Merci à Cosmos Asma et Cihanethyste pour leurs reviews.
Bonne lecture !
Disclaimer : L'univers de FF7 ne m'appartient pas, tout est à Square Enix. Mais Amy et les autres terriens sont issus de mon imagination.
Bienvenue à Hiddenville
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en arrivant à Hiddenville.
Benny, Sarah et moi avions passé l'essentiel du trajet à imaginer l'aspect de cet endroit.
Benny pensait qu'elle devait ressembler à une de ces cités futuristes qu'on voyait dans les films de science-fiction : entièrement peinte en blanc, des constructions de surface lisse et éclairée par plein de néons phosphorescents. Sarah optait pour des maisons en verre, de forme carrée, sphérique ou pyramidale. Moi… je ne savais pas.
Nous roulâmes toute la journée à travers des plaines verdoyantes, le vent secouant nos cheveux et fouettant nos visages.
Je regardai le véhicule derrière nous avec inquiétude. Mon père n'était pas là, ni dans aucune autre voiture. Il était parti pour l'autre continent… Je m'en voulais de ne pas avoir plus profité de sa présence depuis mon réveil, mais comment aurais-je pu deviner qu'on aurait besoin de lui et de sa science maintenant ?
À la fin de la journée, alors que le soleil se couchait à l'horizon, nous arrivâmes devant un immense mur qui barrait l'accès à une vallée, entre deux massifs montagneux.
Je fus soufflée par la hauteur de cette construction. Ils ne plaisantaient pas avec la défense, à Hiddenville !
Une porte grillagée s'ouvrit, laissant passer les véhicules un par un.
Une fois passés de l'autre côté, nous traversâmes une route à travers une petite forêt, avant d'arriver sur un terrain dégagé.
Une pancarte se dressait sur le côté droit de la route.
J'eus le temps de lire :
« Bienvenue à Hiddenville
Où la vie est un paradis ! »
Enfin, la ville apparut. Elle ne correspondait à aucune des idées de Sarah et Benny. On aurait plutôt dit une petite ville américaine comme on en voyait chez nous.
Des maisons, un restaurant, quelques boutiques, un bureau de poste, un glacier, un salon de coiffure… Il y avait même un vieux manège, avec des petits chevaux en bois !
Quand nous arrivâmes sur la place centrale, nous eûmes le temps d'admirer un monument dressé en son centre. Il représentait un homme debout sur la proue d'un navire, tenant dans sa main une sphère qui représentait Gaïa. La lueur des phares jouait sur son visage, aussi je ne pus voir clairement qui c'était, mais je pus lire sur une plaque devant le monument :
« Noé 1er - Directeur du Projet Arche, sauveur de l'humanité ».
Je trouvai cela plutôt pompeux, que ce soit le titre ou le monument.
Je m'étonnai de ne voir personne dehors. Par contre, les fenêtres des maisons étaient allumées, et beaucoup de silhouettes étaient visibles à travers les rideaux. Pourquoi les gens se cachaient-ils ? Avaient-ils peur de nous ?
Les véhicules traversèrent la place et remontèrent la rue, jusque devant un immense bâtiment entouré de grillage.
Là, ils se garèrent dans un parking, puis on nous poussa par groupes dans des cercles tracés sur le bitume.
Chacun de nous reçut une petite plaque de métal avec un numéro marqué dessus, et on nous ordonna d'attendre que notre numéro soit appelé pour se diriger vers une des personnes en blouse blanche postée près de l'entrée du bâtiment.
Benny et Sarah étaient toujours avec moi, mais je les sentais aussi nerveux que moi.
Je fus appelée la première. Mes amis m'offrirent un sourire d'encouragement auquel je répondis, puis je me dirigeai vers le groupe de blouses blanches.
Une femme se détacha du lot et me fit signe de la suivre à l'intérieur.
C'était un hôpital.
Nous passâmes devant plusieurs chambres où des résidents du camp se faisaient examiner par des médecins.
Une fois dans ma propre chambre, l'infirmière — car c'en était une — m'examina.
Elle prit mon pouls, testa mes pupilles à la lumière puis ma tension.
« Prénom et nom de famille ? »
« Amicia Williams. »
« Âge ? »
« Bientôt 19 ans. »
« Tes parents sont venus avec toi, sur Gaïa ? Des frères, des sœurs ? »
« Fille unique. Mon père est dans ce monde, mais ma mère est restée sur Terre. »
« Oh… Tu as développé un pouvoir depuis ton arrivée ? »
« Non et je n'y tiens pas. »
L'infirmière me regarda avec l'air surpris.
