Deux semaines.
Deux putains de semaines que tu es parti.
Si encore tu avais laissé un mot. Un bout de papier. Une emprunte. Un moyen de te retrouver. Quelque chose.
Mais rien. Il y a un putain de vide. Un vide dans l'équipage. Un vide dans le dortoir. Un vide dans la cuisine. Un vide dans nos cœurs.
Un vide dans mon cœur.
Ça fait deux semaines.
Deux semaines que je ne dors plus. Deux semaines que je ne mange presque plus. Deux semaines que je m'entraîne toute la journée, toute la nuit.
La douleur qui ronge mes muscles me fait partiellement oublier celle qui ronge mon cœur.
Ça me fait rire en fait. C'est pas comme si on était ensemble. Tu me déteste maintenant. Malgré tout ce que tu m'a dit, je le sais, j'en suis persuadé. C'en est la preuve après tout, non? Comment un homme peut-il s'échapper d'un bateau navigant en pleine mer avec rien aux alentours sans se jeter à l'eau?
Et moi je te déteste pour ce que tu me fais subir. Je te déteste parce que tu es la première personne à m'avoir fait aussi mal, sans même me blesser. Je te déteste parce que tu es revenu, puis reparti sans un adieu.
Je déteste ta peau si pâle, je déteste ton odeur rassurante. Je déteste tes cheveux blonds comme les blés, et je déteste ta voix douce comme une caresse. Je déteste tes mains, si agiles, si fines, je déteste ton visage beau à en crever d'amour. Je déteste ton sourire calme et rebelle, et je déteste ton corps si troublant, que je me meurs de toucher. Je déteste tes yeux, tes doux yeux bleus majorelle, ou tout l'univers semble se refléter dans une valse charnelle.
Je te déteste.
Les poids se succèdent et s'empilent au dessus de mes épaules. Mon souffle saccadé envahit la pièce, pendant que je m'entraîne, encore et encore. Ça aussi ça me fait rire. Peut-être que je deviens fou. Oui, ça doit être ça.
Saleté de Cook, t'étais obligé de me voler mon cerveau en plus de mon cœur?
Mes yeux me piquent. Quoi, je pleure? Encore?
Il paraît que je me laisse mourir. Ça par contre c'est pas vrai. Ou pas tout à fait.
C'est juste que je ne peux plus dormir, ton odeur me hante, tes draps m'attirent trop et tes yeux anesthésient mon cœur, mais le retour à la réalité n'en est que plus douloureux.
C'est juste que je ne peux plus manger autre chose que des nouilles instantanées, la vraie cuisine me fait trop penser à toi.
C'est juste que l'eau est trop bleue pour que je la regarde.
C'est juste que la mer est trop grande pour te retrouver.
C'est juste que le soleil est trop blond.
C'est juste ton abandon
C'est juste que tu me manque.
Deux semaines. Deux putains de semaines.
.
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Ça fait deux semaines.
Deux putains de semaines que je suis parti.
Je pense à lui toutes les heures. Toutes les minutes. Peut être toutes les secondes. Et ça me fait mal. Une chaleur brûlante et sourde dans ma poitrine.
Je regarde la mer, avec ce poids sur mon cœur qui rends ma respiration difficile et le sourire d'un condamné à mort. Je ne comprends pas vraiment pourquoi j'ai cette réaction si étrange. Après tout, il me déteste, j'en suis sur. Malgré tout ce qu'il m'a dit, par ma faute il avait abusé de moi. Mais le terme plus exact serait il avait abusé de lui même.
Les pieds trempant dans l'eau glacée et une bouteille de verre a la main, je contemplais les flots d'une pâleur bleutée. Selon une croyance transmise au fil du temps, cette mer cacherait un secret. Il vous suffisait d'écrire votre vœu sur un parchemin, et embouteiller ce dernier. En le laissant dériver au gré de l'onde marine, votre souhait serait exaucé.
N'importe quoi.
Mais je sentais que je devais le faire. Car il y avait une chance, une infime, quasi inexistante chance sur quelques dizaines de milliards que tu la trouve. Je baisse les yeux, et envoie la bouteille le plus loin possible de moi et de mes remords.
