Chapitre 4 : Premiers émois

Quand Severus rouvrit les yeux, une jeune femme blonde aux cheveux courts d'environ vingt ans, était en train de noter ses observations sur son dossier. Levant la main avec précaution, il constata qu'il n'avait plus le drain. Le léger mouvement qu'il fit attira l'attention de l'infirmière.

—Oh, bonjour professeur Snape, je suis ravie de faire enfin votre connaissance ! Je m'appelle Nattie. Comment vous sentez-vous ?

—Mieux je crois. J'ai faim !

A ces mots, la jeune femme eut un grand sourire.

—C'est très bon signe. Je vais vous commander un repas léger car il ne faut pas encore encombrer votre estomac. Mais progressivement, vous pourrez mieux manger et bientôt faire un vrai festin. A tout de suite.

Elle revint quelques minutes plus tard, un plateau flottant derrière elle. Elle fit approcher la table de lit sur laquelle se posa le plateau.

—Vous pouvez bouger les bras professeur ?

—Oui. Murmura-t-il même s'il ressentait quelques douleurs.

—Parfait, alors vous allez peut-être pouvoir vous débrouiller pour manger seul ?

—Enfin quelqu'un de bien !

—Pourquoi dites-vous ça ? Qui donc vous a déplu ?

—Votre collègue de nuit !

—Helena ? Mais c'est la meilleure et la plus douce des infirmières de cet hôpital !

—Alors ne me présentez jamais la plus dure ! Cette Helena est une terreur pour les patients.

Nattie se mit à rire.

—Rien que ça ! Que vous a-t-elle donc fait subir ?

—Elle m'a forcé à manger et m'a lavé ! Ronchonna-t-il.

—En effet, c'est un comportement impardonnable. Fit-elle, moqueuse.

Severus leva les yeux au ciel.

—Je suis décidément maudit pour avoir atterri dans le seul hôpital où les infirmières soient impertinentes. Gémit-il, un léger sourire malgré tout relevant le coin de sa bouche.

—C'est vrai, vous n'avez pas de chance ! S'esclaffa Nattie. Je vous laisse manger, si vous avez besoin de moi pour vous aider, sonnez-moi.

Elle sortit au grand soulagement de Severus qui appréciait de retrouver au moins cette autonomie. Il lui fallut un moment pour arriver à coordonner ses mouvements mais réussit à se sustenter. Fier de lui, il repoussa la table et poussa un soupir de satisfaction, laissant une douce somnolence l'envahir.

Le léger bruit que fit la porte en s'ouvrant le sortit de son assoupissement. Nattie fit disparaitre la plateau et félicita Snape.

—Vous allez vite reprendre des forces, vous allez voir, et en plus vous n'avez même pas bavé ! Lui fit-elle avec un clin d'œil .

Bien reposé et le ventre plein, Severus se sentait de bonne humeur.

—Je vous aurait volontiers laissé m'essuyer les lèvres si vous étiez restée…

La jeune femme éclata de rire quand une autre femme rondelette et d'une cinquantaine d'année fit son entrée alors que Nattie faisait glisser la chemise de son patient pour masser ses muscles tétanisés.

—Et bien je vois qu'on s'amuse ici. Bonjour Monsieur Snape. Heureuse de vous voir réveillé ! Je m'appelle Mia et je viens prendre mon service auprès de vous jusqu'à l'arrivée d'Helena.

A la mention du prénom de la terrible infirmière, Severus eut un rictus éloquent.

—Je vous dis à demain professeur, passez une bonne fin de journée et…une bonne nuit, renchérit Nattie, d'un ton moqueur.

Un grognement lui répondit, tout amusement ayant déserté le patient.

Nattie partie, Mia s'approcha du malade et lui dit d'un ton enjoué :

—Vous allez tâcher de vous lever maintenant pour aller seul à la salle de bain. Prenez mon bras et essayez de sortir les jambes du lit.

Avec une grimace, Severus glissa les jambes pour se retrouver assis sur le bord du lit. Ses muscles protestaient sous l'effort mais il serra les dents et réussit à se mettre debout en tenant le bras de l'infirmière. Celle-ci avait sa baguette en main, prête à le faire léviter en cas de chute. Pas à pas, ils gagnèrent la salle de bain où elle le laissa seul quelques minutes. Les forces lui manquèrent alors qu'il revenait lentement vers le lit. L'infirmière le rattrapa à bras le corps pour l'aider à se recoucher.

