Auteur : Snegurochka Lee
Traductrice : Lynaëlle
Note de la traductrice : Bonjour à tous ! Désolée pour ce léger retard de publication, un petit contretemps professionnel la semaine dernière. Mais voilà enfin la quatrième partie, un peu plus joyeuse que la scène finale du dernier chapitre... J'espère que ça vous plaira ! Et merci beaucoup à tous pour vos commentaires sur le précédent chapitre !
xxx
Sottise ! (Un Chant de Noël)
Quatrième partie.
xxx
Malgré les protestations de Drago, la boutique du marchand de glaces se dissipa.
— Retournez-y ! On doit faire quelque chose ! On ne peut pas laisser ce garçon mourir, s'écria-t-il d'une voix étouffée par l'émotion.
Le fantôme demeura silencieux et se contenta de le guider de nouveau à travers le ciel. Les silhouettes et les bruits d'un Londres hivernal se déployaient au-dessous d'eux. Drago et le fantôme pénétrèrent alors dans une petite maison affairée. De nouveau, ils longèrent les murs, se fondant au décor et passant totalement inaperçu auprès des…
… des huit cent personnes qui peuplaient le salon et la cuisine adjacente. Drago s'aplatit contre le mur pour ne pas se faire marcher sur les pieds par un troupeau d'enfants qui couraient à toute allure dans leur direction en criant et en riant. Il parcourut la pièce du regard et se rendit compte du nombre insensé de rouquins présents il devait avoir atterri en Enfer. Ou dans un endroit à peine déguisé en la maisonnée des Weasley…
Il lança un regard excédé au fantôme, qui se contenta de rire, l'air jovial et les joues rouges, tandis qu'il observait les festivités.
— Joyeux Noël tout le monde ! retentit une voix au-dessus du brouhaha alors que toute une famille sortait de la cheminée, les bras chargés de cadeaux.
Ce devait être l'aîné des Weasley, se dit Drago en apercevant ses longs cheveux attachés et ses hideuses cicatrices qui déformaient son visage et son cou. Il ne semblait cependant pas s'en préoccuper et, lorsque Drago remarqua la magnifique femme qui se trouvait derrière lui, avec ses longs cheveux blonds, il crut comprendre pourquoi. Deux parfaits petits enfants les suivirent dans la pièce, discutant en français avec leur mère et, une seconde plus tard, se criant dessus en anglais et se tirant les cheveux.
Drago essayait d'assimiler tout ce qu'il voyait. À côté de la cuisine, Granger essayait de retirer ce qui avait tout l'air d'être du miel dans les cheveux de son bambin, dont le visage était recouvert de taches de rousseur. Angelina Johnson (Merlin, elle aussi était une Weasley maintenant ?) réparait un balai pour enfants qui semblait appartenir à un petit garçon en pleurs. Le patriarche, connu pour son adoration de l'ingéniosité des Moldus, tripotait un énorme boitier sans fil duquel émanaient des extraits sonores de ce qui paraissait être le match annuel de charité de Quidditch. L'imbécile de mari de Granger s'efforçait de ne pas reluquer sa belle-sœur Vélane, préférant engloutir son verre de vin d'un coup et discuter avec un autre de ses frères. Andromeda et le petit Teddy étaient là aussi, assis en silence sur le canapé, occupés à fabriquer une guirlande à partir de coquilles de noix.
Ses sens altérés par la luminosité et la cacophonie de la pièce, Drago parvint tout de même à discerner Potter.
Il se tenait à l'écart avec, à la main, un petit verre dans lequel les glaçons heurtaient les bords alors qu'il faisait distraitement tournoyer son contenu, n'en buvant que rarement une gorgée. Il était assis dans une vieille chaise posée dans un coin, certainement là plus pour son aspect décoratif que pour son confort, à moitié dissimulée qu'elle était par une plante envahissante. Les coudes sur les genoux, il fixait le liquide qui s'écrasait contre les parois du verre. La respiration de Drago se fit plus difficile alors qu'il constatait l'humeur dans laquelle Potter se trouvait.
