Yuya parvint enfin à tarir ses larmes. Elle se sentait mieux maintenant, plus reposée, plus confiante. Elle avait décidé de continuer sa quête de la force. Et elle comptait bien se servir de Tori pour parvenir au bout de son objectif. Il allait l'entraîner, peu importe ce qu'il demanderait en échange, elle le lui donnerait. Mais elle avait besoin de lui. Perdue dans ses pensées, elle le remarqua tout de même qui sortait d'entre les arbres pour la rejoindre dans la petite clairière. Il paraissait pourtant hésitant, comme s'il ne savait pas s'il pouvait approcher la jeune femme. Mais bien sur, tout était calculé pour lui.
La femme a la chevelure de blé lui sourit en se levant et s'avança vers lui.
-Je suis désolée de m'être enfuie, Tori, ce n'était pas du tout de ta faute, ça m'a rappelé … des souvenirs. Je te suis reconnaissante d'être parti à ma recherche.
Il lui sourit également en retour, ne pouvant s'empêcher d'être attiré par la beauté innocente de cette femme.
-Ne t'inquiète pas. Je n'allais pas lâcher une femme d'une si grande valeur, rit-il doucement.
Yuya se demanda un moment s'il faisait référence à sa force ou à autre chose, mais fatiguée d'avoir pleuré, elle ne se posa pas la question longtemps et décida que c'était sûrement pour la première raison.
-A ce propos... J'aurais une faveur à te demander, si tu veux bien...
Elle hésita. Qu'allait-elle faire s'il refusait ? Mais elle prit son courage à deux mains, se disant qu'il avait l'air vaguement intéressé par elle, donc il n'aurait sûrement aucune raison de dire non. Elle continua en regardant l'homme qui se trouvait devant elle, curieux.
-J'aimerais que tu m'entraînes au maniement du sabre, ou plus précisément du poignard. Tu es extrêmement fort, et je suis sûr que si tu m'aides, je pourrais m'améliorer.
Tori était quelque peu surpris. Il ne s'attendait pas à ça. D'habitude, toutes les femmes qu'il rencontrait se pressaient autour de lui, lui demandant de passer la nuit avec elles. Mais Yuya était différente. Les plaisirs physiques ne l'intéressaient pas. Elle était concentrée sur son but et ne le lâchait pas des yeux. Il apprécia cette particularité, de plus, il dirait évidemment oui, puisqu'à terme, elle le conduirait vers Kyo aux yeux de démon.
-Avec plaisir, lui sourit-il. Je me ferai une joie de le faire ! Je te propose de commencer donc demain. Où habites-tu ?
-Oh, je loge dans l'auberge, la première de la ville. On se retrouve devant l'entrée, demain matin ?
-Ça me va. Eh bien, j'ai hâte ! A demain.
Il se retourna et prit le chemin de la ville. Un sourire de victoire se peignit sur son visage. Cette fille lui facilitait grandement les choses !
-Oh, euh, Tori ! Appela pour finir Yuya.
Ce dernier s'arrêta et la regarda.
-Merci, s'écria-t-elle inopinément avec son plus beau sourire. Merci beaucoup !
Bouleversé, il lui rendit son sourire distraitement et se dépêcha de retourner dans la ville. Qu'est ce qui lui avait pris de lui sourire comme ça ? Il se sentait bizarre... Sans qu'il ne s'en rendit compte, elle l'avait troublé avec son innocence et sa beauté naturelle. Elle était sûrement une des plus belles femmes qu'il avait eu l'occasion de voir. Il oublia pour un moment son intention de se servir d'elle pour atteindre Kyo et pensa qu'il aimerait ardemment posséder cette femme au charme renversant. Il aimerait voir ce qui se cachait sous ses vêtements, l'expression de son visage lorsqu'il l'embrasserait fougueusement, sentir la douceur de ses mains parcourant son corps... Il pensait à tout cela tandis qu'il entrait dans la ville, passant à côté de certaines filles de joie qui le pressèrent de les rejoindre, mais qu'il ne remarqua même pas. Il n'avait plus qu'une personne en tête.
Yuya, quand à elle, était toujours dans la clairière. Elle était heureuse qu'il ait accepté si facilement, et se réjouissait d'être demain matin. Finalement, cette journée était une bonne journée. Elle sourit en remontant le côté de sa jupe et en touchant le manche de son poignard distraitement. Tout à coup, la fatigue s'abattit sur elle, et elle se dit qu'elle ferait mieux de rentrer pour pouvoir être en forme pour demain. Oui, la journée avait été bonne, mais aussi pleine de rebondissements et donc exténuante. Elle prit le chemin de l'auberge d'un pas rapide et atteignit bientôt l'extérieur de la ville. Elle arrivait bientôt à destination, quand un homme lui barra le passage. Elle reconnut celui de ce matin qui l'avait touchée et qu'elle avait renvoyé sans ménagement. Sa joie disparut pour laisser la place à une colère froide. Elle était fatiguée, et tout ce qu'elle voulait à présent, c'était un bon lit. Elle n'appréciait pas qu'on la retienne plus longtemps de se reposer. Elle sortit doucement le poignard de sa cuisse droite et s'avança vers l'homme, qui apparemment n'était plus très sobre.
-Je croyais pourtant t'avoir dit de ne plus jamais reparaître devant moi, commença-t-elle froidement. Tu veux mourir ?
-Hic - tu crois pouvoir -hic – me mordre, petit chat ? - Hic – Je vais t'apprivoiser, tu vas voir, dit-il pitoyablement.
