Gros retard pour raisons personnelles. La suite suivra je ne sais quand. Je n'ai pas la force de relire, poursuivre beaucoup de chose en ce moment, j'en suis navrée.
Présence d'OCs, librement emprunté à la mythologie grecque ! Dites bonjour à Macaria et Mélinoé !
Je vous souhaite une bonne lecture.
Deadly Valentine
Chapitre Quatre
Fin du XXe siècle - 1980's
Post- Guerre Sainte – Victoire d'Athéna
Ils les ont trouvés près des corps divins des dieux jumeaux, lors de leur fuite d'Elysion en pleine décomposition. Dans l'action, ils les ont prises pour des nymphes et Athéna ordonna à ce qu'ils les ramènent dans leur monde baigné de lumière. Il fallait qu'elles vivent après tout. Tout être vivant mérite de vivre. Si elles ne peuvent vivre, quelles sont les raisons qui les ont poussés à tuer Hadès ?
Ils n'ont pas réfléchis dans la précipitation. Puis ils ont trouvé cela tellement normal, qu'ils ne se sont pas posé de question après.
À présent, Shun s'en pose.
Depuis ce sauvetage in extremis, aucune des deux fillettes n'a prononcé le moindre mot. La cadette se cache dans les bras de son aînée, gardant serrée contre elle, une petite poupée de porcelaine. Dans la chambre allouée au Treizième Temple du Sanctuaire, elles restent dans un coin de la pièce. Celui au fond, à gauche, qui donne vue sur la porte et la fenêtre. Un merveilleux point de surveillance pour savoir dans la minute qui rentre, qui sort et ce qu'il se passe aux alentours.
L'aînée grogne sur la moindre personne qui cherche à les approcher – elle a mordu un guérisseur, chargé de s'assurer de leur bonne santé, il y a de cela quelques jours. Ce dernier se plaint depuis, certain d'avoir attrapé une maladie, comme la rage : il hallucine et voit sa femme décédée partout où il va. Les soldats chargés de surveiller qu'elles ne s'échappent pas –pour des raisons que Shun ne comprend pas-, affirment entendre la voix de frères d'armes disparues au cours des différentes guerres les opposants au Pope, à Poséidon et à Hadès. Des allégations pour le moins étrange qui commencent à se répandre dans les rangs des survivants.
Ce qui inquiète bien plus Shun, c'est que depuis leur retour, elles ne touchent ni à l'eau, ni à la nourriture. Il ne sait rien de la physionomie des nymphes, ni de leurs besoins. Saori –où devrait-il dire Athéna ?- ne leur donne que peu d'informations à ce sujet. Si elles étaient belles et bien des nymphes. Néanmoins, qu'il s'agisse de nymphes ou de toute autre créature, elles ne restent que des enfants. Des enfants ont besoin de nourriture et d'eau pour grandir, se développer… Que les deux petites ne touchent à rien l'inquiète plus que de raisons. Peut-être était-ce lié à sa dévotion pour les autres de par son statut de Chevalier d'Andromède.
Shun pousse un soupir à fendre les pierres. Indécis, il fixe la porte en bois sculpté de milles et une Histoires, mais dont il n'en reconnaît aucune. Ni celle de Narcisse, ni celle de la nymphe Echo, ni celle de la pomme de la Discorde et encore moins de la naissance des saisons. Le Japonais passe ses doigts sur la grenade le seul élément de toutes ces gravures qui accapare toute son attention, comme un semblant de déjà-vu indescriptible. C'est de cet élément qu'il saisit son courage à deux mains, de quoi pousser cette porte et d'en pénétrer la chambre. Qu'il fasse nuit est une bénédiction même si elles dorment dans les bras de l'une et de l'autre du sommeil de juste, il n'y a personne d'autre aux alentours. Personne pour rapporter ses faits et gestes à Saori/Athéna.
Avec une grimace, il constate les plateaux de fruits intouchés, de même pour les quelques cruches d'eau. Sans savoir si ce sera d'une grande utilité, il rajoute quelques biscuits et autres sucreries, dont un jus de fruit. C'est idiot. Mais avec un peu de chance, la gourmandise les attirera vers ces produits industrialisés. Quel enfant refuserait des sucreries ?
Sa manche accroche le bord évasé d'un bol sans qu'il n'y fasse attention. Alors qu'il recule une fois les aliments déposés, le dit vase chute sans grâce. Le bruit résonne dans la petite chambre. Shun s'en maudit à mi- mot, croise les doigts, mais c'est trop tard. Une petite voix s'élève dans un souffle ensommeillé :
_ Papou, c'toi ?
