Titre : Le Prix du Sang
Pairing : Snarry principalement, et autres :)
Rating : M (situation difficiles, lemon, tout ça ...)
Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, ni les termes sortant de l'univers HP, blablabla ... Voilà.
Résumé : UA (Snarry) - Les secrets restent rarement longtemps des secrets. Harry l'apprendra à ses dépens. Mais ce qu'il découvrira sera à mille lieux de ce qu'il avait seulement pu imaginer.
Un truc me perturbait dans la partie précédente, et après relecture, je me suis aperçue que j'avais oublié une chose. Rien de bien catastrophique en soi, mais quand même. J'ai honte.
Bref, j'ai modifié la partie 1 donc en rajoutant ce qui me dérangeait, à savoir que Dumbledore ne s'est même pas présenté. Pov' vieux, va. Bon, théoriquement il n'est pas totalement inconnu puisque c'est lui qui a signé la lettre des Aurors, mais je ne l'ai pas non plus précisé, donc j'ai rajouté une simple p'tite phrase.
Et après ce petit auto-apitoiement, voilà la seconde partie, qui elle ne souffre d'aucun oubli. Normalement. Ahem. Bonne lecture :)
Chapitre 2 : Une foutue longue journée - Partie 2
Severus poussa la porte et ils se dirigèrent en silence vers le libre-service, puis passèrent l'entrée du réfectoire. D'un coup d'œil, Harry vit que les autres groupes étaient déjà là et que Rogue et lui étaient visiblement les derniers à arriver. Ron lui fit un clin d'œil. Il lui avait gardé une place à ses côtés. Rogue le dépassa et s'installa seul, sur une table adjacente, sans se soucier de son subordonné. Harry n'y fit même pas attention, lui non plus ne désirait pas manger avec lui. Il rejoignit donc son ami qui discutait joyeusement avec Tonks, Lupin et Black. Bones et Abbot conversaient tranquillement avec Lewis et Williamson juste derrière eux. Malfoy et Zabini, assis en bout de table, en profitèrent pour le lever de leur chaise sans un mot, agrippant leur plateau dans un même mouvement, pour venir faire face à Rogue avec qui ils entamèrent directement une discussion auquel il sembla prendre part d'un ton blasé.
Une fois installé, Harry se servit un verre d'eau et Ron lui demanda.
« Alors, tu en penses quoi ?
- Je suis plutôt surpris, je dois dire. C'est immense et les installations sont nombreuses, en plus d'être parfaitement récentes. Oh, j'ai croisé Luna là-haut, elle semblait parfaitement dans son élément. Enfin, j'imagine que tu as du la voir toi aussi.
- Oui, en effet. Elle n'a même pas fait attention à moi ! » Pouffa Ron en revoyant son amie devant l'un des ordinateurs du bureau qui allait surement devenir l'un de ses meilleurs amis. « Hermy m'a envoyé un message tout à l'heure, elle est littéralement surexcitée. Je crois qu'on va en entendre longtemps parler ce soir. »
Harry avait le sourire aux lèvres et Severus se surpris à les écouter converser d'une oreille distraite bien qu'attentive, hochant quelques fois la tête pour conforter son filleul dans le fait qu'il écoutait à peu près attentivement son monologue. Au bout cependant de quelques minutes, ce dernier ne put s'empêcher de se sentir irrité par le bruit que faisaient ces deux idiots. C'était qu'ils n'étaient pas très discrets, pour ainsi dire, ce qui ne semblait pas déranger le moins du monde leurs interlocuteurs.
« … Et là, Harry ne s'est même pas posé la question de savoir si le mec était un ami ou un ennemi dans le scénario et l'a plaqué au sol sans lui laissé le temps de dire "ouf". »
« Le problème, c'est ce que c'était un ami. » Clarifia Harry, les yeux brillants à ce souvenir pourtant peu glorieux alors qu'il engloutissait son plateau repas.
« Mais l'instructeur a été tellement stupéfait de la facilité avec laquelle tu l'as mis à terre, c'est qu'il faisait quand même trois fois ton poids le Goyle, que tu n'as perdu aucun point !
- Heureusement ! » Soupira le brun avec un sourire.
Lupin ne cacha pas son amusement, ni son étonnement.
« Pourtant, en te voyant comme ça, on pourrait facilement en douter.
- C'est vrai, mais j'ai de la ressource. » Le regard dur d'Harry conforta Lupin sur cette idée. Puis, ne voulant pas garder l'attention sur lui-même, il enchaîna en pointant sa fourchette sur son meilleur ami. « Cela dit, tu as fait bien pire quand on y pense ! Avoir cassé le bras de ce pauvre Crabe durant ton examen de seconde année !
- Pauvre, c'est vite dit. Bien fait pour cet imbécile ! Sa seule stupidité méritait au moins ça, surtout après ce qu'il avait fait à Seamus quelques jours avant. » Ce à quoi Harry n'eut rien à redire.
Ils discutèrent et rigolèrent encore joyeusement sous les regards de Black qui observaient Harry sans pouvoir s'en empêcher. La ressemblance était à proprement stupéfiante. Étais-ce seulement possible qu'ils ne soient véritablement pas de la même famille ?
Au bout d'un petit moment, Malfoy soupira sèchement après un claquement de langue agacé. Sous le regard un peu surpris de Severus de se faire couper en plein milieu d'une phrase, et de l'ensemble de la table voisine qui ne s'attendait clairement pas à ça, il coupa Ron dans l'une de ses phrases.
« Hé, les siamois, vous ne pouvez pas vous taire deux minutes ? On ne s'entend plus penser. »
Harry, interloqué, ne put rien dire ; et Ron prit les devant.
