Si elle avait était l'héroïne d'un roman à l'eau de rose, elle aurait pensé en découvrant sa chambre que plus belle chose n'existait qu'en rêve et se serait satisfaite de cet état d'emprisonnement. Elle aurait rie comme avant, aurait mangé a s'en faire péter la panse et aurait comparé la nature à une magnifique gourmandise délectable en chantonnant.
Oui mais voila, sa chambre était grisâtre, les murs de pierres suintaient une glue noirâtre dégoutante, les tapisseries étaient pleine de poussière nauséabonde tandis que son lit en bois était bancale.
Elle n'était pas retenue de force, elle pouvait se promener dans le parc, ou la nature fétide détraquait ses sens et la menait indubitablement a songer à sa vie là bas, ou tout semblait plus pur.
Elle se contemplait chaque jour dans un miroir et voyait, imperturbable, ses joues qui s'étaient creusées en l' espace de six semaines.
Ses yeux autrefois pétillants de malice étaient a présent vides, sa bouche pulpeuse au lèvres ourlées délicatement dessinées était craquelée. Dire qu'elle n'était pas heureuse était un euphémisme.
Elle restait dans un état de torpeur depuis maintenant un mois et demie et rien ne semblait pouvoir la faire réagir, ni les cours réguliers avec son bourreau dans lesquels elle refusait tenacement d'user de sa magie, ni face aux murmures dans les couloirs.
Tout cela était si pesant. Elle s'était sentie tellement isolée la première semaine qu'elle avait prise pour routine de rester dans sa chambre, même pour les repas, se plantant dans un rôle de paria volontairement.
Elle avait oublié la chaleur des étés africains, les étendues sauvages australiennes dans lesquelles elle aimait se délasser ou encore l'accent allemand qu'ils s'amusaient a imiter.
Elle se voyait et elle se dégoûtait, elle représentait désormais tout ce qu'elle avait exécré et blâmé, elle se faisait pitié, ils avaient raison de se moquer d'elle quand elle passait dans les couloirs froids et immuables.
Pauvres âmes, ils ne savaient pas eux. Ils ne pouvaient pas savoir que le monde dans lequel il vivait n'était qu'une retranscription grotesque, imparfaite, abstraite de la vraie vie, celle qu'elle avait toujours connue. Elle savait et c'est ce qui la tuait.
Ce jour là, elle devait traîner sa carcasse jusqu'à la salle de cours ou Rogue tenterait vainement de la convaincre d'user de ses pouvoirs, pour le bien collectif, il débiterait toutes ses conneries, elle ne broncherait pas, il la menacerait, elle restera impassible comme les pierres froides de ce château.
Finalement, il abdiquerait et elle retournerait dans son antre, c'était la routine.
Ce jour la, comme toujours, elle traversa silencieusement les couloirs bondés, comme un fantôme, passant tellement inaperçue qu'on aurait pu la prendre pour un coup de vent.
Bien sur ils y'en avaient qui la voyaient du coin de l'œil et échangeaient des ricanements, ils ne savaient pas qui elle était et la curiosité du début avait laissé place à la monotonie que provoquait la banalité de ses apparitions.
Comme souvent, elle pénétra silencieusement dans la salle de classe aménagée et, immobile, se tint droite, mettant une distance plus que raisonnable entre elle et son enseignant.
Ne levant pas la tête de ses parchemins celui-ci se contenta d'énoncer d'une voix claire :
« J'ai longuement réfléchi et pense finalement qu'en effet vous forcer plus longtemps à suivre une décision imposée n'était pas la meilleure manière de vous amadouer ainsi, je vous défait de vos engagements concernant ces heures de cours. » Il la regarda intensément à la fin de sa phrase guettant, si Merlin le voulait bien, un changement dans l'attitude de la jeune fille. Elle semblait ne pas remarquer son regard pesant.
Enfin, elle releva la tête et une faible lueur d'étonnement passant dans ses prunelles. Elle haussa légèrement un sourcil. Cela ne ressemblait pas à Rogue d'être aussi peu combatif, cela l'intriguait « Roguy, ma poule, qu'est ce qui t'arrive ? ». Fébrile, elle attendit la suite.
« C'est tout a fait naturel d'avoir peur »
« Je n'ai pas peur ! » Mensonge.
