Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, et l'histoire de Shiv5468.
Chapitre quatre.
Severus était un paquet de nerfs. Il avait quasiment usé le tapis jusqu'à la corde à force de faire les cent pas. De temps en temps, il s'arrêtait pour sortir une petite boite de sa poche, l'ouvrir, en examiner le contenu, prendre une mine inquiète, refermer la boite, et la remettre en place, avant de recommencer ses allers et retours.
Il allait demander Hermione en mariage.
Cette conversation de l'autre nuit l'avait fait réfléchir. Bon, d'accord, ses premières pensées avaient été pour le 'comportement dévergondé' qu'Hermione se proposait d'adopter, mais après avoir mis de côté, pour ainsi dire, cette distraction, il avait été libre de se concentrer sur le sujet important du mariage.
Elle n'avait pas fait d'allusion du genre 'c'est la prochaine étape dans notre relation'. Hermione n'était pas du genre à faire des allusions, plutôt à demander de but en blanc. Il aimait ça chez elle. En général. C'était juste qu'il se serait senti bien plus à l'aise pour lui demander de l'épouser si elle y avait fait une petite allusion. Dans ce cas, il aurait pu savoir ce qu'elle était susceptible de répondre. En l'état actuel des choses, sa question allait être un plongeon dans l'inconnu.
Il s'était demandé s'il ne ferait pas mieux d'attendre et de lui laisser faire la demande elle-même, mais ça lui faisait courir le risque qu'elle se lasse d'attendre, et décide que quelqu'un d'autre ferait un meilleur mari que lui, ce qui était inacceptable. Il y avait presque un an qu'il vivait avec Hermione, et maintenant il était impatient d'officialiser leur relation. Il ne rajeunissait pas, et il était prêt à se caser. Conséquence : il allait faire sa demande.
Il ne croyait pas avoir jamais été aussi nerveux que ça par le passé. Prendre la Marque des Ténèbres avait été une promenade de santé en comparaison, parce qu'il était jeune et stupide alors, et qu'il pensait que rien ne pourrait jamais tourner mal. Maintenant, il était plus vieux et plus sage, et surtout bien plus méfiant envers la vie en général.
C'était la moitié du problème, de son point de vue – il ne rajeunissait pas. L'idée qu'on puisse lui voler le moindre moment qu'il aurait pu passer avec Hermione, maintenant que sa vie se déroulait comme il le voulait, le rendait amer. Et puis il était sûr qu'il s'était trouvé un cheveu blanc l'autre jour. Bientôt, il livrerait une bataille sans merci contre les poils dans le nez et les oreilles, les genoux qui craquent, et l'impuissance.
Il était trop vieux pour elle, mais trop égoïste pour la laisser partir, alors il s'était tourné vers ses potions pour trouver une solution.
C'était une de ses concoctions qui avait ramené Voldemort du seuil de la mort, même s'il avait tendance à rester discret sur le sujet. Enfin bref, il devait bien y avoir moyen se rajeunir de quelques années. Il avait travaillé longuement et durement pour adapter la potion – il n'avait pas beaucoup aimé son père, mais de là à être prêt à l'exhumer pour qu'il serve d'ingrédient, il y avait de la marge – et il était parvenu à quelque chose qui devrait pouvoir le rajeunir d'environ dix ans.
Un Snape de trente ans était un bien meilleur parti qu'un Snape de quarante, même s'il ne pouvait s'empêcher de craindre que ni l'un ni l'autre ne soient des affaires.
Il regarda la pendule. Hermione n'allait pas tarder à rentrer. Il était temps. Il attrapa la fiole de potion sur le manteau de la cheminée, et la fit passer nerveusement d'une main à l'autre. Respire à fond, Severus. Tu l'avales d'un coup, et tout ira bien.
Le goût en était horrible, comme il se devait avec les potions. C'était amer, et âcre, et il s'imagina pouvoir sentir toutes ces années gâchées qui brûlaient et disparaissaient. Le premier signe qu'il avait dû faire une erreur quelque part fut la douleur intolérable dans ses articulations, qui lui rappela bien trop cruellement le Doloris. Ensuite, sa gorge se mit à gonfler, l'empêchant de respirer. Sa dernière pensée, lointaine, avant de s'écrouler au sol, fut que la vie en avait toujours après lui.
La salope.
