Je suis en retard et, pressée par le temps, j'ai l'impression d'avoir fait une merde intersidérale. Ce chapitre est assez random. j'ai pas le temps de dire grand chose alors bonne lecture!

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- Mais oui, vas-y! Je peux me débrouiller seul, tu n'as pas à t'en faire comme ça pour moi!, fit Tino en riant.

Il ne s'attendait pas à ce que ces deux phrases aient de telles conséquences. Quand, après être allés récupérer leur déjeuner à la cafétéria, Peter avait manifesté l'envie d'aller saluer son cousin qui mangeait tout seul à sa table, il l'avait assuré que ça ne lui faisait rien qu'il le laisse pour le déjeuner et qu'ils pourraient sociabiliser chacun de leur côté de cette façon.

Il aurait mieux fait de se taire.

A l'instant même où le petit garçon pas-si-petit-parce-qu'en-fait-il-a-rajeuni eut quitté son champ de vision, Tino sentit une aura menaçante qui venait droit vers lui. Il n'eut que le temps de se retourner pour se retrouver face à une paire d'yeux aussi glacés que des icebergs. Il lâcha un petit cris de terreur extrêmement viril et fit de son mieux pour ne pas renverser son plateau. Le géant n'en avait cure apparemment, le fixant toujours de ce regard impassible.

- T.. Tu sais qu... Que c'est malpoli de fixer quelqu'un c... comme ça?

Le géant, Berwald si ses souvenirs étaient exactes, se contenta d'hocher lentement la tête avant de l'attraper par les épaules pour l'entraîner entre les élèves qui se pressaient pour aller chercher leur pitance. Tino n'osa pas se débattre, autant par crainte de vexer l'individu que de peur de faire tomber son plateau.

Ils arrivèrent à une table, un peu plus loin dans le réfectoire. Trois personnes s'y trouvaient déjà. Tino reconnu d'abord le blond aux cheveux défiant la gravité qu'il avait vu dans la section des troisièmes années, au début du discours de bienvenue. Il était présentement occupé à parler bruyamment, un air idiot au visage – il y en avait beaucoup des comme ça, dans cette école? A côté de lui, deux blonds un peu plus petits mangeaient en silence. Leurs cheveux étaient si pâles qu'ils pouvaient passer pour blanc ou gris, pourvu qu'il y ait assez de lumière. Le plus grand avait une barrette en forme de croix dans les cheveux et le plus petit avait une peluche de macareux sur les genoux. Ils avaient un fort air de famille, renforcé encore par leur même expression ennuyée.

Berwald amena Tino à la table, lui prit son plateau et le posa à côté du sien. L'injonction était évidente. Tino décida de ne pas se poser de question et s'assit docilement. Après tout, s'il pouvait se faire des amis dès le premier jour, c'était plutôt une bonne chose, non?

- Ooh? Alors c'est lui ton coup de foudre, Ber'?, s'écria le gars aux cheveux en crête tandis que le plus grand s'asseyait à son tour. Je pourrais être le témoin à vot' mariage?

Il éclata de rire tandis que le gars à la barrette lui jetait un regard mi-agacé mi-pris de pitié. Tino ne savait plus où se mettre.

- Et comment tu t'appelles, dukke?

- Heu... Moi c'est Tino.

- T'as un accent, hein? Tu viens d'où?

- J'habitais à Helsinki, en Finlande.

- Ahah, bienvenue dans le club des nordiques, vieux!

Tino s'efforça de sourire en frappant dans la main que l'autre lui tendait.

- Moi, c'est Mathias, j'suis du Danemark, c'est là d'où viennent les plus grand rois d'Europe! Alors tu peux m'appeler King si tu veux!

Tino ne releva pas.

- Eux, là, c'est Lukas et Emil. Dites bonjour, les gars!

Lukas, le gars à barrette, hocha la tête avec une mimique qui aurait put s'apparenter à un sourire et Emil, celui avec le macareux, lâcha un petit "b'jour".

- Ils sont norvégiens mais ils vivaient en Islande parce que... euh... y avait un truc avec leur grand-mère... je sais plus. 'fin bref, voilà! Ah, et j'espère que Ber' s'est déjà présenté?

