Voilà, fidèle lecteur, un autre chapitre de l'histoire de Scorpius!

Grâce à ma meilleure amie dont c'était l'anniversaire il n'y a pas longtemps (et donc le cadeau n'a pas encore été livré par la poste, ouch), vous aurez droit cette fois à un peu de flash-back, ce qui vous fera je l'espère autant plaisir qu'à moi!

Sur ce, bonne lecture!

...

J'attends tranquillement devant Fleury et Bott, au beau milieu du Chemin de Traverse pas encore bondé à cette heure matinale. L'air est doux, le ciel est clair, et tout va bien puisque je suis sur le point de voir arriver Rose d'une seconde à l'autre...

Depuis une semaine, Rose et moi nous voyons beaucoup plus souvent. De plus nous sommes toujours seuls tous les deux, Albus ayant rejoint un programme de garde relayées; il passe presque sa vie à l'hôpital.

Je jette un coup d'oeil à ma montre et réprime un sourire amusé. Rose n'a jamais été réputée pour son sens de la ponctualité, et toutes ces années n'ont pas changé cette caractéristique; elle a déjà dix minutes de retard. Cependant je ne peux pas m'empêcher d'être complètement heureux, et je ne prends pas ce retard contre moi. Rose a une malchance peu commune, et elle a le chic pour se mettre dans les situations les plus burlesques dès le début de la journée...

-Scorpius! appelle une voix anxieuse derrière moi, suivie d'un grand fracas.

Je suis sur le chemin de la tour de Divination, et Rose m'accompagne puisque nous sommes dans la même classe; c'est la seule matière que les Serpentard et les Serdaigle ont en commun, cette année. C'est l'occasion de se retrouver un peu les deux, moment que j'apprécie toujours puisqu'en général nous sommes tous les trois avec Albus, et que discuter avec Rose n'est alors pas toujours aussi aisé.

Je me retourne en entendant son appel, seulement pour découvrir que Rose, probablement distraite par notre conversation, a oublié d'enjamber la fameuse marche maudite de l'escalier; et qu'elle est est coincée à mi-hauteur de l'escalier, sa jambe enfoncée dans le trou jusqu'à la cuisse, tous ses livres répandus autour d'elle. Je bondis pour l'aider.

-Merlin, Rose... je dis en passant mon bras autour de sa taille, ça va faire trois ans qu'on est ici, tu ne crois pas que tu pourrais t'habituer?

Je me force à ne pas me laisser troubler par la chaleur de sa hanche contre moi et je la hisse sur ses pieds sans trop de difficulté, avec la souplesse que confère l'habitude.

-Je... j'ai été distraite, s'excuse-t-elle d'une petite voix en se redressant.

Le regard embarrassé de ses yeux bleus fait claquer un muscle quelque part au niveau de mon coeur. Douce Circé, elle est adorable...

Rose lance un regard douloureux aux livres qui jonchent le sol avant de s'agenouiller pour les ramasser. Je la rejoins sur le sol, réunis patiemment un livre de Divination, un livre de Sortilèges, et ce qui ressemble à un traité de Quidditch (pourtant Rose n'aime pas beaucoup le Quidditch?), et je me relève péniblement. Rose m'imite, cinq livres sur un bras, et époussette sa robe de sorcière tandis que sa pile d'ouvrages vacille légèrement.

-Donne-moi ça, je dis d'un ton impérieux en tendant ma main libre vers sa pile de livres dangereusement haute.

-Quoi? bégaye Rose, surprise.

-Je sais que tu adores porter tes livres partout et que je ne pourrai pas te convaincre de te calmer sur la quantité de tes emprunts à la bibliothèque, je dis d'un ton docte, mais là c'est juste trop lourd à porter pour une seule personne.

Je cueille la pile de livres et la place précautionneusement entre mes deux bras, plus longs que ceux de Rose et donc logiquement plus aptes à les conserver loin du sol. Il ne reste à Rose que son propre sac à porter, et elle m'adresse un sourire chaleureux.

-Merci beaucoup, Scorpius, dit-elle d'une voix reconnaissante.

Quand j'entends mon nom sur ses lèvres, je sens ma respiration se figer dans mes poumons, et je sais que pour l'entendre à nouveau je déplacerai des bibliothèques jusqu'en Roumanie.

Ah, Poudlard... c'était le bon temps, ça. Tout était plus simple alors.

-Tu n'as pas toujours pensé cela, pourtant... grince la petite voix de plus en plus familière à mon oreille. Rappelle-toi!

