Chapitre 3 : Un labyrinthe de questions…

Chapitre 3 : Un labyrinthe de questions…

Il y a certains indices sur une scène de crime qui, par leur propre nature, ne sont pas là pour être collectés ou examinés. Comment peut-on collecter l'amour, la rage, la haine, la peur ? James Reese

« Ziva…photos, croquis. DiNozzo, indices. McGee, tu me trouves l'identité de cet homme. » Les trois agents obtempérèrent avec empressement, trop heureux d'échapper à l'ambiance pesante de la maison. Ducky jeta un regard à son ami. Gibbs avait les mâchoires serrées et une ride marquait son front. Il était inquiet, inquiet mais aussi furieux. Le responsable – si responsable il y avait, bien sûr- avait plutôt intérêt à se trouver loin d'ici, songea le vieil homme. Tous les deux fixaient le petit corps tremblant de la brunette, le cœur lourd. Ducky savait que son ami s'en voulait de ne pas réussir à entrer en contact avec la jeune fille… Il était très doué avec les enfants, mais cette fois-ci c'était différent. « Elle est choquée, Jethro. Il va lui falloir du temps avant de faire confiance à quelqu'un. Beaucoup de temps. Tu penses qu'elle a vu quelque chose ? Quelqu'un ? » Sans lui prêter attention, Gibbs s'avança de nouveau vers la jeune inconnue.

« Tu voulais nous voir ? Nous sommes là maintenant. Tu n'es pas obligée de parler tout de suite. Mais je voudrais que tu sortes d'ici. Pour que nous puissions travailler. » Elle parut sortir de sa bulle quelques secondes, et porta son attention sur lui. Gibbs lui tendait à présent la main, paume ouverte, retenant son souffle. La jeune fille parut hésiter quelques secondes puis vint glisser ses doigts dans ceux de l'agent. « Merci. »

Soulagé, Gibbs l'entraîna loin de la bibliothèque. Machinalement, il cherchait sa chambre des yeux : un lieu sûr, familier dans lequel elle aurait des repères et se sentirait en sécurité. Finalement, il la découvrit au bout du couloir : une petite pièce peinte dans un joyeux mélange de tons bleus et verts, gaie et lumineuse. Des cartes postales des quatre coins du monde étaient collées aux murs, reliées à un planisphère par de longs fils noirs, punaisés sur un grand nombre de continents. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait ce genre de choses, Kelly en avait une également. Elle suivait avec attention les déplacements de son père.

Il y avait également des livres étalés un peu partout et une pile soigneusement rangée à la tête de son lit. Des CD. Une série de photos dans de jolis cadres argentés. Sur l'une d'elle, il reconnut la jeune fille et la victime : bras dessus, bras dessous, ils souriaient gaiement à l'objectif. Derrière eux, ce qui ressemblait à un désert.

La brunette se laissa glisser sur le tapis épais, appuyée contre le bord de son lit de bois d'ébène. Une seconde, le Marine la quitta des yeux pour mieux s'effacer. La laisser seule un instant. Il admira le travail remarquable du bois du lit, les décors d'arabesques qui s'entremêlaient dans un labyrinthe, apparemment inextricable. Mais si on se concentrait suffisamment longtemps, qu'on suivait du bout du doigt les sculptures en méplat, on pouvait rejoindre une sorte de motif compliqué situé au cœur des chemins. Comme une pelote de laine ; si on savait sur quel fil tirer on pouvait tout débrouiller d'un seul coup.

Un nouveau coup d'œil sur la jeune fille lui indiqua qu'elle se calmait progressivement. Sa respiration était moins hachée, ses joues reprenaient quelques couleurs et elle finit par lever les yeux vers lui, comme si elle s'apercevait enfin de sa présence. « Ça va mieux ?

- Oui, merci. » La brunette se redressa, apparemment gênée de s'être laissée aller de la sorte. Elle triturait nerveusement son pendentif. « Désolée de… » Gibbs évacua les excuses d'un geste de la main et s'assit précautionneusement au bord du lit. « Comment tu t'appelles ?

