Le lendemain, quand Regina ouvrit les yeux, ce fut une place vide qu'elle trouva à côté d'elle. Elle se redressa rapidement, fouilla la pièce des yeux mais constata aussi vite qu'Emma n'était plus là. Elle quitta le lit, enfila son peignoir chaud et marcha vers la vitre laissée ouverte. La Sauveuse était partie sans faire le moindre bruit. Comment expliquerait-elle à Mary-Margareth qu'elle n'avait pu la retenir ?

Elle quitta donc la chambre et descendit au rez-de-chaussée où se trouvait Henry qui déjeunait près de Robin. Ce dernier demanda aussitôt :

— Où est Emma ? C'est vrai que tu as dormi avec elle ?

Les sourcils froncés, Regina se servit d'abord une tasse de café avant de répondre à son fils.

— Elle est partie. Encore ! s'agaça-t-elle. Je ne l'ai même pas entendue se lever.

— Alors elle était là, reprit Henry, ça veut dire qu'elle te fait confiance.

Regina l'avait bien compris, mais Emma ne lui faisait pourtant pas assez confiance pour rester pour le petit déjeuner. Restait maintenant à expliquer à leur fils que sa mère biologique n'était plus tout à fait la même. Elle s'assit sur le tabouret.

— Henry, je ne sais pas ce qui se passe avec Emma, mais...

— Je sais, elle a tout oublié, Robin m'a expliqué.

La Reine lança un coup d'œil à son amant, surprise qu'il ne l'ait pas attendue pour cette discussion.

— Elle ne parle pas notre langue, Henry. Je ne parviens pas à communiquer avec elle.

— Oui, mais ça explique pourquoi elle m'a attaqué quand je me suis approché. Ca explique qu'elle se cache. Et pourtant, elle a dormi avec toi.

Regina était toujours aussi subjuguée par la capacité d'adaptation et d'analyse d'Henry qui ne s'étonnait plus de rien.

— Tu vas arranger ça, dit-il avec confiance. Toi ou Gold vous saurez lui rendre sa mémoire.

La Reine aurait souhaité avoir autant de foi en sa magie ou en celle de Rumplestilskin.

— On va devoir en parler à Blanche et David dans un premier temps, fit-elle, ensuite, on avisera.

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Mary-Margaret et David n'en revenaient pas. Leur fille s'était présentée chez la Reine pour lui offrir un médaillon, "dormir" chez elle avant de repartir au petit matin. Blanche craignait que leur fille ne retrouve pas la mémoire. Tous ces sorts d'oubli finissaient par la rendre folle. D'abord celui de Regina les ramenant dans cette réalité en effaçant leur passé dans la Forêt Enchantée, puis un second sort forçant Henry et Emma à ne plus se souvenir de leur passé auprès d'eux.

— C'est forcément Zelena, dit Blanche en guise de conclusion. Nous devons la retrouver pour qu'elle inverse le sort !

— Quand bien même j'ouvrirais un second portail, intervint Regina, et si j'y parviens, nous ne sommes pas sûrs qu'elle soit en vie et ignorons tout du monde d'où vient Emma et de cette cité d'Eighon.

— Je ne peux pas me résoudre à la laisser comme ça, dit Blanche.

— On est tous d'accord sur ce point, très chère, rappela Regina en songeant à la façon dont Emma s'était glissée nue dans son lit.

— Au moins, nous l'avons retrouvée et elle est en vie, tenta de relativiser David.

Blanche s'adressa à son époux :

— Vas trouver Gold, demande-lui ce qu'il sait sur ce monde d'Eighon et s'il connait une formule qui pourrait nous aider.

David récupéra ses clefs de voiture sur le comptoir et acquiesça :

— Ok, je vais à la boutique.

Henry se leva de sa chaise :

— Je viens avec toi.

Regina s'adressa à Robin :

— Peut-être devrais-tu réunir tes compagnons pour leur demander également ce qu'ils savent de cette cité.

— Ils n'en sauront guère plus que moi, fit-il.

— Et bien, vas-y quand même !

Au regard insistant que la Reine lui lança, Robin comprit qu'elle souhaitait certainement se retrouver seule avec Blanche Neige. Il finit donc par acquiescer.

— Très bien, je vais voir...