—Voilà, c'est très bien pour une première fois. Reposez-vous, je reviens dans une heure voir si tout va bien. Si vous vous sentez mal, appuyez sur la sonnette.

Et elle laissa Severus, en sueur et épuisé per l'effort. Il sombra dans un sommeil lourd, la douleur n'ayant pas encore déserté son corps.

Mia revint le voir toutes les heures s'assurer qu'il allait bien et lui apporta un plateau à dix huit heures pour le souper. Elle le réveilla doucement et avec un sourire lui tendit un bol de soupe.

Le repas se passa encore mieux que plus tôt dans la journée. Le repos avait redonné des forces à Severus et il ne trembla même pas en portant la cuillère à sa bouche. Mia le surveillait du coin de l'œil et fut stupéfaite par la rapidité des progrès de son patient. Elle ne le quitta pas des yeux quand, ayant terminé de manger, il se leva pour se rendre à la salle de bain pour se rafraichir avant la nuit. La séance de massage qui suivit ne posa pas de problèmes. Mia lui souhaita une bonne nuit et sortit de la chambre.

Quelques minutes plus tard, à la façon dont la porte s'ouvrait doucement, il sut que c'était elle. Il fit celui qui était profondément endormi mais Helena ne fut pas dupe.

—Bonsoir professeur. Comment s'est passée votre journée ?

Dans un soupir, il murmura :

—Bien jusqu'à maintenant ! Je suis persuadé que vous allez gâcher ce qu'il en reste !

L'infirmière de nuit laissa échapper un petit rire.

—Il parait que vous avez fait de gros progrès aujourd'hui. Je suis déçue de ne plus avoir à faire votre toilette !

—Pardonnez-moi si je ne partage pas votre déception ! Vous m'avez fait vivre un des pires moment de ma vie !

—Oh ! Tant que ça ? Pire que de vous trouver confronté à Nagini ?

—Disons que Nagini serait presque plus douce que votre massage !

Un éclat de rire accueillit cette répartie.

—Vous semblez en effet aller mieux ! Votre cynisme m'a manqué tout au long de cette longue journée passée loin de vous ! Lui renvoya-t-elle d'un air railleur.

—Pourquoi faut-il que vous soyez toujours aussi désagréable ?

—Vous me trouvez désagréable ? C'est l'hôpital qui se moque de la charité ! Bon, je vais me plonger dans mon livre et vous laisser dormir. Cela sera bénéfique pour nous deux.

—Pour une fois je suis d'accord avec vous ! Avant de m'effondrer dans les bras de Morphée, puis-je vous demander ce que vous lisez ?

—Un livre sur l'histoire de Paris vue des stations de métro. C'est passionnant !

—Ainsi, vous, une infirmière, êtes passionnée par l'histoire de France !

—Et pourquoi pas ? Je ne lis pas que des livres de médecine. J'adore l'histoire, qu'elle concerne la Grande Bretagne, la France ou d'autres pays.

—Cela dénote une grande curiosité de la vie.

—C'est vrai, je m'intéresse à notre passé car on ne peut envisager l'avenir si l'on ne sait pas d'où l'on vient.

—Je vous laisse à ce grand problème existentiel, il ne m'empêchera pas de dormir.

Sur ce, il se coucha sur le côté avec peine, lui tournant le dos. Amusée par son comportement puéril, elle s'installa sur le fauteuil et se plongea dans sa lecture.

A six heures, elle se réveilla en sursaut, un bruit de chute ainsi qu'un gémissement ayant traversé son sommeil. Elle se précipita dans la salle de bain après avoir constaté que son patient n'était plus dans son lit.

Elle le trouva affalé devant la baignoire, ayant visiblement eu l'intention de prendre un bain.

—Vous êtes impossible ! Vous ne pouviez pas me réveiller ? Je vous aurais aidé !

—Je n'ai pas besoin d'aide ! Bougonna-t-il.

—Je m'en aperçois !