- Anouk. Anouk Guilligan, Monsieur.

- Tu vis ici ?

- Avec mon père. Je…C'est lui qui…

- Je sais. Tu as quel âge ?

- 14 ans. » Pour le moment, il menait une discussion simple, aux questions banales. Il fallait qu'elle se détende, qu'elle lui fasse confiance pour qu'il puisse en savoir d'avantage. « Le sergent dehors m'a dit que c'est toi qui voulais qu'il nous appelle ?

- Oui.

- Pourquoi ? » Elle planta ses yeux turquoises dans les iris bleu. « Mon père ne s'est pas suicidé, Monsieur. » S'il fut légèrement surpris par la ferveur qu'elle mettait dans ces mots, il n'en montra rien. « Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

- Je le sais.

- Il va m'en falloir un peu plus, dit-il gentiment. Tu as une idée de ce qui est arrivé ?

- C'est à cause de cette enquête.

- Cette enquête ?

- Il… » Anouk hésitait désormais, comme si elle était sur le point de répéter un secret particulièrement lourd. « Si je vous dis quelque chose, qui le saura ?

- Moi. Mes agents, probablement.

- Et… » Elle cherchait ses mots, avançant avec précautions. « C'est tout ?

- De qui as-tu peur ?

- De…je ne sais pas. Papa m'a fait jurer de n'en parler à personne. Il disait que ça nous mettrait en danger, tous les deux. Mais maintenant… » Anouk était tiraillée entre son besoin de confier ce secret trop gros pour elle et la volonté de ne pas trahir le serment fait à son père. Les larmes perlaient à ses paupières. « Ton père aurait voulu te protéger, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Il te faisait confiance. Je ne pense pas qu'il t'en aurait voulu si tu avais fait ce que tu pensais être juste. » Elle paraissait sur le point de flancher. « Ecoute…si tu me le montrais, je pourrais décider si c'est important ou non. Et si ce n'est pas le cas, je l'oublierai.

- D'accord. » Anouk se leva pour aller farfouiller au milieu d'une série d'encyclopédies et saisit une petite clé argentée, bien cachée entre les pages du dernier tome de l'Universalis, et déverrouilla le tiroir du bureau. Elle tâtonna un instant et finit par soulever le double fond en bois. Précautionneusement, elle en retira une petite clé USB argentée. « Merci.

- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

- Tu vas prendre quelques affaires, et venir avec nous au NCIS. Jusqu'à ce qu'on sache ce qui est réellement arrivé. » Les yeux turquoise le dévisagèrent quelques secondes, interrogateurs, semblant demander 'Et après ?' Mais au lieu de cela, elle murmura « Pour combien de temps ? » Gibbs détourna le regard vers la fenêtre : dehors la pluie tombait toujours aussi drue, et le vent soufflait en emportant des tourbillons de feuilles mortes. Il ne pouvait pas répondre à cette question. Pas plus qu'il ne pouvait prédire ce qui allait se passer après.

Anouk le considéra quelques secondes et se contenta de hocher la tête en attrapant un sac de marin kaki, customisé de toutes sortes de citations et autocollants. Quelqu'un y avait aussi cousu une fausse plaque d'identification portant le nom de la fillette. Elle y fourrait un bric-à-brac coloré. Ramassa quelques livres qu'elle glissa dans le sac. Un lecteur MP3 suivit le même chemin. Hésita quelques secondes et attrapa le cadre bleu pétrole derrière lequel se trouvait une photo de famille. Les couleurs étaient un peu fanées mais on reconnaissait sans problème Anouk, dévisageant le photographe d'un air grave. Elle était entourée de son père et d'une sublime blonde aux yeux bleu turquoise. « Je peux te laisser quelques minutes ?

- Oui. Ça ira. » Lâcha-t-elle d'une voix qu'elle voulait assurée, alors que son menton tremblait dangereusement. Le Marine fit semblant de ne pas voir les larmes qui perlaient aux cils épais et sourit doucement. « Je reviens. »