Bonjour ! (Ou bonsoir)

Je sais ce que vous vous dites.

"Cet auteur, qui dit ne pas vouloir avancer sur cette histoire, publie beaucoup de chapitres, quand même."

Ce n'est pas faux, mais celui-ci va aussi servir à une petite annonce, concernant 'Biohazard Chronicles'.

Les trois histoires 'principales', si je puis m'exprimer ainsi, seront les trois premières (donc celles que j'ai postées : 'Faculty Evil', 'For Mercenaries Sake' et 'Judgement of Sea') et une autre, dont je publierai bientôt le premier chapitre (oui oui). Je veux dire 'principales' car ce seront les plus longues, autant dans la longueur des chapitres que dans leur nombre. Je prévois entre six et huit gros chapitres pour chacune d'entre elles.

Les suivantes, quant à elles, seront plus courtes. Je ne sais pas encore combien il y en aura (pour l'instant, j'en ai prévu quatre, la suivante comprise. Les chapitres seront un petit chouïa plus longs que ceux de Cocode, et il y en aura maximum six.

Voilà voilà, bonne lecture ^^


Synopsis : Chris n'a pas toujours été le soldat de génie que tout le monde connait, non non. Voyez comment il a commencé !


En tant qu'employé de bureau sur le retour, ce n'était pas rare que je rentre tard chez moi. Je bossais à l'armée, mais je n'avais pas encore la prétention de pouvoir un jour entrer dans des rangs plus officiels. "On a tous commencé comme ça", me répétait mon ami Albert, qui lui était gradé depuis plus de deux ans. Mais plus le temps passait, plus j'avais l'impression de voir passer les promotions en boucle sous mon nez, et ce malgré le soutien de mon militaire préféré.

L'hiver était de loin la saison que je méprisais le plus. Sauf quand il neigeait, mais ça n'arrivait pas souvent. Les autres points négatifs étaient ceux qui revenaient le plus souvent : absence de collègues, donc plus de travail pour ma poire, le climat froid même dans les bureaux, et la nuit noire quand je rentre chez moi vers huit heures.

Jusqu'à un soir en particulier, le treize décembre, où ma vie a changé. En quelque sorte.

Je rentrai du boulot, comme d'habitude, et il faisais noir, comme d'habitude aussi. Cependant, pour une raison que j'ignorais, les éclairages publics faiblissaient. J'aurais pu me dire que c'était une coïncidence, mais c'était trop linéaire, trop simultané, pour en être une. Quelqu'un jouait volontairement avec les éclairages. Au final, ils s'éteignirent tous, sauf certains, comme si… Comme si quelqu'un m'indiquait un chemin. Je serrait l'anse de mon sac en bandoulière et je suivis les indices, paré à toute éventualité.

Au final, j'arrivai dans une ruelle sombre, surtout comparée à l'excès de lumière auquel j'avais eu droit un peu plus tôt. J'entendais des bruits de combat, alors j'accélérai. Dans un coin un tout petit peu plus clair, je voyais un jeune garçon, avec le visage déjà bien marqué, comme cerné par deux autres individus, et un rapide coup d'œil autour de la scène me permit de voir qu'il y avait déjà deux jeunes gens par terre. Celui du milieu tourna la tête vers moi, avec une expression étonnée, et il profita du fait que ses adversaires étaient tournés vers moi pour les mettre à terre à leur tour. L'un d'eux fut frappé tellement fort qu'il atterrit à mes pieds.

Celui qui était encore debout posa un genou à terre, en se tenant le bras gauche avec son bras libre. Ce ne fut que lorsque je m'approchai que je pus mieux constater la teneur des blessures du jeune homme. Il avait deux bleus sur le visage, un filet de sang coulait de chaque côté de sa bouche, et il avait des entailles, probablement des coups de couteau, au niveau de ses côtes - une à droite et deux à gauche. Il avait aussi des bleus au niveau des phalanges, sans doute après avoir frappé ses opposants à plusieurs reprises. Je fus assez impressionné, il faut le dire, par l'ardeur que ce jeune homme avait à se défendre. Comme s'il avait entendu mes pensées, il releva le regard vers moi.