Il en reste de marbre, alors qu'il se retourne. L'adolescent a un sourire sur le visage, et est prêt à lui dire que ce n'est rien, qu'il n'y a pas de raison d'avoir peur ou de s'inquiéter, qu'elle peut se rendormir sans crainte. Shun n'en n'aura pas l'occasion.
C'est la plus jeune des deux qui vient de parler, celle aux longs cheveux nacrés, semblables à ceux de Rune du Balrog. Elle se frotte ses yeux pupilles d'or pour y dissiper l'influence de Morphée. Ce qui n'a pas grand effet, car elle baille à s'en décrocher la mâchoire.
Elle se lève cependant, faisant bien attention à ne pas réveiller la grande et à ne pas faire tomber sa poupée déjà bien abimée. À pas lents, d'une démarche mal assurée, elle rejoint le Chevalier d'Andromède et se calfeutre d'autorité dans ses bras.
Shun est incapable de bouger correctement. Il y a quelque chose qui l'empêche de bouger. Quelque chose qu'il n'avait pas ressenti quand ils ont fui Elysion. Dans la précipitation, il n'avait pas fait attention à son odeur. Elle sent les Enfers et la Mort, sous quelques effluves de grenades.
L'enfant se contorsionne jusqu'à trouver une position confortable pour elle et sa poupée :
_ Papou, on rent'e quand à Elysion ? La punition elle est t'op longue ! Et tu sais qu'on n'aime pas Tata 'Théna. Ze sais que tu nous as inte'dis de so'tir de nos chambres, mais la terre elle a tremblé, pis y a tout qui tombait, alors Mélinoé a dit qu'on devait pa'tir et comme tu m'as dit de touzours écouter Mélinoé quand tu n'es pas là pa'ce que c'est ma g'ande sœur, on est so'tie. On t'a pas t'ouvé, pis on a vu Oncle Hypnos et Oncle Thanatos do'mir par terre. Je crois qu'oncle Hypnos il a t'op utilisé son pouvoir, pa'ce qu'il se réveillait pas, et Oncle Thanatos non plus. Alo's on a essayé de t'ouver Tonton Minos… Pa'ce que Tonton Minos est tout fort et c'est un ma'ionnettiste, il sait réparer les poupées. Ma poupée elle s'est cassée quand tout tombait. C'est Oncle Thanatos qui me l'a donné, c'est mon plus grand trésors, mais ze veux pas qui' soit t'iste pa'ce qu'elle est cassée maintenant. Pis t'avais dit qu'on irait p'omener Cerbère avec Pha'aoh. Maman elle rent'e bientôt en plus, pa'ce que c'est bientôt la fin de l'été su' Terre, c'est Tonton Eaque qui le dit. Elle va s'inquiéter si elle nous t'ouve pas… Et quand elle est inquiète, Tonton 'Damanthe il est tellement pas content que son mono sourcil devint plus épais ! Il est pas beau Tonton 'Damanthe quand il a un t'op gros mono sourcil…
Elle termine son monologue mâché par un second long bâillement qui lui décroche presque sa petite mâchoire. Ses paupières s'alourdissent comme sa voix s'amenuise au fur et à mesure que Morphée l'entraîne de nouveau au royaume des rêves.
_ T'aime tout-tout-tout fort papou…
Shun ne bouge pas. Pas qu'il ait peur de la réveiller, il aimerait bien le faire, de quoi avoir un peu plus d'informations. Ce qu'il vient tout juste d'entendre le laisse dans un état dubitatif et quelque peu inquiet.
Tout ce qu'il peut affirmer avec certitude c'est que ces fillettes ne sont pas des nymphes et qu'elles ne servaient pas l'un des dieux des Enfers. Ce devaient même être elles qui étaient servi. Parce que ce sont des petites déesses.
Des déesses des Enfers.
Les filles d'Hadès. Aussi surprenant que cela puisse paraître.
…
Oh merde !
Ce n'est pas une bonne nouvelle.
Parce qu'il les a rendu orpheline d'un père, ce qu'il n'a jamais souhaité ça à personne –pour être lui-même orphelin.
Parce que comme l'a si bien dit cette enfant dont il ignore encore le nom, leur mère va possiblement les chercher, et qui sait ce qui pourrait s'en suivre. Une possible autre guerre. Une guerre que Saori n'évitera pas, trop heureuse de pouvoir se venger. Tout du moins, venger Seiya. Ce que leur camarade n'aurait jamais souhaité que ces enfants soient des déesses, filles de leur ennemi, ne change rien. Un enfant n'a pas à payer les méfaits de ses parents.
Et à l'entendre, elle ne sait rien des agissements de son père, ni de ce qu'il se tramait aux Enfers. Sait-elle au moins que son père est mort ? De même que ses oncles ? Pour l'avoir confondu avec son père, elle ne s'en est pas rendu compte… non.