Après avoir débarrassé du miel les cheveux de sa fille, Granger l'envoya jouer avec les autres enfants et s'approcha de Potter. Elle s'agenouilla sur le sol devant lui avant de décider de s'asseoir en tailleur. Elle lui prit la main et la lui serra. Ils restèrent assis ainsi en silence pendant un long moment, tandis que Drago se rapprochait pour les entendre.
— C'est Noël, Harry, déclara-t-elle enfin d'une voix douce. Tu comptes broyer du noir toute la journée ?
— J'y songe sérieusement, répondit-il avec un sourire dénoué d'humour.
— Il te reste environ sept minutes afin que ce rôti ne soit cuit et que Molly sorte de cette cuisine. Tu la connais, elle n'acceptera pas de te voir de cette humeur sans en connaître la raison. Est-ce que tu as vraiment envie de lui expliquer pourquoi tu as la tête de quelqu'un dont le chat vient juste de mourir ?
Drago en aurait presque ricané avant de se souvenir avoir dit quelque chose de similaire à Potter la nuit dernière. Ce dernier avait dû y penser également, puisque sa bouche prit un pli pincé.
— Je m'en fiche, rétorqua-t-il avec force. Je lui expliquerai. Tout le monde ici est déjà au courant, de toute façon.
De la main tenant son verre, il désigna sans enthousiasme la pièce autour d'eux, puis le porta à sa bouche. Il grimaça en avalant. Granger soupira.
— Du Whiskey Pur Feu, Harry… Franchement ?
— J'ai besoin de sentir l'alcool me brûler la gorge pour…
— … pour te sentir vivant, oui, tu me l'as déjà sorti celle-là et, non, tu n'en as pas besoin, l'interrompit-elle en lui arrachant le verre des mains et en lui lançant un regard noir. Je ne laisserai certainement pas un idiot comme Malefoy te gâcher ton Noël.
Drago pinça les lèvres. Les sourcils froncés, il se tourna vers le fantôme.
— Encore merci. Un autre souvenir mémorable… marmonna-t-il.
— Ce n'est pas un souvenir, jeune homme, répondit ce salopiot avec un rire profond. En réalité, c'est ce qui est en train de se passer en ce moment même. Voilà précisément ce qui arrive à votre amant lorsque vous n'êtes pas là.
— Ce n'est pas mon amant, grommela Drago avec une grimace.
Pourtant, le mot s'insinua dans son esprit et le fit réagir étrangement. Il regarda de nouveau Potter. Ses cheveux étaient aussi ébouriffés que d'ordinaire, effleurant ses sourcils et frisant aux pointes au-dessus des oreilles et au bas de la nuque, avec d'adorables petites boucles. Une légère barbe apparaissait le long de sa mâchoire. Même les épaules voutées, il était aussi attirant qu'à son habitude, bien qu'il lui manquât l'un ces traits de caractère qui avait toujours fait craquer Drago : son attitude sûre de lui, cette capacité indéfectible qu'il avait de plaisanter avec Drago, d'ignorer les insultes, de lui rendre la pareille… de laisser Drago lui échapper, inexorablement. C'était là une facette de Potter qu'il n'avait jamais été autorisé à voir, se rendit-il compte. C'était un Potter aussi vulnérable que celui qu'il avait vu, assis devant l'âtre de la cheminée le lendemain de leur première nuit ensemble, avouant à Granger, les yeux baissés, qu'il s'était épris bien trop rapidement et bien trop sincèrement d'un homme qui n'était pas prêt à répondre à ses sentiments.
Drago déglutit, la gorge soudain sèche.
Il embrassa à nouveau la pièce du regard et vit les deux aînés des frères Weasley dans un coin, l'un parlant à voix basse, le visage grave, à celui qui était marié à la sublime Vélane. Ce dernier plissa les yeux avant qu'un sourire lui éclaire le visage. L'autre, le plus grand des deux, lui donna une tape sur l'épaule et traversa la pièce, se dirigeant vers Granger et Potter.