-Qu'est-ce que vous foutez là ? me demanda-t-il

-Les lampadaires m'ont conduit ici, admis-je.

-Les lampadaires, hein ? répéta-t-il

Je ne compris pas le ton avec lequel il avait pris mon information, mais une chose est sûre, c'était qu'il ne semblait pas du tout étonné par ce que je venais de lui dire.

-Ouais. Vous allez bien ? repris-je en lui tendant la main

-Ça va, dit-il en refusant mon aide, mettant une petite tape dans ma main

Il se releva presque d'un bond, et ramassa son sac qui était un peu plus loin derrière une poubelle. Malgré ses blessures, sa démarche était assurée, et je remarquai aussi qu'il avait un uniforme scolaire. Un rapide coup d'œil aux autres me confirma qu'ils avaient le même. 'Un règlement de compte', compris-je. Je me sentais un peu coupable de ne pas avoir eu le temps d'intervenir, mais apparemment, le jeune combattant n'en avait pas eu besoin.

Comme j'étais dans mes pensées, je faillis ne pas le voir passer à côté de moi pour sortir de la ruelle. Je le rappelai vaguement, et il s'arrêta en tournant à peine la tête vers moi, le regard las.

-Vous devriez quand même aller…

-Pas question d'aller chez le médecin, me coupa-t-il. Je vais bien. Et merci de votre aide, au fait.

-Laissez-moi au moins vous raccompagner, dis-je en le rattrapant

-Si vous voulez, soupira-t-il. Mais je vous préviens que je suis encore en état de tabasser quelqu'un.

J'eus une sorte de rire gêné et nerveux, mais quelque part, son ardeur me plaisait assez. Du coup, je me sentis comme obligé de faire la conversation avec lui. Ma dernière relation date d'assez longtemps, et j'avais un bon pressentiment concernant ce jeune homme. Je me mis à marcher à côté de lui, sans savoir où j'allais. Dans les deux sens du terme.

-Je m'appelle Chris Redfield, tentai-je avec une intonation et un sourire avenant

Il tourna la tête vers moi, en me lançant un regard que je ne compris pas, et regarda de nouveau devant lui avant de reprendre la parole.

-Piers, dit-il simplement

-Vous habitez loin d'ici, Piers ? demandai-je finalement

-Non. Juste de l'autre côté de ce pâté de maison, me dit-il en me le montrant. Je fais partie de ces privilégiés qui habitent près de leur lieu de travail.

-Vous ne semblez pas avoir l'âge de travailler, notai-je

-Je suis en apprentissage en pharmacie, d'où l'uniforme. Là, j'étais en cours, mais l'école non plus n'est pas loin de chez moi.

-Et pourquoi ces gens vous en voulaient ? Si ce n'est pas trop indiscret.

-C'est indiscret, dit-il, soudain plus sec, en me regardant cette fois. Nous n'avons pas élevé les porcs ensemble, Chris.

Je fus un peu intrigué par ce changement de ton, mais je le comprenais, dans une certaine mesure. Il se trouvait que j'avais envie de connaître Piers, mais rien ne me disait que cette envie était réciproque. Là, il venait de me le confirmer. Je ne pouvais pas lui en vouloir.

-Désolé, dis-je. Je n'insisterai pas.

Piers détourna de nouveau le regard, et changea encore de ton, pour un plus conciliant.

-Il n'y a pas de mal. Je m'excuse aussi d'être aussi crû, aujourd'hui a été une journée assez merdique. Je n'ai aucune raison de me déchaîner sur vous. Surtout que vous m'avez aidé, en un sens.

-Comment ça ?