Il était vraiment content d'être toujours en vie quand il reprit conscience, même si ce sentiment de soulagement ne dura pas longtemps. Il avait mal partout, profondément, jusqu'au bout des os – il n'avait pas souffert à ce point depuis le jour où Bellatrix avait piqué une colère parce que personne ne s'était souvenu de son anniversaire.
Il se releva avec difficulté, et se pencha vers le miroir pour observer le résultat.
Ça, pour paraître plus jeune, il paraissait plus jeune. Les rides à peine dessinées avaient disparu, ses cheveux étaient encore plus gras qu'avant, et il sentait pointer une belle rangée de boutons. La vie s'était montrée aussi chienne que d'habitude, et lui avait filé un méchant coup bas.
Pour autant qu'il puisse en juger, il avait dix-sept ans. Pas trente, pas même vingt, mais dix-sept. Il était supposé aller boire un verre avec Hermione ce soir, et il ne serait même pas assez vieux pour entrer dans le putain de bar.
Mais qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ?
Et les choses ne s'arrêtaient pas là – non seulement son corps avait dix-sept ans, mais apparemment il avait régressé mentalement à cet âge également, parce que la panique coulait dans ses veines, et qu'il ne désirait rien tant que d'aller dans sa chambre, claquer la porte, et ne plus jamais voir personne.
Il n'arrivait même pas à formuler la moindre réflexion sarcastique. La seule arme dont il disposait en ce monde, son sens du détachement et de l'ironie, lui faisait faux bond.
Il fallait qu'il fasse quelque chose. Il le fallait. Mais il n'arrivait pas à trouver quoi. Alors il fit ce qu'il avait toujours fait quand il était adolescent – et qui lui avait causé tant de problèmes par le passé : il se tourna vers Lucius.
Il y avait bien une partie de son esprit qui lui disait que la lettre qu'il avait envoyée à Lucius était exagérément dramatique, mais son côté adolescent, qui avait le dessus, envoya le vieux Severus se faire foutre, parce que c'était son corps, et son problème, et merde merde merde et remerde.
Lucius,
Viens tout de suite. Problème gravissime. Besoin de toi.
Severus
PS : Pas un mot à Hermione NI à Narcissa.
Il aurait pu pleurer de reconnaissances quand les flammes tournèrent au vert moins d'une demi-heure plus tard, et que la tête de Malefoy apparut dans les flammes.
« Je cherche Severus Snape, jeune homme, est-ce que vous pourriez m'indiquer où il est ? » demanda-t-il, avant de regarder Severus à deux fois. « Oh, Severus, mais qu'est-ce que tu as fabriqué ? »
« Quoi, ça se voit pas peut-être ? »
Lucius eut un mouvement de recul, prêt à prendre la mouche pour avoir été apostrophé si impoliment, mais se radoucit en constatant que Severus était dans un état de panique totale, et que de toute façon il n'y avait aucun témoin à ce manquement terrible à l'étiquette des Mangemorts. « Peu importe. Je viens tout de suite. Tu veux bien ouvrir le réseau de cheminées ? »
Severus aurait voulu fondre en larmes tant il lui était reconnaissant, mais se contenta de s'essuyer les yeux du revers de la manche. Heureusement, sa baguette lui obéissait toujours, même si elle était un peu rétive, mais ouvrir la cheminée ne posa pas le moindre problème.
Lucius traversa, et retira ensuite calmement toute trace de suie de ses vêtements.
« Bien, Severus. Maintenant, raconte-moi tout. »
Il fallut à Lucius un bon moment pour comprendre précisément où voulait en venir Severus. Entre sa réticence naturelle à parler de sa vie privée, et son incapacité actuelle à former une idée cohérente, ses phrases ne voulaient pas dire grand chose.
« Voyons voir si j'ai bien compris ce que tu m'as dit. Tu as décidé que tu voulais faire ta demande en mariage. C'est plutôt raisonnable, tu ne voudrais pas qu'Hermione t'échappe. Malgré le fait que la dame de tes pensées te regarde avec l'affection qu'on réserve normalement à la dernière paire de chaussures de la boutique, tu décides que ton âge est une barrière qui t'empêchera d'obtenir sa main. En conséquence, tu prends la décision de te rajeunir de dix ans.