« Désolé mon chou, on fait trop de bruit pour tes oreilles délicates ? » Demanda ce dernier moqueur, alors qu'Harry secouait la tête de gauche à droite, clairement amusé. Malfoy vit rouge, plus par l'appellation que par le ton utilisé.
« Le respect, tu connais ? »
Cette fois, Harry cru bon de devoir intervenir.
« Le respect, c'est dans les deux sens, blondinet. Si tu nous avais gentiment demandé de baisser le volume, on l'aurait fait sous sourciller. Ta manière de présenter les choses n'est pas très avenante, vois-tu? »
Severus eut un petit sourire satisfait sur le visage et Harry, à sa gauche, le remarqua. Draco aussi. Lupin essaya de tempérer l'ambiance qui s'était nettement refroidie.
« Messieurs, voy...
- Je vous le demande maintenant, bouclez-là. » Déclara ce dernier, exaspéré.
Ron et Harry se regardèrent et éclatèrent de rire. La tête du dit blondinet valait maintenant le détour, ne s'attendant probablement pas à cette réaction de leur part.
« Non, mon biquet, tu dois dire le mot magique. » S'amusa Ron, qui prenait visiblement un certain plaisir à l'énerver plus encore. Pour peu Lupin y verrait presque un affrontement Sirius - Rogue.
Malfoy grimaça de nouveau sous le sobriquet stupide utilisé. Est-ce que cet imbécile était en plus … ?
« Tes parents ne t'ont pas appris la politesse ? Continua le rouquin.
- Et vous, vos parents ne vous ont jamais appris à fermer vos gueules ? » Cracha Malfoy dont le peu de tenue qu'il lui restait semblait fondre comme neige au soleil. Faire mention de cette partie de sa vie n'était pas une bonne idée.
Harry se tendit brutalement et Ron pâlit en lui jetant un rapide coup d'œil. Harry se mit derechef à réciter l'un de ses mantras intérieur. Ne pas s'emporter. Ne pas s'emporter. Ne pas …
« Non, mais sérieusement, c'est à vous de prendre conscience du fait que vous n'êtes pas tous seuls ici, merde. Ne me forcez pas à vous faire taire moi-m… »
Harry se leva de son siège d'un mouvement brusque, renversant cette dernière au passage, et sorti de la salle en trombe sans le moindre regard en arrière. C'était ça ou il le butait de ses propres mains. Qu'il ne le remercie pas.
Draco, qui s'était également levé de sa chaise sur ce geste le regarda sortir et Severus fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était que ce cirque, encore ?
« Ton pote, il a un problème la vie, ou quoi ? demanda Malfoy au rouquin qui lui lança en retour un regard noir.
Il se leva à son tour vivement de sa chaise et s'apprêta à le cogner comme il le méritait quand la main, d'une poigne de fer, de Severus l'arrêta.
« Pas de ça ici, monsieur Weasley. »
Le ton était dur et sans appel. Ron n'hésita qu'une minute avant de se détourner de la poigne du plus âgé.
« La prochaine fois, je ne te rate pas, connard ! »
Il planta là sans aucune autre forme de procès un Malfoy atterré. Tandis que Ron se précipitait à la suite de son ami, Severus lui lança :
« Ne vous éloignez pas, que l'on ne passe pas trois heures à vous chercher. »
Ron fit un vague signe de la main derrière lui attestant qu'il avait compris et sorti de la pièce.
Les autres se remirent à parler, bien que Lupin jetait tout de même des regards incertains vers l'entrée du réfectoire. Blaise fit simplement comme si rien ne s'était passé, c'était leur problème.
Malfoy et Rogue restèrent silencieux. Draco ne tenu que quelques secondes, et comme si rien ne s'était passé, continua tranquillement sa conversation tout en se rasseyant, tout en soufflant un vague "Imbécile !".
« Mère t'invite à dîner. Samedi, vingt heures précises. »
Severus leva les yeux au ciel. Tout comme les fois précédentes, il n'en avait pas la moindre envie.
« Je ne pense pas pouvoir être présent, Draco. »
Malfoy lui lança un regard appuyé.
« Je pensais que l'on s'était mis d'accord pour que j'accepte volontairement que tu me mentes maximum une fois sur deux demandes. Et la dernière fois, tu t'es défilé, parrain. » Fit remarquer le blond sur un ton de reproches à peine déguisé. « Mère aime vraiment ta présence à la maison. » Draco grimaça à ces paroles, et Severus aussi.
« Uniquement à cause de ton père, et tu le sais bien. » Ni l'un ni l'autre ne désirait s'attarder sur le sujet, Severus passa rapidement à autre chose. « Et ce n'est pas une excuse bidon comme tu es en train de le penser, Albus à quelque chose pour moi. »
Draco se renfrogna, Albus passait toujours avant tout le reste, et il ne savait toujours pas pourquoi. Avisant cet air, qu'il avait déjà vu maintes fois, Severus eut un sourire.
« Navré. » dit-il sans pourtant en penser un traitre mot tandis que Draco haussait les épaules. Ce n'était que partie remise.
Plus loin de là, Ron rattrapait un Harry furibond qui creusait une tranchée de ses pas à l'entrée du bâtiment.
« Harry ...
- Ca va Ron, tout va parfaitement bien. Annonça celui-ci précipitamment.
- Écoutes, ne fais pas attention à lui, c'est un crétin.
- Je sais bien, et tu sais que le problème ne vient pas de là. C'est bon, tout baigne Ron, vraiment.
- Tu es sûr? » Ron n'était clairement pas convaincu.
A chaque fois qu'il avait vu Harry dans un état à peu près semblable à celui-ci, ça finissait de la même façon : une beuverie dans les règles de l'art dans l'appartement qu'ils partageaient tous les trois, avec Neville.