Yuya plissa les yeux de mépris. Que pouvait-il faire dans son état ? Il tenait à peine debout. Elle ne comprit pas quand il leva la main le plus haut possible, ce qui donnait un résultat assez pathétique alors qu'il tanguait en essayant de rester sur ses deux pieds. Mais au bout d'un moment, elle aperçut plusieurs silhouettes sortir de l'ombre des maisons et s'approcher vers elle. A ce moment là, tout devint clair. Cet ivrogne avait ramené quelques uns de ses amis pour la punir de s'être rebellé contre lui. Malgré leur nombre, elle en comptait six, mais il pouvait y en avoir plus, elle ne s'inquiéta pas. S'ils étaient les amis de l'alcolo, ils ne valaient sans doute pas grand chose. Et encore une fois, elle eut raison.
Un premier se jeta sur elle, un sabre dans les mains. Elle le para prestement de sa dague et sortit le second de son étui souplement, pour venir lui entailler la jambe dans une longue coupure profonde dont le sang commençait déjà à perler. L'homme ne soutint plus son poids sur sa jambe blessée et il s'écroula à terre, se tordant de douleur. Pendant qu'elle lui jetait un coup d'œil, un deuxième bandit s'approcha par derrière, espérant la surprendre. Mais il était trop bruyant, aussi se retourna-t-elle pour planter sa lame dans son ventre, l'enfonçant presque jusqu'à la garde. Il s'arrêta dans son élan à cause de la douleur. Un froid glacial lui traversait le corps, mais il ne se rendait sûrement pas compte qu'il était dû à la lame. Il croisa les yeux de la femme qu'il avait lourdement sous-estimé et s'aperçut qu'ils étaient d'une couleur étrange. Les orbes émeraudes s'étaient assombris pour devenir d'une couleur vert foncé tirant sur le noir. Une couleur profonde. Une couleur qui aspira l'âme de l'homme.
-On t'entends à des kilomètres à la ronde, murmura-t-elle à son oreille.
Et sur ces mots, elle retira son poignard du fourreau humain, laissant le corps tomber lourdement.
-Si vous êtes tous du même niveau, vous pouvez vite déguerpir, car vous ne m'arrivez pas à la cheville, cria-t-elle pour les autres.
Mais les quatre restants ricanèrent et deux d'entre eux coururent ensemble vers elle pour lui porter une attaque simultanée. Elle esquiva le sabre du premier et para le second. Elle se dégagea rapidement pour se reculer d'un pas, tandis que les deux hommes se rentraient presque dedans pour l'attaquer. Ils n'avaient jamais travaillé en équipe et la jeune femme doutait même qu'ils se connaissaient avant d'être embauché pour lui faire payer, leur association était donc laborieuse. Elle lança une jambe pour faucher un des deux, et tandis qu'il perdait l'équilibre, se rapprocha de l'autre, le frappa en dessous de menton de son coude, puis lui jeta un genou dans le ventre. Il s'écroula lui aussi, peinant à respirer, les coups ayant chassé l'air de ses poumons. Elle savait qu'il mettrait un certain temps à récupérer, aussi reporta-t-elle son attention sur le premier homme qui se relevait. Elle sourit, d'un sourire carnassier, et attendit qu'il vienne à elle. Ce qu'il fit sans attendre, levant le sabre bien haut dans l'intention de la trancher en deux. Yuya ne lui laissa pas le temps d'exécuter son action et avança d'un pas, recouvrant la distance entre eux, puis lui planta sauvagement un de ses poignards dans la cuisse, et fit valser l'autre pour qu'il lui entaille le ventre, juste en dessous des côtes.
Il ne lui en restait plus que deux, et sentit une goutte de sueur rouler sur son front. Elle était tout de même fatiguée après sa journée, alors elle ne voulait pas s'attarder ici. Elle fit en sorte de les envoyer rapidement au tapis, jouant de ses dagues et parfois de ses coudes et ses genoux. Ayant fini, elle essuya soigneusement ses lames sur les habits du dernier qui s'était effondré et se retourna brièvement pour observer son œuvre. Six hommes reposaient au sol, respirant difficilement, certains se tenant les cuisses ou le ventre, là ou le sang s'écoulait de leurs plaies suintantes. Malgré tout, elle n'avait tué aucun des hommes, ce qui relevait de l'exploit dans un combat comme celui-ci.
Elle observa quelques secondes l'ivrogne qui n'en croyait pas ses yeux et qui tomba ridiculement sur les fesses, sous le choc. Elle lui lança un sourire moqueur et se détourna en reprenant le chemin de l'auberge. Arrivée dans sa chambre, elle voulut mettre sa chemise de nuit et en se déshabillant, elle remarqua que ses habits noirs, surtout sa jupe, étaient pleins de sang. Elle soupira d'irritation. D'accord pour le combat, mais l'obliger en plus à aller laver ses vêtements alors qu'elle tombait de fatigue, c'en était trop ! Elle se demanda un moment si elle ne retournerait pas à l'endroit du carnage pour leur faire payer cela... Pourtant, elle était contente. Elle trouvait qu'elle avait fait un beau combat, même si les hommes étaient trop faibles à son goût. Elle s'améliorait, ce qui la ravit.
A des kilomètres de là, Kyo continuait de marcher à la recherche de sa précieuse planche à pain. Il en avait vraiment marre de marcher, mais il ne s'arrêterait que quand il l'aurait retrouvé. A cette pensée, il fit de plus grandes enjambées encore, désirant vivement la revoir au plus vite. Le chemin était long, mais ce qui l'attendait au bout en valait la peine...