-J'aurais pu m'en sortir tout seul, mais votre arrivée a simplifié les choses. Et nous sommes arrivés chez moi, dit-il en s'arrêtant de marcher

Je relevai le regard vers la grande maison devant laquelle nous étions stationnés. On aurait dit une maison de riches quelconques, qui n'avait rien à faire dans mon petit quartier modeste. Il avisa mon air intrigué, et il eut une sorte de rire nerveux.

-Oui, je sais, dit-il. Ma baraque fait toujours cette effet là. Je ne suis pas un gros bourge, si c'est ce que vous vous demandez, ajouta-t-il alors que j'ouvrais la bouche

-Je suppose que ça aussi c'est indiscret ? lâchai-je

-Pas vraiment. Mais c'est une histoire que je vous raconterai une autre fois.

-Une autre fois ? répétai-je

-C'est ça. Je suis sûr qu'on se reverra.

Piers me tapota le bras et entra dans sa maison, avant que je ne réagisse. Je réussis à me remettre de mon bug système, et je me secouai, pour constater que le temps s'était encore assombri. Alors que je m'éloignais de la maison de Piers, un éclair passa, et je me retournai pour voir Piers à une fenêtre. Il semblait me regarder. Avec l'éclair, ça me donna des frissons inexplicables. 'On se reverra '. Ses mots résonnèrent dans ma tête pendant jusqu'à ce que je rentre chez moi.

Le lendemain, eh bien… Je pense que je n'ai jamais été aussi éparpillé au boulot de ma vie. Ou plutôt depuis trois ans que je bosse dans ce service. J'ai renversé du café sur la pauvre petite Rebecca à l'accueil, j'ai failli rentrer dans plusieurs collègues dans les couloirs, sans oublier la vingtaine de photocopies que j'ai faites, alors que Barry ne m'en avait demandé que trois. D'ailleurs, les rumeurs vont très vite au boulot, ce qui fait qu'Albert m'a tout de suite interrogé à la pause du midi, qui était le seul moment où je le voyais.

-Qu'est-ce qui se passe, Chris ?

-Rien, mentis-je

-Tu n'as jamais fait autant de conneries en une matinée. Crache le morceau.

-Il n'y a rien, Al, lui répondis-je sans le regarder

-Tu veux vraiment que je te menace ?

Je poussai un soupir, et je finis par lui raconter ce qui s'était passé le soir précédent.

-C'est ça qui te travaille autant ? demanda Albert d'un ton incrédule

-Tu ne me crois pas ?

-Si, je te crois. Tu n'as jamais été très imaginatif, je ne pense pas que tu aies pu inventer ça. Ce qui m'intrigue, c'est que ça te fasse cet effet là.

-Tu as craqué pour ce jeune homme, c'est ça ? dit Jill d'un ton innocent en s'asseyant à côté de moi

Je tournai ma tête brutalement vers elle, carrément surpris par son affirmation. Car oui, malgré les intonations de sa phrase, ce n'était pas une question qu'elle venait de me poser.

-Qu'est-ce que tu vas imaginer ? dis-je, un peu outré

-Tu lis trop de mangas yaoi, Jill, dit Barry avec son rire de gros beauf en s'asseyant à côté d'Albert

-C'est scientifique, se défendit Jill. C'est comme ça que ça commence.

-On sait tous ce que valent tes informations, Valentine, dit Albert

-Bouffe donc tes lunettes de soleil et étouffe-toi avec, Wesker, répliqua Jill d'un ton remonté. Tu n'as pas de cœur, tu ne peux pas comprendre.

-Bien entendu.

Je ne sus ce qui me fit le plus tiquer entre le ton de Jill qui disait à Albert de manger ses lunettes et le fait qu'elle le traite de sans cœur. Il était toujours adorable avec moi, même s'il avait sa manière bien à lui d'exprimer ses sentiments. D'un autre côté, il y a toujours un côté amusant dans les petites querelles entre Jill et Albert. Peu importe les piques et les insultes surréalistes que Jill envoyait à mon meilleur ami, celui-ci restait d'un stoïcisme implacable. C'était une des grandes qualités qui l'avaient fait monter en grade assez vite, sûrement.

