dire qu'une chose : un serial-killeur a fait son apparition. Ça enchante Mrs. Hudson qui adore voir son garçon de si bonne humeur. Elle le reconnait à sa façon de claquer la porte, s'arrête de faire sa vaisselle, attrape un chiffon et le rejoint rapidement avant qu'il ne monte à son étage.

« Mrs. Hudson, nous allons bientôt avoir de la visite. »

« Oh ? Gregory vient dîner avec nous ? », s'enchante-t-elle.

« Non, je vais avoir un colocataire. », dit-il, le menton relevé, fier comme un petit garçon qui ramènerait une bonne note.

Jack Junior avait constamment des bonnes notes. Martha s'étonnait toujours de savoir comment son propre fils pouvait avoir la bosse des maths mais, à défaut de le comprendre, cela la remplissait de joie.

« Vous avez des problèmes pour payer le loyer, Sherlock ? Je peux encore le baisser si vous voulez... », propose-t-elle en hochant la tête, réfléchissant déjà combien de centaine de livres elle pourrait retirer du loyer actuel, même si elle ne se rappelle plus précisément combien il lui verse chaque mois.

« Non, pas du tout. », s'offusque le détective avant de monter.

Martha sourit, attend de le voir disparaitre dans la cage d'escalier et retourne à son ménage. De la compagnie leur fera le plus grand bien.


« Du thé, Jack ? »

« John. », corrige le médecin en se forçant à sourire.

« C'est ce que j'ai dit. », s'offusque-t-elle en se penchant pour lui servir une demie-tasse, pour le punir de son effronterie.

Sherlock est toujours concentré sur son ordinateur, à chercher sur internet des informations sur une femme qu'ils auraient rencontré la veille, qui leur a fait un tel effet que les deux hommes ne s'adressent presque aucun mot depuis. Peut-être sont-ils tous les deux tombés sous ses charmes et se disputent son intérêt. La logeuse sourit à l'idée et vient derrière l'épaule du détective pour le servir à nouveau et remarque l'écran où s'affichent des photos d'une jeune fille beaucoup trop maigre, qui tient entre ses dents un fouet et qui ne porte absolument aucun vêtement.

« C'est elle, votre petite amie ? »

« Mrs. Hudson ! », s'indignent les deux hommes d'une même voix outrée.

« Oh, pardon, je demandais juste... Mais c'est bien la femme que vous avez rencontrée hier ? »

John et Sherlock se regardent une seconde et détournent leur attention, grimaçant. Mrs. Hudson n'aime pas ça. Elle ne veut pas que sa nouvelle famille se déchire, elle ne s'en remettrait pas cette fois.

« Eh bien, qui qu'elle soit, il faudrait penser à la nourrir cette pauvre petite. Regardez-moi ces côtes ! Les hommes ne veulent pas d'une femme qui ressemble à un sac d'os, ils veulent une femme avec des vraies formes. Regardez mes cuisses, par exemple, je suis sûre qu'un homme préférerait... », commence-t-elle en relevant sa jupe pour pincer sa peau qui a, un jour, connu la jeunesse et ça fait réagir au quart de tour les deux hommes qui se lèvent d'un bond.

« D'accord, Mrs. Hudson ! »

« On a compris ! », rajoute John en pressant son poignet pour la forcer à se rhabiller. « Est-ce que ce n'est pas Mrs. Herbert qui a sonné en bas ? Je crois bien que si ! »

« Mais non, elle est toujours en retard... »

« John a raison, Mrs. Hudson. Vous devriez descendre maintenant. », conseille également Sherlock en rejoignant son colocataire pour raccompagner leur logeuse jusqu'à la porte de leur salon.

Ils la remercient encore très rapidement pour le thé et ferment la porte derrière elle. Elle claque ses talons sur le bois craquant pour mimer son départ mais rapproche son oreille du mur pour les écouter soupirer :

« Elle nous l'avait jamais faite celle-là... », rit John.

« Je me portais très bien sans voir sa gaine. », soupire le détective.

« Elle perd un peu la tête, non ? »

Mrs. Hudson rit dans sa main, ravie d'avoir pu les rabibocher en leur jouant ce petit tour et se met à descendre lentement les marches pour faire le moins de bruit possible. Elle ne perd pas la tête, elle en est persuadée.


Elle regarde encore la photo, même si elle l'a fixée toute la journée comme si c'était la plus belle chose au monde. Elle ne sait pas encore si elle la mettra dans le cadre avec les autres clichés des membres de la famille ou si elle achètera un cadre spécial. Elle ira sans doute en acheter un, avec John qui l'accompagnera. C'est un gentil garçon.

« Mrs. Hudson, j'y vais. Je vous rapporte de la lessive alors, c'est tout ? », demande John en tirant derrière lui le caddie en tartan qu'elle lui prête lorsqu'il va faire des courses.

« Oui, merci mon garçon. », sourit la logeuse en lui faisant un signe de la main.

Il la salue et sort. Elle se lève, grimace en sentant sa hanche qui la brûle quelques secondes et se rapproche de la cheminée où elle pose la photo contre la tirelire en forme d'éléphant, achetée à San Francisco dans les années 70. Elle en profite pour vérifier qu'il lui reste assez d'herbe et referme le petit capuchon en plastique avant de reporter son attention sur la photo.

Peter ressemble comme deux gouttes d'eau à son père ; Martha a l'impression de voir Jack Junior lorsqu'il venait de naitre. JJ a refusé qu'elle vienne à la maternité, prétextant que sa femme était fatiguée et ne pouvait pas voir grand monde. C'est peut-être une bonne chose, finalement, vu qu'ils habitent à Dublin maintenant.