Et ainsi est emportée ma bouteille de verre, contenant un message et mon vœu. Doucement, elle disparaît dans la lueur éclatante du soleil, nageant vers la ligne d'horizon.
Malgré toutes nos engueulades, tu a toujours été avec nous, avec moi dans les moments les plus difficiles. Mais maintenant tu n'est plus la pour me soutenir, pour m'appeler par tout ces surnoms débiles que nous nous étions attribués à la seconde même ou nous nous étions rencontrés.
C'était pas au programme que tu me manquerait autant.
Je pivotai vers la plage en sentant ma détermination décroître et fondre horriblement rapidement. Oh, j'aimerai céder, j'aimerai revenir m'excuser, tout t'expliquer.
J'aimerai toucher ta peau dorée par le soleil, j'aimerai humer ton parfum si envoûtant. J'aimerai toucher une fois encore tes cheveux verts, et j'aimerai entendre ta voix grave me susurrer des mots d'amour. J'aimerai effleurer tes mains, tes grandes mains si puissantes, et j'aimerai revoir ton visage railleur et indompté. J'aimerai que tu me sourie de nouveau, de cette façon si facile qui semble effacer tout les problèmes du monde. J'aimerai sentir le poids de ton corps sur le mien, pouvoir me glisser dans ton étreinte puissante. J'aimerai me plonger encore une fois dans tes yeux, tes si beaux yeux de jade. J'aimerai te voir une fois encore te dépenser toute la journée, soulevant des tonnes à la force de tes muscles surmenés. J'aimerai revivre l'une de nos disputes, même la plus futile, et j'aimerai te revoir brandir tes trois sabres, tel le gros rustre que tu es. J'aimerai que tu m'ignore. J'aimerai que tu t'inquiète pour moi. J'aimerai que tu m'engueule comme du poisson pourri parce que je t'ai manqué. J'aimerai que tu me saute au cou parce que je t'ai manqué. J'aimerai être loin de toi, loin de tout. J'aimerai être dans tes bras puissants aux étreintes si rassurantes.
J'aimerai que tu veuille que je sois la.
Et ainsi est emportée ma bouteille de verre, accompagnée de larmes et de regrets. Je me recroqueville sur moi même, enlaçant mon corps blessé. Ces grandes griffures de remords barrant mon torse, je peux presque les toucher, sentir hémorragie de pus et de repentir dégouliner de ma poitrine, emprisonner mon cœur tuméfié dans une coque d'amertume et de résipiscence.
J'aimerai ne jamais t'avoir aimé. J'aimerai tout laisser a la mer, ma voix, ma vie, vaincues par le temps. Temps. Un mot qui ne veut plus rien dire, mais qui pourtant représente tout pour moi. Car je sais qu'un jour, je te reverrai. J'en suis sur, car un jour mon égoïsme sera plus fort que ma promesse de protéger mes Nakama, et ce jour la je te retrouverai.
Ce sera aussi le jour de ta mort. Car quand ilsaura que je suis revenu te voir, plus personne ne pourra le contenir, pas même toi, Zoro... Et il te tuera. De la façon la plus horrible qui soit. Ma seule consolation sera qu'il me tuera sûrement aussi.
Et j'ai comme l'impression que si tu continue de me manquer autant, ce jour arrivera plus vite que prévu.
Deux semaines.
Deux putains de semaines.
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Il n'allait pas bien. Il n'allait pas bien du tout.
Après plus de trois semaines à se ruiner la santé dans des exercices physiques les plus difficiles les uns que les autres et à ne se nourrir que du strict nécessaire à sa survie, Zoro avait fini par sombrer dans une aphasie terrifiante de profondeur. L'épéiste autrefois si vivant, à la répartie cinglante et au sourire narquois n'était plus que le fantôme de lui même. Il avait perdu ce sourire, espiègle et malicieux, qui illuminait jadis son visage, et l'éclat taquin de ses yeux striés de rouge pour avoir tant pleuré avait disparu, emporté en même temps que le second de l'équipage que nous connaissions tous.
De grosses cernes violacés encerclaient désormais ses paupières gonflées, et ses muscles si puissants avaient fondu comme neige au soleil, malgré l'entraînement plus qu'intensif. Sa peau dorée par le soleil avait terni, brûlé. Ses traits bruts ne parvenaient plus a masquer ses joues creusées et son corps qu'on pourrait aisément qualifier de cadavérique.