« Vraiment ? D'habitude, les gens adorent ça. Ils en parlent souvent, et on a du mal à les empêcher de s'en servir au quotidien. »
« Peut-être, mais pas moi. J'aime être normale. »
« Si tu le dis… Enfin, tu es en bonne santé, c'est l'essentiel. Et une jolie jeune fille comme toi n'aura aucun mal à se trouver un compagnon et nous aider à faire prospérer l'espèce humaine sur cette planète. »
« Pardon ?! »
De quoi parlait-elle, là ? Je n'eus pas le temps de lui demander de clarifier sa pensée, car une deuxième personne entra dans la pièce.
C'était une femme d'une quarantaine d'années, aux longs cheveux blond filasse. Elle était petite et maigre, mais je ne l'aimais pas d'office. Elle avait un visage dont les traits m'évoquaient une belette ou une fouine.
« Amicia Williams ? Je suis Debbie Chase, l'une des conseillères du Noé. Je tenais à rencontrer la fille d'un de nos plus brillants chercheurs ! »
Même sa voix était désagréable : trop aiguë, trop fluette. On aurait dit une fillette surexcitée, ce qui ne collait pas du tout avec son visage de femme adulte.
« Suis-moi, tu ne vas pas passer la nuit à l'infirmerie comme les autres. Tu as déjà ta propre maison qui t'attend, en ville ! »
« Euh… ma propre maison ? »
« Oui, les autres résidents du camp s'installeront demain, mais toi… ton père a fait le nécessaire pour que tu aies déjà ton propre chez-toi. C'est l'un des avantages d'avoir un parent impliqué dans le Projet Arche. »
Tiens, j'avais droit à un traitement de faveur ? Minute, cela voulait dire que…
« Sarah, Benny et leur père… ils vont rester dormir ici ? » demandai-je.
« Qui ? »
« Mes amis ! Les autres personnes du camp, elles… »
« Plusieurs ont déjà une fonction définie pour eux à Hiddenville, d'autres seront logés demain, car on n'a pas fini d'aménager leurs futures demeures, mais toi, tout est prêt ! »
Cela ne me plaisait guère. Vivre seule dans une maison, alors qu'au camp, on vivait au moins à vingt dans la même cabane !
Je m'abstins néanmoins de protester. Je me fis la promesse de tout faire pour revoir mes amis demain.
Je récupérai mon sac et suivis Debbie dehors, où une voiture nous attendait.
Un militaire nous conduisit jusqu'à une maison dans une petite rue de la ville.
Debbie me donna les clefs en me proposant de m'accompagner à l'intérieur, mais je refusai. J'étais fatiguée, et je ne voulais pas qu'elle reste avec moi !
Je franchis donc la porte de ma nouvelle demeure. Je trouvai sans mal l'interrupteur et arrivai dans un salon.
Tout était… propre et moderne. Un canapé, des sièges autour d'une table basse en verre, une cheminée… À droite, une cuisine tout équipée.
Je grimpai l'escalier menant à la salle de bains sur la gauche, et celui de droite menant à une chambre.
Je posai mon sac sur le lit et regardai autour de moi. Un bureau, une penderie pleine de vêtements et de chaussures…
Mais j'étais trop fatiguée pour les examiner. Je filai dans la salle de bains et là, en voyant la douche, je me dépêchai de me laver.
Sitôt sous le jet d'eau chaude, je poussai un soupir de bien-être.
Au camp, nous devions nous laver au gant, au bord de la rivière.
Une vraie douche, de l'eau chaude à volonté, du savon et du shampoing… Que c'était bon de se laver !
J'avais l'impression que de véritables plaques de crasse se détachaient de ma peau.
Finalement, quand je sentis que j'étais sur le point de m'endormir sous la douche, je coupai l'eau, m'enroulai dans une serviette et rentrai dans la chambre.
Une chemise de nuit en coton était posée sur mon lit. Je l'enfilai puis me couchai sans plus de cérémonie.
Le matelas était moelleux et les draps bien propres.
Je mis un peu de temps à m'endormir. J'avais pris l'habitude d'écouter les bruits de la nature au camp, ainsi que les branches des arbres qui cognaient aux fenêtres quand le vent soufflait fort.
Finalement, la fatigue eut raison de moi et je m'endormis.
Cette nuit-là, je fis un rêve étrange.
Une fille se tenait face au mur, à l'extérieur de la ville. Elle devait avoir dans les 25 ans. Grande, de longs cheveux bruns tressés en natte, vêtue de rose, elle regardait une autre fille avec inquiétude.