-Il suffit un peu, tous les deux, dit soudain Barry. On a un autre problème, là.

-Merci, dis-je

-Alors, tu le kiffes ou pas ? s'esclaffa-t-il

-Sais-tu au moins de qui on parle ? demanda Albert, toujours sans perdre son calme

-Non. Je peux avoir un débriefing ?

Jill et Albert racontèrent en stéréo ce que je venais de dire, concernant ma rencontre avec Piers, chacun des deux ajoutant des détails que je n'avais pas explicité de la même façon qu'eux. Barry opinait de temps en temps pendant le récit, avant d'en arriver à une conclusion.

-Tu as eu un coup de foudre pour un gamin ? déclara-t-il

Là encore, ce n'était pas une question. Cependant, je relevai le jeu de mot.

-Mais non, soupirai-je

-Et ça semble réciproque, en plus, renchérit Jill. 'Je suis sûr qu'on se reverra'. Si ce n'est pas un rendez-vous ça, mon mignon.

-M'ouais, dis-je, pas du tout convaincu

Étonnamment, tout le monde fit silence à ce moment là pour se mettre à manger. Mais au fond… Est-ce que Jill avait raison ? Est-ce que la dernière phrase de Piers était un rendez-vous ? Moi aussi, j'avais envie de le revoir, au fond. Même pas au fond, d'ailleurs, j'en avais envie. Je ne pensais pas avoir 'craqué', je ne croyais pas au coup de foudre. Il était cependant indéniable que je ressentais une certaine attraction pour lui, Je supposai que j'en aurais le cœur net quand je le reverrai.

La suite de la journée alla un peu mieux, en un sens. J'arrivai à penser à autre chose, sans pouvoir m'empêcher d'avoir quelques envolées lyriques par rapport au fait que Piers voulait, peut-être malgré lui, qu'on se voie encore. Ce qui fit que la fin de la journée ariva beaucoup plus vite que je ne l'avais d'abord pensé. En rentrant chez moi, je pris exactement le même chemin que le soir précédent, en espérant presque que Piers soit encore en train de se battre dans une ruelle, ironiquement, mais rien. Le quartier était aussi calme et monotone que les autres soirs d'hiver jusqu'à maintenant. Je ralentis même devant sa maison, des fois qu'il soit dans le coin, mais rien. Encore. Ce n'était qu'une question de temps, sans doute. Du moins, je voulais m'en convaincre.

Une fois chez moi, j'allumai les lumières, comme d'habitude, pour enlever ma veste et larguer mon sac dans un coin de l'entrée, mais le poltergeist du soir précédent se mit à sévir dans ma maison. Toutes les lumières s'éteignirent, sauf celle de l'escalier qui menait au premier étage. Toujours aussi intrigué, je montai donc l'escalier, en me demandant ce que j'allais trouver là-haut. Une fois monté, la lumière de l'escalier s'éteignit, et celle de ma chambre s'alluma. Dès que j'y entrai, la lumière de ma chambre s'éteignit de nouveau, ainsi que celles dans la rue, et je vis à peine quelqu'un assis sur la chaise de mon bureau, éclairé par la lumière de la lune. La personne parla avant que je n'ouvre la bouche pour poser la moindre question.

-Bonsoir Chris, dit une voix manifestement féminine

-Qui êtes-vous ? dis-je, sur le qui-vive

-Peu importe qui je suis. Je ne suis pas là pour ça, et je n'ai pas beaucoup de temps, alors écoutez-moi bien.

-Soit, dis-je en opinant. Je vous écoute.

-Je voulais d'abord vous remercier d'avoir aidé Piers hier soir.