Il refusait obstinément toute nourriture, et ne s'abreuvait que d'un peu d'eau de temps à autre. Pareillement, il se refusait férocement de dormir, et bien qu'il lui arrivait de fermer les yeux quelques poignées de minutes pendant la nuit, cela ne durait jamais et il se réveillait en sursaut, bien souvent en hurlant en proie a cauchemar, honteux d'avoir succombé a un sommeil forcé.
Il ne pouvait même plus marcher tellement son état était affligeant. Et c'est avec regret que Chopper nous avait annoncé qu'il allait devoir le plonger dans un coma artificiel contre son gré. Nous allions nous arrêter sur l'île suivante, réputée pour son monastère et les capacités de guérisons de ses moines. Pour ne pas le perdre.
Car si le sabreur persistait sur cette voie, il était indéniable qu'il mourrait. Aucun être humain ne pouvait supporter cette torture du corps et de l'esprit, et le médecin s'étonnait qu'il soit encore en vie. Nous ne pouvions rien pour lui, et nous suffoquions de douleur avec lui à chacun de ses soupirs, ses larmes insurgées roulant sur ses joues creuses semblait nous être arrachés.
Le Andai Kitetsu, le troisième sabre de Zoro avait bien promis une mort horrible pour chacun de ses propriétaires, mais je ne savais pas que cette torture durerait autant. Je pensait à un décès douloureux, mais rapide, mais je réalise aujourd'hui que je m'était totalement trompé. Il mourrait à petit feu, enserré dans une agonie lente et sans échappatoire.
Tout le monde en souffrait, et personne ne pouvait rien faire. Personne. Sauf Sanji.
Je levai les yeux vers le ciel bleu et le soleil scintillant joyeusement, dénotant furieusement de notre bateau en deuil. Cette journée était affreusement belle. Je murmurais dans le vent chaud:
-Reviens-nous, Sanji, reviens-lui...
Mais les cieux semblaient se jouer de notre douleur, prendre plaisir à nous retirer nos amis les uns après les autres et à nous voir souffrir comme des animaux de laboratoire.
Je rajustai mon chapeau de paille et détourna les yeux de ce firmament moqueur et de cette plage que je voyais au loin. Non, décidément, personne n'allait bien en ce moment.
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Sanji marchait dans les grands couloirs, écoutant distraitement le bruit de ses pieds nus trillant le carrelage froid. Il étouffa un bâillement, et papillonna des paupières. Malgré sa condition de cuisinier, il n'avait jamais eu pour obligation de se lever aussi tôt. La lune rayonnait encore haut dans le ciel fort matinal, malgré les étoiles qui s'éteignaient lentement, prévoyant l'arrivée de l'astre solaire dans quelques heures.
Il sursauta en entendant le son des cloches de bronze annonçant l'heure du réveil. Dans quelques minutes à peine, le bâtiment reprendrait vie. Il accéléra le pas, détestant côtoyer ces personnes. Ils ne lui avaient fait aucun mal, au contraire ils étaient toujours prêts à une attention pour lui, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Le cuisinier s'efforçait de faire bonne figure devant eux mais pour lui, ils étaient son enfer. Ils l'avaient arrachés à ses amis, retenu dans cet endroit qu'il détestait tant, forcés à courber l'échine et à ne plus protester. Et par dessus le marché, ils lui avaient pris ses clopes, merde!
Alors, quand sa peine était trop profonde, il lui arrivait de s'enfuir sur la plage, observer les bateaux flottant doucement sur l'eau bleue, espérant presque voir le Merry au loin. Presque.
Là, sur le sable fin, il s'asseyait en tailleur et regardait au loin, souhaitant de tout son cœur que le temps s'arrête. Il caressait doucement le sable humide, allant parfois jusqu'à tremper ses pieds dans l'eau froide. Et la, il savait qu'il pouvait laisser ses larmes déborder, qu'il ne risquait de voir personne arriver. Il essayait de penser le moins possible au moment ou il devrait rentrer. Sinon, il allait le faire rechercher, et Sanji préférait éviter de le mettre en colère plus encore.