— Hermione, je crois que Rose a déniché des couteaux bien aiguisés et qu'elle a décidé d'en faire ses nouveaux jouets, dit-il en désignant du pouce la cuisine par-dessus son épaule.
— Quoi ?
Elle sauta sur ses pieds et fila dans la cuisine, laissant derrière elle un Weasley mort de rire et un Potter tout souriant. Tout deux secouaient la tête avec indulgence.
— Ça fait toujours plaisir de te voir, Charlie, dit Potter en le regardant avec une affection flagrante alors qu'il se levait pour lui serrer la main.
Il était musclé et bien foutu. Potter lui aussi semblait s'en rendre compte. Drago lança un regard mauvais au fantôme à côté de lui.
— Écoute, déclara Weasley en s'appuyant de la hanche contre le mur et en reluquant ouvertement Potter. J'ai eu vent de ce qu'il s'était passé avec Malefoy.
Le visage de Potter se ferma. Il haussa les épaules en détournant les yeux, comme si cela n'avait plus d'importance.
— Ce ne sont pas mes affaires, je sais, s'empressa d'ajouter Weasley en levant les yeux.
— Oh, non, ce n'est pas ça, répondit Potter. C'est juste que…
— Tu restes assis ici dans ton coin… soupira-t-il en tendant la main pour remettre derrière l'oreille de Potter une mèche de cheveux qui s'était échappée (d'un geste aussi impudent qu'habituel de sa part, remarqua Drago). Avec un air de chien battu à faire pleurer, ajouta-t-il doucement en se penchant vers lui. Quiconque puisse te mettre dans cet état, Harry, je veux avoir ses couilles à l'extrémité d'un bâton, murmura-t-il.
À la grande surprise de Drago, Potter ne se recula pas, pas plus qu'il ne protesta. Il se contenta de relever la tête en lançant à Weasley un mince sourire.
— Ce serait donc toi mon chevalier servant ?
Drago écarquilla les yeux, stupéfait.
Weasley laissa échapper un rire profond.
— Peut-être, répondit-il avec un grand sourire.
Cela sembla cependant mettre un terme à l'envie de flirter du brun. Il baissa la tête et se passa une main dans les cheveux.
— Merci, Charlie, dit-il. Ça va. Ce n'est pas comme s'il n'avait pas tenu une promesse. Après tout, ce n'était qu'une simple aventure, tu sais ?
Mais un seul regard à l'expression de Potter aurait suffi à n'importe qui pour comprendre que les aventures, ce n'était pas son genre, et qu'il s'était investi corps et âme dans leur relation et en était ressorti avec le cœur brisé en mille morceaux. Drago aurait préféré être loin d'ici, loin de cette pièce où il était obligé d'affronter le satané regard perdu du brun. Mais il n'arrivait pas non plus à détourner les yeux. Comment avait-il pu passer à côté, durant tous ces mois ? Comment avait-il pu se convaincre du fait que Potter n'attachait aucune importance à leur relation ?
Ça n'avait jamais été le cas, intervint une petite voix dans sa tête. Il savait précisément ce qu'il ressentait – ou, du moins, il s'en doutait – mais il en avait profité malgré tout.
Comment as-tu pu te convaincre que toi aussi tu n'attachais aucune importance à cette relation ? Il ferma les yeux.
— Harry.
Merlin, Weasley était encore là, toujours aussi proche de Potter (bien trop proche, d'ailleurs) et toujours à essayer de lui faire du gringue. Drago avait envie de lui mettre son poing dans la figure.
— Je suis un mec plutôt franc. Tu le sais.
Potter eut un léger rire. Mais Weasley ne plaisantait pas.