Par Athéna… ose-t-il blasphémer, Qu'avons-nous fait ?
_ Macaria ? Macaria t'es où ?
Il y a un silence, c'est un regard cendré paniqué qui croise le sien. Un voile de colère recouvre bien vite le sentiment d'affolement :
_ Lâche ma sœur ou j'te bouffe ! gronde l'aînée
Shun lève les mains en l'air. Il est sûr que la grande tiendrait parole et chercherait à le manger tout cru. Une intuition soutenue par son cosmos gonflé de colère.
_ Je n'ai aucune intention-
_ Je n'ai que faire de la parole d'un meurtrier. Lâche ma sœur j'ai dit !
Elle n'a qu'un petit gabarit chétif, presque maladif de par son teint pâle, mis en évidence par sa chevelure noire. L'habit ne fait pas le Chevalier, le Marina, le Spectre –ou tout autre protecteur divin dont vous pouvez incérer le nom ici-même son pouvoir n'est pas limité par son apparence. Aussi puissant que celui d'Athéna, si ce n'est que ce cosmos-ci est aussi sombre et froid que celui de son père, puant la Mort. Un détail qui n'étonne guère Shun.
_ Lâche. Ma. Sœur.
Le tranchant de ses mots n'a d'égales que son cosmos.
Le Chevalier d'Andromède ne tarde pas à apercevoir, au quatre coins de la pièce, des silhouettes informes se dessiner dans l'ombre. Il y a quelque chose en ces spectres, un petit il ne sait quoi qui le rend mal à l'aise et anxieux. Son instinct de guerrier lui conseille de rester sur ses gardes, de se tenir prêt à appeler son armure, alors que sa conscience lui souffle que tout va bien, il n'y a rien d'anormale à ce que son imagination lui joue quelque tour, avec la lumière que reflète la lune sur les rideaux s'agitant à cause du vent. Même un adulte pourrait être effrayé de l'ombre projetée de cet étrange vase au-dessus de l'armoire centrale, du souffle du vent, et de l'aspect fantomatique du rideau. Il n'y a rien d'anormale.
Parce que son maître ne peut pas se tenir devant lui. Ni Aphrodite, ni Aiolia, ni Shaka, ni les autres Chevaliers d'Or, d'Argent, de Bronze qu'il a connu, qu'il a combattu, qu'il a tué, qui sont morts pour leur victoire contre le Maître des Enfers. Ces personnes ne peuvent être là.
Mélinoé, si c'est bien ainsi que ce nomme l'aînée d'après les dire de l'enfant assoupie dans ses bras, avance des quelques pas, juste de quoi être à sa hauteur et parfaitement face à face.
_ Je ne suis pas aussi sage que Macaria. Je ne sais pas me comporter en gentille prisonnière. Si tu ne lâches pas ma sœur, je me ferais une joie de libérer ces fantômes et les maudire. Cela ne devrait guère poser de soucis à ma tante, ni à tes camarades, ni à toi. Vous ne voulez pas d'un endroit où une âme puisse expier ses pêchers. Alors autant que l'on vide les Enfers sur Terre plutôt que les âmes disparaissent.
À ses dires acerbes, les âmes ne restent plus statiques et commencent à s'éparpiller dans la salle, attirée par un objet, un aliment, une voix à l'extérieure. Quelques-unes ne bougent pas et se contentent de le fixer avec leurs yeux vides de toute émotion.
Shun ne parvient pas à aligner deux pensées cohérentes. Quelle que soit les âmes, qu'il les ait fréquenté un long moment ou peu, il ne peut s'empêcher de les regarder et d'avoir envie de pleurer. Les larmes montent et s'agglutinent derrière ses paupières. Elles sont proches, mais loin, y compris entres elles. Aiolia ne parvient pas à toucher son frère, comme Milo est incapable de prendre Camus dans ses bras, ou Aphrodite de cueillir la moindre rose.
Leur tristesse de ne pouvoir aller vers l'autre ou d'être incapable de toucher quoi que ce soit les énerve, le rend triste, si ce n'est un sentiment haineux envers leur propre personne, leur propre condition qui ne le recouvre à en rendre l'atmosphère irrespirable. Toutes ces présences surnaturelles et leurs détresses font chuter la température de la pièce.
_ Vous êtes le seul en vie ici. J'ai hâte de voir la tension grandissante au Sein du Sanctuaire de ma tante quand ils quitteront cette pièce. Leur présence va grignoter la raison de tous. C'est tout ce que vous méritez.
_ Attendez…
Shun n'est pas sûr du choix de ses mots, mais il doit tenter quelque chose. Il ne pourrait satisfaire en entier les besoins des fillettes divines, c'est une chose dont il est conscient. En revanche, il est capable d'arranger certaines choses. Tant pis s'il commet un acte de trahison.