Je reconnus cette dernière : c'était celle de la photo de Daniel, la fille aux cheveux noirs et aux boucles d'oreilles argentées.
La fille en robe rose faisait signe à son amie de ne pas aller vers le mur, mais cette dernière n'écoutait rien. Elle s'approchait, avec un air curieux et inquiet.
Soudain, des spots s'illuminèrent au sommet du mur et se braquèrent sur la brune. Il y eut des cris, des coups de feu… et je m'éveillai en sursaut.
Les images de mon rêve s'effacèrent, seule la sensation de danger demeurait.
Je mis un moment à reconnaître l'endroit où je me trouvais, puis les souvenirs d'hier me revinrent.
J'avais quitté le camp, j'étais maintenant à Hiddenville.
Un peu déboussolée, je restai au lit quelques instants, avant de me lever pour descendre au salon.
Personne, évidemment. J'étais seule et cela me donnait la chair de poule. Tout était tellement silencieux !
L'activité effervescente et les bruits du camp me manquaient. J'avais l'habitude de me lever en saluant au moins six personnes, dans la cabane.
Et puis on sortait, on allait vite se rafraîchir à la rivière, avant de s'occuper des corvées journalières…
Je me demandai si les autres étaient comme moi : un peu perdus dans cette ville, après avoir vécu un an en pleine nature.
Je me secouai. J'avais un nouvel endroit à explorer et je comptais bien revoir mes amis !
Je filai dans la salle de bains m'asperger le visage d'eau et me coiffer, puis j'allai inspecter ma penderie.
Là, je fus surprise de constater que la garde-robe n'était guère variée.
Beaucoup de t-shirts, de chemisiers et deux pulls, tous bleus. Et que des pantalons et des jupes noires, tout comme les chaussures. Un petit logo était brodé sur les hauts : un A, qui avait un peu la forme élancée d'une proue de navire, comme une arche. Il y avait aussi un gilet et une veste chaude, de couleur noire.
J'ouvris la fenêtre pour vérifier la température. Il faisait frais.
J'optai pour un pantalon, un chemisier et la veste, que je laissai néanmoins ouverte. Le tout avec des chaussures.
Je n'oubliai pas ma montre-pendentif, que je glissai sous mon chemisier, puis je filai dans la cuisine.
J'ouvris le frigo et eus un choc en voyant ce qu'il contenait. C'était une vraie corne d'abondance : fromage, jambon, saucisson, lait, jus de fruits légumes, fruits, mais aussi pizzas et glaces aux parfums variés dans le bac à surgelés !
J'optai pour un plat qui me manquait depuis longtemps : des œufs brouillés au bacon, comme du temps où je vivais sur Terre ! Au camp, on devait sans cesse grimper aux arbres pour chiper les œufs des oiseaux, et on les gobait sitôt trouvés, en faisant un petit trou dans la coque.
Et je me pris une énorme tranche de pain pour saucer le jaune d'œufs. Ça faisait tellement longtemps que j'avais presque oublié le goût du pain !
Après ça, je mis les couverts dans l'évier puis… je fis la vaisselle, car je n'étais pas vraiment pressée de sortir. J'allais devoir affronter cette ville, et j'ignorais quoi faire.
Une fois que j'eus fini et me retrouvai sans excuses pour rester à l'intérieur, je sortis sur la terrasse de la maison.
Là, je vis des gens qui traversaient la rue. Un couple dont la femme promenait son enfant en poussette, un vieux monsieur fumant la pipe, son journal sous le bras… Ça semblait irréel ! On se serait cru sur Terre. Et pourtant, pas un seul visage familier.
Je tâchai de me souvenir du chemin emprunté pour arriver ici depuis l'hôpital. La jeep était arrivée depuis… la rue de gauche !
Je l'empruntai en jetant des regards autour de moi. Rien d'anormal, les gens vaquaient à leurs occupations.
Un type était occupé à tondre sa pelouse, une femme à étendre son linge…
Mais je notai vite un détail troublant : presque tous avaient le même genre d'habits que moi : noir en bas, bleu en haut. Les formes différaient légèrement. Certains avaient des couleurs plus claires, ou un petit motif décoratif en blanc brodés sur le tissu, mais… à croire que tous les habitants de cette ville suivaient une tendance très… simple !
Par contre, je rencontrai quelques personnes en uniformes de couleur marron. Un homme qui transportait une caisse d'outils de plombier, un autre occupé à réparer un boîtier de circuits électroniques près d'une clôture…
Et deux jeunes garçons portant des combinaisons vertes, occupés à élaguer un arbre.