Durant leurs formations, Ron et Hermione, bien qu'en couple et comptant le rester, s'étaient mis d'accord pour qu'ils continuent de faire passer leurs études avant le reste (surtout Hermione, en fait) et donc Hermione partageaient également son propre appartement avec Luna qui tenait le même raisonnement avec Neville.
« On va décompresser un peu ce soir, d'accord? Je vais avertir Hermy, ça risque d'être une longue journée bien fatigante pour tout le monde, donc on commandera des pizzas et on ressortira les consoles de jeu. Oui, je sais où Hermy les as planquées, je suis sûre qu'elle ne dira rien pour ce soir. »
Harry ricana mais sentait néanmoins que peu importe ce qu'il pouvait penser, qu'il tente d'oublier et ce que son meilleur ami pouvait dire, ça risquait une fois de plus difficile de faire abstraction de la douleur que ce genre de remarque pouvait encore lui fournir, mais il ferait un effort, comme à chaque fois. C'était difficile, mais il devait absolument tout faire pour oublier ça.
« Je ... Oui, d'accord. Ron, merci.
- Ne me remercie pas, vieux, je sais. »
Oui, Ron savait. Et il était, Dieu merci, toujours là quand il avait besoin de lui.
Ils restèrent ainsi dehors, Ron déridait son ami autant que possible comme lui seul était capable de faire alors qu'il en profitaient pour discuter de leur binôme respectif. Quand Severus considéra avoir suffisamment de temps au gamin pour reprendre ses esprits qu'il avait perdu face à son filleul, il sorti à sa recherche et le retrouva riant aux éclats, les larmes aux yeux devant un Weasley semblant faire le pitre. Eh bien, tout ce cirque pour pas grand-chose, pensa Severus. Il se dirigea vers eux, le regard neutre, et ils redevinrent sérieux.
« Monsieur Weasley, Tonks vous attends. Au fond du couloir, à droite.
- Bien, merci. » Il se tourna vers son ami. « On se voit plus tard. Envois-moi un texto, si jamais ... »
Harry le coupa d'un sourire rassurant.
« On se voit plus tard, Ron. »
Il le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue et reporta son attention sur Rogue qui lui ne l'avait pas quitté des yeux.
« Pourrais-je savoir ce qu'il vous a pris?
- Rien qui ne vous regarde.
- Je pense qu'il est inutile de s'attarder sur le sujet, mais sachez que je ne tolérerai aucun autre comportement puéril comme celui que vous venez de nous gratifier. »
Harry lui lança un regard noir.
« A Monsieur Malfoy d'éviter de l'ouvrir plus que nécessaire en ma présence, et tout devrait bien se passer. »
Ça n'allait pas le faire. Severus en était intimement persuadé. Leur binôme ne tiendrait jamais dans ces conditions. Jamais. Il avait prévenu Albus que mettre quelqu'un sous son aile était une mauvaise idée. Mais là, c'était clairement le pompon à ses yeux. Il ne connaissait le gamin que depuis moins de trois heures et il était déjà prêt à lui creuser une tombe avant de le balancer dedans. Oh, il savait qu'il ne faisait pas non plus beaucoup d'efforts de son côté, mais cela ne changeait surement rien au problème. Il se doutait bien que le jeune homme devait avoir une bonne raison pour agir de la sorte, il avait reconnu les signes, mais il avait lui-même bien à faire de son côté pour avoir à s'occuper de ses états d'âmes de gamin immature.
« Je pense que vous allez au contraire devoir apprendre à faire avec. »
Le ton était volontairement froid. Le gamin devait comprendre.
« Que vous croyez. Écoutez, nous sommes parti sur de mauvaises bases. Je ne suis pas stupide, je sais que nous allons devoir tous nous entendre, et jusqu'à présent ça ne m'a posé de problème avec personne. Je prendrais le temps de mettre les choses au clair avec lui, soyez-en assuré. Je ne désire pas plus que vous qu'une autre altercation n'intervienne. »
Rogue lui lança un regard septique.
« Draco ne se montrera pas aussi conciliant.
- Alors, c'est qu'il est plus stupide que je ne le pensais. Ce qui me laisse songeur quant au fait que vous le défendiez pour ce comportement que vous-même ne pourrait considérer que comme puérile. »
Harry nota silencieusement que Rogue appelait le blond par son prénom, ce qui signifiait en toute logique qu'ils devaient probablement se connaître en dehors d'ici. Chouette pensa distraitement Harry, il était tombé sur un fils à papa qui s'était pistonné, pas étonnant que l'égo du jeune homme semblait à proprement surdimensionné.
« Voilà qui devrait être une bonne base pour une entente prochaine. « Rogue essayait maintenant de faire de l'humour. C'était raté. « Essayez toutefois de vous conduire comme l'adulte responsable que vous êtes censé être, nous ne sommes pas dans une cour d'école. »
Si Rogue continuait de défendre l'autre diva, Harry ne répondrait plus de rien. Severus semblait l'avoir compris en voyant les traits du brun se durcir et se contenta donc de changer de sujet.
« Bien, si nous avons de nouveau réussi à vous remettre à votre place, je pense qu'il est temps de rejoindre l'endroit où vous allez dans un premier temps passé le plus de temps. »
Et là où son calvaire n'était pas prêt de s'arrêter, pensa Rogue, levant les yeux au ciel alors que le jeune homme passait devant lui.