« Jusqu'ici, je comprends
« Ensuite, toi, Monsieur Je-Peux-Ramener-Les-Gens-d'Entre-Les-Morts, Maître de Potions des deux camps pendant la guerre, tu réussis à te planter si royalement que tu te retrouves à l'état d'adolescent boutonneux. »
Severus était tout rouge. « C'est pas juste. J'avais pas l'intention de me planter. » Non seulement il était rouge, mais sa lèvre inférieure était tordue d'une façon qu'on aurait qualifiée de moue dédaigneuse si on l'avait vu sur le visage de quelqu'un de plus blond et patricien. Sur Severus ce n'était, ce ne serait jamais, qu'une lèvre tremblotante.
« Bon, » reprit Lucius, « je peux comprendre l'attrait d'une femme plus âgée chez un gamin tel que toi, mais qu'est-ce qu'elle va bien pouvoir te trouver ? Elle ne me semble pas du genre à apprécier les enfants au berceau. Et nous savons combien les adolescents peuvent être imprévisibles. Imprévisibles, et si je me souviens bien, peu performants. »
Severus ricana.
« Enfin, c'est ce que j'ai retenu de discussions avec mes camarades, » continua Lucius avec hauteur. « Je n'ai jamais connu de telles difficultés, je peux te l'assurer. »
« C'est pas ce que dit Narcissa. » Ce n'était pas si mal d'avoir dix-sept ans ; jamais il n'aurait survécu s'il avait dit ça en ayant son âge.
« Ça n'est arrivé qu'une fois, » protesta Lucius. « Une seule. Et c'était notre nuit de noces. J'avais beaucoup bu. Et puis, Narcissa n'est pas la plus ardente des femmes, si tu vois ce que je veux dire. Ce serait suffisant pour perturber n'importe quel homme. »
C'était complètement nouveau pour Severus, qui recueillit ces confidences avec intérêt, les yeux écarquillés. Narcissa ne lui aurait jamais donné l'heure, et encore moins des informations personnelles sur sa vie intime. Il avait toujours cru que Lucius était le dieu du sexe qu'il prétendait être. Il se sentit immensément rassuré de savoir que même Lucius pouvait être rongé par le doute au sujet de ses capacités.
Ça expliquerait la canne.
Severus ne regarda pas la canne – l'Occlumencie ne servait à rien contre quelqu'un comme Lucius qui était capable de deviner vos pensées à partir de la moindre étincelle dans votre regard, même si personne n'aurait besoin de ça pour deviner pourquoi vous regardiez la canne – mais maintenant, il se demandait ce que Lucius pouvait bien chercher à compenser.
Voire même, sur-compenser.
Malheureusement le jeune Severus n'avait pas le même contrôle qu'un Severus plus mature endurci par des années de thé avec les Mangemorts, et son langage corporel – qui hurlait, 'je ne regarde pas ta canne parce que je pense à la taille de ta baguette' – le trahit.
Heureusement, Lucius était tout à fait satisfait de la taille de sa baguette, et savait qu'il maniait ladite baguette avec toute l'habileté nécessaire – des centaines de moldues ne pouvaient pas se tromper, et n'avaient aucune raison de mentir – alors il se contenta d'une remarque nonchalante, « Pas que tu en saches quoi que ce soit, évidemment. Tu avais quoi ? Vingt ans la première fois que tu t'es trouvé une copine ? »
Severus devint plus rouge encore.
« Ne me regarde donc pas comme ça, » s'impatienta Lucius. « Je trouve ça carrément perturbant de te voir régresser à l'état d'adolescent boudeur. Ça me rappelle nos premiers jours chez les Mangemorts, et je ne suis pas tout à fait sûr qu'on puisse les qualifier de bons souvenirs. »
L'irritation que ressentit Severus en se faisant traiter d'adolescent s'estompa quand Lucius mentionna les Mangemorts. Ça avait semblé marrant sur le moment, mais avec le recul, il pouvait bien voir le gouffre béant dans lequel ils étaient tombés. « Si nous avions su alors ce que nous savons aujourd'hui, où est-ce que tu crois qu'on serait ? »
« On serait morts, je pense. On aurait décidé de faire quelque chose de stupide, comme de tenir tête à Voldemort, et on aurait été torturés jusqu'à ne plus être que des masses ensanglantés et gémissants. »
« J'ai du mal à croire ça. On se serait certainement montrés plus malins. Une chose est sûre, je ne me serais jamais retrouvé à travailler pour Albus. »
Lucius haussa les épaules. « Je serais célibataire, c'est tout ce que je peux dire. Jamais je n'aurais épousé Narcissa. J'aurais choisi une femme un peu moins belle, mais beaucoup plus joyeuse. La beauté passe, mais une joyeuse disposition dure pendant des années, et c'est bien plus agréable de l'autre côté de la table du petit-déjeuner, même quand ladite table fait six mètres de long. »
Narcissa pensait qu'il était de mauvais goût de garder les coupes ornementales sur la table en permanence, même pour le petit-déjeuner. Lui pensait que c'était la seule façon qu'il avait de pouvoir faire face à ses œufs brouillés – elles dissimulaient agréablement son visage.
