Préambule : Merci aux reviewers ! Ça fait extrêmement plaisir de recevoir un petit mot, donc n'hésitez surtout pas, même si c'est pour ne rien dire ! Je préfère ne pas mettre les RaR dans le corps du chapitre pour ne pas alourdir, je réponds directement par PM.
Ce chapitre est encore un peu différent, un peu plus léger, et avec plus de dialogue (je crois que le précédent n'en comportait aucun). Notre ami Harry va de mieux en mieux.

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À quoi rêvent les grillons ?

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Harry considéra longuement la dernière lettre de l'inconnu, rédigée à la hâte. Se rencontrer ? Pourquoi ? Il ne l'avait même jamais envisagé, et s'il s'était plu à imaginer un visage ou une voix sur les lettres de son correspondant anonyme, ça n'avait été que des rêveries sans conséquences. Mais le fait était là, on lui proposait un rendez-vous mardi. On était jeudi, il y avait tout le temps. Le temps de quoi ? Réfléchir ? C'était tout réfléchi, Harry ne viendrait pas. Non pas qu'il n'en avait pas envie, mais même s'il voulait croire le contraire, il n'était pas n'importe qui dans cette école, il était Harry Potter le Survivant. Et s'il avait pu se sentir aussi libre dans les lettres, c'était sous le couvert d'un anonymat bienfaisant. Y aller à visage découvert signifiait l'abandonner. Et ça il ne le voulait pas.

Qu'est-ce qui était donc passé par la tête de l'inconnu ? Pourquoi, soudain, un tel revirement ? Un jour "non, je ne te dirai rien", le lendemain "viens, je te raconterai tout". Soit il s'était passé quelque chose, quelque chose d'important, voire de grave, soit il y avait anguille sous roche. L'avait-on identifié ? Voulait-on le démasquer ?

On était à présent mi-Octobre et les derniers jours de beaux temps avaient définitivement déserté le pays jusqu'en Mars. Ce jour-là, le ciel était couvert de nuages gris aux formes tourmentées, et une bruine fine et déprimante tournoyait dans les bourrasques d'un vent violent. Le Soleil se cachait timidement derrière l'horizon, semblant presque heureux d'avoir enfin rempli son rôle pour la journée et de pouvoir se carapater en catimini. La silhouette des arbres de la Forêt Interdite se découpait, sinistre et menaçante, sur la placidité tranquille de ces montagnes au loin que rien ne venait perturber.

Harry s'abandonna dans la contemplation de ce spectacle étrange et presque irréel avant de revenir à ses lettres. Il en avait une petite pile, à présent, qu'il gardait précieusement au fond de sa malle, dans un gros livre d'Histoire de la Magie de l'an passé dont il était certain de ne plus jamais se servir ; et enchantées pour que, lues par autre que lui, elle ressemblassent à des notes de cours. Il les relut toutes, tentant de s'imprégner du caractère, de l'âme de ce "quelqu'un d'autre". Que s'était-il passé ? Il avait beau tourner et retourner le problème en tous sens, il ne trouvait pas la moindre explication logique au fait que, d'un coup, l'inconnu veuille le rencontrer en chair et en os.

« Donner corps à notre amitié », avait-il dit. Ron et Hermione étaient des amis, oui, mais l'Inconnu ? Non, non, ce n'était pas pareil, ils n'étaient pas amis ; confidents, oui, proches, peut-être, aussi proche que l'on peut l'être avec un bout de parchemin. Mais amis ? L'Inconnu disait ne pas en avoir, peut-être qu'il avait sauté sur l'occasion pour offrir son amitié à Harry sans même le connaître ? Peut-être ne savait-il même pas ce qu'était une vraie amitié ? Qui pouvait savoir ? Non, non, il y avait autre chose...

Non, Harry ne viendrait pas. Il déposerait une lettre d'excuses, ou quelque chose dans le genre un peu plus tôt dans la soirée, histoire que l'Inconnu ne l'attende pas trop longtemps pour rien. Et puis... une heure du matin ? Pourquoi si tard ? Pourquoi pas dans un autre lieu, à un autre moment, où ils pourraient être seuls sans enfreindre le règlement de l'école ? Non pas que cela dérangeait Harry. Il avait sa cape d'invisibilité, la carte du Maraudeur, ses deux outils les plus précieux qui lui permettaient de se balader dans les couloirs et dans le parc, presque toutes les nuits, depuis la rentrée, sans être pour le moins du monde inquiété.

Et puis, il y avait cette période de deux semaines entre les deux dernières lettres. Pourquoi si longtemps ? À cause de ça, Harry avait rechuté, et s'était remis à faire le même cauchemar, encore et encore, comme une routine cruelle. Il n'y avait eu qu'une nuit, une seule et unique glorieuse nuit, où il avait pu enfin vivre autre chose, rêver autre chose, et il avait eu l'espoir de continuer sur cette lancée. Et tout était retombé. Pour ça, il nourrissait envers l'Inconnu comme une certaine rancœur. Une colère rentrée. Il avait l'impression qu'on l'avait fait tourner en bourrique. Il relut encore les lettres, une énième fois.