- 'ui.

- T'as dis que t'étais suédois?

- N'n.

- Ben voilà! On a fait le tour! Bienvenue à Hetako, p'tit!

- Heu... merci.

Le silence se fit. Tino attaqua son plateau. Il commençait à se sentir un peu plus à l'aise, sûrement grâce à l'atmosphère joyeuse que Mathias arrivait à mettre en place rien qu'en parlant tout seul. En tout cas, ça marchait sur lui. Le danois avait l'air d'être le plus sympathique des quatre, bien qu'un peu exubérant…

- Aller, Ber', tu peux nous le dire, maintenant.

Tino releva la tête. Mathias était penché sur un Berwald qui l'ignorait royalement, le scrutant d'un air malicieux.

- ... D' quoi?

- Rooh, fais pas l'innocent! Son pouvoir!

Tino s'étrangla avec son verre d'eau et se mit à tousser. Il dut rassurer les deux plus âgés qui le regardaient avec inquiétude et attendirent que sa crise passe pour continuer leur conversation.

- R'pport à l' nat're. C'mme vous trois. Pu'ssant auss'.

- T... Tu détectes les pouvoirs?

- Aha, nan, p'tit! C'est pas ça. Je t'explique : ton fiancé, là, il peut voir les auras.

- Ce n'est pas mon... les auras?

- Yep! En gros, il peux savoir des trucs sur toi comme ton humeur, ta personnalité, ta santé et d'autres trucs rien qu'en te regardant.

Tino écarquilla les yeux. Berwald, de son côté, mangeait son repas (du poisson bouilli dans une sauce inconnue) d'un air absent.

- C'est... vrai?

- Bah oui! Et il voit aussi les âmes soe...

Mathias ne put continuer, une main s'appliquant désormais à l'étrangler avec le nœud de sa cravate. Les quatre autres adolescents du groupe observèrent avec fascination son visage passer du beige au rouge, puis au blanc tandis qu'il se débattait avec sa corde de fortune tout en faisant de grand gestes pour intimer à son agresseur de le lâcher.

- Berwald, je sais qu'il est chiant mais faudrait peut-être éviter de le tuer. Ça fait moyen, un meurtre, sur un CV, déclara finalement Lukas en salant distraitement son plat.

Le plus grand parut peser le pour et le contre quelques instants avant de lacher son camarade qui venait de prendre une intéressante couleur bleu-vert. Tino se demanda un instant si cette scène était habituelle, et conclut de la mine blasée de tout le monde que c'était le cas.

Mathias eut besoin d'une minute ou deux pour se reprendre, forçant de l'air dans sa gorge tout en desserrant frénétiquement l'instrument de torture inclut dans son uniforme. Tino attendait qu'il poursuive sa phrase mais le danois estimait visiblement que continuer à parler des capacités de Berwald risquait d'être un peu dangereux pour lui.

Tout le reste de la conversation s'orienta sur les pouvoirs des trois autres garçons de la table, sur les cours et sur la visite du campus qui avait lieu le lendemain. C'est ainsi que Tino apprit que Lukas pouvait se transformer en nuage de fumée pendant presque une minute en plus d'être inscrit dans le club de sorcellerie de l'école, qu'Emil contrôlait plus ou moins bien le vent et que Mathias pouvait renverser un verre en essayant de contrôler l'eau qu'il y avait dedans.

Il y eut aussi un grand moment de panique de la part du petit finlandais lorsque le macareux en peluche d'Emil, qui jusque là s'était tenu tranquille et immobile sur ses genoux comme n'importe quelle peluche normale leva la tête et se mit à parler avec une voix tellement bad ass qu'il aurait put passer sans problème pour le chef d'un gang yakuza. Lorsqu'il parvint à se calmer, le plus jeune lui expliqua qu'un élève de leur classe, un certain Long, avait tendance à donner vie aux peluches les plus proches de lui lorsqu'il se mettait en colère, et donc que ce n'était plus étonnant d'en croiser à longueur de temps parce qu'il ne savait pas les ramener à la normale.