Mais aujourd'hui, pas d'escapade en vue. Il paraîtrait qu'un bateau pirate était amarré au port. Il ne pouvait cesser d'espérer que ses amis étaient venus le chercher, mais c'était risible. Il savait pertinemment que même si l'équipage venait dans cet endroit, ils ne le reconnaîtrait sûrement pas. L'ancien cuisinier passa ses doigts dans sa courte brosse de cheveux dociles, regrettant ses folles mèches blondes d'autrefois. C'était il peine un mois, et pourtant cela lui semblait tellement lointain!
Il paraissait qu'il avait maigri. Il ne s'en était pas rendu compte, lui qui auparavant faisait tellement attention à garder une ligne correcte. Il flottait dans ces habits trop grands qu'on lui avait enfilé de force, mais il n'en avait cure désormais. Comme prévu, les couloirs se remplissaient lentement et l'ex cuisinier accéléra encore le pas, s'attirant les regards courroucés de ses confrères.
Il finit par arriver dans une salle aux murs ouverts sur les somptueux jardins de la propriété, le toit semblant flotter au dessus de lui, uniquement soutenu par les colonnes de bois et de pierre sculptés.
Il se dirigea vers son supérieur, qui l'avait fait appeler. Il s'inclina devant lui, courbant l'échine docilement comme le demandait le protocole, et se redressa quand ce dernier l'autorisa à se relever.
Sanji détailla l'homme devant lui d'un œil curieux. Il était grand, très grand même. Son corps avait visiblement été celui d'un guerrier ou d'un mercenaire, on ne retrouvait que difficilement cette carrure imposante et cette musculature noueuse, bien que drapée de la tunique orange propre aux moines bouddhistes. Son visage peu marqué par le temps malgré son âge avancé était strié de cicatrices sûrement faites au combat. Il avait pourtant le regard calme qu'on retrouvait chez tout ces confrères, et cette aura d'élégance qu'on ne voyait que si peu.
Alors qu'il ouvrait la bouche pour me parler, il en sortit une voix profonde et grave, légèrement en colère et indéniablement impressionnante.
- Sanji, tu n'es rentré dans les ordres des moines Bouddhistes que depuis quelques semaines, et pourtant on murmure des rumeurs à ton sujet : il paraîtrait que tu t'enfuirais régulièrement du monastère pour t'en aller on ne sait trop où.
Je pinçais les lèvres et attendit une remontrance.
- Je sais que ça ne doit pas être facile pour toi, poursuivit-il d'une voix plus calme, nous savons tous que tu n'a aucune envie d'être ici. Néanmoins, par ta conduite, tu nous met tous en danger. Tu sais bien que s'il l'apprends, il nous fera tous décapiter pour avoir échoué à te purifier. Et à ton amant aussi, accessoirement.
Je sursautais, oubliant constamment que toute la citadelle des moines était au courant de mes... Antécédents amoureux. Il avait pris un malin plaisir à m'humilier devant mes confrères en contant de vive voix toute l'histoire, redoublant de détails et d'anecdotes malsaines pour me traîner plus bas encore.
Heureusement pour l'ex cuisinier, le Bouddhisme était la seule religion qui ne discréditait pas l'homosexualité, contrairement à beaucoup d'autres. De là a dire qu'ils cautionnaient, il y avait un pas, mais ce n'était tout du moins pas interdit. Le Maître poursuivit:
- Nous avons tous des antécédents plus ou moins douloureux, certains même avant de trouver la rédemption dans la religion étaient des pirates. J'en fut un, par le passé, on m'appelait ''L'extracteur''.
Ah, c'était bien ce que que je pensait, sa corpulence n'était pas celle d'un moine retranché dans son temple toute sa vie. J'haussai un sourcil pour exprimer mon interrogation, le protocole m'interdisant de couper la parole à un Moine au rang supérieur au mien. Mon interlocuteur compris l'allusion et précisa:
- L'extracteur car j'avais pour habitude d'arracher à la main les organes du corps de mes victimes une fois morts.
Sanji ne cilla pas, il avait pu voir bien pire sur Grand Line. Le moine le remarqua et les commissures de ses lèvres se retroussèrent de quelques millimètres, l'équivalent pour lui d'un franc sourire.