Il est Chevalier pour assurer la Paix sur Terre. Il a déjà connu trois guerres, c'est amplement suffisant. Il n'en connaître pas une de plus, Shun en fait le serment.
_ Comment puis-je contacter votre mère ? Je ne sais comment ressusciter un dieu, je ne pourrais vous ramener à votre père. Mais je peux, si vous me dites comment m'y prendre, avertir votre mère que vous êtes sauves, en bonne santé et ici. Votre sœur réclame sa présence. Elysion est tombé alors que vous y étiez. Votre mère doit être morte d'inquiétude. Ne voulez-vous donc pas rentrer auprès d'elle et la rassurer ?
oOo
_ Dame Déméter ? Je ne m'attendais pas à votre arrivée. Hermès ne m'a-
_ Mettons de côté cette perte de temps et venons-en au fait. Où sont-elles ?
Athéna –ou Saori, plus personne n'en n'est vraiment au fait sur qui de la déesse ou de sa persona à le plus de pouvoir sur l'autre- cligne des yeux, feint de ne pas savoir :
_ Qui ?
_ Tu joues à ce petit jeu avec ton père si tu le souhaites, pas avec moi.
_ Je pensais que ça te rendrais heureuse. marmonne la japonaise tout en s'accoudant à son trône, La mort d'Hadès, la disparition de tes petits-enfants. Tu n'as jamais pu les supporter.
_ Ma fille, ta sœur donc, les pense mortes.
_ N'est-ce pas une bonne nouvelle pour toi ? Entre la mort d'un beau-fils que tu n'as jamais pu apprécier parce qu'il t'a volé ta fille et la disparition de tes petits-enfants qui l'accaparaient encore plus, tu vas pouvoir la retrouver et recommencer votre vie comme elle était avant son enlèvement.
Au petit sourire au coin d'Athéna, Déméter préfère ne pas répondre à la suite, les lèvres pincées, histoire de choisir avec soin ses mots :
_ C'était pour cela que je t'ai toujours supporté en temps de guerre. Été comme hiver, tes troupes ne manquaient de rien dans les cultures de ton Sanctuaire. J'ai poussé le vice jusqu'à faire pousser un savonnier en Enfers pour sceller les troupes des Spectres. Tu as mis bien des siècles avant de te rendre compte de son existence. Tellement de siècles que Perséphone a eu le temps de s'attacher à Hadès, d'avoir des enfants avec lui, d'avoir une place si importante au sein des Enfers, que maintenant que tu as réussis l'exploit de tuer Hadès, elle va devoir prendre sa place. Si elle ne meurt pas de tristesse avant. Et si mon enfant meurt, je la suivrai. Je délaisserai mes attributions et ta précieuse Terre tant aimée, connaîtra l'Hiver éternel, plus rien ne poussera, tes humains mourront de faim… Et moi morte, ma fille morte également, personne pour reprendre le flambeau, contre qui voudras-tu te battre pour changer les choses ? Donc, je répète ma question Athéna. Où sont-elles ?
C'est au tour de la déesse de la Sagesse d'avoir un air pincé et contrit. Elle s'installe un peu plus correctement sur son siège, de quoi avoir une plus grande prestance, montrer qu'elle est la maîtresse des lieux et non une enfant à rabrouer. D'une voix plus autoritaire, elle abat sa dernière carte :
_ Tu peux transmettre à Perséphone que ses filles sont bien portantes et bien traitées. Si elle souhaite les revoir, je veux que mes Chevaliers reviennent à la vie, y compris le Chevalier Pégase.
La déesse des saisons fait quelques pas, de quoi se rapprocher un peu du siège de sa congénère, bras croisés sur sa poitrine, une main relevée, de quoi cacher son sourire quelque peu narquois.
_ Je crois que tu n'as pas compris, ma chère Athéna. Alors je vais te réexpliquer plus clairement.
Déméter s'avance, jusqu'à ce qu'elle ne soit qu'à quelques centimètres de la déesse de la Guerre :
_ Je suis venue chercher mes petites-filles et je vais repartir avec. Je ne suis pas là pour négocier, tu n'es même pas en terme de négocier quoi que ce soit. Tu en disgrâce ma chère, tu n'as rien pour négocier. Ne pense même pas à m'attaquer, ni à faire du mal aux petites. Tu serais perdante quoi qu'il arrive. Tu me tues, Perséphone ne reprendra pas ma place, car elle sera incapable de gérer les Enfers et mon travail. Tu tues les gamines, ma fille mourra de chagrin et je ne survivrais pas à mon deuil. Quoi que tu fasses, tes humains subiront une famine qui ne se terminera jamais. En revanche très chère, si tu me rends les fillettes, je pourrai convaincre Perséphone de te rendre tes Chevaliers. Un gage de bonne volonté obtient toujours une bonne récompense, ne crois-tu pas ?