— Donc je ne vais te le dire qu'une fois, d'accord ? Après, je vais retourner faire la fête, m'amuser avec mes nièces et me saouler avec le vin chaud d'Hermione. Donc ensuite c'est à toi de voir. Mais avant…
Il s'approcha de Potter, épaule contre épaule, tandis que ses lèvres s'arrêtaient à quelques centimètres de l'oreille du brun.
— Il faut que je te dise de façon très claire que tu es absolument incroyable. Pas pour ce que tu as fait durant la guerre, ce n'est pas ce que je veux dire. Mais pour l'homme que tu es devenu. Tu es intelligent et superbe, et je te prendrai là, maintenant, tout de suite, si tu me le demandais.
— Charlie…
Weasley posa une main sur son torse pour l'interrompre.
— Mais ce n'est pas tout, insista-t-il. Tu mérites d'être avec quelqu'un qui sait la chance qu'il a d'être avec toi, quelqu'un qui ne s'en ira pas dès qu'il aura pris son pied.
Drago prit une profonde inspiration.
— Oui, je connais ce genre de mec, continua-t-il alors que Potter pinçait les lèvres. J'ai été ce genre de mec. Et quiconque te fait ça est un idiot complet.
Il hésita, prit une profonde inspiration pour emmagasiner l'odeur de Potter puis se recula, sa main remontant sur son torse pour finalement lui donner une tape amicale sur l'épaule. Il lança un grand sourire confiant à Potter tout en le reluquant ouvertement de la tête aux pieds avant de se retourner et de s'éloigner d'un pas nonchalant. Il attrapa au vol la bouteille de bière que lui lança son frère et l'ouvrit d'une petite chiquenaude du pouce, comme s'il tirait à pile ou face.
Le cœur de Drago battait à toute vitesse. Il se retourna d'un coup vers le fantôme.
— Quel putain de sadique vous êtes ! Vous m'avez amené ici pour voir ça ? Rendez-moi mon corps. Je vais lui arracher les deux bras et les lui faire bouffer. Je vais faire rôtir ses couilles et les donner à manger au Fléreur de Pansy. Je vais…
Le fantôme posa l'une de ses grosses et glaciales mains sur l'épaule de Drago, son ventre rebondi secoué par un rire.
— Ne me dites pas que vous êtes jaloux, mon garçon ! Après tout, il semblerait que vous ne souhaitez plus fréquenter Harry, alors pourquoi ne pourrait-il pas être heureux avec quelqu'un d'autre ?
— Ce connard a baisé la moitié de la population masculine de Grande-Bretagne et de Roumanie réunies ! s'écria Drago, l'index pointé sur lui.
— C'est la décision de Harry, lui rappela le fantôme. Vous lui avez fait clairement comprendre que vous ne souhaitiez pas être exclusif.
— Mais je ne pensais pas que Weasley lui sauterait dessus une heure après !
Ce satané fantôme se contenta de pencher la tête sur le côté et de le regarder.
— Pourquoi n'observeriez-vous pas la suite ?
Ils se retrouvèrent tout à coup dans la cuisine.
— Il a dit qu'il n'avait pas besoin de fêter Noël avec nous, ou avec qui que ce soit d'ailleurs. Tu peux le croire, toi ? Je suis à deux doigts d'envoyer un hibou à ma sœur pour lui tirer les oreilles – elle en a fait un crétin fini ! s'exclama Andromeda.
Elle soupira en pointant sa baguette sur les pommes de terre. À ses côtés, Granger coupait des rondelles de carottes
— Oui, bien sûr, je ne le pense pas vraiment, mais… j'aimerais juste qu'il s'ouvre davantage à moi, poursuivit-elle. Il a tellement à donner, mais il ne s'en rend même pas compte lui-même. Je sais que tu n'as pas d'affinités avec lui, chérie, ajouta-t-elle à l'attention de Granger, et je ne peux pas te le reprocher, mais il faudrait vraiment qu'il arrête de se comporter comme son imbécile de père. C'est un Black, bon sang !
Granger lui sourit tout en lui donnant un autre sac de pommes de terre.