Je dus demander mon chemin pour trouver l'hôpital, mais je finis par y arriver.
Là, je vis que beaucoup de gens en sortaient. Je reconnus de nombreux résidents du camp, tous propres et vêtus comme moi.
« Amy ! »
Sarah fendit la foule et courut vers moi, son frère à ses côtés. Sarah portait du bleu comme moi, mais Benny avait une combinaison marron.
« Tu es là ! On t'a cherchée partout, après notre examen médical », dit Sarah.
« Je sais, désolée. On m'a emmenée dans ma nouvelle résidence. »
« Wouah, t'as déjà un chez-toi ? Veinarde ! Nous, on vient juste de recevoir notre adresse », dit Benny en brandissant une tablette digitale.
Des données défilaient sur l'écran bleu fluo. Je regardai cet objet sans comprendre.
« D'où ça sort ? »
« Quoi, t'es pas au courant ? Tous les terriens en ont une ! Elle sert pour tout : téléphone, agenda, boîte mail, base de données de la ville… On doit toujours l'avoir sur soi », dit Sarah en brandissant la sienne.
« Je ne l'ai pas vue chez moi, j'étais trop crevée hier soir, et je viens de sortir… Dites, votre père n'est pas avec vous ? »
« Non, il a été affecté au secteur militaire de la ville, on l'a envoyé ce matin rejoindre un groupe dans un poste de surveillance près du mur d'enceinte », soupira Sarah. « Mais ce n'est pas ça, le pire ! T'as vu nos fringues ? Selon notre statut au sein de la société terrienne d'Hiddenville, on doit porter un certain type de couleur. »
« Moi, je suis technicien, mais encore au stade apprenti, parce que je suis surtout doué en informatique. Du coup, ils m'ont filé cette affreuse combinaison avec un motif de clef USB brodé dessus ! » dit Benny.
« Amy et moi sommes de simples civiles », dit Sarah en triturant son pull bleu.
« Alors… on n'a pas de job ? » demandai-je, étonnée.
Le frère et la sœur regardèrent autour d'eux avec l'air inquiet, puis Sarah me prit les mains.
« Tu veux bien nous faire visiter chez toi ? On a la journée de libre, autant en profiter. Ils disent que c'est demain que les choses sérieuses commenceront ! »
J'étais surprise. Sarah semblait… parler trop fort et de façon trop enjouée.
Néanmoins, j'obtempérai, sentant qu'elle avait une idée derrière la tête.
Je les conduisis chez moi et sitôt à l'intérieur, nous allâmes à la cuisine.
Je leur ouvris le frigo et comme je m'y attendais, ils poussèrent des cris enthousiastes face à la nourriture.
Nous mîmes trois pizzas au four, une pour chacun.
Tandis qu'elles cuisaient, j'allai dans ma chambre et trouvai ma propre tablette. Elle était semblable aux autres : noire, lisse, avec le logo de l'Arche gravé dessus.
Je revins dans la cuisine et là, assis autour de la table, nous discutâmes ensemble.
Sarah appuya sur une icône intitulée « Démo de la vie à Hiddenville ».
Une voix robotique sortit de l'appareil.
« Bienvenue à Hiddenville, chers terriens !
La première cité terrienne bâtie sur Gaïa, un monde qui n'attend que nous pour devenir parfait. »
Des images se mirent à défiler, montrant différentes personnes dans différentes tenues : une civile regardant un enfant jouer dans un jardin, un jardinier entretenant une haie, un technicien réparant un évier avec le sourire, des cuisiniers dans une salle de restaurant…
« Chaque habitant a un rôle déterminant à jouer au sein de notre société, aussi devez-vous vous conformer à nos règles pour que la vie à Hiddenville soit parfaite, autant pour vous que les autres.
Voici maintenant les règles de conduite principales de la ville :
1. Gardez toujours votre tablette avec vous.
2. Travaillez et respectez scrupuleusement les ordres du supérieur qui vous est assigné.
3. Ne mentez pas.
4. Quand le téléphone sonne, répondez et suivez les instructions qui vous sont données.
5. Ne parlez pas du passé, sauf dans le bâtiment éducatif. »
Je regardai mes amis avec des yeux ronds. Qu'est-ce que c'était que ces règles ? Ils haussèrent des sourcils, me signifiant qu'ils trouvaient ça absurde aussi.
Soudain, ma tablette et celle de Sarah émirent un « bip ».