XXe siècle – 1990's
Perséphone tend la main.
Athéna n'a plus son sourire de connivence. Après son geste, plus aucun retour en arrière ne sera possible. Sous les yeux de leur père et du reste de la cour de l'Olympe, la déesse de la sagesse dépose le rosaire emprisonnant les cents huit Spectres dans la paume de sa cadette.
_ Tes Chevaliers commenceront à revenir dès ce soir. Quand Hadès, Hypnos et Thanatos renaîtront, alors Pégase te sera rendu.
Après presque dix longues années de négociations acharnées où Perséphone n'a jamais lâché sur ses termes (soutenue par Nyx, Amphitrites et bons nombres d'autres dieux et déesses, mineures comme majeures), elle et Athéna ont su trouver un terrain d'entente. Au bonheur de Zeus, bien las des disputes entre ses enfants.
Si ses Chevaliers reviennent à la vie, il est hors de question qu'elle soit la seule à en profiter. Il est hors de question que ce soit également pour déclencher une autre guerre contre l'un de ses confrères. Si les Chevaliers renaissent, il en sera de même pour leurs anciens adversaires. Des simples gardes aux plus grands guerriers, qu'ils soient du côté de Poséidon, Hadès, d'Odin et de tant d'autres. Perséphone n'excepte que Seiya de Pégase dans cette équation complexe. L'âme du fameux déicide est l'enjeu d'un autre marché.
Aussitôt le processus de résurrection instaurée, chaque clan devra signer un traité de paix. Si un parti prendrait la décision –stupide- de déclencher une nouvelle guerre, ses soldats retourneraient aux Enfers, sans espoir de renaissance.
Ces guerres ont assez duré. Le sang a assez coulé. La Terre n'a pas besoin d'un maître pour la diriger, elle a juste besoin de personnes –mortelles et immortelles- pour la protéger et la préserver de tout danger, qu'il soit humain ou divin. L'Univers est immense. Les humains pas toujours respectueux, beaucoup d'entre eux chercheront à s'accaparer ce dont ils n'ont pas le droit. Il y aura toujours quelque chose à faire pour protéger cette planète bleue. La Paix n'apporte pas la Retraite.
Pour y parvenir, l'union des dieux de l'Olympe est autant nécessaire que primordiale.
Alors, si Pégase renaît, il en sera de même pour les dieux qu'il a tués.
_ Si une Guerre Sainte est déclarée, tu en seras tenue pour responsable.
_ Athéna. gronde Zeus pour seul avertissement
Perséphone hausse les épaules. Plus aucune remarque ne l'atteint vraiment. Elle a dans sa main ce qui va lui permettre de faire revenir sous peu ses spectres. Il n'y a rien de plus important que cela. Et c'est tant mieux. Bientôt, ses Juges s'occuperont des jugements, Cerbère aura d'autres dog-sitters que ses filles (récupérer Mélinoé et Macaria imprégnées de bave de la tête aux pieds n'est pas son moment favoris de la journée), les harpies n'auront plus à surveiller chaque prisons, les réincarnations pourront reprendre.
Sans un regard en arrière, la déesse se détourne et retourne aux Enfers, le rosaire bien lourd entre ses doigts. Ses Spectres l'attendent, il est hors de question de les faire attendre plus longtemps.
XXe siècle – 31 décembre 1999
Enfers
C'est leur petite pause syndicale de la journée, le moment entre le matin et l'après-midi, celui où bien qu'ils n'aient pas le besoin physique de manger, ils cassent la croûte et échangent sur les dossiers en cours ou quelques banalités.
Le temps de la pause varie. En ces périodes de fêtes de fin d'année, le taux de mortalité par actes stupides étant un peu plus élevées que la moyenne, cette période de pause syndicale, outrageusement autorisé par leur désir seul, ne dure pas bien longtemps. S'il y a un ralentissement dans les flux, leur Seigneur Rhadamanthe risque de sortir les crocs.
_ Vous savez ce qui serait géniale en cette période ? Faire croire aux humains que ce sera vraiment la fin du monde, ce soir, quand minuit sonnera.
_ Si ses Majestés t'entendent, tu es bon pour des corvées supplémentaires.
_ Quel rabat-joie tu fais Gordon ! C'est pas comme si on avait fait pire !
Queen joue avec sa plume et son encrier avant de reprendre, menton appuyé dans sa main, le coude soutenue par quelques dossiers :
_ Avoue que ce serait tellement amusant de les voir paniquer si nous débarquons couvert de nos surplis ! J'ose même pas imaginer ce qu'ils vont encore inventer quand ils se rendront compte que les Mayas ont arrêté leur calendrier le 21 décembre 2012.