— Je le plains, confia cette dernière, son sourire se fanant. Ne le dis surtout pas à Harry, je suis censée être scandalisée pour ce qu'il lui a fait. Et c'est le cas, précisa-t-elle. Mais, au fond, je suis triste pour Drago. Il connaît par cœur les concepts de « beauté », « intelligence » et « richesse ». Pourquoi est-ce si difficile pour lui d'en apprendre d'autres ? Comme « amitié » ou « gentillesse », ou encore…
— Bon sang, l'interrompit Andromeda en riant, même « ponctualité » ou « bien ordonné » me conviendraient.
Granger eut un large sourire.
— Oh, va donc dire à Harry qu'aucun de nous ne le jugera s'il repart avec Charlie ce soir et couche avec lui pour oublier ce crétin, lança Andromeda en ne cessant de rire doucement alors qu'elle s'adossait à la table de travail. Merlin sait que ce garçon mérite d'être heureux, et mon neveu n'est manifestement pas celui qui lui permettra de l'être. Il faudrait d'abord qu'il enlève la merde qu'il a devant les yeux, et ce n'est pas près d'arriver.
Granger et elle échangèrent un regard triste avant de jeter un œil à Potter dans le salon.
— C'est bon, on a fini ? grommela Drago au fantôme en croisant les bras.
Il savait déjà qu'il pouvait se montrer un peu pénible de temps en temps. Mais il ne pensait pas que les autres en prenaient réellement acte ou lui en tenaient rigueur. Après tout, n'était-ce pas le comportement que l'on attendait des Malefoy ?
— Oui, soupira le fantôme, j'imagine.
Ils retournèrent au salon, où le plus âgé des Weasley, celui avec la boucle d'oreille braillait des ordres.
— Très bien, tout le monde, il est l'heure de jouer aux annuels « Charades de Noël de la Famille Weasley », pour cette trois cent vingt-deuxième édition ! s'exclama-t-il, les bras tendus, en s'adressant à toutes les personnes présentes dans la pièce, qui accueillirent cette annonce par un chœur de sifflements et de cris. Le thème de cette année : vous devez trouver un exemple qui démontre que Drago Malefoy se comporte aujourd'hui encore comme un salopard sans cœur. Comme s'en doutaient depuis bien longtemps tous les membres de la famille Weasley, par ailleurs, ajouta-t-il. Bon. Qui veut commencer ?
Une dizaine de mains se levèrent. Dans le coin de la pièce, même Potter dissimula un rire. Il posa son menton dans ses mains et observa. À ses côtés, Granger lui frictionna doucement l'épaule.
Drago et le fantôme partirent avant d'en voir plus, mais il avait le cœur serré. Potter avait au moins eu raison sur un point : il n'avait pas caché sa relation avec lui à ses amis et à sa famille d'adoption.
Ce qui s'avérait encore pire pour Drago était de savoir qu'il n'avait rien à dire pour sa défense.
xxx
La scène suivante apparut sous les yeux de Drago et du fantôme. Ils se trouvaient à nouveau dans l'appartement de Potter et ils le virent sortir de la cheminée. Il déposa dans la cuisine l'assiette enveloppée de papier d'aluminium qu'il tenait à la main puis laissa tomber au sol, près du réfrigérateur, un sac qui avait dû contenir des cadeaux. La manche d'un pull bordeaux en dépassait. Potter fouilla dans le sac jusqu'à en ressortir avec un petit sachet d'Honeydukes. Il s'adossa contre le plan de travail et mangea un chocolat.
Il ferma les yeux et savoura. Drago sentit soudain le silence de l'appartement lui peser, surtout après avoir passé autant de temps dans la cacophonie du salon des Weasley. Il se demanda si Potter se faisait la même réflexion – et s'il considérait cette solitude et ce silence comme un avantage ou un inconvénient. Potter avala et déposa le sachet sur la table. Il jeta un coup d'œil sur le plan de travail en face de lui, et Drago suivit son regard. Une bouteille de vin y était posée.