Non, non, il avait l'air sincère. Ou alors, il était faussaire très habile, mais dans quel but ? Y avait-il un sortilège qui permettait de deviner l'identité de quelqu'un à sa seule écriture manuscrite ? Harry l'ignorait, mais il y avait tant de choses qu'il ignorait en magie. Il était troublé. Il ne savait plus quoi penser, ni où se trouvait son intérêt. Il avait adoré correspondre avec ce mystérieux inconnu. Ça avait été son "rayon de soleil". Mais maintenant ? Maintenant, ce ne serait plus pareil, pensa-t-il avec amertume, une boule au fond de la gorge.

Et puis, il avait d'autres choses à penser. Ses devoirs, cette fichue dissertation pour McGonagall qu'il n'avait même pas encore commencée. Son entraînement de Quidditch... Le premier match de la saison, Gryffondor contre Serpentard allait se dérouler la semaine suivante, et ses résultats comme Attrapeur n'avaient pas été aussi bons qu'il l'aurait voulu. Il avait la tête ailleurs, l'esprit occupé de pensées parasites, sans compter sa fatigue et son anorexie qui allaient de mal en pis.

Non, Harry ne viendrait pas. Il rangea la lettre avec les autres, caressa un instant l'idée d'écrire une réponse immédiatement, mais préféra attendre un peu, et descendit l'escalier vers sa salle commune. L'ambiance était à la fête. Malgré lui, il se laissa sourire.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il à Fred qui lui tendait une bièraubeurre fraîchement volée des cuisines.

— Neville a surpris en revenant une discussion entre Rogue et Malfoy. Il ne sait pas ce qu'il s'est passé, mais la fouine a écopé d'un mois de retenue.

— Rogue a puni Malfoy ?

Harry n'en revenait pas.

— Et tu ne sais pas la meilleure, il l'a même suspendu de l'équipe de Serpentard pour ses deux prochains matchs !

— Malfoy avait l'air vraiment furieux, l'interrompit Neville qui avait surpris leur conversation et s'était approché. En fait, c'est parce qu'il s'est mis à insulter Rogue de tous les noms qu'il s'est fait mettre en retenue ! Santé, Harry !

Ils trinquèrent. Neville avait le rouge aux joues et son ami n'aurait su dire si c'était à cause de la bièraubeurre ou si, pour une fois, parce qu'il était au centre de toutes les attentions. Harry était content. Oui, Malfoy puni était une raison largement suffisante pour faire la fête ! Depuis un mois, le Serpentard avait redoublé d'efforts pour causer encore plus de mal à Harry et à ses proches.

— Il est dos au mur, avait dit Hermione le lendemain. Il sait que Tu-Sais-Qui est de retour, il sait que tu as raison, mais il ne veut surtout pas l'admettre. Je crois bien qu'il a peur.

Peur ? s'étrangla Harry. Malfoy ? Peur ? Depuis quand la fouine est un être humain avec des émotions ? Il n'a pas peur, il est juste stupide et horrible.

— Il est stupide et horrible, mais il a peur.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? intervint Ron fort peu élégamment, la bouche pleine de la tourte aux champignons qu'il y avait au menu ce midi.

— Et bien, dit calmement Hermione en époussetant sa manche. Son père est un Mangemort, on est d'accord. Probablement sa mère, aussi. Et dès que Tu-Sais-Qui sortira de l'ombre, ce sera les familles que tu as citées, Harry, qui seront visées en premier. Dont la sienne. Je suis sûr que le Ministère sera ravi de s'emparer des richesses des Malfoy. On n'a jamais assez d'argent, en temps de guerre. Il risque de tout perdre et il le sait.

— Peut-être que parler de "guerre" est un peu... tempéra Harry.

— Non ! chuchota Hermione sur le ton de l'urgence. Quand Il reviendra au grand jour, ce sera la guerre ! C'est ce qu'il s'est passé la dernière fois, tu n'as jamais rien lu à ce sujet ?

— Euh... non.

— J'en reviens pas. Alors que tu es le premier concerné ! Ce n'était pas une guerre ouverte avec batailles rangées et tout ça, mais une guerre des nerfs, une guerre d'usure. Tu-Sais-Qui n'a jamais cherché un conflit frontal. Il préférait saper les fondations de tout ce qui nous était précieux, les corrompre de l'intérieur et attendre que ses ennemis s'effritent d'eux-même. Rien ne sera différent, cette fois. Et s'il se cache, c'est pour rassembler ses forces, mais je suis sûr qu'il est déjà très actif. Peut-être que Malfoy est déjà un Mangemort et qu'il joue l'espion pour le compte de son père, voire même de Tu-Sais-Qui lui-même ! Tu as remarqué comme il n'a pas arrêté de nous suivre, ces derniers temps ? Il a toujours une insulte de prête. Et toute sa cour de fichus Serpentards pour l'y aider derrière. Merlin, pourquoi est-ce que Poudlard n'a pas que trois maisons ? conclut-elle en enfouissant son visage dans ses mains.