Il remarqua également que le danois n'arrêtait pas de draguer son voisin norvégien qui ne lui répondait qu'en l'ignorant. Tous trois étaient en troisième année, ainsi que Berwald. Cependant, plus personne n'osa parler du suédois. Son "avertissement" avait été très clair : il était le seul à avoir le droit de parler de lui à Tino.

Le finlandais en était un peu inquiet. Et légèrement en colère aussi. Ils s'étaient à peine rencontrés et déjà Berwald se montrait autoritaire envers lui. Sérieusement, il aurait put au moins lui demander son avis avant de décider qu'il était sa femme. D'où est-ce qu'il l'appelait "sa femme", d'ailleurs? Il était un mec, nan mais oh! Et puis il n'avait pas envie de sortir avec un inconnu, surtout aussi menaçant! Alors il allait falloir qu'ils aient une discussion tous les deux, histoire que le suédois comprenne que le fait de lire son aura ne lui donnait pas un quelconque droit de propriété!

Tino se tourna vers son voisin, pressé de mettre les choses au clair. Ce dernier le toisa de son regard bleu glacé avec un air si affreusement menaçant que le petit blond décida qu'il allait peut-être reporter cela à un autre moment…

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- Eh, Arthur! Tu te rappelles de moi, eyebrow-jerk?

Arthur leva les yeux du livre qu'il était en train de lire en mangeant ("Se délivrer des sortilèges et de la fatalité" par Patrick Guérin) pour les poser sur la courte silhouette de Peter qui venait de s'asseoir en face de lui. Son visage traversa toute une panoplie d'émotions, de la joie à la colère en passant par la nostalgie, avant d'opter pour un petit sourire amer.

- Bien sûr que je me souviens de toi, little brat!, dit-il en posant son livre.

N'importe qui se serait offusqué de l'insulte mais Peter eut un petit rire.

- La dernière fois que tu m'as appelé comme ça, j'ai renversé la poubelle avec mon vélo et tu m'a obligé à tout ramasser.

- Tais-toi! Je t'ai quand même couvert quand oncle Roy a trouvé des boites de conserves dans les buissons!

- Mais tu m'as grondé à sa place.

- T'avais besoin d'une leçon, young man!

Peter sourit avec malice et commença à manger ses frites.

- On se disputait tout le temps, hein? Je me rappelles plus pourquoi.

- Moi non plus. Mais bon, tu étais tellement gamin…

- T'as pas changé, big jerk.

- Toi encore moins, little brat.

Peter eut l'air vexé et Arthur se rendit compte que ce n'était pas très délicat de lui dire ça alors qu'il n'arrivait plus à grandir. Il voulut changer de sujet immédiatement et plongea son regard dans son riz au curry.

- Justement, en parlant de ça, comment vont oncle Roy et aunt Joan? On a pas reçu de nouvelles depuis notre départ.

Peter se tut un instant. Une ombre passa sur son visage mais Arthur ne vit rien, trop occupé à mélanger le riz dans sa sauce.

- Ils sont un peu malade mais ils vont bien, fit enfin Peter en reprenant son sourire. Ils sont restés en Angleterre alors tu ne pourras pas les voir. Ils sont très occupés en ce moment. Ils font des trucs importants! ajouta-t-il avec une touche d'arrogance.

- Ah, se contenta de répondre Arthur.

Il ne savait pas trop quoi dire. Peter était son cousin mais il le considérait comme son petit frère auparavant. Un petit frère très agaçant, extrêmement turbulent et incapable de suivre un ordre mais un petit frère qu'il adorait, même s'il refuserait toujours de l'admettre. A l'époque, ils ne vivaient qu'à quelques rues l'un de l'autre et, comme oncle Roy et Tante Joan travaillaient beaucoup, Peter venait systématiquement jouer chez lui et l'embêter.

Mais tout ça, c'était avant qu'il ne déménage avec toute sa famille pour s'installer ici, sur le campus du pensionnat Hetako. Il n'avait alors que dix ans et était le seul enfant de sa fratrie à ne pas encore avoir découvert ses pouvoirs, au grand amusement de ses frères et de sa sœur qui passaient leur temps à lui jouer des tours et à se moquer de lui parce qu'il était le plus jeune.