De sa baguette, elle fit disparaitre sa chemise et le fit léviter pour le faire assoir dans la baignoire puis ouvrit les robinets. L'eau le recouvrit progressivement jusqu'au torse. Elle arrêta le débit et se saisit de la pomme de douche pour lui mouiller les cheveux. Etrangement, il se laissa aller aux doigts fins qui lui massait le cuire chevelu après y avoir déposé du shampoing. Il ferma les yeux sous la douceur des gestes et se détendit imperceptiblement. Elle rinça la chevelure ébène puis prit le gant et commença à lui savonner les épaules puis le torse.

Quand le tissu s'approcha de son bas ventre, il émit un soupir les yeux toujours clos. Il retint un gémissement alors qu'elle lavait les parties dites sensibles de son anatomie. Il sentit son sang affluer dans cet endroit si réceptif et, à sa grande honte, ne put empêcher son corps de réagir sous le traitement que lui infligeait son infirmière. Lui qui était si fier de son self-control, se sentait comme un ado en pleine crise hormonale. Il tenta de se reprendre mais ce fut peine perdue. Son corps réagissait malgré lui, ayant été contraint à de longs mois d'abstinence.

Helena fit comme si elle ne s'était aperçut de rien, fit disparaitre l'eau et lui fit signe de se relever pour le couvrir d'un épais peignoir. Severus se redressa tant bien que mal, le corps en feu et s'enveloppa dans le tissu en éponge. En quelques minutes, il se sécha et rejoignit son lit, une serviette éponge nouée autour de ses hanches, ayant réussit par la force de sa volonté, à calmer son désir inopportun.

Alors qu'il cherchait des yeux sa chemise de nuit, Helena lui fit signe de s'allonger tout en s'enduisant les mains de l'huile décontractante.

—Ah non ! Vous n'allez pas encore me faire subir ce massage ! Résista-t-il.

—C'est pour votre bien et celui de vos muscles.

—Laissez mes muscles en paix et éloignez vos mains de moi !

Helena le regarda d'un air narquois et lui fit observer :

—Il me semble que mes mains ne vous laissaient pas indifférent, il y a quelques minutes !

—Il ya quelques minutes vous avez assisté à la réaction naturelle d'un corps d'homme en bonne santé. Cela n'a rien à voir avec un quelconque plaisir à être touché !

—Vous m'en direz tant ! Cessez de faire l'enfant et allongez-vous, sinon c'est notre masseur qui va vous faire ce massage et je préfère vous prévenir qu'il mesure un mètre quatre vingt dix, pèse cent dix kilos et a des mains aussi larges et rugueuses que la porte de vos cachots ! A vous de voir !

A bout de nerfs et de forces, Severus s'allongea sur son lit sur le ventre et enfouit la tête dans son oreiller pour ne pas entendre le rire légèrement moqueur de son infirmière. Il se détendit au fur et à mesure que les mains douces se promenaient sur son dos puis sur tout son corps. Il n'aurait pour rien au monde avoué le bien-être qui l'envahissait lors de ces moments.

En le massant, Helena pensait à la réaction de Severus alors qu'elle le lavait. Cela arrivait de temps en temps, quand elle s'occupait de patients encore verts. Elle n'y faisait pas attention, elle était accoutumée à cette réaction naturelle et savait parfaitement la gérer. Mais là, le lien particulier qu'elle avait développé avec l'homme dans le coma, lui avait fait ressentir un désir répondant à celui de Severus. Elle avait dû prendre sur elle pour ne pas le caresser plus intimement. Elle ne se reconnaissait pas. Il n'était même pas attirant ! Il n'y avait rien de beau en lui, sauf ses yeux. Et ses lèvres. Et sa voix. Et…Stop ! C'est bon ! Elle n'irait pas plus loin dans son introspection !

Le Docteur Rosney, au vu des progrès spectaculaires du patient le plus difficile de son service, enjoignit à Helena de prendre quelques jours de congé, épuisée qu'elle était d'avoir veillé pendant deux mois sur le grand blessé. Ce qu'elle fit, néanmoins avec réticence, mais en ayant conscience d'être proche du point de rupture de son organisme, soumit à ces veilles incessantes.

Avant de partir, elle inonda ses deux collègues de conseils et d'instructions. Ce à quoi elle répondirent, d'un air entendu et moqueur, qu'elle pouvait aller se reposer l'esprit tranquille, que SON patient était entre de bonnes mains.