Harry jeta un coup d'oeil à Malfoy à l'autre bout de la salle. Celui-ci tripatouillait avec sa fourchette le contenu de son assiette d'un air dégoûté, la tête nonchalamment appuyée sur son bras droit. La robe de sa manche de sorcier avait glissé pour révéler un avant-bras blanc et nu... dépourvu de la moindre marque. Lui peur ? Impensable ! Mais Hermione avait sans doute raison... comme d'habitude. Elle était bien plus douée que lui pour décrypter les émotions humaines. Déjà qu'il était perdu avec les siennes, alors s'intéresser à celles du Serpentard...

Il se remit à manger en bavassant de Quidditch avec les garçons, secouant sa tête pour chasser Malfoy de son esprit. Quoi qu'il était rassuré de ne pas avoir à l'affronter. Même si ça lui arrachait l'estomac, il était bien forcé d'admettre que le blond volait bien. Pas aussi bien qu'Harry, bien sûr, mais pas loin. Par qui allait-il être remplacé ? Certainement pas quelqu'un de talentueux connaissant le capitaine de leur équipe, sûrement une grosse brute épaisse qui tenterait de désarçonner Harry lorsque tous les deux seront au coude à coude à la poursuite du Vif d'Or, ce qui n'était pas vraiment possible pour Malfoy vu sa carrure.

Pour quelle raison avait-il été interdit de Quidditch ? Et par Rogue lui-même, en plus, l'injustice personnifiée. Ça devait être quelque chose de vraiment très grave... Peut-être en lien avec Voldemort ? Après tout, Harry n'avait jamais vraiment réussi à croire, malgré tout ce que pouvait dire Dumbledore, que le professeur de Potions avait choisi le bon camp. Mais pourquoi le Quidditch et pas simplement une retenue ?

Et voilà ! Il s'était dit "ne plus penser à Malfoy" et il y pensait quand même ! Ne pouvait-il rien avoir dans la tête de plus joyeux ? En ce moment, probablement pas, se dit-il, amer. Il ne parlait plus à Ron et Hermione que pour échanger des banalités, il avait une montagne de devoirs à faire, aux séances de torture qu'étaient les cours de Rogue s'étaient ajoutés ceux d'Ombrage, pas mieux, qui se contentait de leur faire lire un gros bouquin, sans qu'ils aient à faire le moindre exercice pratique, malgré les protestations. Elle leur avait dit, de son ton mielleux qu'Harry détestait que le seul objectif de son cours était de faire passer les BUSEs à ses élèves, et qu'ils n'avaient besoin de connaître que la théorie. Comme les autres, Harry s'était résigné.

Et maintenant, il y avait son Inconnu qui fichait ses plans en l'air. « Décidément, tout va de travers », se dit-il alors qu'il sortait le lendemain d'un cours de Divination pendant lequel Trelawney avait encore manqué de s'évanouir en lisant dans un vieux jeu de tarot, pour la onzième fois cette semaine, les augures de sa mort prochaine, violente, sanglante et tout ce qui s'en suivait. Il fit un salut à Ron qui s'éloignait déjà vers leur prochain cours de Soin aux Créatures Magiques pour aller aux toilettes. Pour de vrai, cette fois.

Marchant sans regarder où il allait, il se sentit soudain buter dans quelque chose de mou au détour d'un couloir, et il en perdit presque l'équilibre. Allant pour s'excuser, son regard tomba sur un Draco Malfoy qui se relevait du sol où, de toute vraisemblance, il s'était étalé de tout son long. Il n'avait pas ses gorilles avec lui.

— Potter ! cracha-t-il en ramassant un livre et en le fourrant à la hâte dans son sac. Tu peux pas regarder où tu marches ?

Harry se tendit. Malfoy, vu de près, avait un regard fatigué, derrière la haine qui flamboyait dans ses yeux et sa bouche tordue en une moue de dégoût. Le Gryffondor aurait voulu partir sans demander son reste, mais l'occasion était trop belle, et il ne put s'empêcher de lâcher :

— Dis-moi, Malfoy, quel effet ça fait de se faire jeter de l'équipe de Quidditch ?

Les yeux du Serpentard s'agrandirent de surprise. Visiblement, il ne savait que sa petite conversation avec Rogue avait été surprise. Il retrouva très vite sa superbe :

— Je ne me suis pas fait « jeter », mêle-toi de ce qui te regarde, Potter, au lieu de t'amuser à fourrer ton gros nez dans les affaires des autres.

Il allait partir avec un dernier reniflement de mépris, mais Harry le héla :

— Et le mois de retenue ? Qu'est-ce que t'as fait, ce coup-ci ? T'espionnes pour Voldemort, tu recrutes pour lui, peut-être ? "Rejoignez les Mangemorts, un métier plein d'avenir ?"