Ils montèrent deux étages d'escaliers (Rogue semblait ignorer que les ascenseurs étaient en parfait état de fonctionnement) et arrivèrent dans un immense open-space, séparant les diverses équipes de travail, au nombre de quatre pour cet étage. Rogue se dirigea à pas de loup vers le côté droit de la pièce, flanqué de cloisons rouges flamboyantes et se figea en avisant son propre bureau tandis que Sirius sur le sien affichait une mine contrite. Il n'avait pas spécialement envisagé les choses sous cet angle, pour peu qu'il ait eu le temps d'envisager quoi que ce soit, mais visiblement Albus avait déjà tout décidé à leurs places. Il allait certainement avoir besoin d'une bonne discussion avec lui, même s'il savait que ça ne servirait à rien.
Tandis qu'il s'empêchait de se pincer le nez dans un signe de profonde lassitude, Harry, totalement inconscient de son trouble, observa minutieusement chaque duo de bureaux présents dans la pièce, l'écran géant qui posait fièrement sur l'un des murs, le tableau blanc sur un second puis divers casiers, rangements et meubles comprenant probablement divers dossiers. S'il comprenait bien, à la vue des six bureaux pleinement occupés de papier et autres pot de crayons, couplés avec six autres vides de tout objet, hormis des ordinateurs flambant neufs, il n'allait vraiment pas pouvoir s'exiler de la présence polaire de son partenaire.
Partenaire qui fronçait dangereusement les sourcils à la vue de son propre territoire piétiné de la sorte. A ce niveau-là, ça ressemblait plus à de la colonisation pure et simple. Pourquoi avait-il accepté de faire plaisir à Albus, déjà? Il ne savait plus; il ne voulait que rentrer chez lui, dormir, et revenir le lendemain sans que rien de ceci ne se soit passé.
Rogue soupira, rien que d'imaginer avoir le jeune homme à ses côtés ou plus vraisemblablement sur le dos, il sentait une violente migraine pointer. Enfin, il devait tout de même bien admettre qu'en dehors de la petite altercation avec Draco, le jeune homme avait fait preuve d'un exemple de calme et de compréhension. Ses questions lors de la visite des locaux de l'organisation avaient été claires, intéressées, concises et surtout pertinentes. Personne n'aurait pu deviner qu'il avait été le premier à remettre en cause leur affectation, la sienne et celle de ses petits camarades, au code très secret des Aurors. Et bien qu'il lui ait pour ainsi dire promis de ne lui poser aucune question, Severus ne pouvait s'empêcher de se demander quels étaient les fameux objectifs dont le jeune avait fait allusion dès la première réunion. Lui n'avait jamais eu aucun objectif bien précis en tête, il devait bien avouer que cette simple question le rendait un tant soit peu curieux.
Pour l'heure, il épiait le jeune homme assis face à lui, sur ce qui était devenu son nouveau bureau, plongé dans le règlement intérieur de l'organisation, la politique de la maison, les droits et interdictions de chacun et l'étendue abyssale de toutes les clauses de son futur contrat. Autant dire que Severus se réjouissait des quelques heures de répit que la lecture du jeune homme allait pouvoir lui fournir. Il en était à ce stade de ses réflexions quand les autres occupants du bureau firent leur entrée et s'installèrent à leur tour. De six, ils passaient à douze ; heureusement que l'espace était assez étendu pour que personne ne se marche sur les pieds.
Au-dessus de sa masse ébouriffée, Severus croisa la mine maussade de Black, qui fixait la pauvre Susan Bones comme s'il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir en faire. Draco avec Lupin sur leur propre bureau de l'autre côté de la pièce avait l'air de se poser la même question au sujet de son binôme. Lupin semblait perdu dans le dossier particulièrement fourni qu'il tenait entre les mains, totalement inconscient que son jeune subordonné n'avait que vaguement survolé les différents documents qu'il était censé lire avec la plus grande des attentions.
Un autre manège se déroulait vers le duo que formaient Tonks et Weasley qui avaient tous deux la langue bien pendue. Et ce n'était pas Tonks qui allait s'en plaindre, bien au contraire.
Severus secoua la tête et fixa de nouveau son attention vers le visage sérieux et concentré de son vis-à-vis. Ce dernier avait retiré sa veste, laissant entrevoir de longs bras finement musclés, mais néanmoins étonnements fins pour un jeune homme de son âge. Le pauvre avait vraiment une carrure de fillette. Il remarqua également la trace d'une blessure sur son biceps droit qui avait due probablement être très douloureuse au moment où il l'avait reçue. Severus ne pouvait, bien malgré lui, s'empêcher de l'analyser sous toutes ses couleurs ou plutôt sur le peu qu'il en avait sous les yeux ; car il était évident qu'elle continuait plus haut sous le tee-shirt du jeune homme. C'est ce qu'il avait très rapidement pu entrevoir lorsqu'il tourna une page. Et plus son inspection sur cette blessure persistait, plus Severus avait la certitude de ce qu'il avait pu la causer. Vu l'arme utilisée, cela ne pouvait qu'être un simple accident. Probablement. A moins que le gamin n'ait participé à une bagarre qui ait mal tournée. Qu'importe, il avait l'air plus solide qu'il en avait l'air. Et il fallait au moins ça pour qu'Albus décide qu'Harry avait sa place dans l'équipe.
Alors que Severus se replongeait dans son dossier, celui sur lequel il travaillait depuis quelques semaines déjà et qui venait de récolter plusieurs nouveaux éléments, Harry releva doucement la tête. Il était difficilement arrivé à rester neutre devant la longue inspection qu'avait faite Rogue sur sa personne. Il détestait par-dessus tout être le centre d'une attention, quelle qu'elle soit. Il comprenait toutefois que son comportement puisse être étrange et préférait qu'il se forge une opinion claire sur sa personne entièrement basée sur ce simple fait. Au mieux, il ne rencontrerait que l'indifférence la plus totale, au pire des questions auxquelles il n'avait pas la moindre intention de répondre, et ce même sous la torture. Et la torture, d'une certaine manière, il connaissait, alors il n'était pas particulièrement inquiet pour cela.