Les Ombres de Carwin lui avaient donné des cauchemars à l'époque, et il avait faillit faire une attaque lorsque Boule de neige, le petit lapin blanc qui avait malheureusement fini enterré dans le jardin après une malheureuse rencontre avec le chat de la voisine, était apparu dans sa chambre en titubant, la fourrure tachée de sang et de terre. Pour le coup, Allister était si fier de son tour qu'il n'avait pas hésité à se dénoncer devant toute la famille. Il y avait aussi Fiona, la seule fille de la famille, qu'on avait retrouvée dans le coma, allongée sur son lit. Oscar, son frère jumeau, s'était alors mis à voir des fantômes, dont le sien, et l'avait aidée à regagner son corps tranquillement. Tout ça sans compter leur mère, Bodescia, qui n'avait pas son pareil en sorcellerie et leur père qui se spécialisait en magie verte.

Une vraie famille de fous qui l'avait poussé à bout de nombreuses fois. Mais malgré cela, il avait toujours été impatient de se découvrir des pouvoirs, lui aussi. Il adorait aider sa mère dans ses rituels de sorcellerie et ce depuis sa plus tendre enfance. C'était une passion pour lui, même s'il ne présentait visiblement aucun don pour les sorts ou les potions que ses parents créaient à la chaîne.

Il lui avait fallut attendre ses douze ans pour découvrir qu'il pouvait lancer des malédictions. Allister l'avait mérité, cette fois-là. Pendant une semaine, il avait été incapable de faire un pas dehors sans que des oiseaux ou des rats ne l'attaquent sauvagement et il avait fallut toute la concentration de Bodescia pour confectionner un anti-maléfice. Arthur en riait encore mais son second pouvoir avait vu le jour presque aussitôt. Et il se serait volontiers passé de celui-ci...

Un coup de pied dans la jambe de la part de l'agaçant petit garçon l'interrompit dans ses réflexions. Il se recula par réflexe, comme s'il avait été brûlé, avant de se souvenir que Peter était de sa famille. Il se reprit et décida de laisser de côté sa réserve pour relancer la conversation.

- Est-ce que tu as réussi à te faire des amis?

- Oui, fit Peter avec fierté comme s'il s'agissait d'un défi en soi.

Cela fit sourire Arthur qui savait bien qu'il se faisait mousser.

- Beaucoup?, fit-il innocemment.

- Bien sûr!, répondit Peter avec un enthousiasme trop grand pour être vrai.

- Ah bon? Combien? Demanda l'anglais avec malice.

La mine de son cousin se décomposa alors qu'il cherchait quoi répondre.

- Euh, bah, je compte pas mes amis, non plus hein!

- Dis-moi leurs noms, alors!

- Euh... Leurs noms...

Le petit garçon s'enfonçait de plus en plus dans son mensonge tandis qu'Arthur riait sous cape.

- Il y a Tino, déjà... Et puis...

- Et puis?

- Euh...

Peter tourna la tête, cherchant frénétiquement quelque chose à dire. Il aperçut Tino assis avec quatre autres garçons et fit la première chose qui lui vint à l'esprit :

- Eux, là! On est devenus amis, heu... tout à l'heure!

- C'est vrai?

- Vrai de vrai!

- Et leurs noms?

Peter ouvrit la bouche mais rien n'en sortit. Il était vraiment au fond du trou cette fois. Devant sa gêne évidente, Arthur ne put réprimer un rire que le plus jeune prit très mal :

- Pourquoi ça t'intéresse, d'abord, hein? Fit-il d'un air agressif

- Je voulais juste savoir, c'est tout!, voulut le calmer Arthur. Et puis, comme tu es petit tu risques de te faire chahuter alors il vaut mieux que tu…

- Oh, c'est bon!, s'impatienta Peter. C'est pas comme si j'avais vraiment que huit ans, hein!

- Tu vas me parler sur un autre ton, oui?, s'énerva Arthur.

- Je te parle sur le ton que je veux!

- T'as vraiment pas changé, à tous les niveaux! T'es toujours aussi borné!