Malfoy s'arrêta net au milieu du couloir. Lentement, très lentement, il se retourna, sa baguette brandie. Ses yeux étaient à demi-fermés par la fureur, mais Harry repensa à ce que lui avait dit Hermione. Sans savoir si c'était vrai ou si ce n'était qu'un effet de son imagination, il y lut aussi de la... peur.

— Ne... prononce... pas... commença-t-il en appuyant chaque mot.

— Oui, oui, ne prononce pas le nom du Seigneur des Ténèbres, tout ça, je connais le refrain, éluda Harry dans un geste de la main.

— Potter...

La voix de Malfoy était chargée de menace et le Gryffondor saisit soudain la gravité de la situation. Dans un couloir désert, il y avait son pire ennemi en face de lui, furieux et armé. Il sortit d'un geste vif sa propre baguette. L'atmosphère se fit de plomb et les deux adolescents restèrent un instant qui paru durer une éternité à se considérer suspicieusement, aucun d'eux ne voulait faire le premier geste pour tenter d'apaiser la tension du moment. Le blond tremblait de fureur, Harry était plus calme mais ne baissait pas sa garde pour autant. L'incantation du Sortilège du Bouclier "Protego", lui chatouillait les lèvres, prête à sortir au moindre geste, à la moindre parole de son vis-à-vis. Harry ne se sentait pas bien. C'est lui qui avait provoqué cette situation, initié le conflit, en se comportant comme un Serpentard. Mais la vengeance était douce, parfois...

À sa grande surprise, Malfoy soupira et finit par ranger sa baguette. Harry ne bougea pas.

— Tu ne sais vraiment pas de quoi tu parles, Potter, souffla-il entre ses dents. Reste éloigné de moi.

— Seulement si tu en fais de même.

— On verra. Et regarde où tu marches la prochaine fois. Tu m'as fais mal.

— Oh, je suis vraiment désolé, ironisa Harry pas désolé du tout.

Malfoy se retint à grand peine d'ajouter quelque chose, sans doute une autre remarque blessante mais finit par cracher à ses pieds et disparut aussi vite qu'il le pouvait en restant digne. Harry rangea sa baguette avec un léger sourire en coin. Ça faisait quelque chose d'intéressant à raconter à Ron et à Hermione.

En effet, lors du cours, à l'abri des oreilles d'Hagrid et des autres, Ron trouva particulièrement jubilatoire la façon dont Harry avait fermé le clapet de Malfoy. Hermione, elle, semblait plus soucieuse.

— C'est bizarre. Il était seul ?

— Oui, comme je te le dis. Il n'est jamais seul, d'habitude. Toujours avec ces deux gros crétins, je me demande comment il fait pour les supporter.

— Et comment, eux, ils font pour le supporter lui ? Qui se ressemble s'assemble, moi j'dis, fit Ron, radieux.

— Oui, enfin bref, intervint Hermione. Il prépare quelque chose, c'est sûr, quelque chose de grave puisque même Crabbe et Goyle ne sont pas dans le coup. Vous savez, je trouvais au début ridicule l'idée qu'il puisse être un espion de... de Vous-Savez-Qui, mais maintenant... je n'en suis plus si sûre.

— Ah ! triompha Ron, tu vois, je te l'avais dis !

Harry acquiesça. Hermione précisa :

— Il est différent. Plus renfermé. Il passe plus de temps tout seul, il ne reste pas longtemps aux repas, il arrive en cours à la dernière minute. Quoique ce soit qui l'occupe, ça lui prend tout son temps.

— Hermione... comment t'arrives à remarquer ça ? Tu passes ton temps à le regarder ou quoi ?

À la grande horreur de ses amis, elle rougit.

— Eh bien... je suis une fille...

— Et alors ?

— Et alors... je... je m'intéresse aux garçons.

— Quoi !?

Ron était outré et Hermione plus rouge que jamais. Quelques têtes se tournèrent dans leur direction. Il attendit un peu que tout le monde soit de nouveau occupé pour préciser le fond de sa pensée :

— Hermione, c'est Malfoy ! Celui qui traite de Sang-de... de Tu-Sais-Quoi chaque fois qu'il te croise dans les couloirs !

— Je sais bien que c'est Malfoy, je suis pas idiote, glapit-elle. Il est cruel, il est détestable, il est tout ce que tu veux, mais il est plutôt... beau garçon...

— Mais... mais... s'étrangla Ron. Mais il l'air d'avoir en permanence une bouse de Troll* sous le nez...

— Quand il n'a pas cet air là, voyons !

— Ah bon, c'est possible ça ? demanda-t-il ingénument.

Harry ne dit rien. Draco Malfoy beau ? Il n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle. Il avait des cheveux d'une couleur intéressante oui, mais ça ne faisait pas de lui quelqu'un de beau... Et puis bon, les filles étaient un tel mystère pour lui que ça ne l'étonnait même pas qu'Hermione trouve du charme à son pire ennemi.

— Et... – Ron avait du mal a trouver ses mots – tu es attirée par lui ?

— Ne dis pas de bêtises ! Je ne suis pas attirée par lui ! répliqua Hermione un peu trop fort, et quelques visages se tournèrent à nouveau vers eux, certains amusés, d'autres franchement hilares. Hermione rougit encore plus furieusement.