Le Minotaure lance à l'allemand le sachet de chips, acheté quelques jours plus tôt dans le petit supermarché discount préféré de leur trio, en dehors des heures de pointes. Avec les fêtes, la foule est plus dense qu'habituellement. Un fait que tout spectre déteste.
Queen réceptionne le paquet avec un sourire de bienheureux. Sur un air joyeux, il pioche librement son dû. Si le chant bien représentatif des fêtes de fins d'année fait grogner Gordon, le spectre ne débite plus des âneries. C'est une petite victoire en elle-même.
_ Tu en veux Syl' ?
Le Belge lui envoie un regard assassin. Queen s'en contente et minaude presque sa joie face à cette réaction. Après un autre bruissement de sachet et qu'il mâche outrageusement quelques chips, il se couche sur son bureau, agite son doigt en l'air afin d'appuyer sur chaque mots
_ Il n'y avait pas goût chocolat, les humains sont un peu réticents à faire des chips sucré-salés. Le goût barbecue ne casse pas les antennes de Myû, mais ce n'est pas mauvais. Ça un petit goût de revient. Comme le chocolat de Val'.
_ Ta gueule. fut l'unique réponse de son collègue
Queen lance un regard offusqué, ses joues tout aussi gonflé qu'un enfant pris sur le fait, au Minotaure. Ce dernier lui répond d'un haussement d'épaules, l'air de dire « tu l'as cherché, laisse-moi en dehors de ça ».
Sylphide reporte son attention sur le bureau vide de toute activité. Ce soir, il y passerait un petit coup de chiffon, de quoi retirer toute la poussière du jour. Il vérifiera si l'encre n'est pas sèche, si les tiroirs sont remplis de post-it multicolore et de tous autres matériels que son amant utilise à foison, même pour les plus petits dossiers. Il veut que le bureau de son compagnon brille de mille feux et ne manque de rien.
C'est une chose à faire dans ses appartements, note-t-il dans un coin de son esprit, Tout dépoussiérer, tout nettoyer, tout aérer, refaire les stocks de chocolat, s'assurer que le matériel est tout aussi intact que toujours utilisable. Peut-être que les humains ont du matériel et autre gadget plus performants. Il ira vérifier sous peu, une fois les fêtes passées. Valentine est toujours heureux et plein d'entrain pour tester de nouvelles choses en chocolateries.
Moins il y aura de chose à faire quand Valentine reviendra, plus ils pourront passer du temps ensemble, dans les bras l'un de l'autre. Juste eux, sans que la pale copie de la dernière fois, ne vienne troubler leur bonheur.
Queen s'affale sur le Belge sans prévenir. Le torse contre son dos, l'Alraune câline sans plus de cérémonie le terrible Basilic –sous les yeux à la fois médusés et teintés de jalousie de Gordon. Sylphide ne réagit pas aux caresses dans ses cheveux, les yeux glués sur le bureau vide.
_ Vous pensez qu'il reviendra quand ?
_ Il faut du temps pour qu'une âme se débarrasse des parasites. Je sais que c'est dur pour toi, mais prends bien compte qu'il vaut mieux qu'il prenne son temps, qu'il revienne comme on le connaît, que comme la dernière fois.
_ Valentine me manque.
_ Je sais. À nous aussi. Mais il va revenir, ne t'inquiète pas. Il revient toujours pour toi.
Queen embrasse la tempe de son collègue. Gordon en brise sa plume. L'Alraune lui tire la langue en signe de victoire.
_ Tu peux partir si tu veux. On se charge du reste pour la journée.
_ Non. J'ai besoin de m'occuper l'esprit.
Il a besoin de ne pas penser aux yeux vitreux de son compagnon.
XXIe siècle – 1er janvier 2000
Enfers
Minuit sonne.
Pour ce passage à un nouveau millénaire, il n'annonce ni le glas de l'humanité, ni la fin du monde.
Hadès et Perséphone ont permis une soirée de fête et de repos. Un moyen simple, mais efficace pour que tous les spectres se retrouvent, renouent quelques liens et qu'ils profitent d'un moment de familiarité avec les dieux, y compris avec les plus jeunes.
Mélinoé surveille l'enthousiasme de sa cadette comme le lait sur le feu. Elle l'accompagne faire le tour des Spectres. C'est avec un brin de tendresse, qu'elle observe Macaria déposer un baiser sur la joue de chacun. Poussé par l'enthousiasme de sa cadette, l'aînée se prête également au jeu –elle cherche aussi un Spectre du regard qu'elle ne trouve pas, à sa grande déception. Leurs protecteurs ne peuvent que s'en sorti bénit et charmé par ce simple geste.