Je suis à la bibliothèque avec Albus, penché sur mon devoir de Métamorphose sur les formules de changement de couleur. Tout est calme autour de nous; très peu d'élèves ont à coeur de faire leurs devoirs en ce début de week-end radieux. Même Albus, d'habitude relativement studieux, jette des coups d'oeil envieux au ciel bleu pervenche qu'on aperçoit à travers les carreaux épais des fenêtres. Soudain la porte de la bibliothèque grince, Albus se redresse et bientôt Rose vient s'asseoir à ses côtés, juste en face de moi. Je me raidis légèrement, tentant de masquer ma joie de la voir.

-Salut Rosie, ça va? bâille Albus en s'étalant comme un chat sur notre table.

Rose ne répond pas. En fait, elle a l'air complètement livide.

-Quelque chose ne va pas? je demande, soudain inquiet.

-Je... hésite-t-elle, les yeux dans le vague.

Elle secoue la tête.

-Je crois... je crois bien que, balbutie-t-elle... que Derrick Pondoll vient de me demander de sortir avec lui.

Un rocher d'au moins quinze kilos écrabouille mon estomac.

-Quoi? fait Albus, en se redressant précipitamment, stupéfait.

Nous la fixons tous les deux avec appréhension.

-Eh bien, fait Rose en se tordant les mains, il est venu me voir un peu après le déjeuner et il m'a dit qu'il me trouvait très jolie et très attirante et que si je voulais aussi, il serait ravi d'être mon petit ami.

Mon esprit est désespérément vide. Les mots de Rose l'atteignent avec une lenteur qui rend ses paroles collantes et presque incompréhensibles.

-Derrick Pondoll, le poursuiveur de Poufsouffle? Et tu vas dire quoi? demande Albus, articulant justement ce que j'aimerais avoir la force de dire.

Rose rougit comme une pivoine.

-Justement, hésite-t-elle, je ne sais pas trop... Vous en pensez quoi?

-Je pense que tu devrais dire oui, dit Albus avec enthousiasme. Comme ça tu pourras aller espionner son entraînement de Quidditch et nous rapporter leurs techniques secrètes!

Rose lui donne un coup de coude.

-Ce n'est pas pour ça que j'aurais envie de sortir avec quelqu'un, enfin!

Albus hausse les épaules, l'air amusé.

-Il te plaît?

Rose rougit encore.

-Eh bien il est très gentil, et c'est un garçon intelligent... tente-t-elle.

Un tremblement secoue mes entrailles, mais elle tourne soudain son regard bleu vers moi.

-Et toi, tu en penses quoi, Scorpius? demande-t-elle, ses grands yeux posés sur moi avec intensité.

Je déglutis.

-Je pense que...

Ma voix grince légèrement. Vas-y, je m'encourage intérieurement, dis-lui que c'est sûrement un gros cochon sans cervelle, qu'il ne la mérite pas, mais que toi tu es fou amoureux d'elle!

-Je pense que tu peux y aller, ce Derrick Pondoll m'a l'air d'un type correct.

Rose pince légèrement les lèvres, mais elle se redresse sur sa chaise, l'air soudain déterminé.

-Alors j'y vais, décide-t-elle d'une voix ferme.

Et elle se lève et marche vers la porte.

-Quand même, n'oublie pas de lui préciser que s'il te traite mal, c'est tous les Weasley et tous les Potter qui lui tomberont dessus! crie soudain Albus en mettant ses mains en porte-voix.

J'entends Rose lâcher un petit rire tremblotant derrière moi, et puis elle sort de la bibliothèque.

-Tu vois? fait la petite voix d'un ton sucré à mon oreille, me ramenant brusquement à la réalité. Tu n'as jamais eu le courage de t'imposer et de lui avouer tes sentiments... mais la vérité, c'est que tu avais la trouille, Scorpius! La trouille de la perdre si jamais ça ne marchait pas pour elle, la trouille de découvrir que tu n'étais pas assez bien, la trouille de ne pas être capable de l'intéresser autant qu'elle t'intéressait...

Je serre les dents.

-Alors pour éviter une petite désillusion de rien du tout, tu as préféré abandonner et te cacher la tête dans le sable... et ça fait quoi, dix ans que ça dure? Depuis le premier copain de Rose!

Bon sang, je vais étrangler cette voix de mes mains.