— Enfin bref, conclut-elle, l'important n'est pas de savoir ce que je pense de lui, mais ce qu'il fabrique. Oh, s'il te plait, cesse de faire cette tête !

— Quoi, quelle tête je fais ? Non je pensais... on pourrait réessayer, proposa Ron d'un air de conspirateur. Tu sais... le polynectar...

— Non, non, Il a l'air de préparer son coup tout seul. Et c'était déjà monstrueusement risqué la première fois, il vaudrait mieux ne pas tenter le diable une nouvelle fois. Il n'y a que Harry qui puisse découvrir quelque chose en la matière.

— Hein ? Quoi ? Moi ? s'étonna-t-il. Qu'est-ce qui te fait penser que je pourrais savoir ce que Malfoy fabrique ?

— Un peu de silence, vous trois ! les héla Hagrid.

— Avec la carte du Maraudeur... et la cape d'invisibilité, enfin... tu vois quoi... chuchota Hermione d'un air entendu une fois que leur professeur eut détourné le regard.

— Tiens, c'est la première fois que tu mentionnes la carte sans exiger que je la remette à McGonagall !

— Je sais reconnaître mes torts, souffla-t-elle. Et puis, si Malfoy est vraiment un Mangemort, ou qu'il travaille pour eux, quelque chose me dit qu'on ferait bien de découvrir vite ce qu'il garde dans sa grosse tête enflée, aussi belle soit-elle, avant qu'il ne soit trop tard.

— Très bien, on jettera un coup d'oeil ce soir, dit Harry.

— Mais quand même... beau... reprit Ron.

Et ils laissèrent là pour le moment le sujet de Malfoy.

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Un peu plus tard dans la soirée, après s'être assurés que Neville, Dean ou Seamus ne viendraient pas les déranger, tous trois se réfugièrent dans le dortoir des garçons de cinquième année, et Harry sortit de sa malle la carte du Maraudeur. Il eut un petit pincement au cœur en voyant son livre d'Histoire de la Magie dans lequel se trouvaient les lettres de son correspondant, mais décida : "plus tard". Il éclaircit sa gorge et, inhabituellement cérémonieux, tapota le parchemin vierge en déclarant :

— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Peu à peu, comme si l'encre sortait des fibres même du papier, des lignes se dessinèrent, des courbes, des formes crénelées, des points apparurent. Devant leur yeux s'étendait la carte de Poudlard tout entier, et l'emplacement de tout ses occupants, minuscules pattes de mouches libellées aux noms de ceux qu'elles représentaient.

— Il doit se trouver dans le coin, fit Harry à voix basse, en pointant du doigt la zone des cachots.

— Je ne le vois pas, déclara Ron au bout d'un moment.

— Attends, il est censé être en retenue, non ?

— Oui, je le vois ! déclara soudain Harry ! La salle de Potions.

Ils regardèrent un instant les deux petits points de Draco Malfoy et Severus Rogue. Ce dernier était statique, sans doute installé derrière le bureau professoral à corriger des copies. Malfoy quant à lui allait et venait, s'arrêtait à un endroit, repartait d'où il était venu...

— Je parie qu'il nettoie les chaudrons ! Ça lui fait les pieds à ce sale petit rat ! fit un Ron aux anges, prenant apparemment beaucoup de plaisir à imaginer son pire ennemi s'abaisser à faire le ménage comme un Elfe de Maison, et à la façon moldue, s'il vous plait !

— Bah, soupira Hermione, pas de chance ce soir. Peut-être demain ?

— Attends ! Il est sorti.

Ils observèrent un moment le petit point. Sans surprise, celui-ci ne prit pas du tout la direction de la salle commune de Serpentard, mais parcourut au contraire tout le château jusqu'à...

— La Tour d'Astronomie ? Qu'est-ce qu'il vient faire par là ?

— Peut-être que c'est là qu'il... fait ce qu'il fait ?

— Ça m'étonnerait. Comme endroit secret, c'est pas terrible... Peut-être qu'il attend quelqu'un ? C'est le lieu de rendez-vous de tous les amoureux de l'école.

— Ah bon ? s'étonna Harry, qui se souvint que c'était là que son Inconnu l'avait convié.

— Oui, regarder les étoiles à deux, la main dans la main, ce genre de choses, quoi.

— Bon, on y va ? proposa Ron.

— Aller où ?

— Ben, à la Tour d'Astronomie, quelle question. Si tu n'es pas jalouse...

— Ron, arrête ça ! On pourrait mais...

— Mais quoi ?

— Mais la cape d'invisibilité d'Harry est trop petite pour nous trois, maintenant...

Harry la sortit de sa malle et voulut l'essayer. Effectivement, depuis leur première année où il pouvaient tous s'y cacher sans souci, il n'y avait désormais plus la place que pour une seule personne, ou deux, en se serrant bien. Ron était déçu.

— Bon, qui y va, alors ? demanda-t-il.