D'un geste las, il retira ses lunettes et les reposa sur le bureau avant de se pincer l'arête du nez, une migraine s'installant progressivement. Il se relâcha pour se poser plus confortablement sur son siège et regarda une minute son téléphone portable, avisant l'heure, et répondit au message de Neville qui lui aussi avait hâte d'être à ce soir si elle signifiait soirée détente entre amis. Il grimaça ensuite à la vue d'un appel raté, n'ayant pas senti le téléphone vibrer dans sa poche, et soupira à la vue du numéro. Un éclair de rage le prit en le reconnaissant, toujours le même, et effaça cette trace du téléphone.
« Si vous vous permettez cela, j'imagine que vous avez finit votre lecture? »
La voix froide et mélodieuse retentit quand il remit son téléphone dans sa poche. Rogue n'eut même pas la décence de relever son nez crochu de son dossier en lui posant la question, comme si la réponse n'avait pas le moindre intérêt. Harry avait qu'il n'en était rien.
« Presque.
- Des questions ?
- Aucune. »
Il n'avait pas pu rêver mieux. Le jeune homme semblait avoir un cerveau actif et savait visiblement s'en servir, prenant connaissance des documents avec la plus vive des attentions. Il aurait préféré pouvoir en dire autant de son filleul, mais c'était visiblement loin de pouvoir être le cas. Il lui fit son plus beau regard lourd de reproches mais peu de choses de sa part arrivait à l'atteindre. Draco était profondément hermétique à tout ce que les gens disaient ou ne serait-ce que penser de lui. Un véritable Malfoy en soi.
Heureusement pour lui que, malgré l'interdiction formelle, Severus lui ai un peu fait part de ce qu'il se passe chez les Aurors, même si ce n'était que dans les grandes lignes. Draco avait toujours nourrit l'envie d'embrasser une carrière policière, quelle qu'elle soit, au grand dam de sa pauvre mère qui ne voyait pas tout cela d'un très bon œil.
Draco fut sorti de ses pensées quand Lupin fit tomber un stylo qu'il ramassa en jurant, ce qui était assez rare pour être souligné. Son regard loucha sur le Glock 17 qui reposait sagement sur sa taille. Il remarqua que Black, Tonks et Lewis ne portaient pas leurs armes comparé à Rogue, Lupin et Wiliamson, et se demanda pourquoi. En tournant les yeux, il avisa le rouquin exaspérant qui tenait sa pile de feuilles dans les mains, tout en posant des questions à voix basse à Tonks au rythme de sa lecture. Même le binoclard gringalet semblait intensément perdu dans le sienne, bien qu'il fût persuadé qu'il ne s'agissait que d'une simple excuse pour ne pas déranger son parrain. Dieu savait qu'il en fallait toujours relativement peu pour l'exaspérer et ce Dursley l'avait semble-t-il rapidement compris. Lui aussi, d'une certaine façon, avait hâte que cette longue journée se termine et pouvoir enfin entrer dans le vif du sujet. Les Aurors, il connaissait mais n'avais jamais envisagé avoir les compétences nécessaires pour les rejoindre. Ce fut donc une sacré surprise de se voir intégrer la nouvelle promotion cette année alors qu'il avait choisi une branche plus en rapports avec ses convictions. Bonne surprise cependant, il n'avait aucune raison de refuser. Il allait donc de ce fait, et comme le brun l'avait fait remarquer à un Albus Dumbledore que surpris, pleinement pouvoir remplir ses propres objectifs.
Autre point qui étonnait tout de même Draco, était la présence non négligeable de deux femmes dans la nouvelle promotion des Aurors. Les seules présences de Tonks parmi les plus âgés le conforta dans l'idée que leur affection dans cette branche ne devait pas être très rependue. Surtout qu'il n'en avait pas croisé beaucoup. Et pour cause, pensa-t-il, c'est avant tout un métier de mecs ! Surtout que cette Susan Bones, pour ne citer qu'elle, semblait visiblement victime d'une timidité maladive sans précédents. N'ayant fréquenté que des hommes dans sa précédente formation, il devait avouer que la présence de ces deux spécimens l'intriguait. Cela allait pour sûr rajouter un peu de piquant dans l'équipe, et rien ne pouvait plus lui plaire.
A mesure que le temps s'écoulait, un silence confortable s'était installé quelques fois entaché par les échanges que les plus âgés effectuaient entre eux. Puis le téléphone de Ron sonna joyeusement. Il l'éteignit rapidement en lançant un regard d'excuses à Tonks qui lui sourit en retour. Puis il sonna de nouveau, Harry ricana et Ron lui lança un regard noir avant de se lever pour prendre l'appel. Le sourire d'Harry s'agrandit quand il entendit la voix de son meilleur ami s'éloigner sur un « Hermy ! On n'a pas encore terminé, ici. » À cette phrase, Harry avisa de nouveau l'heure sur son propre téléphone portable et constata qu'il était effectivement tard. Toutes les jeunes recrues remuaient sur leurs chaises alors que les plus âgés donnaient l'impression qu'ils n'allaient pas quitter le bureau de la nuit. Pourtant, quand Ron rejoignit l'open-space, une charmante rougeur colorant ses joues trahissant une partie de la teneur de la conversation avec sa petite amie, Lupin se leva et s'étira vivement avant de lancer sur un ton joyeux.