Elles avaient également le bénéfice de permettre à Narcissa de se sentir snob et supérieure – la vénérable Maison des Black, comme elle aimait tant à le rappeler, ne commettrait jamais un tel solécisme. Narcissa considérait que les Black avaient le sang plus pur que les Malefoy, qui faisaient quand même un peu 'nouveaux riches', avec seulement trois cents ans d'ancienneté dans le Monde Magique. Les Black prétendaient descendre de Nimue, ce qui n'impressionnait pas le moins du monde Lucius : un jupon qui avait fait tomber l'un des plus grands sorciers de tous les temps parce qu'elle était contrariée. (Et si ça ce n'était pas un portrait de Narcissa criant de vérité ! Les cieux savaient quelles hauteurs il aurait pu atteindre si elle n'avait pas toujours été dans ses pattes, et il se serait bien plus amusé, en plus.)
« Est-ce que tu es sûr que tu tiens à te marier ? » demanda Lucius, accordant à son ami une dernière chance de reprendre ses esprits.
Severus hocha la tête. Il était peut-être jeune et stupide, mais il s'accrochait toujours à son idée : il ne pouvait pas laisser Hermione s'en aller.
« Alors on ferait mieux de s'occuper de ton cas. Même si, vraiment, ça me désole de te voir gâcher ta vie pour une femme. Méfie-toi, je me réserve le droit de te dire 'je te l'avais bien dit' la première fois que vous vous disputez et qu'elle t'envoie dormir dans l'autre aile de la maison. »
« Hermione ne me ferait jamais ça. Même si nous avions une autre aile. »
« C'est ce que tu dis aujourd'hui, » répliqua Lucius, secouant tristement la tête.
« Hermione est gentille. »
Et ça résumait entièrement la situation. Hermione était gentille, et ne se comporterait probablement jamais comme ça. Lucius eut soudain l'envie irrésistible de faire un saut dans le passé et de se toucher deux mots à lui-même – il y avait de meilleurs critères pour se choisir une épouse que des coiffures assorties, aussi jolies soient-elles.
Il devait se débarrasser de Narcissa. Et s'il aidait Severus, et mentionnait ce fait en passant à Hermione, eh bien, il pourrait peut-être la convaincre de l'aider. Il aimait Severus, et il voulait aider Severus, mais il n'y avait pas de raison pour qu'il n'en tire pas un avantage personnel.
Son sourire satisfait – même si jamais il n'aurait parlé de quelque chose de si commun qu'un sourire satisfait – se figea quand il entendit une clé tourner dans la serrure.
« Hermione ! » s'écria Severus.
« La cheminée ! » répliqua Lucius, poussant l'adolescent vers les flammes.
Severus résista.
« Pour l'amour du ciel, Severus ! Il nous faut du temps pour régler cette affaire ! Dieu merci elle s'en tient toujours aux habitudes moldues, et ne Transplane pas à l'intérieur. »
Severus eut un dernier regard angoissé pour la porte d'entrée, et son Hermione, avant de se laisser entraîner.
Lucius lança la poudre de Cheminette dans les flammes, annonçant « Cottage Chèvrefeuille» d'un ton clair, et poussant Severus, sans lui laisser le temps d'y penser à deux fois.
Severus regarda autour de lui, les yeux écarquillés, regardant la pièce dans laquelle il était arrivé. Ça ne ressemblait en rien au Manoir Malefoy : il n'y avait pas de dorures, pas de meubles sculptés, ni de portraits de famille qui vous regardaient de haut. C'était accueillant – une pièce spacieuse, avec de grands canapés souples, couverts de coussins à fleurs, et un tapis élimé état au sol.
« Ce n'est pas ici que tu amènes tes conquêtes, si ? » demanda-t-il.