-A quoi ça te servirait? se moque la petite voix. A faire taire la seule qui sait la vérité, à savoir que Scorpius Malefoy est un lâche?

Je déglutis difficilement et regarde autour de moi, comme si quelqu'un avait pu entendre notre échange.

-Tu ne te demandes jamais ce qui se serait passé si tu t'étais levé pour lui courir après au lieu de la laisser partir, ce jour-là dans la bibliothèque? Ou si tu étais allé l'embrasser, elle, au lieu de Leila, à cette stupide fête?

Je grogne. Elle m'aurait sûrement repoussé...

-Oui mais dans le cas contraire, tu aurais peut-être pu sortir avec elle, lance la voix d'un ton sans appel.

-"Dans le cas contraire"... très hypothétique, comme discussion, non? je relève, railleur.

-Et alors? crache la voix. Tu n'as jamais rien fait de ta vie, on est obligés de s'en tenir à l'hypothétique!

Ouch.

-Et puis, continue-t-elle, hargneuse, même si elle t'avait repoussé? Tu aurais fait comme tout le monde, tu aurais pu t'en relever et aller de l'avant, comme une personne normale. Au lieu de ça, tu as passé six ans de ta vie à te convaincre que tu étais fou amoureux de Leila...

La voix se tait un instant, avant de reprendre sa longue accusation, implacable:

- Tu as perdu un temps fou dans des illusions puériles, tu as perdu tes vrais sentiments de vue, tu as fait du mal à une femme géniale qui ne le méritait pas... et tout ça pourquoi?

Je retiens ma respiration.

-Parce que tu es un lâche, Scorpius Malefoy, dit-elle avec le ton calme de celle qui énonce un fait.

Je sursaute presque.

-Hey, je ne te permets pas! je m'exclame tout haut avec colère.

Mais la voix ne répond plus.

Je suis tout seul dans ma tête.

Et évidemment, c'est à ce moment précis que Rose arrive, magnifique comme d'habitude dans une tenue moldue on ne peut plus banale mais incroyablement seyante, ses cheveux roux relevés en un chignon lâche d'où s'échappent quelques boucles rebelles qui vont se perdre sur sa nuque.

-Je suis vraiment désolée Scorpius, j'ai été éclaboussée par un bus moldu et j'ai dû rentrer me changer en vitesse... explique-t-elle d'un ton penaud.

Elle me scrute.

-Tu n'as pas attendu trop longtemps, au moins? s'enquiert-elle en se mordillant la lèvre inférieure. Tu n'as pas l'air dans ton assiette...

Tu m'étonnes.

-Non non, je me défends, tout va bien, j'étais perdu dans mes pensées.

Je lui offre un sourire qui semble la satisfaire puisque ses traits se détendent légèrement.

-On y va? je propose en lui tendant un bras galant, histoire de changer un peu de sujet.

Rose le saisit avec enthousiasme et, avec un craquement retentissant, nous transplanons tous les deux.

...

-Je n'arrive pas à croire que tu n'aies même pas pris la peine de te trouver une cavalière.

Le ton clairement désapprobateur d'Albus me fait relever la tête. Nous sommes tous les deux accoudés au bar, entourés d'une musique légèrement plus supportable que dans les boîtes que je fréquente d'habitude. C'est la soirée de fiançailles de Kendra et Nathan, et nous sommes tous les deux sur notre trente-et-un. Rose n'est pas encore arrivée.

-Une soirée comme celle-ci, reprend-il, et tu viens tout seul!

Je lâche un petit rire, amusé par la réaction presque offensée de mon meilleur ami. Sa cavalière à lui est un peu plus loin, en train de commander sa boisson; c'est une ravissante brunette aux yeux d'un noir liquide, et elle paraît ravie d'être ici avec Albus.

-Comment veux-tu qu'on arrive à te remettre en selle si tu refuses même de faire cet effort-là? se plaint Albus.

-Al, je l'interromps en posant une main sur son épaule. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment, crois-moi.

Il me regarde une seconde d'un air sceptique, puis soudain ses traits s'éclairent.

-Tu veux dire que... tu es déjà sur le coup?

Je cligne des yeux sans comprendre.

-Ha ha, s'esclaffe Albus avec une fierté dans la voix, est-ce que mon Scorpius aurait déjà l'oeil sur une petite chanceuse?

Je rougis, incapable de rester de marbre.

-Ben voilà, s'exclame Albus en me donnant une grande claque dans le dos, ça c'est la bonne attitude! Et c'est qui?