- Et toi, toujours aussi je-sais-tout, stupid eyebrows!

- Je sais mieux que toi, en tout cas, little brat!

- Et c'est pour ça que tu déjeunes tout seul?!

D'un geste des bras, Peter désignait les quatre autres chaises vides de la table où ils étaient installés. Arthur pâlit un instant.

- Ç… Ça n'a rien à voir! Finit-il par déclarer avec mauvaise fois.

- Pff… souffla Peter avec agacement. Tu sais quoi? Maintenant je me rappelle pourquoi on se disputait, you stupid jerk!

Sur ces mots, il se leva avec son plateau et s'en alla, laissant seul son cousin dans son splendide isolement.

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Quelque table plus loin, un espagnol, un français et un allemand guettaient la scène.

- Et… Stop! Ça fait combien de temps?

Gilbert arrêta le chronomètre et regarda le résultat avec un sourire amusé.

- Trois minutes, trente-cinq secondes. Kesese, je crois que c'est la première fois que quelqu'un tient aussi longtemps!

Ils étaient huit à la table. Bella discutait avec Faustina, assise en face d'elle. A côté de la belge, on trouvait Antonio, Francis et Gilbert qui venaient de s'éclater à mesurer le temps qu'avait mis Peter à se barrer. En face, il y avait Ludwig, Feliciano et enfin Lovino coincé entre son frère et la brésilienne qui ne lui prêtait pas la moindre attention. Ça ne l'aurait pas dérangé plus que cela si l'espagnol bizarre qui se retrouvait en face de lui ne le regardait pas à la moindre occasion avec un air trop étrange. Un genre de sourire idiot et un regard un peu dans la lune. Un peu comme s'il était shooté mais pas vraiment. Lovino n'était pas sûr de savoir s'il devait plutôt avoir peur ou se mettre en colère alors il faisait les deux.

Il ne serait jamais venu à cette table de sa propre volonté mais il s'était donné comme devoir de s'assurer que son frère ne devienne pas trop proche de celui qu'il avait vite renommé "le connard bouffeur de patates" en voyant la quantité de pomme de terre qu'il s'était servi au déjeuné. Le petit brun semblait prendre un malin plaisir à s'accrocher au blond comme une moule à son rocher à la moindre occasion.

Il n'en avait pas vraiment l'air comme ça mais avec son regard d'imbécile heureux et ses mots puérils, Feliciano était capable de s'incruster dans un groupe de personne aussi naturellement que s'il y avait toujours été. Il commençait par quelques commentaire innocents placés ça et là dans la conversation, puis il posait quelques questions, écoutait d'un air fasciné et, au final, c'est tout naturellement qu'il se retrouvait à déjeuner avec ses nouveaux amis qui étaient de parfaits inconnus à peine deux minutes plus tôt sans que personne ne trouve cela déplacé.

- Ve… Il est si méchant que ça?, demanda innocemment Feliciano tandis que Gilbert et Antonio se moquaient encore de l'anglais.

Gilbert lâcha un rire inquiétant en se tournant vers le jeune italien qui se mit à trembler de peur.

- C'est la plus grande terreur du pensionnat, fit l'albinos sur un ton d'histoire d'horreur. Il kidnappe les premières années et utilise leurs entrailles pour aider sa mère à créer des potions. Et si quelqu'un essaie de l'en empêcher, il lui jette une malédiction encore plus terrible que dans "la Belle et la Bête"! On le surnomme… "Arthur, le maudit"…

Feliciano se mit à pleurer, terrifié, et s'accrocha au bras de Ludwig. Un peu plus et il faisait dans son pantalon. L'allemand eut une expression située à mi-chemin entre la gêne et l'agacement avant d'expliquer au petit italien peureux que c'était juste une blague idiote et que non, Arthur ne viendrait pas chercher ses boyaux pour en faire une soupe immonde qu'il forcerait les gens à boire. D'où est-ce qu'il sortait ça, d'ailleurs?

Finalement, après encore quelques minutes de conversation plus ou moins intelligente ("Regardez, je suis une awesome licorne!" "Gilbert, enlève tout de suite cette carotte de ton front"), Bella décida d'aller aider Faustina à trouver sa salle de classe et embrassa Antonio avant de partir.

