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Le lendemain matin, Ron est encore préoccupé par la discussion que nous avons eu la veille. Il est étendu sur l'herbe dehors, regardant le ciel en ressassant ses pensées moroses. Je me dirige vers lui pour lui parler à nouveau :
- « Ron, comment te sens tu ? »
Le roux ne répond pas, se contentant d'hausser les épaules en silence.
- « Je suis désolé de ce qui arrive, mais tu ne peux pas toujours fuir et c'est le moment de mettre toute cette histoire au clair. Tu ne pourras jamais avoir le droit à l'amour si tu restes fixé sur cette histoire. En plus, tu n'as cessé de me répéter que tes amis t'ont manqué cet été. »
Il sourit et s'assied pour me faire face, puis doucement sans autre parole, m'enlace. J'imprime dans mon esprit l'odeur douce de ses cheveux, la manière dont son corps entoure si facilement le mien, plus petit et plus fin. Je le sens se laisser aller et mes bras passent autour de lui de la même manière que les siens m'enveloppent. Puis je me détache, et plonge mes yeux dans les siens. Il murmure un "merci", avant de se lever pour retourner dans la maison. Je regarde un instant le paysage devant lequel il se tenait un instant plus tôt, puis entre à mon tour dans la maison pour aller me doucher. Avant la douche, il me faut passer par la chambre de Ginny.
Quand j'entre, je ne la vois pas mais j'entends un murmure, un sanglot. Après avoir fermé la porte je me déplace pour la voir. Elle est au pied de son lit, un livre de photos ouvert sous elle et tient une photo dans la main. Elle ne relève pas la tête vers moi, même lorsque je m'assied face à elle.
- « Je l'aime depuis si longtemps… » murmure-t-elle.
Sa voix meure et elle sanglote. Je me précipite pour la prendre dans mes bras, sa peine me donne à moi aussi les larmes aux yeux. Je la rassure d'une voix brisée tout comme son cœur. Elle reprend.
- « J'ai essayé de le rendre jaloux en sortant avec d'autres garçons. Il n'en a rien eu à faire. Je n'avais pas vu qu'il était amoureux d'elle. J'ai tant voulu être avec lui sans savoir qu'il ne m'aimerait jamais. »
Les larmes hachent ses phrases, je la serre encore fort contre moi, caressant ses doux et long cheveux roux.
- « Il ne sait pas ce qu'il perd. Je suis désolé, je ne savais pas que tu étais amoureuse du meilleur ami de ton frère. »
Elle plonge ses yeux dans les mien et tente de me sourire. Quelque chose me serre la gorge. Je suis touchée par cette histoire, elle me concerne, par amitié pour Ginny. Je cherche dans les milliers de livres que j'ai lu et qui hantent mon esprit, une solution. Mais rien ne peut arranger les histoires de cœur, sinon le temps. Ginny qui a maintenant séché ses pleurs me lance :
- « De toute façon nous allons les aider. Parce que nous ne pouvons pas faire autrement. Parce que Harry fait partie de la famille, et avec lui, elle aussi. Et puis quel que soit son choix, nous nous devions de l'aider, en l'honneur de cette amitié."
Je suis admirative devant ce qu'elle supporte. Je sais qu'elle aime le brun depuis de nombreuses années. Accepter sa petite-amie, accepter de les voir s'aimer dans sa propre maison, pour l'amitié qui les a liés est louable. Le simple fait de penser que Ron l'a aimé et qu'il l'aime encore me plonge dans un état de rage et de haine que je ne contrôle pas. Et je ne le connais que depuis peu de temps. Nous nous relevons, je prends Ginny dans mes bras puis récupère des vêtements pour la douche. J'ai presque la main sur la poignée de la porte quand elle me lance :
- « Tu devrais avouer ton amour à mon imbécile de frère, tu sais. Il est tellement timide, qu'il n'osera jamais faire le premier pas. »
Je me retourne, les joues en feu. Elle rit de me voir piquer un fard et je ne lui laisse pas le temps d'en ajouter avant de m'en aller.
Le soir nous sommes tous dans le salon pour accueillir le couple, Ron et moi sommes debout côte à côte, attendant leur arrivée. J'avance la main vers la sienne, l'effleure, aussitôt, il s'embrase. Et accroche ma main qui s'éloignait. Nos doigts entrelacés sont dissimulés dans notre dos, de façon à ce que cela ne soit visible pour personne. Ce petit geste doux me rassure et m'apaise au moins autant que lui. C'est Harry qui arrive en premier et est tout de suite entouré de l'affection de Molly. Puis il se dirige vers Ginny qui fait de son mieux pour ne pas laisser transparaitre ses émotions profondes et se contente de le saluer de son plus beau sourire. Après une légère hésitation, il s'avance vers Ron qui lui porte un regard dur. Une main est tendue, que Ron après un moment se décide à serrer. Ensuite ils se sourient et il semble qu'une forme de pardon vienne d'être accordée tacitement. Puis quand Hermione sort de la cheminée, elle a l'air épuisée. Les formules de politesses fusent, chacun disant "bonjour" à celle qui a été la meilleure amie de Ron. Le regard d'Harry s'arrête sur moi une seconde, puis il se dirige vers la femme qu'il aime et l'embrasse à la vue de tous. Ron baisse les yeux, comme s'il assistait à une scène hautement privée, ses oreilles se colorent d'une teinte cramoisie. Ensuite elle salue tous les autres en les prenant chacun son tour dans ses bras, comme de vieux amis.
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