-Les lumières, c'était vous, compris-je

-C'est ça. Il n'aurait jamais accepté mon aide si j'étais venue en personne, alors j'ai pensé que si quelqu'un passait "par hasard", ce serait plus approprié. Vous avez été là au bon endroit au bon moment. Ou au mauvais, selon les points de vue.

Maintenant que mes yeux s'étaient habitués à l'obscurité, je m'étais dit que je pourrais peut-être voir mon invtée. Mais non. Elle était dans un coin de la chambre, le coin le plus sombre, et je voyais seulement qu'elle était assis les jambes croisées l'une sur l'autre, et qu'elle avait un pantalon et des bottes à talon sombres - noir ou marron, pour le voyage nocturne sans doute. Je plissai un peu les yeux pour voir qu'elle portait une sorte de manteau large, dont la capuche descendait jusqu'à son nez. Je ne pouvais évidemment pas voir son expression, mais je me demandai quand même pourquoi tout ce mystère.

-C'était un plaisir, dis-je un peu de mauvais grâce.

Cela fit rire mon interlocutrice, qui reprit la parole peu après d'un ton très sérieux.

-Vous nous avez aidés, et je vous en suis reconnaissante. Piers aussi, même s'il refuse de l'admettre. Mais si vous êtes intelligent, vous nous éviterez à l'avenir.

-Comment ça ? dis-je, carrément étonné

-Pensez-vous sincèrement que ce qui est arrivé hier soir était inhabituel ? Que ce n'était jamais arrivé avant, et que ça n'arrivera plus ? Si oui, vous vous trompez. C'est pour ça que vous nous éviterez.

-Je ne sais même pas qui vous êtes, notai-je

-Et vous ne devez pas le savoir. Sinon vous serez en danger. Piers le sait aussi.

En disant ça, elle m'a rappelé quelque chose. Quand Piers s'était présenté, après que je l'ai fait, il semblait avoir hésité à dire son prénom, et il n'avait pas dit son nom de famille. Sur le coup, j'ai pensé qu'il était timide, ou pas très sociable au premier abord, mais en fait, il voulais me protéger. Dans ce cas, pourquoi a-t-il affirmé ensuite qu'il aimerait me revoir ? La réponse mit du temps avant de me venir.

-Je vourrais vous aider, déclarai-je

-C'est gentil de votre part, mais je refuse que quelqu'un d'autre se mette en danger pour nous.

-Si vous m'expliquiez, peut-être que…

-Non Chris, me coupa-t-elle d'un ton sec qui m'était familier. Cette conversation est terminée. Prenez soin de vous.

Avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, la femme mystérieuse se leva d'un bond et sauta par la fenêtre entrouverte. Je me précipitai pour voir si elle ne s'était pas éclatée sur le bitume, bien que j'en doute fortement, et, en effet, ce n'était pas le cas. Quand je relevai le regard, je la vis filer à toute vitesse, emportée par une sorte de grappin, avant de disparaître derrière un bâtiment, alors que les éclairages publics et les lumières de ma maison se rallumaient. Je fermai la fenêtre de ma chambre en grelottant, en me disant que je raconterais sans doute à mes collègues que j'avais parlé à la fille cachée de Batman et Catwoman. Je souriai déjà intérieurement en imaginant leur tête, tout en étant incapable de m'enlever les sous-entendus de la dite fille illégitime de la tête.

Le lendemain matin, au boulot, j'étais de nouveau éparpillé. Ce qui fit que l'interrogatoire reprit le midi même. Détail qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille tout de suite : Albert n'était pas là. ce qui fit que personne n'était là pour refréner les instincts de commère de Jill. Barry, lui, participait encore avec un enthousiasme presque pas dissimulé.

-Alors mon petit ? lança Jill d'un ton entreprenant en s'asseyant à côté de moi. Encore en train de penser à ton futur petit-ami ?