Minos en profite pour rendre à sa nièce cadette, sa poupée réparée, encore plus belle qu'avant, fonctionnelle de nouveau et dont les marques de torture de la Dernière Guerre Sainte ont entièrement disparu. Il aurait pu le faire bien avant, mais il voulait que cette poupée soit aussi parfaite de que l'enfant et un symbole pour le nouveau siècle à venir. Macaria hurle sa joie, lui sautant à son cou, s'attirant les rires des autres spectateurs aux alentours.
Dans ce brouhaha infernal de confettis et cotillons, de rires et de cri de joie, le surplis de la Harpie disparaît de la salle où il est enfermé avec les autres. Sans un bruit, la Harpie survole les Enfers pour se poser à l'entrée. Si Charon l'aperçoit, il n'en dira pas un mot à ses confrères, encore moins à ses Maîtres. Il n'est pas payé pour ça après tout.
Son porteur tarde, mais elle est patiente. Et pour le protéger, elle sera la première à l'accueillir.
- To Be Continued -
Omake -Mélinoé n'a pas toujours été une petite déesse qui a tendance à mordre et manger les humains.
Mélinoé n'a pas toujours été aussi sèche dans ses propos. Disons que, comme les gamines humaines de son âge, la jeune déesse a une idole. Histoire de ne pas ternir son image –et surtout ne pas être charrié par sa mère et sa sœur- c'est une idole dont elle garde le secret.
C'est un Spectre. Un sacré phénomène d'ailleurs. Totalement insoumis à une quelconque autorité. Du jamais vu c'est ce que Mélinoé doit aimer chez lui. En plus de son physique très généreux, alors qu'il a une voix hautement désagréable. Enfin, Mélinoé ne peut dire s'il s'agit du timbre habituel, car elle ne l'a rencontré qu'une fois. Enfin, « rencontré » est un bien grand mot. Elle l'a observé derrière un rocher, à l'abri des regards.
Elle l'a vu du temps où la réincarnation humaine de son père s'occupait du Lost Canvas (une peinture magnifique où les tapisseries d'Athéna et d'Arachné font bien pâles figures si quelqu'un les met en comparaison.) et venait de finir les temples. La Guerre faisait rage à ce moment-là elle et Macaria avaient l'interdiction formelle de quitter les Enfers. Elles accompagnaient toujours les Spectres partant en mission jusqu'à la Porte des Enfers, mais peu revenait. C'était la période où les Chevaliers d'Athéna avaient forcé Oncle Hypnos et Oncle Thanathos à un long sommeil Macaria en était inconsolable. Autant dire que l'ambiance aux Enfers était insupportable. Même promener Cerbère ne ramenait pas le sourire à sa petite sœur.
Puis arriva le drame. Les derniers Spectres devraient se rendre sur le Lost Canvas et leur Père avait demandé à ses filles de rester à Elysion, par sécurité. Il ne leur avait accordé qu'une dernière promenade avec Cerbère dans tous les Enfers. Promenade durant laquelle Macaria perdit malencontreusement sa poupée fétiche, cadeau de son tendre Tonton Thanathos.
_ Reste au Mur des Lamentation avec Cerbère, je vais la chercher. Et on rentrera à Elysion qu'à ce moment-là, d'accord ?
Mélinoé profita de ce moment pour jouer à cache-cache avec les Spectres restants. Elle resta dans les ombres des Enfers, se glissant dans les quelques brèches dès que quelqu'un passait proche d'elle. Peut-être percevaient-ils tous sa présence, mais dans les dernières précipitations, personne ne releva son obstination à rester cacher.
Jusqu'à ce qu'elle pénètre la Seconde sphère.
_ Je ne comprends pas pourquoi tu me fais perdre mon temps en m'obligeant à t'accompagner.
_ Les Harpies sont tes protégés. Je vais les menacer, et ces menaces te concernent également. Alors autant que je fasse les discours à tout le monde, en même temps.
Bénou a rarement eut de porteur. Ce surplis solitaire inspiré une certaine terreur et ses rares porteurs ne sont jamais restés bien longtemps, vite consumés par les flammes noires du Surplis. Mélinoé le voyait pour la première fois porté et il était magnifique, sans agressivité d'aucune sorte pour son porteur. Un porteur tout aussi beau que son Surplis.
Obnubilé à scruter ce nouveau personnage, elle ne fit pas attention à l'agitation nouvelle parmi les harpies.
_ Personne ne touche à mes harpies.
_ Je n'ai jamais dit que je toucherai à tes harpies. J'ai dit que j'allais les menacer.
_ Grande différence.
Le Porteur de Bénou roule des yeux, avant de se tourner vers l'Assemblée.