Il soupira.
— Il s'en veut à lui-même et va se saouler pour soulager la douleur, c'est ça ? grommela-t-il à l'intention du fantôme.
Son cœur se serra. Au final, ce n'était pas très différent de ce qu'il avait lui-même prévu de faire à Noël, mais savoir que quelqu'un d'aussi populaire et apprécié que Potter serait seul lui paraissait bien plus dramatique.
— Pourquoi n'assisteriez-vous pas à cette scène tout seul pour une fois ? déclara le fantôme qui le poussa à suivre Potter jusqu'à sa chambre, tout en lui lançant un regard entendu et un sourire forcé avant de disparaître.
— Attendez ! Qu'est-ce que je suis censé faire ?
— Vous allez vous en rendre compte par vous-même, répondit la voix du fantôme.
À cet instant, Drago entendit l'eau couler dans la salle de bains, derrière la chambre. Lançant un dernier regard par-dessus son épaule à l'endroit où le fantôme avait disparu, il traversa la pièce avec appréhension et jeta un coup d'œil dans la salle de bains. Il arriva juste à temps pour voir Potter laisser tomber la serviette qu'il avait accrochée autour de ses hanches. Il put observer à loisir les muscles bien dessinés de son dos et de ses fesses.
— Oh, laissa-t-il échapper.
Il fixait ouvertement Potter, il le savait bien, mais il restait sous la protection du fantôme, non ? Il espérait bien être aussi invisible qu'il l'avait été jusqu'à maintenant. Potter ouvrit la cabine de douche et se positionna sous le jet d'eau. Les parois embuées empêchèrent Drago de bien voir, mais il ne s'en formalisa pas. Il connaissait déjà par cœur chaque parcelle du corps de Potter, de son grain de beauté sur l'omoplate droite à la veine sous son pénis qui se gonflait à chaque fois qu'il avait une érection.
Il déglutit. Il apercevait sa silhouette à travers les vitres recouvertes de buée, mais également ses mouvements alors qu'il se savonnait et se rinçait les cheveux. Qu'il se tienne bien droit en passant les mains dans ses cheveux mouillés ou qu'il se penche pour se laver les pieds en remontant ensuite lentement le long de ses jambes, chacun de ses gestes le captivait. Potter finit par atteindre ses testicules, qu'il prit doucement entre ses mains pour les savonner. Il rejeta la tête en arrière pour se rincer le corps tout entier. De la ligne franche de sa mâchoire s'égouttait l'eau de la douche.
— Tu es faible, Harry. Beaucoup trop faible.
Drago retint son souffle. Potter marmonnait dans sa barbe alors qu'il reposait le savon dans le porte-savon. Drago comprit alors le sens de ses paroles : le brun posa la paume d'une main contre le mur opposé de la cabine et baissa la tête pour observer son autre main s'enrouler autour de son érection. Pourquoi autant de culpabilité ? Il s'auto-flagellait à chaque fois qu'il se faisait une petite branlette ou quoi ?
À travers la buée, Drago ne distinguait que sa silhouette alors qu'il commençait à se caresser. L'eau ruisselait sur ses épaules et son dos comme il se détournait du pommeau de douche. La tête penchée, il observait ses doigts se déplacer lentement sur son sexe alors que son bras bougeait de plus en plus vite. Drago ne pouvait voir grand-chose de son érection, mais la flexion de son biceps à chacun de ses mouvements le fascina encore davantage.
— Écarte davantage… les jambes… gémit Potter, à bout de souffle. Ferme-la, pour une fois. Personne d'autre que…
Il s'interrompit, réprimant un gémissement.
— Personne d'autre que moi, murmura-t-il.
Le désir envahit Drago. Il avait déjà entendu ces mots, dans le lit de Potter, et ils l'excitaient à un point inimaginable. Dès qu'il les entendait, il avait envie que le brun le prenne avec encore plus de force, qu'il lui donne tout ce qu'il pouvait. Le bruit de l'eau se répercutait contre la main qui caressait son sexe. Ses épaules se tendirent et Drago vit les doigts qui se cramponnaient à la cabine de douche se crisper.