Il sortit à son tour, à la suite de David et Henry, et la Reine fut enfin seule avec Mary-Margaret. Ce qu'elle souhaitait lui dire ne pouvait être dit qu'à elle et, Blanche étant la mère d'Emma, peut-être comprendrait-elle ses réactions inhabituelles à son égard.

— J'ai omis de vous dire certains détails, reprit-elle tandis que Blanche servait de l'eau chaude dans sa tasse.

— Est-ce que je dois rappeler David ? demanda Mary-Margaret.

— Non, c'est inutile et je préférais que nous soyons seules pour en parler.

Blanche Neige fronça les sourcils et reprit place sur sa chaise, les yeux rivés sur la Reine.

— Je vous écoute.

La concernée se sentait tout de même dérangée, perturbée à l'idée de raconter ce moment intime, privé et gênant.

— Quand Emma est entrée dans ma chambre hier soir, elle s'est dénudée pour se glisser dans mon lit.

Blanche Neige leva les sourcils sur ces paroles plus qu'inattendues. Un sourire nerveux dessina ses lèvres tant cette explication était à l'extrême opposé de la situation dans laquelle Regina avait dû se trouver.

— Ma fille s'est dénudée ? répéta-t-elle incrédule.

— En effet, continua Regina. Elle m'a fit signe de m'allonger près d'elle et...

Elle détourna les yeux, plus embarrassée encore.

— Puis quoi ? s'impatienta Blanche Neige.

— Emma m'a embrassée, conclut Regina.

Cette fois et contre toute attente, la mine de Blanche-Neige reprit tout son sérieux, reflétant à la fois interrogation et inquiétude. Un sourire plus léger revint sur ses lèvres et son regard se baissa sur sa tasse.

— Qu'y a-t-il ? l'interpella Regina après un moment de silence.

— C'est... C'est délicat...

La Reine connaissait ce regard fuyant. Blanche-Neige lui cachait quelque chose.

— Ca ne le sera certainement pas autant que de vous dire que votre fille était nue dans mon lit ! accusa-t-elle.

Blanche releva son regard sur Regina puis expliqua :

— Je sais que... Depuis quelques mois, depuis le Pays Imaginaire, j'ai vu qu'il y avait une certaine ambiguïté dans votre relation...

— Une ambiguïté ? répéta Regina.

— Oui, à travers vos disputes, vos regards, votre façon de vous détester et de vous protéger mutuellement. Emma ne me l'a jamais dit clairement mais je crois que... D'une certaine façon, elle était loin, très loin de vous considérer uniquement comme la mère adoptive d'Henry. Ce qui explique aussi pourquoi elle a toujours découragé Crochet à la courtiser.

Regina avait froncé les sourcils sur ces paroles pleines de sous-entendus. Où Blanche voulait-elle en venir ?

— Pouvez-vous être plus explicite ? demanda-t-elle.

— Ma fille a des sentiments pour vous. Je ne voulais pas l'admettre au début mais après ce qu'elle a fait hier soir, le fait qu'elle vous ait embrassée, je devais vous le dire. Quel que soit le sort dont elle a été victime, cette attirance à votre égard n'a pas changé.

Les joues de Regina venaient de s'empourprer sur ces paroles plus franches. Elle n'avait osé croire en cette possibilité malgré le baiser d'Emma et tant d'autres signes qu'elle avait voulu ignorer, pensant qu'elle débordait d'imagination. Si Blanche-Neige tenait ces propos, cela signifiait qu'elle n'avait donc pas rêvé ou affabulé. Elle avait elle aussi senti cette ambiguïté étrange et inexplicable entre Emma et elle. Elle se leva, mal à l'aise de tenir cette discussion avec celle qui était auparavant sa belle-fille.

— Eh bien, il faudra y remédier, tenta-t-elle troublée.

Blanche se leva, les sourcils froncés.

— Y remédier ? On ne soigne pas l'amour, vous le savez très bien.

Regina la regarda :

— Ce n'est pas de l'amour, vous y allez un peu fort.

— Comment appelez-vous cela alors, si même la magie ne vient pas à bout des sentiments qu'elle nourrit à votre égard ? Et depuis quand la Reine se promène-t-elle avec un pendentif qui n'est pas assorti à son tailleur ?