— J'y vais, proposa Harry. Je connais un raccourci.

Et il en profiterait pour être seul un moment. Ses amis approuvèrent, mais, après quelques négociations, préférèrent garder la carte et surveiller ses progrès. Il sortit sans bruit du dortoir, et, après s'être assuré que personne ne faisait attention à lui, de la salle commune.

Si la Tour d'Astronomie était à l'opposée du château par rapport aux cachots, elle était relativement proche de celle de Gryffondor, et il ne lui faudrait qu'une dizaine de minutes. Harry retrouva avec bonheur ce sentiment familier de solitude, et l'ambiance nocturne de Poudlard. Presque toutes les nuits, maintenant, il sortait sous le couvert de l'invisibilité, et marchait, errait, plutôt. Les lieux lui étaient maintenant tellement connus qu'il aurait pu lui-même rédiger sa propre carte du Maraudeur.

Ses pas l'avaient déjà amené à se balader près du département d'Astronomie, sans qu'il n'y ait jamais croisé personne. Le rendez-vous des amoureux ? L'Inconnu ne devait pas être au courant non plus.

Même s'il faisait déjà nuit, le couvre-feu n'était pas encore tombé, aussi il y avait encore quelques élèves dans les couloirs, la plupart en route vers leur salle commune. Mais protégé par la cape, Harry goûtait le bonheur de n'être remarqué par personne, contrairement à ce dont il faisait l'expérience tous les jours, des dizaines de paires d'yeux le suivant partout où il allait. C'était très gênant et très irritant, à force, même après plus de quatre ans pendant lesquels il aurait cru pouvoir s'y habituer, ou même s'y résigner.

Finalement, il arriva à l'escalier menant en haut de la tour d'Astronomie. Le gravir était toujours une épreuve, il y avait là au moins deux cent marches d'un escalier en colimaçon qui semblait être sans fin. Harry commença à l'emprunter très lentement, en faisant des pauses régulières, histoire de ne pas être essoufflé quand il arriverait en haut. Quand il y parvint enfin, il ne vit personne, cherchant du regard du côté des télescopes, ou de la rambarde qui offrait sur le parc une vue imprenable, quand un bruit très faible attira son attention. Il tendit l'oreille, aux aguets, et attendit...

Au bout de quelques minutes, le bruit se répéta. C'était un bruit de page qu'on tourne. Tournant la tête dans cette direction, s'offrit un spectacle qu'il n'aurait jamais cru voir de sa vie.

Draco Malfoy était assis par terre, le dos contre le mur ; éclairé par la faible lueur de sa baguette pour laquelle il devait avoir murmuré l'incantation, il lisait. Il ne faisait rien de particulier, il avait un livre entre les mains, les jambes croisées sur le sol. Et sans son air "bouse de Troll", Harry ne put s'empêcher, comme frappé par la foudre, de le trouver...

beau...

Absorbé dans sa lecture, il était parfaitement détendu. Son visage semblait réagir à la moindre ligne, au moindre mot. Tantôt ses yeux s'agrandissaient de manière infinitésimale sous l'effet de la surprise, tantôt les commissures de ses lèvres s'écartaient d'un ou deux millimètres dans une esquisse de sourire. Toutes sortes d'émotions se lisaient tour à tour, de la peur, de l'inquiétude, de l'incompréhension, de la tristesse, de la tendresse... Harry n'aurait jamais cru que ce visage pouvait se montrer si expressif, si délicat, et il resta frappé, interdit, ne pouvant plus bouger, l'impression d'avoir découvert quelque chose de trop intime et qu'il avait... oui, honte, de se trouver là, de perturber par sa simple présence un moment pareil, Malfoy ou pas Malfoy.

Il ne pouvait détacher son regard de son visage, éclairé, presque caressé, par un rayon de lune. Les lèvres fines et roses, entrouvertes et mobiles, énonçaient silencieusement, secrètement chaque mot, comme si chacun d'eux était un cadeau précieux. Le nez fin, pointu, dont les narines s'écartaient timidement à chaque inspiration, la mâchoire tendre, les yeux... ces yeux aux cils immenses, au regard intense, qui semblaient vouloir dévorer le livre presque comme... un amant. Les sourcils dessinés avec art, légèrement arqués, d'un blond presque transparent, les prunelles d'un gris acier, profond, lumineux...

Quand Malfoy tournait une page, son regard remontait vers Harry et celui-ci avait l'impression que son cœur loupait un battement chaque fois qu'il croyait que le Serpentard l'avait remarqué, mais non. Il ne faisait que se reporter en haut de la page de gauche. Le bruit léger du papier faisait reprendre ses sens au Gryffondor, qui avait d'un coup le sentiment que le monde se rappelait brutalement à lui. Il percevait à nouveau le gémissement du vent dans les arbres, les bruits diffus et confus de la nature environnante, les échos du château. Mais tout de suite après, il s'abandonnait à nouveau dans la contemplation de cet étrange spectacle. Il valait mieux partir, et le plus rapidement possible, avant que son cœur ne batte assez fort dans sa poitrine pour que Malfoy risque de l'entendre.