-Mais non, dis-je

-Alors pourquoi tu te remets à faire n'importe quoi ? demanda Barry en s'asseyant en face de moi

Je leur expliquai avec une facilité déconcertante ce qui était arrivé le soir précédent, et, comme je m'y attendais, Jill eut un rire incrédule et Barry un rire franc, à cause de ma comparaison avec deux fameux anti-héros de comics.

-Donc cette fille aurait un lien avec Piers, conclut Jill. Cette histoire est décidément très étrange.

-Ouais, je le pense aussi, admis-je

-Peut-être que ce sont des sortes de mafieux, et qu'ils ne veulent pas que tu mouilles dans leur business douteux ? tenta Barry

-Dit comme ça, concédai-je en me souvenant des paroles ma visiteuse nocturne

-Le mieux, ce serait que tu retrouves Piers et que tu lui tires les vers du nez, dit Jill d'un ton décidé

J'y réfléchis deux secondes. Si ce qui semblait être au moins son associée ne voulait pas me parler de ce qui n'allait pas, qu'est-ce qui me prouvait que Piers se délierait la langue ? Toutefois, c'était sûr que je voulais savoir ce qui se passait. En grande partie parce que j'avais une certaine curiosité et que je voulais tirer ça au clair, et en plus petite partie, non négligeable quand même, parce que je voulais revoir Piers.

-Le problème, c'est que je n'ai aucun indice sur comment…

-Chris !

Jill, Barry et moi nous tournâmes en même temps sur la personne qui venait de m'appeler. C'était Rebecca, la stagiaire de l'accueil, qui venait vers nous avec une démarche maladroite et un peu précipitée.

-Qu'est-ce qu'il y a Rebecca ? lui dis-je

-Quelqu'un veut te voir à l'accueil, déclara-t-elle d'un ton que je ne compris pas

-Tiens, je me demande bien qui c'est, dit Barry, plus qu'ironique

Alors que Jill se mit à rire aussi, je me levai de la table d'un bond, piqué par les sous-entendus de Barry, et je suivis Rebecca jusqu'à l'entrée du bâtiment. Comme je l'espérais, au fond, c'était bel et bien Piers qui était en face du comptoir, les mains dans la poche d'une grande blouse blanche. Il m'avait parlé de son apprentissage en pharmacie, alors ça ne m'étonna pas vraiment. Ce qui m'étonna, en revanche, c'est le petit sourire qu'il m'adressa lorsqu'il me vit arriver, alors que Rebecca reprenait sa place à l'accueil. Il s'approcha de moi avant même que je ne le rejoigne.

-Bonjour Chris, me dit-il d'un ton qui me semblait courtois

-Bonjour Piers, répondis-je, sans trop savoir quoi penser. Que puis-je pour vous ?

-Peut-on aller parler ailleurs ?

Je ne sus pourquoi, mais je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils. Je tournai malgré moi mon regard vers Rebecca, qui me regarda en haussant les épaules.

-Si vous voulez, dis-je finalement. Mais je suis en pause.

-Moi aussi. Vous pensez bien que je ne m'habille pas tout le temps comme ça, dit Piers avec un petit rire caustique. Nous n'en aurons pas pour longtemps, ne vous en faites pas.

J'acquiesçai vaguement, n'étant pas du tout sûr, sur le coup, et Piers me fit le signe de le suivre. Nous sortîmes non loin du bâtiment où je travaillais, et, voyant que je le suivais un peu en traînant les pieds, involontairement bien sûr, il ralentit la marche pour se mettre à ma hauteur.

-Vous voyez ? C'est là que je travaille, me dit-il en me montrant le grand bâtiment en face de l'hôtel de ville. Ce n'est vraiment pas loin, hein ?

-En effet, dis-je d'un ton que j'entendais comme neutre

Quelques minutes plus tard, je remarquai que nous étions dans la même ruelle que là où nous nous sommes rencontrés deux soirs auparavant. Il y avait même quelques traces de sang des agresseurs par terre. Je plissai les yeux pour regarder Piers sous toutes les coutures. Il était assez habillé pour que je ne puisse pas voir si ses blessures étaient guéries. En tous cas, il était assez guéri pour marcher sans rien laisser paraître.