Je manque de m'étrangler.

-Euh... tu connais pas, je bégaye d'un ton incertain.

-Tu ne veux pas la présenter tellement tu as peur qu'elle craque pour moi, hein, plaisante Albus d'air faussement prétentieux, c'est pour ça que tu ne l'as pas amenée ici... ça peut se comprendre, mon vieux, ça peut se comprendre.

Il s'étire de façon exagérément lascive et j'étouffe un petit rire.

-Mais tu n'as aucune peur à avoir, Scorpius, me rassure Albus d'un ton paternaliste. Je suis bien trop occupé moi-même pour pouvoir donner suite à l'attirance que ne manquera pas d'avoir ta compagne pour moi...

Je comprends en un éclair.

-Tu... tu n'as pas encore conclu? je dis avec une pointe d'étonnement dans la voix.

C'est étonnant; d'ordinaire les filles se bousculent pour se jeter à son cou... mais Albus secoue la tête.

-Eh non, pas cette fois... soupire-t-il d'un ton théâtral.

Il jette un regard à sa cavalière par dessus son épaule puis se penche vers moi, l'air mystérieux.

-Je préfère ne pas aller trop vite avec elle, chuchote-t-il à mon oreille. Elle est... je ne sais pas, elle est sympa.

-Excuse-moi? je raille. Albus Potter, le grand séducteur de ses dames, veut prendre les choses tranquillement? C'est une première...

-Oui, eh bien, c'est vrai.

Bizarrement, son expression sérieuse et gênée à la fois me surprend.

-Al? je m'exclame. Tu ne vas pas me dire que tu es...

Albus me fait de grands gestes paniqués pour que je baisse la voix, regardant anxieusement derrière lui.

-... amoureux?

Il cligne des yeux, perdant un instant de sa superbe.

-Je ne sais pas, répond-il d'une voix atone. J'imagine que ça se pourrait.

Je suis sans voix. Albus a été toujours ce genre de garçon qui plaît exagérément aux filles, en profite largement sans pour autant les traiter comme des objets, mais ne se pose jamais nulle part. Je crois pouvoir dire sans me tromper que sa plus longue relation a duré trois mois, et encore; lui et sa petite amie de l'époque ne s'étaient pas vus depuis deux semaines quand ils ont rompu. Albus aime à dire qu'il aime les femmes, mais qu'il y en a trop pour qu'il puisse un jour envisager de choisir... et encore moins se prétendre amoureux de l'une d'entre elles.

Je suis proprement abasourdi.

-Oh, je... je tente d'une voix incertaine, j'espère que ça va bien se passer avec elle!

-Oui, moi aussi, conclut Albus avec un petit sourire. D'ailleurs, tu m'excuseras, mais je vais aller danser avec la dame...

Il me fait un dernier clin d'oeil avant de se redresser et d'aller prendre la main de sa conquête pour l'emmener sur la piste de danse, et je me retrouve tout seul au bar, un sourire absent sur les lèvres tandis que je regarde mon meilleur ami faire tournoyer le jeune femme dans ses bras.

-Qu'est-ce que tu regardes comme ça? demande une voix à côté de moi.

Je me retourne pour rencontrer le regard intrigué de Rose, ses coudes appuyés sur le bois verni du bar. Je ne l'avais pas vue arriver; encore une fois elle est irrésistible, avec une robe noire dont les bords viennent caresser ses genoux croisés. Ses cheveux sont lâchés sans discipline, ses boucles folles rebiquant dans tous les sens en parvenant tout de même à donner une classe très désinvolte à l'ensemble. Elle me sourit.

-Je... je réponds.

J'ai du mal à retrouver mes esprits.

-Je regardais Albus et sa copine, j'explique avec un geste de la main vers le couple dansant.

Elle suit mon regard.

-Oui... ils sont très mignons, tu ne trouves pas? dit-elle d'un ton pensif. Cette fois-ci Albus pourrait avoir envie de plus que d'habitude...

Nous restons tous les deux sans rien dire pendant une poignée de secondes.

-Et toi, alors? je fais soudain en lançant un regard autour de nous. Tu es venue seule?

Elle agite la main, comme pour effacer de sa mémoire un sujet qui ne mérite aucune attention.

-Bah, dit-elle du bout des lèvres, j'étais censée amener Jackson, mais il m'a fait une crise de jalousie ce matin, alors...

Je tente de réprimer un looping triomphant de mon estomac, et dis d'une voix chevrotante:

-Ah? C'était un jaloux?