« Hé bien jeunes gens, je pense qu'il est plus que grand temps de vous libérer pour aujourd'hui. »
Le premier à se lever fut Draco qui, à grandes enjambées, se dépêcha de rejoindre son parrain qui n'avait pas bougé d'un pouce après avoir salué Blaise. La moitié du bureau ayant déjà quitté la pièce, Harry amorça un geste pour se lever à son tour, n'ayant pas spécialement envie d'écouter une conversation entre les deux êtres face à lui, quand Rogue l'interpella :
« Avez-vous finalement terminé ?
- Pas tout à fait. Je finirai demain. » Malfoy souriait, ce qui n'était pas du tout une bonne chose.
« N'y comptez pas. Vous ne partirai pas d'ici avant que cette tâche ne soit finalisée. La journée de demain sera aussi chargée que celle d'aujourd'hui, nous ne vous laisseront certainement pas perdre de temps avec cela. » Severus pensa distraitement qu'il avait "oublié" de le prévenir concernant la journée du lendemain.
Ron et Black, qui étaient les derniers resté dans le bureau après le départ de tous les autres occupants, se figèrent. Black exprima ainsi du regard à Harry qu'une fois de plus venant de Rogue lui-même, cette attitude semblait parfaitement normale. Le fait qu'il lui ait ordonné cela sans même lever le nez de son dossier ne manqua pas d'irriter profondément le brun qui hésitait entre obéir docilement ou proprement envoyer valser tout ce qui se trouvait sur le bureau en face du sien. Au vu de son regard, Ron semblait se poser la même question.
Sauf que si Harry était plus prompt à laisser sa colère retomber ; cet ordre n'étant, après concertation avec lui-même, pas totalement dénué de jugeote; Ron avait toujours été connu pour agir avant de réfléchir. Avant donc que ce dernier ne provoque sa propre mort en se jetant littéralement sur Rogue pour lui faire part de sa façon de penser, Harry l'arrêta du regard en retirant sa veste et en la reposant sur le dossier de sa chaise.
« Je te prévient quand je sors, Ron.
- Mais, Harry ...
« Vas-y, on fait comme d'habitude, à tout à l'heure. »
Ron ne manqua pas le sourire en coin de satisfaction qui marqua le visage de Rogue alors qu'Harry se rasseyait tranquillement sur sa chaise et rouvrait son dossier dans un même mouvement à la page à laquelle il s'était arrêté. Le roux sorti d'un geste rageur et peu après Black suivit le mouvement. Malfoy hésitait à aborder amicalement son parrain mais se ravisa, plus à cause du regard dur de ce dernier que la présence dérangeante du brun dans la pièce. Il sortit donc à son tour, après un dernier sourire moqueur au brun.
Après plusieurs minutes dans un silence quasi religieux, Rogue se releva de sa chaise sous l'indifférence la plus totale de son vis-à-vis, dans l'espoir de savourer une tasse de thé fumante dans ce calme qu'il appréciait tout particulièrement. L'office se trouvait à l'autre bout de l'open-space, beaucoup trop éloigné selon Rogue, et de Remus dont le besoin de caféine frôlait quelques fois l'indécence. Il avisa l'heure et le jeune homme toujours penché sur ce qu'il lui restait à lire. Considérant, probablement avec raison, que ce dernier avez sans aucun doute fait un immense effort sur lui-même pour ne pas hurler au scandale à ce que lui-même aurait très largement pu qualifier d'odieuse injustice, il consentit à lui aussi faire un maigre effort de paraître un tant soit peu civilisé.
« Voulez-vous boire quelque chose? »
La seule réponse qu'il obtient n'était guère différente de celle qui avait élu domicile dans le bureau depuis qu'ils n'étaient plus que les derniers présents : le silence le plus total.
Et à mesure que les secondes passaient, Rogue se rendit compte avec la plus grande exaspération que si l'insolence de Dursley l'irritait au possible, l'indifférence que le jeune homme faisait preuve en ce moment même l'agaçait légèrement.
Même si cette attitude ressemblait à peu près à ce qu'il pensait attendre de lui, il devait bien se résoudre à admettre qu'il appréciait quand le jeune homme lui répondait avec mordant. Tout comme il détestait Black mais qu'il prenait un plaisir manifeste à le provoquer sous les yeux réprobateurs de Lupin.
A présent, Severus se sentait clairement incertain, pour ne pas dire stupide, se demandant s'il devait réitérer sa question ou s'il devait planter là le gringalet pour aller chercher sa boisson tant désirée devenue maintenant indispensable à sa santé mentale. Après une courte concertation avec lui-même, Severus décida qu'il était hors de question de laisser le jeune homme l'emporter sur cette manche. Il attaqua donc de front.
« Il m'a semblé vous avoir posé une question. » Dit-il de sa voix la plus acide.
A sa stupéfaction, Harry adopta le même comportement que lui, et même le ton de sa voix, glacial à souhait, pourrait rivaliser avec le sien.
« Non, Monsieur Rogue, je vous remercie pour cette proposition fort alléchante, mais je ne désire nullement allonger mon temps de présence dans cette pièce, et à plus forte raison si c'est pour partager quelque chose avec vous, autre que ce bureau. »
Malgré son envie de l'étriper, et le mot était faible, Severus devait avouer s'être fait battre à plates couture cette fois-ci.
Harry n'arrivait pas à croire qu'il avait osé lui parler de la sorte. Et c'est parce qu'il était persuadé que les représailles ne mettraient pas longtemps à se pointer qu'il décida de ne pas aller plus loin. Et à garder la tête baissée sur la ligne sur laquelle il était resté bloqué depuis qu'il s'était rassis sur sa chaise, réfléchissant à toute allure au moyen de rabrouer Rogue pour sa conduite. Travailler avec ce sale type allait être un véritable calvaire. Qui étranglerait l'autre en premier? A ce stade, l'issus était incertaine. Pourtant au fond de lui, Harry voulait que ça fonctionne. Ne serait-ce que pour prouver à cet imbécile qu'il n'était pas du tout ce qu'il pensait qu'il était. Pour lui prouver qu'il avait tort.