- Je ne te cacherai pas que nous sommes en alliance avec le gouvernement mondial, un peu comme une rédemption avant Impel Down. Notre temple est réputé pour remettre dans le droit chemin les plus terribles des pirates. Je pourrais utiliser la force pour te convertir et te forcer à t'incliner devant moi, tu perdrais alors toute envie d'aller faire tes sottises dieu sait où. Déclara le moine d'un ton autoritaire.
Sanji pâlit et déglutis difficilement. Cette menace était bien plus effrayante que l'anecdote précédente, car l'ex cuisinier avait pu en effet constater que des pirates connus à travers le monde entier causaient tranquillement de la pluie et du beau temps avec les moines. En les observant plus attentivement, il avait pu voir qu'ils semblaient... Vide. Vide de toute résistance, vide de tout libre arbitre. Comme si on leur avait arraché leur personnalité de leur corps en leur laissant une plaie béante. Il ne voulait pas cela. Jamais.
- Mais... repris-il, Je ne sens en toi aucune colère, aucune haine, juste... Une immense tristesse, vaine, amère, démesurée même. Cela ne servirait à rien de te faire ça gratuitement. Je … ne sait pas vraiment comment m'y prendre, avec toi. Avoua t-il et baissant la tête, comme en proie à un tourment insolvable.
Je baissa les yeux de même, honteux de ne pas avoir pensé aux conséquences pour ces moines qui m'avaient recueilli dans leur maison, guéri mes blessures, mentales comme physique, pansé mes plaies... Et moi je ne pensait qu'a partir. Ils avaient été tellement compréhensifs en entendant mon histoire! À une époque ou tellement de gens pensent encore que le viol est un déshonneur, et que si l'agresseur s'en était pris à la victime, c'est qu'elle l'avait mérité ou provoqué, d'une façon ou d'une autre, eux s'étaient contentés de m'écouter, partageant ma peine et priant pour mon rétablissement.
Le Maître repris:
- Je suis dans l'obligation de te sanctionner, Sanji, même si je n'en n'aie aucune envie. Si je ne le fais pas, je risque de perdre le respect des autres moines, et l'autorité que j'exerce sur le pirates dangereux ici. Néanmoins, comme je veux bien te pardonner, je voudrais que tu vois cette mission comme un exercice à ta loyauté, non pas comme une sanction.
L'ancien pirate au chapeau de paille retint sa respiration et attendit, craignant le pire. Et il avait raison.
- Un bateau pirate à accosté au port. Ce sont tes anciens compagnons de voyage. L'un d'eux est très gravement blessé -d'après les rumeurs, ce serait même ton amant- et ils se sont présentés aux portes du monastère, votre médecin sollicitant notre aide pour le soigner. Je veux que ce soit toi qui aille les voir et les aide (Ton enseignement en sciences médicinales étant presque achevé, et tu ne fera qu'assister votre docteur) et que tu leur dise clairement que tu ne reviendras pas parmi eux. Tu peux disposer.
Sanji hoqueta et blanchis salement. Quoi? Non... il ne pouvait pas lui demander de faire ça ! Il n'avait pas le droit ! Il sentait ses genoux trembler sous le choc émotionnel. Il se sentait si faible, si démuni face à lui ! Il chercha le regard du moine, mais celui-ci se retourna, indiquant ainsi au cuisinier que l'entretien s'achevait.
Il resta planté quelques instants seul, redoutant de devoir mettre à exécution l'ordre donné par son supérieur. Puis, d'un seul coup, se retourna et s'enfuit en courant vers les dortoirs, ne prêtant pas attention aux regards surpris des moines sur son passage. Il se rua dans la pièce vide à cette heure-ci comme si sa vie en dépendais, refermant la porte derrière lui, et s'écroula derrière, appuyant son dos contre le chêne sculpté de la porte massive.
Puis explosa, littéralement. Ses larmes jaillirent comme si on avait déclenché un interrupteur, alors qu'il enlaçait ses jambes qu'il avait ramené contre son corps. Il ne pouvait pas lui faire ça ! Oh, il aurait tellement préféré une punition corporelle, n'importe laquelle, même qu'on le force à devenir un automate docile, tout sauf ça ! Pendant une demi-seconde, le cuisinier se dit que rien ne l'obligeait à obéir, puis il abandonna l'idée en comprenant.