-Pourquoi ce revirement ? laissai-je finalement échapper

Piers fit une tête franchement surprise. Puis, alors que j'allais ouvrir la bouche pour justifier ma question, parce qu'il était évident qu'il était aussi désarçonné par ma réaction que moi par la sienne, il le fit avant moi.

-Vous avez reçu une visite hier ? me demanda-t-il d'un ton suspicieux

-Oui, dis-je simplement. C'est pour ça que votre attitude me surprend.

-Sachez que je partage pas les points de vue de ma… collègue. Enfin, je suis d'accord avec elle jusqu'à un certain point, mais je suis prêt à prendre le risque de continuer de vous voir si vous vous êtes prêt à le prendre aussi. Est-ce le cas ?

En gros, il me disait que lui aussi aimerait être mon ami, mais qu'il savait, comme sa 'collègue', que ce serait dangereux. En gros, c'était la question fatidique : à quel point suis-je attaché à Piers ? Ou plutôt à quel point voulais-je être attaché à lui ? Est-ce que j'étais prêt à me mettre en danger pour continuer à le fréquenter ? Honnêtement, je n'en savais rien. Au lieu de lui répondre, je posai une autre question.

-Quel type de risque y aurait-il à ce qu'on continue de se voir ? Vous pourriez m'expliquer, non ?

Au lieu de me répondre, Piers tourna le regard au loin, en remettant, presque nerveusement, ses mains dans ses poches. J'attendis un peu, des fois que la réponse soit juste longue à venir, parce qu'il hésitait encore à me dire des choses, ce que je pouvais comprendre. Il finit par se retourner vers moi deux bonnes minutes plus tard, une fois qu'il eut fini de peser le pour et le contre. Du moins, c'est ce que je pensais.

-Je ne peux pas vous donner les détails, mais… Pour faire simple, c'est un événement de mon passé, dont je ne suis pas vraiment fier, qui me poursuit. Non seulement je me sens quotidiennement en danger, mais les personnes que je fréquente courent elles aussi un risque, de par le fait.

-Donc, tous ces gens l'autre soir…

-Oui. Ils me voulaient du mal à cause de ce détail, sans prendre en compte la personne que je suis maintenant. Et, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu l'intuition que vous, vous ne me jugeriez pas.

Je ne saurais pas trop dire l'émotion que j'entendis dans la dernière phrase de Piers. C'était un mélange étrange entre de la reconnaissance et… autre chose. Ça m'a un peu flatté.

-Ce n'est pas mon genre, confirmai-je. Donc, vous ne voulez pas me le dire, ce détail ?

-Non. Quand je vous connaîtrai mieux, peut-être, me dit Piers avec un petit sourire

Je ne me forçai même pas à lui sourire aussi, et je lui tendis la main.

-Alors ? Amis ? lançai-je

Piers regarda ma main pendant quelques secondes, et finit par la serrer. Là encore, je sentis une émotion particulière. Ce pauvre gosse ne devait pas avoir eu d'amis, ou très peu, à cause d'un seul foutu détail. Ça me faisait vraiment plaisir de lui rendre ce service, en quelque sorte, tout en était incapable de nier que, moi aussi, je me sentais étrangement attiré par lui.

-Ouais, dit-il finalement, toujours en souriant. Amis.


Voilà. J'espère que ça vous a plu ^^

Cette histoire à ce petit truc particulier, qui fait que je ne sais pas encore s'il y aura de la romance x)

Non, je déconne. Je sais exactement ce qui va se passer, comme d'habitude ^^ En gros, je ne l'envisage pas pour l'instant, ce qui est extrêmement dur après dix mois et demi de Cocode à fantasmer dessus (XD), mais je vous ferai peut-être la surprise ! En tous cas, ce n'est pas prévu ^^