— Drago.
Il avait prononcé son nom d'une voix étouffée, dans un profond gémissement réprimé, mais il l'entendit tout de même. Potter prit une profonde inspiration et son bras arrêta de bouger. Drago vit le brun s'adosser contre le mur de la douche. Il prenait de profondes inspirations tout en se maudissant. Drago retint son souffle. Son corps aujourd'hui transparent se consumait de désir.
Potter sembla se ressaisir. Il s'écarta de la paroi et secoua la tête pour écarter ses cheveux du visage. Il se frotta les mains sous le pommeau de douche puis passa la tête dessous avant de couper l'eau. Il se saisit d'une serviette, s'essuya rapidement et l'enroula autour de ses hanches. Il sortit de la cabine, l'air lugubre. Ses cheveux mouillés étaient magnifiques, lisses et brillants. Drago eut du mal à détourner les yeux des gouttelettes qui s'égaraient sur son torse. La bouche soucieuse, ses yeux ne comportaient plus leur éclat si particulier. Il remit ses lunettes. Le rouge de ses joues semblaient davantage dû à de l'embarras qu'à un désir satisfait ou à un exercice physique.
Il retourna dans la cuisine sans prendre la peine de s'habiller. La grande serviette bien ajustée autour de ses hanches lui descendait jusqu'aux genoux. Sans même se poser de question, Drago le suivit. Sa forme fantôme devait posséder un cerveau propre. Potter s'immobilisa devant la bouteille de vin qu'il avait regardée avec insistance plus tôt dans la soirée. Il posa une main sur le bord du plan de travail et se frotta la mâchoire de l'autre. Cette bouteille lui donnait apparemment matière à réfléchir…
— Et merde, finit-il par marmonner en se saisissant de sa baguette sur le plan de travail.
Il attrapa la bouteille et la fit tourner dans ses mains. Drago put enfin voir l'étiquette.
Il faillit s'évanouir.
Il ne put la lire en entier mais c'était un Henri Jayer, sûrement un Vosne Romanée, qui coûtait facilement plus de cinq cents livres dans le monde Moldu. Était-ce un cadeau ? Ce baiseur de dragon le lui avait-il offert ? Il était impossible de trouver un vin comme celui-là dans les boutiques sorcières, il fallait en passer la commande des mois au préalable pour en obtenir un… et Potter… oh doux Merlin, il était en train de l'ouvrir… !
Drago en aurait pleuré, non seulement parce qu'il ne pouvait sentir les premières effluves d'un aussi grand cru, mais surtout parce que Potter semblait incapable de comprendre qu'on n'ouvrait pas, jamais, un tel millésime, à moins d'une occasion tout particulièrement spéciale. Mais certainement pas pour se saouler et cuver sur un canapé en se goinfrant de vieux paquets de chips.
Potter sortit un verre à pied du placard (merci Merlin, il ne but pas directement à la bouteille !) et le remplit à moitié. En reposant la bouteille, Drago aperçut la petite étiquette accrochée autour du goulot.
Joyeux Noël, Drago. H.
Il en resta bouche bée. Potter n'y connaissait strictement rien en vin. Il avait dû passer des heures et des heures à chercher lequel acheter et où le trouver. Il savait que cette satanée bouteille de vin aurait une valeur considérable aux yeux de Drago. Et lui, qu'avait-il offert à Harry en échange ? Il se mordit la lèvre inférieure. La culpabilité commençait à le ronger.
Potter fit tournoyer son verre en fixant le liquide rouge sang. Il finit par soupirer.
— Joyeux Noël, Malefoy, grommela-t-il avant d'en prendre une longue gorgée.
Il se lécha les lèvres en abaissant le verre. Drago observa sa pomme d'Adam alors qu'il avalait. Le brun laissa échapper un rire aussi soudain qu'étouffé avant de se passer une main sur le visage.