Nous venions de recevoir un message. Nous l'ouvrîmes et lûmes la même chose :
« Vous êtes invitée à vous rendre au bâtiment éducatif demain, dès 8h30, pour recevoir les instructions du rôle qui vous a été attribué au sein de la société d'Hiddenville. »
Benny, lui, reçut un message lui ordonnant de se rendre demain dans un bâtiment où l'on formait les techniciens, informaticiens et autres postes liés à la technologie.
« D'accord ! Qui trouve tout ça un peu… chelou ? » dit Sarah.
Benny et moi levâmes la main de concert.
Le four sonna, indiquant que les pizzas étaient cuites. Nous les mangeâmes dans un silence un peu maussade.
Après quoi, nous nous servîmes de grands bols de glaces.
Tout en dégustant nos desserts, je réfléchis. Ici, on n'avait pas la télé, mais bon… Au moins, j'étais avec deux de mes amis, c'était déjà ça.
Soudain, on frappa à la porte. J'allai ouvrir et tombai sur Debbie. Super, Mme Lafouine revenait déjà me voir !
« Bonjour, Amicia ! Alors, ta nouvelle maison te plaît ? »
Je sentais bien qu'elle avait envie d'entrer. Elle se penchait un peu en avant, avec l'air d'essayer de voir à l'intérieur, mais il était hors de question que je la laisse entrer.
« Ça va, merci. C'est un peu grand pour une seule personne, mais c'est confortable. »
« Oh, tu ne seras pas seule longtemps, rassure-toi ! Nous t'assignerons rapidement un compagnon. »
« Pardon ? »
On allait… m'assigner un… compagnon ?
« Vous voulez dire… un petit-copain ? »
« Oui, c'est ça ! »
« Mais… enfin, je ne peux pas m'en chercher un toute seule ?! » dis-je sur le ton de l'évidence.
Le sourire de Debbie parut se faner, avant de revenir sur son visage comme si quelqu'un avait appuyé sur un bouton.
« Ici, nous choisissons nous-mêmes les fréquentations des gens en nous basant sur leur passé sur Terre : casier judiciaire, résultats scolaires, passions, niveau de santé… Nous choisissons les couples en étudiant scrupuleusement les données, sans parler des meilleures combinaisons génétiques grâce à l'analyse ADN. »
Okay, là, ça devenait flippant !
« Ne t'en fais pas, tu en sauras plus demain, lors de la journée éducative réservée aux civils ! »
La voix de Benny me parvint dans mon dos.
« Amy ! C'est qui ? »
Debbie parut inquiète.
« Des gens sont chez toi ? »
« J'ai invité des amis du camp. »
Cette fois, la fouine prit l'air très contrarié.
« Selon le règlement de la fin de la quarantaine, tous les nouveaux résidents sont assignés à leur résidence pour la journée. »
Lorsqu'elle vit Sarah et Benny apparaître derrière moi, ses yeux se posèrent sur l'uniforme du garçon.
« C'est un technicien, pas un civil ! Il doit rejoindre le bâtiment réservé aux gens de son statut », dit la femme sur un ton sec.
Sans attendre une réponse de notre part, elle sortit sa tablette et tapa sur des touches. Un voyant rouge s'alluma.
« J'envoie une patrouille pour ramener ces jeunes gens dans leurs habitats respectifs. Venez avec moi dehors, en attendant la milice », dit Mme Chase en faisant signe à Sarah et Benny.
Atterrée, je regardai mes amis sans y croire. On ne pouvait même pas rester ensemble pour la journée ?!
Nous commençâmes à protester, quand deux soldats arrivèrent. En voyant les pistolets dans les holsters à leurs ceintures, nous dûmes nous rendre à l'évidence : il fallait obéir.
Impuissante, je dis « au revoir » à mes amis et les regardai s'éloigner.
Debbie commença à me servir un nouveau discours sur le respect des règles d'Hiddenville et l'importance de respecter les règles pour l'avenir des terriens, mais je ne lui adressai même pas un regard.
Je lui claquai la porte au nez, la verrouillai puis je montai dans ma chambre pour réfléchir.
Comment pouvait-on m'interdire de voir mes amis ? Et cette idée de choisir quelqu'un pour moi… L'infirmière en avait déjà parlé hier soir, mais je n'avais pas trop percuté, car j'étais épuisée à ce moment-là. Mais d'imaginer que je devais me mettre avec quelqu'un pour faire des enfants afin que les terriens prospèrent ici… Cette idée m'horripilait.
Finalement, la vie à Hiddenville n'avait pas l'air aussi parfaite qu'au premier abord.