Dans tous les cas, s'il y a bien une chose dont elle ne doute pas c'est que son fils fera un excellent père. Bien sûr, il n'a jamais eu de modèle de parents idéals, mais c'est un bon garçon et sa femme quelqu'un de bien. À eux deux, ils peuvent faire une magnifique famille, dans laquelle Martha sait qu'elle n'aura pas vraiment sa place. Cela serait compliqué d'acheter des bonbons à son petit-fils, alors qu'elle n'avait pas assez d'argent pour en offrir à son propre fils. Il faut dire qu'à l'époque, tout partait dans l'alcool. Il faut dire aussi qu'elle pensait à l'époque que si elle était heureuse, son fils le serait aussi. Mais bien sûr, élever un enfant est un peu plus compliqué que ça.

Alors elle a demandé à sa soeur de le garder, d'abord un weekend, qui s'est transformé en une semaine lorsque Martha avait appris que son groupe de folk préféré faisait un concert à Berlin. La semaine s'est bien évidemment métamorphosée en deux ans, lorsqu'elle est devenue l'amante officielle du bassiste. Elle ne le regrette pas. Jamais elle n'a été aussi libre que pendant cette tournée.

JJ ne lui a pas pardonné. Elle a eu du mal à le comprendre au début, le trouvant égoïste, ironiquement. Elle a bien compris depuis quelle erreur monumentale cela avait été de faire passer sa vie avant celle de son fils. Elle lui a demandé pardon très exactement cinquante-deux fois. Il lui a très exactement répondu qu'il ne voulait plus la voir cinquante-trois fois.

C'est Sophie, sa femme, qui a envoyé la photo de leur petit garçon. Comme Martha aimerait le voir, le toucher, le prendre contre son coeur. Peut-être qu'elle pourrait déménager jusqu'à Dublin et habiter près de chez eux. Oh bien sûr, elle ne les embêterait pas et ne viendrait que lorsqu'ils lui proposeraient. Elle fera tout ce qu'elle peut pour se rattraper auprès de JJ.

La porte du salon claque et John apparait, secouant un paquet de lessive, triomphant.

« C'était le dernier, Mrs. Hudson ! »

« Oh, à la lavande, c'est parfait, merci ! », s'enchante-t-elle en venant prendre le paquet dans ses mains, avant de demander, rayonnante. « Vous avez pu voir Peter, alors ? Il est mignon ? »

John fronce les sourcils, sourit, cligne des paupières, manifestement perdu et demande :

« Peter... ? Excusez-moi, je ne vois pas de quoi vous parlez, Mrs. Hudson. »

« Peter, vous étiez à la maternité non ? Est-ce que Sophie va bien ? »

« Vous parlez de ce matin ? Car ce matin j'étais à la clinique, oui, mais nous n'avons pas de service maternité. Et je ne sais pas qui est Sophie. »

La vieille dame sourit encore près de trois secondes avant que son cerveau ne semble faire un tour complet sur lui-même et retombe lourdement dans son crâne. Elle explose d'un rire faux et tapote l'épaule du médecin.

« Je vous charrie... Merci encore pour la lessive mon garçon. »

John la regarde encore un peu, hésite manifestement à lui demander si elle se sent bien, mais elle a déjà disparue dans sa cuisine. Elle pose son paquet sur le comptoir et ferme les yeux.

Ce n'est qu'un petit trou de mémoire.


Le deuxième AVC de Mrs. Hudson se passe pendant son sommeil. Elle se réveille à l'hôpital, entourée de Gregory, Sherlock et John. Elle met huit jours à réussir à faire une signature parfaite et à toucher son nez de son index, les yeux fermés. Elle a des médicaments à prendre matin, midi et soir. John lui jure personnellement de ne plus la lâcher.


Mrs. Hudson regarde Sherlock et John. Ça doit faire cinq minutes qu'aucun d'entre eux ne parle et cinq minute qu'elle les regarde. Ils sont chacun assis dans leurs fauteuils, les jambes de Sherlock étendues à côté de celles du médecin, plus petites. John lit un livre américain sur la conquête de l'Ouest et Sherlock dort. Dans son sommeil, son mollet s'est collé à celui de John, trop concentré par sa lecture pour s'en rendre compte. La logeuse sourit et se lève. Elle s'approche de John, pose sa main sur son épaule pour lui faire comprendre qu'elle descend, sans parler pour ne pas réveiller Sherlock.

Il lui sourit et serre sa main. Elle a envie de lui dire Merci, mais elle n'y arrive pas. C'est comme avec JJ, finalement. C'est tellement dur de dire aux gens qu'on les aime.

Elle prend son châle, le livre qu'elle avait monté et descend. Il est très tard ce soir-là, ils ont parlé longtemps dans le salon du premier étage. Ils ont ri aussi. Qu'est-ce qu'ils ont pu rire !

Lorsque Mrs. Hudson arrive dans son salon, il fait froid, ce n'est pas pareille qu'en haut. Elle se rapproche de son éléphant en porcelaine et ouvre le petit capuchon en plastique et n'en sort qu'un petit bout de papier où est écrit au feutre noir : NON.

Elle sourit même si elle ne sait pas lequel des deux zigotos a écrit ça.

Elle va dans sa chambre et fouille dans sa boîte en bois pour trouver un peu d'herbe mais il ne lui reste plus rien, à part une vieille cigarette qu'elle sait avoir gardée pour une raison bien précise.

Elle ne se rappelle pas de la raison.

Il faut dire qu'elle a oublié tellement de choses.

Le jour où Mrs. Hudson fume sa dernière cigarette, elle s'allonge, encore habillée, sur son lit pour la savourer. Dans sa tête, elle se remémore en boucle l'image de Sherlock et John, se touchant à peine, si ensembles sans même le savoir. Elle espère ne jamais oublier ça.