« Loin de là, » répondit Lucius, ironique. « C'est une petite garçonnière que je garde hors de toute influence féminine. On ne sait jamais quand on va devoir prendre la poudre d'escampette, et dans ce cas, mieux vaut que personne ne puisse te retrouver. »
« C'est sympa. Accueillant. »
Lucius soupira. « C'est vrai. Ça fait du bien de pouvoir s'asseoir quelquefois sans s'inquiéter de savoir si tes robes sont assorties à la décoration. »
Severus regarda les coussins et cligna des yeux. « Je ne sais pas s'il existe des robes qui puissent s'assortir à ces trucs. Ils sont un peu clinquants. »
« C'est de la faute des Elfes de Maison – ils ne comprennent absolument rien à l'assortiment des couleurs. Tu devrais entendre ce que Narcissa a à dire sur le sujet – on ne peut pas les laisser s'occuper des bouquets, d'après elle, parce qu'ils mettent toujours le jaune et le rose ensemble, et s'arrangent ensuite pour déposer ce vase dans une pièce à dominante violette. Personnellement, je me suis toujours dit que c'était ce qu'il y avait de plus proche pour eux de désobéir. Je soupçonne la plupart des Elfes des Malefoy de conduire une guérilla souterraine contre elle depuis le jour où je l'ai ramenée au Manoir. Je ne peux pas le leur reprocher. Jouer les imbéciles est une technique que j'ai moi-même utilisée de temps à autre, mais avec moins de succès. J'imagine qu'elle s'attend à ce que je me montre un peu plus intelligent qu'un Elfe de Maison. »
Severus envisagea de faire une remarque moqueuse à ce moment, mais même un gamin de dix-sept ans sait qu'il y a des moments auxquels il vaut mieux se taire, surtout si vous voulez que la personne qui est en face de vous vous aide. Lucius prit acte de cette retenue avec l'ombre d'un sourire.
« Bon, maintenant, comment est-ce que tu vas inverser cette saleté de potions et te remettre en état de faire ta demande ? » interrogea Lucius.
Severus s'écroula sur l'un des canapés sans attendre qu'on l'y invite et étendit ses pieds sur la table basse. « Chaipas. »
Lucius eut une pensée reconnaissante envers tous les dieux qui avaient eu l'éclair de génie de décider que le Monde Magique avait besoin d'un pensionnat, ce qui lui avait permis d'échapper au plus gros des bouderies adolescentes de Drago, avant de demander. « Chaipas ? Qu'est-ce que tu veux dire par chaipas ? » On pouvait presque entendre les guillemets alors qu'il s'abaissait à prononcer de sa bouche ces mots d'argot moldu. « Tu dois bien être capable d'inverser les effets. »
Severus continuait de fixer ses bottes, l'air plus grognon encore. Lucius n'aurait jamais cru qu'il soit possible pour lui de prendre un air plus grognon, mais apparemment, si. S'il y avait eu un Championnat du Monde de bouderie, Severus aurait été disqualifié, et il aurait passé le reste de la journée à bouder à cause de ça.
« Y'aurait peut-être un moyen, » proposa-t-il finalement.
« Peut-être ? »
« Bon, d'accord, je peux inverser l'effet de la potion, mais ça veut dire que je me retrouverai de nouveau à quarante balais. Je ne peux pas l'inverser juste un peu, pour rajeunir de dix ans. »
« Dans ce cas, inverse les effets, et ensuite tu rectifies ta recette et tu recommences. »
« Peux pas. »
« Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? »
« Peux pas. » Severus soupira. « Ça ne marche qu'une seule fois, d'après la rumeur. »
« Et qu'est-ce qui se passe quand on en prend une deuxième fois, alors ? »
« Personne ne sait. On n'a jamais retrouvé assez de morceaux de ceux qui essayaient pour leur poser la question. Quoi qu'il se passe, ça n'a pas l'air marrant. »
Lucius haussa les épaules. « Alors il n'y a rien d'autre à faire. Tu prends l'antidote, tu poses ta question, et tu te prépares à dire adieu à ta liberté. »
« Mais peut-être qu'elle ne répondra pas oui. »
Si Lucius avait été un Gryffondor, il aurait dit quelque chose sur le courage dont il faut savoir faire preuve dans l'adversité, et le fait d'oser se jeter à l'eau. N'en étant pas un, il ne dit rien de tout ça. Il avait consacré sa vie à éviter l'adversité autant que possible, soit par les complots complexes, soit, au besoin, grâce à la force brute et à l'ignorance crasse fournie par ses larbins. Certainement pas en se salissant lui-même les mains. C'était un point de vue que Smudger aurait tout à fait approuvé, sauf en ce qui concernait le rôle des larbins – après tout, lui-même en était un, et il en avait plus qu'assez de se retrouver dans des situations impossibles à causes des glandus de la Haute.