Très doucement, en posant chaque pied au sol le plus délicatement possible, il reprit les escaliers et commença à les descendre avec le plus de soin possible. Une fois certain qu'il était hors de portée des oreilles de son ennemi, tout absorbé qu'il fut, il laissa s'échapper un profond soupir. Avait-il retenu sa respiration tout du long ? pensa-t-il absurdement. Il était... troublé. Non, pas troublé. Catapulté. La tête lui tournait. À quoi s'était-il attendu ? De voir Malfoy penché sur la fabrication de quelque artefact secret regorgeant de magie noire ? De le voir s'adressant à sa Marque des Ténèbres, qu'il n'avait pas au bras droit, comme dans un talkie-walkie ? — « Ici Malfoy-Echo-Sierra, me recevez-vous ? Over. » — « Ici Voldemort-Delta-Tango, je vous reçois 3 sur 5, il y a des interférences. Over ».

En tout cas, certainement pas à ça...

Et certainement pas à le trouver... beau.

Est-ce que c'était Hermione qui lui avait mis cette idée dans la tête ? Est-ce que c'était à cause du choc de voir, pour la première fois, Malfoy dans un moment où il pensait être seul, s'abandonner à l'acte simple qu'était de lire un livre et de s'y sentir transporté ? De voir, finalement, un autre Malfoy ? Est-ce que c'était possible, ça ? Non, non, non ! Malfoy était Malfoy, un sale petit rat de fils de Mangemort même pas digne de lécher la boue sur les semelles d'Harry.

Ok, il savait lire, et après ? Tout le monde sait lire ! Et si son ennemi voulait bouquiner dans un endroit aussi saugrenu et peu approprié qu'était le sommet de la Tour d'Astronomie, grand bien lui en fasse ! Et si son visage de fouine était parcouru de mille expressions minuscules et délicieuses, ce n'était pas le problème d'Harry, il n'aurait qu'à prendre un traitement contre la spasmophilie et voilà !

Harry se sentait en colère... Pourquoi ? Pour une fois que Malfoy n'avait rien dit, rien fait, n'avait même pas su qu'il était là, pourquoi est-ce qu'il se sentait furieux ? Furieux contre Malfoy d'avoir lu un maudit bouquin ? Ou bien furieux contre lui-même d'avoir... peu importe. Après tout, c'était là ce qu'il devait faire : venir espionner Malfoy et vérifier qu'il ne faisait rien de prohibé. Mission accomplie, réponse : rien. Ou alors, il en savait encore moins du monde magique qu'il le croyait et ignorer que lire était le signe évident d'une pratique de la Magie Noire.

Il fut presque surpris d'entendre sa propre voix.

Caravelle, lâcha-t-il sèchement.

La Grosse Dame qui gardait l'entrée de la salle commune des Gryffondors ouvrit un œil.

— 'Mande pardon ? fit-elle d'une voix ensommeillée en observant le couloir vide qui s'étendait devant elle.

Caravelle, répéta Harry.

— Oh, c'est vous ! La prochaine fois, retirez votre maudite cape !

Il entra sans dire un mot de plus et sursauta presque à voir Ron et Hermione, l'air extrêmement anxieux, l'attendre derrière la porte, avant de se souvenir qu'ils avaient certainement surveillé le moindre de ses mouvements grâce à la carte du Maraudeur.

— Alors ? demanda Hermione sans cérémonie. Tu es parti plus d'une heure !

— Quoi ?

— C'était bizarre, renchérit Ron. Tu bougeais pas du tout, et Malfoy non plus, on se demandait ce qu'il se passait, on se disait que tu avais eu un problème et qu'on devait aller voir nous-même.

Il avait dit tout ça dans un seul souffle.

— Qu'est-ce que tu faisais ? Qu'est-ce qu'il faisait ? le pressa Hermione.

— Euh, rien... enfin il lisait et...

Un instant de silence.

— Et ?

— Et c'est tout.

Un instant de silence.

— Il lisait ?

— Et c'est tout ?

Harry était au bord de l'explosion.

— Oui, il lisait et c'est tout ! Je suis arrivé, je l'ai vu dans un coin, il avait un livre ouvert dans les mains et il le regardait en tournant une page de temps en temps, je suppose que ça s'appelle "lire" ; je l'ai observé un moment et je suis reparti, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ?

— Tu l'as observé une heure ?

— Je ne l'ai pas observé une heure ! se défendit Harry, qui en réalité n'en avait aucune idée. Cinq minutes, pas plus, je me suis peut-être baladé un peu...

— Non, la carte t'a montré aller droit vers l'Astronomie, rester là-bas une heure et revenir directement ici...

— Mais qu'est-ce que tu racontes, Ron ? Je ne suis pas...

Revelio Incantatem, glapit Hermione, brandissant sa baguette d'un geste vif.