- Tu va me manquer, mijn liefde!

- C'est toi qui va me manquer, mi corazón!

- Tu vas me manquer plus, lieverd!

- Non, c'est toi qui vas me manquer le plus, mi tesoro

- Mais putain, allez vous trouver une chambre et arrêtez de faire chier!

Après cette intervention très distinguée de la part d'un italien que nous ne nommerons pas, Bella lâcha enfin son petit ami et partit avec une brésilienne morte de rire. Francis se leva à son tour, histoire d'aller taquiner/draguer/faire chier son anglais favoris qui finissait tranquillement son repas sans se douter du fléau qui allait s'abattre sur lui.

Ce fut le moment que choisit Lovino pour enfin poser LA question :

- Sérieux, je peux savoir pourquoi tu me regardes comme ça depuis tout à l'heure, stronzo?

Antonio eut l'air un peu gêné sans pour autant perdre le sourire idiot qu'il affichait. Lovino avait vraiment envie de lui donner un gros coup de poing dans la figure, histoire de lui enlever cette expression stupide qui lui rappelait un peu trop celle de son frère..

- En fait, je me disais que si ta tête était un peu plus rouge, elle aurait l'air d'une grosse tomate mûre avec des cheveux et que ce serait trop mignon.

- C-cosa?

Lovino faillit s'étrangler en entendant ça. Mignon? Il venait de dire qu'il serait mignon? Non mais pour qui il se prenait ce putain de connard de merde fétichiste des tomates là! D'accord, les tomates c'était vachement bon et il était le premier à crier haut et fort que leur découverte était la meilleure chose qui pouvait arriver à la cuisine italienne. Mais bordel, il n'avait pas le droit de dire que quelqu'un serait mignon s'il ressemblait à une tomate! Et puis il n'était même pas mignon, il était viril et séduisant comme tout bon italien, na! D'accord, il lui manquait quelques centimètres et un peu de muscle mais putain, il préférait ça plutôt que ressembler à l'autre connard d'aryen sur lequel son frère était pratiquement greffé et même sans ça il n'était PAS MIGNON, BORDEL!

Antonio le regardait toujours et son expression idiote fit soudain place à la stupéfaction pure et simple. Quoi encore?

- Increíble ... j'avais raison, c'est juste… tan adorabledemasiado lindo

Comprenant que son propre visage venait de le trahir, Lovino rougit encore plus – de colère, putain! Pas comme une putain de collégienne à qui on fait un compliment, compris? – et, pour faire bonne mesure, fit ce qu'il avait envie de faire depuis qu'il avait vu sa gueule d'abruti : envoya son poing en plein dans le visage d'Antonio qui tomba de sa chaise en gémissant. Puis il se leva, alla posa son plateau au nettoyage, revint , attrapa son frère par le bras en l'engueulant pour rien et le tira hors de la cafétéria histoire de pouvoir gueuler sur quelqu'un. Feliciano était, par ailleurs, toujours scotché à Ludwig qui n'eut d'autre choix que se faire embarquer de force malgré les menaces de l'italien agressif.

Antonio se releva difficilement et lança un regard pitoyable à Gilbert qui était tout simplement mort de rire depuis le début de la scène.

- J'ai dis quelque chose qu'il ne fallait pas?, demanda-t-il en essuyant son nez qui saignait avec sa serviette en papier.

- Non, t'as dis juste ce qu'il fallait! Fit l'albinos sans cesser de rire à gorge déployée.

Il se leva, toujours hilare pour aller déposer son plateau au nettoyage. Mais, au moment où il revenait vers l'espagnol, il trébucha sur quelque chose et bascula. Il parvint cependant à se rattraper in extremis au coin de la table et se redressa. Il chercha du regard ce qui avait bien put le faire tomber mais, à part deux ou trois détritus qui s'étaient enfuis des poubelles, il ne vit rien de particulier.

Un peu plus loin, on entendit des bruits de pas précipités alors que la porte de la cafétéria s'ouvrait d'elle-même…

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- Mei Wang?