_ Mon frère s'est suicidé. C'est un pêché. Son âme est dans cette forêt. Je n'aurais pas le temps de le retrouver. Et je ne fais pas confiance aux harpies. D'aucun sait qu'elles ont toujours faim.
Valentine n'a pas répliqué aux accusations, mais a continué à suivre son collègue un peu plus loin dans la forêt, à la rencontre de la Doyenne.
Mélinoé s'est trouvée forte attristée par ce récit. Que ferait-elle sans sa petite sœur ? Alors, toujours cachée, elle les a suivis. Le Spectacle lui plut.
De tout temps, seul Valentine trouva grâce aux yeux des harpies, pour porter le Surplis de l'Étoile Céleste de la Lamentation. Les autres Spectres passaient vite leur chemin, courbant l'échine pour éviter coups de becs et coups de serres. Les Juges et les Dieux sortaient bien sûr du lot pour leur puissance, tenant en respect toute attaque de volatile.
Parfois, c'était plaisant de voir un Spectre se faire courser par une harpie. Quelques gardes squelettes s'étaient même fait manger ! Les harpies sont des démons détestables et détestés, que tout le monde évite à bon entendeur.
Le Porteur du Bénou lui, affrontait sans sourciller du regard la Doyenne, venue se percher sur l'épaulette de Valentine. Il poussa l'affront jusqu'à déclencher un incendie noir en implosant son cosmos. Pour la toute première fois, Mélinoé vit les harpies effrayées par un autre Spectre que Valentine, au point qu'elles reculèrent de quelques serres et observèrent avec méfiance l'intrus menaçant.
_ Je suis Kagaho du Bénou, de l'Étoile Céleste de la Violence. Mon frère est une âme punie sous votre juridiction. Le Seigneur Hadès nous demande de protéger le Lost Canvas, et les Enfers seront sous votre juridiction. Si vous osez toucher à mon frère, j'vous bouffe. Et je commencerai par votre fabriquant de chocolat. Est-ce clair ?
Silence.
Mélinoé ne douta pas d'un seul mot de ce Spectre. Elle sut que Valentine pensait de même.
_ On ne peut plus clair.
Un dernier regard insistant vers la Doyenne, un second à Valentine, puis, sans un mot de plus, le Spectre du Bénou s'en est allé.
Mélinoé ne l'a vu qu'une fois. Et malgré tout, le voilà fait son idole. Droit et fier, honnête et juste. Elle avait fort hâte de le revoir à la fin de la Guerre, et si le sort ne lui serait pas favorable, elle espérait le revoir au siècle prochain.
La petite déesse voulait être comme lui et défendre sa sœur avec la même conviction. C'était décidé ! Personne ne toucherait à sa sœur, et personne ne lui ferait du mal !
_ Que faites-vous donc ici, Altesse ? s'inquiéta Valentine dès qu'il l'aperçut
_ Macaria a perdu sa poupée. Je la cherche. J'ai fait le chemin jusqu'ici, mais je ne l'ai toujours pas trouvé…
Valentine s'adressa à la Doyenne, d'un ton plus doux, leur demandant si par hasard, elles avaient trouvé une poupée de porcelaine. La femme oiseau piailla à l'assemblée de harpie, toujours effrayé par l'affront de l'autre Spectre. Elles lui répondirent sur un même chuintement et quelques battements d'ailes désolées.
_ Je suis navrée, gente Dame. Les harpies n'ont rien trouvées dans la forêt. Souhaitez-vous de l'aide dans votre recherche ? Nous irions plus vite à deux !
L'idée plut à la fillette. Autant que la perspective de protéger sa sœur de la même manière que le dénommé Kagaho. D'un pas guilleret, elle attrapa d'autorité la main de Valentine, un sourire ornant ses lèvres :
_ D'accord ! puis, d'une voix plus timide, elle poursuivit, Je peux avoir un peu de chocolat s'il te plait ?
Valentine ne lui refusa pas cette petite demande.
oOo
La poupée fut retrouvée au Tribunal, froid et vide de toute présence depuis longtemps. Assise droite sur le bureau de son Oncle Minos. Il sembla à la jeune déesse que le jouet la salua d'un signe de main, comme si son Oncle Juge, le premier à être parti, était revenu quelques secondes, juste pour lui dire au revoir. Mais ce n'était peut-être qu'une divagation d'un désir enfantin.
Elle protégerait sa sœur comme un dragon vieille sur son trésor. Et quand elle serait plus grande et plus forte, elle protégerait sa famille et les Spectres. Ainsi, quand ils partiraient, ils reviendraient. Tous. Sans exception.
Mélinoé s'en fit la promesse.
Licornes et paillettes pour tous