Il en était à ce stade de ses réflexions, lorsque Rogue dépassa les cloisons d'un pas particulièrement vif. Harry ne put s'empêcher de sourire avant de se détendre imperceptiblement. Cependant, il ne se permit pas de relâcher ses efforts et lu le reste du dossier aussi vite qu'il le put, notant les points qui le taraudait et les questions qu'il devrait poser quand il en aura l'occasion. Son téléphone portable vibra deux fois entre le moment où Rogue quitta la pièce et celui de son retour, le narguant avec sa boisson qui sentait divinement bon.
Un bon quart d'heure plus tard, Harry referma doucement le dossier en réprimant un bâillement avant de le poser sur le coin droit de son bureau. Il se leva ensuite, remit sa veste et empoigna son sac.
« Bonne soirée, Monsieur.
- Je vous veux frais et dispo à la première heure demain matin. Et prenez une vraie paire de baskets, pas les immondices que vous portez actuellement. Vous allez en avoir besoin. » Harry porta un regard interloqué à ses tennis avant de cligner les yeux.
Décidant de ne pas relever la remarque, il se contenta de faire volteface et de quitter la pièce à grandes enjambées, pianotant rageusement sur son téléphone portable.
Rogue soupira. Il ne pouvait pas s'en empêcher, mais il devait toujours avoir le dernier mot, au grand dam de la plupart de ses interlocuteurs, pour ne pas dire tous. Mondingus Fletcher, travaillant dans le bureau voisin auprès du service des vols et autres larcins, passa devant la cloison ouverte et surpris Rogue en lui adressant la parole, ce qui était assez inhabituel pour être souligné. D'une part car Fletcher n'était presque jamais présent à son bureau, d'autre part car les deux services avaient rarement besoin de faire appel à l'autre.
« Hey, Rogue. On fait des heures supp' ?
- La ferme, Fletcher. C'est pas le moment. Que me vaut le déplaisir de ta visite ? »
Mondingus se renfrogna un instant avant de ricaner.
« C'est décidément toujours un plaisir de discuter avec toi. » Regard noir de la part de Rogue. « Dumbledore sait que tu es encore là. Il m'a demandé avant de partir que tu montes le voir. Un truc à te dire, il semblerait. »
Dumbledore demandait à le voir ? Étrange, il n'avait rien eu pour lui ce matin avant la réunion et il était peu probable qu'il ait du nouveau pour lui à une heure aussi tardive.
« Bien, je vais monter.
- Ne me remercie pas surtout ! » Fit Mondingus en filant sans attendre son reste.
Severus se leva de son siège, s'étira et traîna la patte jusqu'à la sortie de l'étage où il consentit seulement à utiliser l'ascenseur.
Quand il arriva devant la porte du bureau de Dumbledore, il secoua la tête en l'avisant entrouverte. Albus ne la fermait jamais. Ce vieil idiot avait vraiment une confiance aveugle envers toute personne présente autour de lui. Severus ne pouvait s'empêcher de penser que cette confiance finirait tôt ou tard par lui porter préjudice.
Il entra d'un pas léger dans la pièce et Albus, rêveur une fois encore, releva la tête en le voyant avancer vers lui et s'installer dans un siège libre en face du sien. Severus paraissait à ses yeux éreinté, et s'en amusa malgré lui. Il s'était relâché ces derniers temps, et Albus avait saisis l'occasion de changer ses vilaines habitudes. Et visiblement, Severus prenait la chose bien mal. Mais ce n'était certes pas la meilleure façon d'agir avec lui, et Albus préféré ne pas pousser plus loin la plaisanterie. Il passa directement à l'un de sujets qu'il voulait aborder avec lui ce soir.
« Alors, cher ami, comment s'est déroulé cette journée?
- Mal. Vous ne m'avez pas refourgué le plus facile, et le mot est faible. »
Albus ricana mais ne se laissa pas démonté par le ton empli de reproches de son subordonné. Il en avait vu d'autres.
« Je n'en avais pas la moindre idée. Vous savez comme je les classe, n'est-ce pas? Je suis certain que vous finirez tôt ou tard par trouver ... Un terrain d'entente. »
Son ton laissa supposer à Severus que le vieil homme en savait probablement plus qu'il ne voulait seulement l'avouer, et il n'en était pas étonné.
« Je pense honnêtement que vous vous trompez à ce sujet.
- Allons allons, Severus ... »
Oh oh, pensa ce dernier. Quand Albus prononçait son prénom de cette façon, il était bon pour une leçon de morale digne d'un paternel envers son mouflet.
Comme de bien entendu, Severus était têtu. Le faire changer d'avis sur la question allait s'avérer une tâche particulièrement ardue.
« Vous avez beaucoup plus en commun que vous ne l'imaginez.
-Peu importe, je ne veux en tout honnêteté rien savoir de plus sur ce gamin. Nous nous en tiendrons donc au plu stricte minimum. Et quoi que vous en pensiez, c'est probablement de cet avis qu'est également Monsieur Dursley.
- Vraiment? »
Albus semblait véritablement s'amuser de la situation, comme toujours, et Severus le détestait cordialement pour cela. Un jour, Dieu l'en défende, il s'occuperait de cette paire de lunettes derrière lesquelles se cachaient des yeux bien trop pétillants pour sa propre santé mentale.
« Vraiment. » Répétât-il d'une voix polaire. Il n'aimait pas devoir se répéter.