- Zhé!

- Lili Zwingly?

- Ja!

- Vash Zwingly?

- Hier!

- Très bien, tout le monde est là.

Romulus reposa son stylo. Les élèves de première année semblaient légèrement plus détendus que ce matin et il y avait déjà quelques bavardages assez discrets pour être ignorés. L'ambiance idéale selon le professeur.

Il était un peu nerveux. D'ailleurs c'était bien la première fois qu'il se sentait comme ça devant une classe. En général, il était très à l'aise avec les jeunes. Et puis il n'y avait pas vraiment de raison, ce n'était pas comme s'il y avait un danger, n'est-ce pas?

- Bon… On va commencer alors!, fit-il en souriant gaiement à sa classe.

Il prit les emplois du temps sur son bureaux et entreprit de les distribuer tout en se présentant.

- Je suis votre professeur principal, cette année. Nous avons deux heures de cours ensemble tous les lundis de 14h à 15h50 alors on prendra un peu de temps à chaque fois pour parler "vie de classe", ça vous va?

Personne ne prit la parole, ce que Romulus interpréta comme un bon signe. Il avait à peine finit de distribuer que la porte de la classe s'ouvrit à nouveau. Luna se tenait dans l'encadrement, hésitante. Romulus lui fit signe d'entrer et retourna à son bureau pour la laisser parler.

- Bien, je vois que vous avez vos emplois du temps, fit-elle. Bien, alors, laissez moi vous expliquer un peu le fonctionnement de l'école.

Elle s'exprimait avec aisance et sa voix mélodieuse captivait naturellement l'attention.

- Les cours commencent chaque jour à huit heure et se terminent à 15h50. Vous avez une récréation de 9h50 à 10h10 mais les professeurs ont l'autorisation de prendre sur ce temps pour terminer leur cours. La pause déjeuner se fait de 12h à 14h et la bibliothèque est ouverte à ce moment-là. Pour le diner, la cafétéria ouvre à 18h et ferme à 20h. Le temps libre entre la fin des cours et le dîner est consacrée aux clubs ou à l'étude. Les inscriptions auront lieu samedi prochain. Le mercredi après-midi, vous avez également un temps libre durant lequel vous pouvez aller voir vos professeur pour approfondir vos cours. Et, pour finir, le couvre-feu commence à 22h, sauf le samedi et pendant les vacances où il est repoussé à 1h du matin, maximum. Des questions?

Personne ne leva la main. En fait, personne n'avait vraiment retenu les horaires ou pris de notes mais ils n'allaient pas demander de répéter. Finalement, ça ressemblait à une école normale.

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Il était 16h et il y avait une file longue de quarante-six kilomètres devant la machine à café de la salle des profs. A une table, Abelia Bonnefoy, la prof de littérature, se frottait les tempes en trempant un biscuit à la cannelle dans son café-crème.

- Alors, comment ça s'est passé?, fit une voix moqueuse dans son dos.

Elle se retourna. Bodescia Kirkland, professeur d'anglais, la regardait avec un petit sourire en coin. La jeune femme blonde revint à son café, trop découragée pour répondre aux provocations qui n'allaient pas tarder à pleuvoir. Sa rivale ne l'entendit pas de cette oreille et s'approcha.

- Aller, dis-moi, ils ont été sages? Ils n'ont pas discuté? Rien?

Non, elle n'allait pas répondre… Elle n'allait pas répondre…

- Les miens ont été parfaits. Même Alfred s'est tenu tranquille, tu imagines? En même temps, l'autorité ça se travaille, tu ne crois pas?

Abelia se concentra sur le goût amer de sa boisson. Elle jeta un regard au cactus en pot qui décorait une étagère pas loin. C'était tentant mais elle allait s'abstenir.

- Aller, dis-moi! Comment s'est comporté le trio infernal, hein? Ton petit Francis a écouté sa maman? Tu disais quoi, déjà? Ah oui : „Il n'osera jamais se comporter comme il le fait d'habitude avec sa mère comme professeur principal, je le connais mieux que cela!" C'est bien ça que tu m'as dis?

- … Je te déteste.