Regina se tendit et baissa son regard sur le bijou qu'elle ramena à l'intérieur de son chemisier.

— C'est un cadeau ! se défendit-elle.

Blanche-Neige croisa les bras.

— Je sais que vous tenez à elle, quoi que vous en disiez. Et ça tombe bien parce que si Emma revient vers vous, et elle reviendra, vous êtes la seule à pouvoir communiquer avec elle.

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De toit en toit, Ilyan suivait les amis de Regina, les hommes qui ne cessaient de tourner autour d'elle. Une fois de plus, elle avait vu le lâche parmi d'autres. Arrivée sur le toit d'un bâtiment, elle avait glissé le long d'une gouttière pour s'infiltrer par l'arrière et écouter les conversations. De toute évidence, il s'agissait d'un dépotoir où divers objets étaient entassés, aussi ésotériques, historiques qu'étranges. Des fioles, des cadres, des boîtes et autres bibelots pour l'instant inutiles attendaient d'être manipulés ou sûrement jetés. Elle suivit les voix provenant de l'autre côté du mur et tendit l'oreille. Elle ne comprendrait sûrement pas les discussions, mais elle aurait plus de chance de prévoir une éventuelle attaque.

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Derrière son comptoir, Rumplestilskin gardait un léger sourire devant le Prince et son petit-fils. Il s'amusait de constater qu'à chaque énigme, ils l'appelaient au secours et aussitôt satisfaits, ils affirmaient ne rien attendre de lui. Comme tout le monde ici, il avait entendu les rumeurs, avait compris que la Sauveuse était de retour avec quelques changements non négligeables.

— Et qu'aurai-je en échange ? demanda-t-il à David. Mes services ont un prix et vous le savez.

Henry se permit d'intervenir puisqu'il était là.

— On parle d'Emma. Et d'un monde qui renfermerait beaucoup de richesses, ne dis pas que tu ne viendrais pas si on trouvait le moyen d'y aller.

Rumplestilskin plissa les yeux sur son petit-fils qui faisait preuve d'un talent de négociateur surprenant.

— C'est une légende, répondit-il.

— Alors comment Emma aurait-elle pu trouver ce médaillon ?

Bonne question, pensa Rumple qui admettait cet argument fondé. Belle à ses côtés, il la devinait aussi curieuse et intriguée que l'étaient ses amis.

— Un instant, je vous prie.

Il s'écarta et se posta devant l'une des grandes étagères de sa boutique avant d'attraper un livre sur celle du haut. De retour derrière le comptoir, il l'ouvrit et expliqua :

— Ceci est le grimoire des prophéties ancestrales. C'est l'unique exemplaire des trois tomes qui existent, l'original qui plus est, entièrement dédié à la cité d'Eighon. Rares sont les ouvrages prophétiques qui y font référence.

— Y a-t-il des explications au sujet d'une formule, d'un portail ou d'un passage qui...

Rumple leva le doigt pour interrompre David et son impatience.

— Ts, ts, ts, fit-il. Pensez-vous sérieusement que je considèrerais cette histoire comme une légende s'ils avaient laissé des coordonnées quelconques ?

La question renvoyée ainsi poussa David à admettre l'inutilité de la sienne.

— Bien, mais je suppose que vous l'avez lu et que vous avez fait des recherches, reprit le Prince. Alors, soit vous nous prêtez ce livre, soit vous nous expliquez.

Rumple hésita. Il n'avait pas l'intention d'aider les Charmants aussi aisément. Mais il ne lui suffisait que de croiser le regard insistant de Belle pour comprendre qu'il était dans son intérêt de répondre à la demande de David.

— Vous ne trouverez rien, répliqua-t-il tout de même. Mais si j'avais accès au médaillon...

Il accompagna ces derniers mots par un petit sourire.

— Emma en a donné un à Regina, l'interrompit David.

— Amenez-le moi et je vous aiderai, répondit Rumple.

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Ilyan remonta le long de la gouttière pour retourner sur le toit et traverser la ville sans se faire repérer. Elle avait capté le terme "Eighon" qu'elle connaissait mieux que quiconque. Sauraient-ils la renvoyer chez elle ? Comment savaient-ils d'où elle venait ? Elle devait trouver des réponses et pour cela, elle devrait d'abord rejoindre l'endroit où elle avait "atterri".