Severus occultait toutefois, bien volontairement à haute voix et surtout devant Albus, que le jeune homme s'était bien vite reprit après sa légère altercation, si on pouvait la nommer comme telle, avec Draco ; en ayant vraisemblablement l'intention d'essayer de faire un effort avec lui. Cependant, ce geste d'enterrement de hache évident ne s'était pas reproduit dans la journée. Dursley n'avait visiblement aucune envie d'essayer de paraître un tant soit peu amical envers lui. Severus devait s'en réjouir. Il aurait dû en ressentir une pleine satisfaction. Pourtant au fond de lui, un inexplicable malaise naquit.
Et ce n'est pas le sourire discret mais immanquable qu'abordait à présent Albus devant sa moue dubitative qui allait changer quoi que ce soit à cet état de fait. Maudit soit-il !
« J'imagine que cette question n'était pas exactement l'objet de ma venue dans votre bureau, n'est-ce pas?
- Non, en effet. Je voulais savoir si vous aviez eu du nouveau concernant notre affaire. »
L'aura meurtrière de Severus se renforça. Oui, il avait eu du nouveau, et les informations n'étaient pas bonnes.
« En effet, de nouvelles données ont été apportés ce matin même. Un vieux dossier sur le cas "Dearborn" à été rouvert à la suite de cela, l'accident en question ayant causé la mort de la victime n'en étant pas vraiment un. L'enquête préliminaire avait établi un diagnostic plutôt léger, surtout en tenant compte de l'état du corps dans lequel il a été retrouvé. Mais avec ces nouvelles informations, nous avons rapidement pu établir que des actes de tortures et de barbarismes ont probablement été orchestrés. Toujours selon ce dossier retrouvé chez l'un des recherchés abattu la semaine dernière, ce cas ne serait pas isolé. Il donne également quelques noms, mais rien de plus que ce que nous savons déjà à ce sujet. Par ailleurs, l'information selon laquelle notre suspect numéro un serait le chef de ce groupe terroriste est désormais pleinement avérée et vérifiée. Nous n'avons plus aucun doute là-dessus. »
Albus posa ses coudes sur son bureau et pose son menton sur ses deux mains maintenant jointes, en pleine et intense réflexion.
« Je vois ... Une idée sur l'identité de cet homme ?
- Pas la moindre pour le moment, mais elle est au maximum de ses capacités. Nous comptons sur des réponses sûres et rapides. »
« Je ne suis pas certain qu'elle trouvera quoi que ce soit, étant donné que nous avons déjà eu à faire appel à ses services pour cette histoire. Il est intelligent, trop pour notre propre bien. Cet animal, car nous n'avons plus aucun intérêt à le traiter comme un être humain, à déjà un nombre important de morts sur les bras. Il a réussi, par un étrange et malin moyen, de se rendre comme qui dirait ... invisible à notre nez et à tous ceux qui le pourchassent. C'est un exploit plutôt agaçant pour tous les services qui veulent sa peau tout autant que nous. Le plus inquiétant étant les hommes qui semblent l'idolâtrer et le suivre comme son ombre, suivant ses ordres sans se poser la moindre question. Et c'est de là que viendra son erreur, Severus, l'un d'eux tôt ou tard, finira par faire l'erreur qu'il se gardait de faire et c'est à ce moment précis qu'il faudra agir. Il faudra être plus fort et plus malin que lui, et nous mettrons fin à cette interminable poursuite qui dure depuis bien trop longtemps déjà. Ne relâchez pas votre vigilance; aucun de vous ne le doit, restez sur vos gardes, et à la moindre occasion qui se présente, car elle finira par se présenter, foncez ! »
Severus resta parfaitement stoïque. Il savait déjà tout cela, et malgré sa position, il savait qu'Albus faisait également de son côté tout son possible pour grappiller la moindre parcelle d'information possible chez certaines de ses connaissances parmi les autres organisations travaillant sur cette affaire. Et dieu sait qu'elles étaient nombreuses.
Comment diable cet homme, dont personne ne connaissait encore la véritable identité faisait-il pour ne pas se faire prendre, par personne. Tous donneraient cher pour l'attraper, ne serait-ce que pour venger les nombreux morts qui s'empilaient mais également pour la gloire certaine que celui que l'on pouvait désormais nommer comme étant l'ennemi public numéro un allait rapporter. Bien que la gloire, Severus s'en moquait éperdument. Lui, il se contentait de faire du mieux qu'il pouvait, le travail pour lequel il était si misérablement payé.
« Aucune autre information ?
- Je n'ai pas eu le temps de prendre connaissance du dossier dans son intégralité, j'en saurai sans doute plus à ce moment-là.
- N'hésitez pas à me déranger, quelque en soit la raison et peu importe l'heure. Madame Lewis plonge également, d'après ce que je sais, dans un dossier relativement similaire au votre.
- Vous pensez que ces dossiers sont liés ?
- Nous ne devons écarter aucune possibilité. Je vous demande également, bien que je ne devrai pas avoir besoin de le faire, de bien vouloir consentir à partager tout ce que vous découvrirai avec le reste des équipes.»
Severus acquiesça et soupira de lassitude. Même si le travail d'équipe demandait à Severus énormément de self-control, Albus savait pourtant qu'il ne rechignait jamais s'y mettre dès que la situation l'exigeait.
« Vous radotez, Albus. En êtes-vous au moins conscient ? »
Le vieil homme se contenta d'éluder la question.
« Oh, Severus, une dernière chose. Faites-moi le plaisir de garder un œil, celui qui ne sera pas occupé à surveiller le jeune Dursley si possible, sur Monsieur Williamson. Ses derniers rapports présentent des incohérences, même Monsieur Lupin l'a remarqué.
- Bien. » Severus l'avait également remarqué. Il garda cela en tête tandis qu'il prenait congé de son patron et qu'il rentrait tranquillement chez lui.