Le sourire de Bodescia s'élargit. Elle se dirigea vers la sortie, fière comme un paon.

- Tu te vanteras moins, la prochaine fois. Et rappelle-toi que tu me dois trois places de cinéma maintenant! , ajouta-t-elle avant de sortir.

- Espèce de fleur de macadam… grommela Abelia en mordant rageusement dans son biscuit.

Elle se pencha pour sortir une pochette cartonnée de son sac et, lorsqu'elle releva la tête, Afonso Carriedo, le professeur de physique-chimie, se tenait devant elle, la regardant avec un sourire amusé. Il prit une chaise et s'assit en face d'elle. Par précaution, Abelia rapprocha son café d'un air trop possessif pour être sérieux.

- Un jour, il faudra que vous arrêtiez vos paris, toutes les deux, fit l'hispanique avec un magnifique sourire colgate.

- Ce sera pas demain la veille!, lança gaiement Aiyana Jones depuis la photocopieuse.

Il y eu un silence. Abelia se frotta encore le front avant d'avaler son café cul-sec. Afonso en profita pour faucher la moitié de biscuit restant et l'avaler, ni vu ni connu.

- Je n'arrive pas à croire que mon adorable Francis soit devenu aussi… Aussi…

- Indiscipliné?, tenta Folkert Bielschmidt depuis le coin de mur auquel il était adossé.

- Tout ça c'est de la faute de ces deux imbéciles!

- Eh, ne dis pas de mal d'Antonio, Abelia! S'indigna Afonso, des miettes encore plein la bouche.

- Par contre, pour Gilbert, tu peux, ajouta Folkert qui était visiblement d'humeur bavarde.

L'espagnol se tourna vers le grand blond qui terminait tranquillement un décaféiné.

- Ça s'est passé comment, chez toi?, lança-t-il avec une lueur de défi dans le regard.

Folkert ne réagit pratiquement pas.

- Il a encore fallut séparer Mathias de Lukas, Long et Andrès étaient de mauvaise humeur, les cours de diction de Berwald ne portent pas leurs fruits, et Ludwig s'est montré exemplaire, comme d'habitude.

- Emil et Lukas n'ont pas fait de bêtise?, demanda Eric Bondvik en touillant son chocolat chaud.

- Non, pourquoi?

- Pour rien.

On le regarda de travers mais le prof d'SVT garda le silence avec un petit sourire en coin, leur faisant comprendre que non, ce n'était pas aujourd'hui qu'il dirait quelque chose sur lui.

Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas, laissant entrer Jolan Edervari en pleine discussion avec Romulus au sujet de l'évolution des canons de beauté féminins en fonction des époques, ou quelque chose d'approchant. Les deux hommes saluèrent vaguement les autres personnes présentes tout en se dirigeant vers les casiers des professeurs. Jolan extirpa un magazine du capharnaüm monstrueux qui régnait dans le petit espace qui lui était réservé, puis ils repartirent comme ils étaient venus. Le tout sans cesser un seul instant leur discussion.

- On dirait que Jolan s'est trouvé un ami… commenta Khemet Hassan avec un visage encore plus neutre qu'à l'ordinaire.

- Jalouse?, demanda doucement Akhanta Karpusi.

- Pas du tout.

- Les yeux de la luxure ont des joies secrètes…, ajouta-t-elle, les yeux dans le vague.

Khemet la regarda d'un air à la fois blasé et confus.

- Paul Eluard, précisa la grecque.

- On s'en fout, précisa l'égyptienne.


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Merci à celles et ceux (on peut rêver) qui ont lu, reviewé, followé ou favorité le dernier chapitre. J'ai été très occupée ces derniers temps (révisions bac français T-T) alors je n'ai pas pu répondre mais sachez que je le ferai dès que j'aurais le temps!

J'aime Antonio. C'est le seul personnage qui garde le sourire quand il se fait frapper. Eh, il a quand même reçu un coup dans les parties et un coup de poing dans la face en l'espace de deux heures maxi!

Dans le prochain chapitre, on assistera à une visite du campus et à un violent retour de karma sur un certain professeur italien.

Mi amas vin, vidas vin baldaŭ! ;)