— Ça a le même goût que quand je le conjure par un sort, marmonna-t-il en reposant le verre. Mais, après tout, qu'est-ce que j'y connais ?
Faisant face au plan de travail, il posa une main aux deux coins du meuble et baissa la tête. Les muscles de son dos et de ses bras se tendirent. Drago dut physiquement se retenir de ne pas lui frotter le dos d'un geste apaisant afin de faire disparaître cette expression affligée.
L'instant d'après, toutefois, Potter se redressait. Il but une autre gorgée de vin, secoua la tête en l'avalant et se saisit de la bouteille. Drago l'observa alors avec horreur déverser le reste du vin dans l'évier.
La scène commença alors à disparaître, malgré le bras tendu de Drago qui ne désirait nullement partir.
xxx
Cette fois, à son réveil, Drago sut tout de suite qu'il n'avait pas rêvé de tout ça. Il s'assit en s'agrippant au drap. La respiration saccadée, il portait encore le tee-shirt de Potter.
Ses épaules s'affaissèrent alors qu'il le touchait du bout des doigts. Il était tellement usé que, par endroits, on aurait dit qu'il était déchiré. Il se révélait doux au toucher et un peu trop grand pour lui. Il emprisonna une partie du tee-shirt dans son poing. Il se recouvrit le nez du col pour s'imprégner de l'odeur et se blottit dans le lit, s'efforçant d'arrêter les tremblements qui secouaient son corps.
Au moment où il commençait à se sentir un peu mieux, sa respiration reprenant un rythme normal et l'odeur du tee-shirt agissant sur lui comme un calmant, il ressentit un courant d'air froid parcourir la chambre.
— Non, murmura-t-il en fermant les yeux. Severus. S'il vous plaît. Pas ce Noël-là. Je ne peux pas…
Sa voix se brisa.
Mais sa supplication resta vaine. Comme il l'avait redouté, une silhouette menaçante se glissa dans sa chambre, comme une apparition d'outre-tombe. Son instinct prit le dessus et il replia ses genoux contre son torse. Ce fantôme-ci n'avait rien à voir avec les deux précédents, dont l'un s'était avéré banal et le second particulièrement jovial. Son visage et son corps étaient dissimulés sous une robe à capuche. Seuls ses doigts pâles et filiformes se dévoilèrent lorsqu'ils désignèrent Drago pour l'intimer de le suivre.
On aurait dit trait pour trait un Détraqueur. Drago claqua des dents.
Cependant, malgré son appréhension, il s'efforça de garder son sang-froid. L'air glacial s'était déjà évaporé. Le désespoir qu'il ressentait n'était dû qu'à son propre chef. Il abaissa lentement les genoux, essayant de rassembler son courage.
— Vous êtes… le fantôme du Noël à venir ?
La capuche acquiesça d'un mouvement lent.
— Merlin, soupira-t-il. J'étais en colère contre les autres, mais pas apeuré par leur présence. Par contre, vous…
Il prit une profonde inspiration, mais se leva toutefois du lit pour s'approcher du fantôme. Il tenta de garder la tête haute.
— Étonnamment, vous êtes celui qui me terrifie le plus.
Le fantôme lui tendit une main squelettique.
— Ce que vous avez à me montrer risque fort de ne pas me plaire, n'est-ce pas ?
Silence radio.
— Est-ce qu'il y aurait… commença-t-il avant de pincer les lèvres. Mais je peux encore changer mon futur, n'est-ce pas ? Même si ce que je m'apprête à voir est horrible, si…
Un frisson le parcourut.
— Je peux encore le modifier, tenta-t-il de se convaincre.
Le fantôme ne formula aucune réponse. Il se rapprocha de lui et Drago fit tout ce qu'il put pour affermir sa détermination. D'une main néanmoins tremblante, il prit celle du fantôme. Ses doigts sans vie étaient froids dans les siens.