Il était stupide, tellement stupide ! L'ordre ne venait pas de son supérieur, mais de lui. Évidemment. Il aurait du s'en douter, après tout. Le fait de devoir abandonner officiellement ses amis n'avait rien à voir avec le fait de s'échapper du monastère. Non. La punition était gratuite. Il avait cherché à s'assurer qu'il ne pourrait plus jamais revoir Zoro ni le reste de ses amis. Il lui avait alors suffit de trouver un prétexte pour le punir, un moine supérieur pour lui donner l'ordre d'abandonner l'équipage, et d'attirer le bateau vers cette île. Rajoutez à ceci quelques pots-de-vins et le tour était joué. Il était impuissant. Réduit à hocher la tête docilement, à se plier a ses caprices. Et rien ni personne ne pourra changer ça, pas même l'équipage des Chapeaux de paille et leur bonne volonté. Il était une marionnette emmêlée dans ses propres fils. Un mouton qui n'aurait pas suivi troupeau. Il était inutile, il était problématique, il était inexploitable.
Il était nuisible.
Et il était le marionnettiste. Il était le berger. Il lui suffisait de commander à une autre marionnette de venir le détacher, à son chien de me ramener à la bergerie. Il était puissant. Et il le savait très bien.
Les larmes ruisselaient le long de ses joues émaciées, semblant ne jamais vouloir se tarir. Il réalisait enfin que son voyage était terminé, et c'était tellement douloureux! Il s'était imaginé des adieux après avoir réalisés leurs rêves à tous, puis retourner à la routine du Baratie, retrouver son cher vieux schnock, et tout ces idiots. Revenir à sa vie antérieure. Peut être avec un certain bretteur avec lui...
Mais là! C'était trop pour lui, il n'en pouvait plus. Ses amis et lui avaient affrontés des menaces bien pires, mais ensemble. Que faire de lui? Luiqui ne désirait que les briser? Les traîner dans la boue et la pourriture, les salir jusque dans leurs âmes, lui qu'on ne pouvait pas acheter, pas faire changer d'avis car il ne désirait rien en échange, juste les voir humiliés, déchirés? Lui qui ne faisait cela que et uniquement par... plaisir?
Sanji agrippa les pans de son habit orange, et s'en débarrassa, le jetant le plus loin possible de lui. C'était son entrave, les liens qui le tenaient, les ciseaux coupant ses ailes. Ici, le monastère. Ce putain de monastère. Cet endroit tellement sain, tellement paisible, ou rire trop fort était interdit, ou tout les matins on priait pour que le mal soit épuré de ce monde, et que la paix remplisse le cœur de tous. Ou tout le monde se forçait à être aimable, souriant. Cet endroit me faisait vomir.
Alors qu'il tentait tant bien que mal d'arrêter le flot de larmes roulant sur ses joues, il entendit quelques coups timides sur la porte. Ses confrères devaient s'être demandés pourquoi il s'était rué dans les dortoirs de cette façon. Il saisit son uniforme, l'enfila prestement, et sécha rapidement ses larmes, tentant de faire bonne figure.
Il se dirigea vers la porte, de l'autre côté laquelle les moines commençaient à s'inquiéter. Il inspira profondément, et ouvrit les portes en souriant gaiement, sachant pertinemment qu'ils ne pourraient manquer ses yeux rouges et les sillons tracés sur ses joues.
Il ne pourrait pas échapper à l'ordre de son supérieur sans risquer la vie de toute la citadelle, ainsi que celle de ses amis, et il le savait parfaitement. Alors il allait remettre un masque. Un masque souriant à sa nouvelle vie, abandonnant sans regrets apparents l'équipage avec qui il avait tellement partagé. Un masque repoussant son amant, sachant très bien qu'il serait très douloureux pour lui de se relever. Et le mieux qu'il pouvait espérer était qu'un jour il se perdrait dans ce masque.
Et, le cœur en miettes, l'ex cuisinier de l'équipage des chapeaux de paille partit affronter ses amis, espérant de tout son cœur qu'ils en sortent vainqueurs. Une dernière larme roula délicatement sur sa joue pâle, qu'il n'essuya pas. Après tout, c'était la dernière qu'il lui restait, il pouvait bien se le permettre.
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xXx
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Voilà .w. Review? :D