« Je suis certain qu'il y aura moyen de la persuader, » affirma Lucius, pensif, considérant ses options.
« Rien de drastique, » protesta Severus. « Je sais bien comment tu es. »
« Ne sois pas idiot. » L'Impérium était hors de question. C'était typiquement la fausse bonne idée – au bout de quelques heures, son effet s'estomperait, et ils seraient de nouveau à la case départ. Même avant la case départ, en fait, à la case moins une, parce qu'Hermione risquait d'être un peu contrariée si on la forçait à se marier, même si en fait elle aurait été d'accord pour se marier.
Les femmes étaient bizarres parfois.
« Tout ce que j'avais en tête, c'était une conversation discrète dans laquelle je mentionnerais en passant que tu envisageais peut-être de lui proposer le mariage, afin de voir de quel côté souffle le vent. »
« J'imagine que ça pourrait marcher. Tu ferais ça avec tact ? »
« Evidemment. Tact, c'est mon deuxième prénom. »
Severus n'eut pas l'air convaincu.
« Ta fête d'anniversaire est bien sensée être ce soir, pas vrai ? »
Severus hocha la tête.
« J'ai été invité moi aussi, alors pourquoi ne pas tuer deux lièvres à la fois ? Pas littéralement, pour l'amour des cieux, » s'irrita-t-il en voyant l'air inquiet de Severus. « Je peux passer lui dire que tu seras en retard à cause d'un accident de potions, et, si elle semble suffisamment inquiète, je chercherai alors à savoir si ses intentions sont honorables. Après tout, je suis sûr que nous sommes parents, si l'on remonte assez loin dans nos arbres généalogiques, alors, il est quasiment de ma responsabilité de m'assurer que tu te ranges dans des conditions convenables.
« Ne sois pas stupide, » le tança Severus.
« C'est une moldue. Ils ont de drôles d'idées sur ce que nous les Sang Purs pouvons faire, crois-moi. Tu peux t'amuser pendant des heures en leur disant que se tenir debout dans le coin d'une pièce avec une fougère sur la tête est un rituel important, et qu'ils ne sont pas membres à part entière du Monde Magique avant qu'il ne l'aient accompli. Il ne te reste plus qu'à observer ensuite combien de temps il leur faut pour laisser tomber. Des gens bizarres. »
« Hermione n'est pas bizarre, » répliqua Severus, soudain frappé par l'envie qu'il avait de la voir. « Elle est jolie, et gentille, et drôle, et je veux me marier avec elle. »
« Alors laisse faire Tonton Lucius. »
« C'est ce que tu m'as dit la dernière fois, et regarde un peu où j'en suis. »
« Où tu en es, Severus ? Tu as passé plusieurs années à t'amuser sans compter, tu as un groupe d'amis qui gardent tes arrières et sont toujours prêts à te payer une tournée. Ensuite, tu as passé quelques années de repentir aux pieds de Dumbledore, et maintenant, tu as un boulot correct, un Ordre de Merlin première classe, et tout un choix de sorcières attirantes avec qui tu pourrais passer une heure ou deux, opportunité à laquelle tu as choisi de renoncer en te mariant. Alors arrête un peu de te plaindre. »
Severus cligna des yeux à plusieurs reprises, surpris. Il ne s'était jamais considéré comme particulièrement chanceux, mais quand on voyait les choses sous cet angle, il ne s'en était pas si mal sorti.
« J'imagine que tu as l'antidote sur toi ? »
« Comme si c'était mon genre de prendre une potion sans avoir l'antidote sous la main, » répliqua Severus.
« Bien. Tu restes là. Ne fais rien avant que je ne revienne. Une fois que j'aurai échangé quelques mots avec Hermione, nous serons mieux placés pour discuter de notre prochain mouvement. »
Lucius attrapa la poudre de Cheminette et disparut avant que Severus n'ait le temps de dire quoi que ce soit. Il s'assit sur le canapé pour attendre les nouvelles. Il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter. Réunir Lucius et une fille de moldus, c'était risquer les problèmes. Réunir Lucius et Hermione, c'était courir à la catastrophe.