Harry la regarda, soudain interloqué, et regarda autour de lui comme s'il s'attendait à voir quelque chose de particulier. Il lança vers son amie un regard étonné. Elle tenait toujours sa baguette, d'une main légèrement tremblante.

— Oui ?

Il ne trouvait rien de plus intelligent à dire. Hermione baissa son bras avec un soupir.

— Bon, au moins il ne t'a pas jeté de sort.

— Bien sûr que non, il lisait. Et je m'en serais souvenu, tu crois pas ?

— Il aurait pu modifier ta mémoire.

— Mais je ne suis pas resté une heure...

— Regarde par toi-même ! fit Hermione, excédée, en lui montrant l'horloge de la salle commune.

Il était presque onze heures du soir.

— Oui bon... je suis peut-être resté une heure, concéda Harry. Mais je m'en suis pas aperçu, je vous jure !

— C'est bizarre quand même. Et tu dis qu'il lisait ?

— Oui, il lisait ! En quelle langue il faut que je le dise ?

— Il lisait quoi ?

Ah, enfin une question pertinente !

— Euh... il n'y avait pas beaucoup de lumière, et la baguette de Malfoy n'éclairait pas la couverture. Je ne sais pas.

— C'était peut-être un bouquin de magie noire ? proposa Ron.

Peut-être. Fallait-il leur raconter ce qu'il avait vu ? Fallait-il leur narrer l'expressivité de ce visage, dont les moindres petits muscles tressaillaient sous l'effet du moindre petit mot ? Fallait-il leur décrire le plaisir... non non, la curiosité, qu'il avait eu à mémoriser la forme de l'arrête du nez, la courbe du menton, la longueur des cils...

— Je ne pense pas, dit Harry en se grattant derrière l'oreille. Ça avait l'air d'être un bête roman.

— Un roman ?

— Oui, un roman, on va pas recommencer ? Il lisait un roman.

— Comment tu peux en être sûr ?

— Il avait l'air d'être... absorbé, comme dans une histoire. Si c'était un bouquin de Magie Noire, je suppose qu'il aurait pris des notes, ou qu'il aurait froncé les sourcils, qu'il aurait pris sa baguette ou quelque chose comme ça.

— Donc... comprit Ron, il lisait un roman...

— Exactement, appuya Harry.

Il se demandait ce que ses deux amis trouvaient si extraordinaire au fait que Malfoy lise des romans. Certes, ça ne lui ressemblait pas vraiment, mais au fond que savaient-ils de lui ? Si ça se trouve, le secret de Malfoy, c'était ça : s'isoler dans la tour d'Astronomie, et lire. Il y avait des choses plus bizarres. Harry lui-même... mais il ne voulait plus y penser.

— Et tu es resté une heure ?

Ron n'en démordait pas. Et Hermione avait l'air d'être avide de savoir si Harry lui avait bien tout raconté. Il roula les yeux dans ses orbites.

— Oui, je suis resté une heure, et alors ? Je voulais vérifier...

— Vérifier quoi ?

— Ben, être sûr...

— Être sûr de quoi ?

— Ben qu'il lisait.

— C'est vrai qu'il faut bien au moins une heure pour faire la différence entre quelqu'un qui lit et quelqu'un qui danse la gigue tout nu avec une plume dans les fesses !

— Ron, enfin ! s'indigna Hermione. Donc, je résume. Malfoy lisait.

— C'est ça.

— Et c'est tout.

— C'est ça.

Elle haussa les épaules.

— Bon, ben voilà. On va pas en faire tout un plat. Bonne nuit, les garçons.

Et elle partit sans dire un mot de plus, comme s'ils venaient de discuter de la pluie et du beau temps, laissant un Harry un peu pris de court et un Ron complètement estomaqué. Ils échangèrent un regard, et décidèrent tacitement d'aller se coucher à leur tour. Une fois dans leur dortoir, il passèrent un pyjama et se mirent au lit. Dean, Seamus et Neville avaient l'air d'être déjà endormis. Harry se prépara la mort dans l'âme à une nouvelle nuit d'insomnie, quand il entendit :

— Et tu dis qu'il lisait ?

— Ron, que...

— Non, non, je plaisantais ! Bonne nuit Harry.

— Grmbl... 'nuit.

Harry s'allongea sur le dos et regarda le plafond dont il connaissait déjà le moindre détail, la moindre fissure, et laissa ses pensées s'évader. Quel moment étrange, il avait passé dans la Tour, comme suspendu dans le temps. S'était-il vraiment perdu si longtemps dans la contemplation de Malfoy ? Malfoy lui-même avait supporté si longtemps le contact de la pierre dure contre son dos. Quel livre pouvait donc être assez immersif pour en oublier ce genre de contingences ? Soudain, quelques mots dansèrent devant ses yeux, en lettres d'or. Le titre de ce que Malfoy lisait :

À quoi rêvent les grillons ?

oOoOoOo

* Oui, je sais, le troll étant bipède, fait-il des "bouses" techniquement parlant ? J'ai pas vraiment envie de savoir. Mettons ça sur le compte du langage fleuri de Ron !

Merci d'avoir lu !