« Nous ne pouvons décemment pas vous blâmer pour votre lâcheté »
« Je ne suis pas lâche ! »
« La vanité des petites gens… Vous savez, c'est un sentiment commun, qui s'applique à tout les gens ordinaires »
« Je ne suis pas ordinaire ! » explosa t'elle, en s'empourprant derechef face a ses dires si egocentriques.
Satisfait, Rogue laissa apparaître une esquisse de sourire relevant les coins fatigues de sa bouche, qu'il camoufla rapidement derrière son masque d'impassibilité.
« Alors pourquoi condamnez vous les vôtres ? » Elle en eut le souffle coupé. Elle était égoïste, mais c'était au dessus de ses forces, elle ne pouvait pas, c'était beaucoup trop puissant.
« Je…c'est impossible vous le savez aussi bien que moi ! » l'accusa t'elle
« L'impossibilité n'existe que dans les esprits étroits » Il tentait de la provoquer pour qu'enfin elle lâche toute cette amertume, ce poison qui coulait dans ses veines au même titre que son sang et qui était la cause de son état « elle résiste la garce ! » ne put-il s'empêcher de penser.
« Après tout, c'est votre choix, une ethnie de moins ou de plus, quelle différence cela fera ? De toute façon, après il n'y aura plus rien et vous ne pourrez plus vous enfoncer dans vos songes stupides de petite fille pourrie gâtée concernant la nature, le voyage ou toutes ces absurdités. Ce sera la fin de tout. » Cria t'il méchamment en se redressant de sa chaise avec haine.
Cette réplique agit comme un électrochoc, elle écarquilla les yeux, ses joues virèrent au rouge vif, sa bouche se crispa jusqu'à former une fine ligne tandis que ses poings se serrèrent. Sans qu'elle ne contrôle plus rien, les gigantesques fenêtres aux vitraux complexes de la salle de classe explosèrent et plusieurs chaises se renversèrent comme soufflée par un violent coup de vent.
Elle remarqua les débris de verres colorés qui se reformaient déjà d'eux-mêmes et étrangement, se sentit soulagée, comme si un immense fardeau avait été retiré de ses frêles épaules.
Elle contempla une dernière fois la salle de classe, on avait l'impression qu'un ouragan était passé par là.
Déboussolée, elle jeta un regard perdu sur le professeur Rogue, toujours immobile derrière son bureau, cependant, elle pu déceler une lueur victorieuse au fond de ses prunelles.
confuse, elle sortit précipitamment de l'habitacle, entendant vaguement Rogue lâcher un méprisant "Votre obstination a ne pas user d'une baguette est pitoyable".
Elle se sentait plus vivante que jamais, l'adrénaline coulait dans ses veines, elle entendait son sang palpiter comme si elle avait fait un effort considérable, ses mains étaient moites, sa respiration rauque et ses ses jambes tremblaient.
Elle poussa la lourde porte en chêne, sortit comme folle dans le couloir rempli d'élèves, fit trois pas, s'arrêta brusquement lorsqu'elle entendit une voix froide l'interpeller :
« Ce n'est pas en reniant ce que vous êtes que vous vivrez paisiblement, cette chose, cette magie, qui vous paralyse de peur, est contrôlable, elle ne veut que surgir pour ne pouvoir enfin former qu'un avec vous, elle est votre personnalité que vous le vouliez ou non, et alors, lorsque vous l'aurez maîtrisé, vous serez vous, véritablement, Mlle Claire »
Elle le fixa , le regard fiévreux, assimilant les paroles prononcées.
C'était une évidence, une petite cuillère l'aurait compris plus rapidement qu'elle.
D'ailleurs, il ne s'était rien passé toute à l'heure, rien comparé aux autres fois.
Elle défit les lacets de ses souliers et lentement enleva ses chaussures, sa tête bouillonnait mais quand la chair rosée de ses orteils toucha la surface froide et polie du corridor ,elle pris conscience de la réalité. Ils la fixaient tous comme si elle était un animal de foire.
« Mais c'est pas vrai! c'est qui cette dingue, aux gardes, lâchez les chiens ! » Hurla une voix criarde.
Ce jour là, comme jamais, elle releva fièrement la tête, regarda le métis qui venait de parler et lâcha d'une voix froide, posée, calme :
« Je t'emmerde. »
Et, comme premier acte de défit, elle décida de se promener dans le parc verdoyant attenant au château.