-Mouais, il appréciait pas trop qu'on traîne ensemble en tête à tête, toi et moi, précise-t-elle, presque évasive. Alors je lui ai dit que sa jalousie, il pouvait se la carrer dans le...

Un rire nerveux m'échappe.

-Et, euh... tu ne regrettes pas?

Rose me jette un regard surpris.

-Evidemment que non! affirme-t-elle. C'est pas exactement une perte.

-Mais ça faisait bien...

-Ouais, trois jours qu'on était ensemble. Un bon bout de chemin de vie, dit-elle d'un air blasé.

Je la regarde, elle me regarde, et nous éclatons de rire en même temps. L'hilarité me secoue dans tous les sens, je n'arrive pas à reprendre ma respiration, et je m'affale bientôt sur le bar, Rose presque effondrée contre moi dans ses éclats de rire incontrôlables. Le barman nous jette un regard mi-contrarié, mi-amusé, tout en continuant à essuyer ses verres.

Quand nous parvenons finalement à nous calmer, après plusieurs minutes de tentatives infructueuses, nous sommes tous les deux écarlates et haletants, et je dois retenir mon corps moulu sur ma chaise pour ne pas glisser tandis que Rose tient ses côtes douloureuses; son sourire encore rayonnant est le jumeau du mien.

-Quelle belle bande de bras cassés on fait, quand même! je constate sans cesser de sourire jusqu'aux oreilles.

-Tu l'as dit, fait Rose, les joues toutes rouges d'avoir tant ri.

Le reste de la soirée se passe exactement comme ça, et c'est juste parfait. Rose et moi restons ensemble durant toute la fête, et nous assistons côte à côte aux discours émus de Kendra et Nathan, avant de prononcer les nôtres en tant que témoins dévoués. Les deux fiancés s'embrassent devant tous les invités, soulevant une salve de vivats et d'applaudissements. La soirée se termine tard, et quand finalement nous nous décidons à partir, seuls quelques couples dansent encore au milieu de la salle, sur le rythme lent d'une chanson de Johnny Mathis. Albus est parmi eux, les bras serrés autour de sa copine, et je ne juge pas nécessaire de l'interrompre pour lui proposer de nous accompagner.

Rose et moi sortons dans l'air frais de la nuit, et je la vois serrer d'instinct son manteau autour de ses épaules. Sans un mot, je dénoue ma propre écharpe et la passe autour de son cou. Elle me lance un regard reconnaissant et blottit ses mains dans ses poches. Le trajet jusqu'à chez elle se passe tranquillement, nous discutons calmement en marchant d'un pas lent à travers les rues sombres de la ville. Tous les dix mètres, un réverbère illumine le visage de Rose et ses yeux brillent dans la nuit.

Quand nous arrivons en vue de son immeuble, nous ralentissons le pas de concert avant d'arriver devant la porte en verre. Elle se tourne vers moi, les cheveux ébouriffés et le bonnet de travers.

-Eh bien... bonne soirée? dit-elle avec un petit sourire.

Elle s'avance vers moi pour me faire la bise, et là, je ne sais pas pourquoi, si c'est l'ambiance de cette nuit, ou la lumière diffuse du hall d'entrée qui éclaire son visage, mais là je fais un truc complètement impulsif.

Je me penche vers Rose et je l'embrasse.

Ce n'est pas un long baiser, ni un baiser très profond, mais la simple sensation des lèvres de Rose, douces et chaudes, sur les miennes, suffit à envoyer une radiation de bien-être à travers mon épine dorsale. Des étoiles s'allument sous mes paupières, ma main se pose légèrement sur la joue douce de Rose... et soudain tout s'arrête. Les étoiles s'éteignent et je rouvre les yeux: Rose me regarde d'un air à la fois surpris et horrifié, les doigts posés sur sa lèvre inférieure dans un geste choqué presque théâtral.

-Je... tu... balbutie-t-elle.

Elle me lance un regard éperdu.

-Pourquoi?

Et sans attendre ma réponse, Rose se précipite à l'intérieur et claque la porte derrière elle. Sonné, je la vois disparaître dans le hall et s'éloigner sans un regard en arrière. Je me lèche les lèvres d'un air absent, les yeux fixés sur l'endroit que Rose vient de quitter. Je peux sentir son goût de Labello à la cerise sur ma langue...

Oh... merde.

Mais qu'est-ce que j'ai fait?