La porte s'ouvrit sur une pièce construite toute en pierre et faiblement éclairée par des vasques d'où brûlait un feu de couleur verte. Des bocaux d'animaux en tout genre flottant dans du formol recouvraient les murs et il y avait dans l'air une odeur de cuivre et de métal fondu. Les Serdaigles étaient sagement assis devant leur chaudron. William croisa le regard d'Everitt McTighe, en binôme avec Melice Brewster.

— Vous sortez d'où exactement ? Un placard à balais ? se moqua leur professeur de potions.

La classe pouffa à sa remarque et William se gratta le cuir chevelu pour en retirer la poussière. Querida Quencholedge était une sorcière caustique de la soixantaine, comme en témoignait ses cheveux blancs et son visage aux traits tirés.

— Peeves nous a embusqués au premier étage, expliqua James.

— Et puis-je savoir ce que vous faisiez au premier étage alors que vous sortiez normalement de déjeuner de la Grande Salle ? N'allez pas me dire qu'au bout de sept ans, le fait que les cours de potions ont lieu aux cachots n'a toujours pas atteint votre épaisse boîte crânienne ?

James ouvrit la bouche puis la referma à deux reprises.

— Ce n'est pas grave, Mr. Potter. A vrai dire, vous tombez à pic. Je me demandais à quelle maison j'allais enlever des points en premier. Visiblement Gryffondor n'est toujours pas résolu à surveiller ses manières. Si vous mettiez autant d'énergie dans votre travail que dans votre volonté de battre Serpentard au Quidditch, alors peut-être que vous arriveriez à finir l'année avec un sablier positif. Peut-être.

— Si Serpentard n'était pas autant occupé à conserver la coupe de Quidditch, singea Dirk Crossby, alors peut-être qu'ils détrôneraient enfin Poufsouffle au classement. Peut-être.

Quelques Gryffondors saluèrent son culot avant que Mrs. Quencholedge ne les fasse taire. C'était sans doute la plus compétitive de tous les professeurs. Directrice de la maison de Serpentard, elle était toujours fière de rappeler à ses collègues que sa maison détenait la coupe de Quidditch depuis huit années consécutives. A l'inverse, elle entretenait une vive rancune avec Poufsouffle qui remportait toujours la coupe des Quatre Maisons. Elle était alors capable de se monter tellement amère que plusieurs Poufsouffles étaient sortis de sa classe en pleurant.

Son favoritisme profitait beaucoup trop aux Serpentards, qui lui vouaient d'ailleurs une grande admiration. Elle savait cependant reconnaître les talents de Calixte Pandlebee, présidente du club de potions mais qui, à son plus grand regret, était à Serdaigle. Celle-ci était comme à son habitude, installée au premier rang et elle les détaillait d'un regard réprobateur.

— Dix points en moins pour Gryffondor, somma leur professeur de potion. Chacun.

De vagues murmures de protestations parcoururent la salle alors qu'ils s'installaient. William retira son sac de l'épaule en se frayant un chemin parmi les chaudrons. Dominique prit place à côté de James et Dirk se jeta sur celle à côté de Gayle, lui adressant un sourire goguenard. Il s'arrêta net.

— Vous n'avez qu'à vous asseoir avec Miss Fuss, Mr. Allen. Connaissant son niveau en potions, elle appréciera grandement votre aide, lança Quencholedge dans une nouvelle pique.

William rejoignit le chaudron du fond où Philemone Fuss semblait se terrer. Elle lui adressa un petit sourire gêné lorsqu'il sortit ses affaires.

— Comme j'étais en train de le dire, reprit leur professeur en jetant un regard mauvais à James, cette année est d'une importance cruciale. Vous passez vos ASPIC dans à peine dix mois. Mais que les choses soient claires, je vise beaucoup plus haut.

Elle prit le temps de les détailler, profitant de son autorité avant de poursuivre :

— La dernière année de votre cursus est consacrée à l'étude des potions les plus intéressantes. Mais ne vous y trompez pas, ce sont aussi les plus difficiles. Nous aurons l'occasion de préparer du Véritasérum, plusieurs poisons, une potion d'œil Vif et une décoction d'insouciance. Je vous apprendrai tout même à préparer les barbantes potions types sur lesquelles vous serez interrogés tels que le Breuvage de Courage, une potion pare-feu, l'accélérateur de créativité, le sérum Supersensoriel et le très délicat philtre de Terreur, avant de nous pencher sur le sujet des potions médicinales avec la préparation de la Pimentine et de plusieurs autres onguents comme le Baume d'asclépiade tubéreuse. Alors commençons sans plus attendre.

William ouvrit son manuel au chapitre des potions pare-feu. Quencholedge rajoutait tellement d'indications à celles de leur livre que celui-ci ne lui fut bientôt plus d'aucune utilité. Après une heure de prise de notes, ils passèrent enfin à la pratique. Philemone se chargea de peser exactement cinq grammes de cendres de chêne-liège pendant qu'il coupait délicatement des champignons explosifs.

Il entendit alors quelqu'un étouffer un rire et William jeta un coup œil à James. Celui-ci se penchait vers la rangée de gauche pour chuchoter au binôme de Dirk et Gayle de passer directement à l'étape cinq après avoir ajouté les champignons. Il baissa les yeux vers ses lamelles de champignons explosifs, ne parvenant pas à refréner son sentiment d'exclusion.

— Euh… Will, hésita Philemone en l'arrachant à ses pensées.

— Quoi ?

Elle jeta un coup d'œil à son chaudron. Le liquide à l'intérieur était devenu aussi visqueux que de la Jelly.

— Qu'est-ce que tu as ajouté ?

— Rien… rien du tout, se défendit Philemone. Enfin… seulement les cinq grammes de chêne-liège…

Il se saisit du bocal de poudre sur un coin de leur paillasse et le retourna. Il y était inscrit « Veracrasses séchées ».

— Oh… je suis désolé ! Je… pourtant j'ai bien vérifié avant de peser…

Le rire de Dirk attira son attention. D'ordinaire, il était amusant de se moquer de Philemone Fuss en échangeant ses ingrédients. C'était sûrement à cause de leurs farces plutôt que de son niveau en potions que Quencholedge la considérait définitivement comme le cancre de la classe. Mais à présent qu'il était en binôme avec elle, William trouva cette blague nettement moins drôle.

Philemone frappa sa main contre son front dans un geste désespéré. Elle avait le teint hâlé et une coupe à la garçonne qui mettait en évidence les traits fins de son visage.

— Excuse-moi, Will, geignit-elle.

Il pencha le nez vers le chaudron et inspira une odeur encore plus désagréable que les Dragées surprises au goût vomi.

— Je suis tellement nulle en potion que plus personne ne veut se mettre en binôme avec moi…

William suivit des yeux leur professeur, sans prêter attention aux états d'âme de sa camarade. Quencholedge était en train de réprimander un Serdaigle qui avait coupé peu soigneusement ses champignons. Aussitôt, il plongea la main dans le chaudron de Philemone, en sortit une motte visqueuse et puante qu'il lança avec force dans le dos de Dirk Crossby.

Celui-ci se retourna immédiatement. Ses petits yeux noirs brillaient d'une lueur agressive qui rappelait à William les têtes de cochons dans la boucherie de Mr. Thompson. Il réalisa alors qu'il n'avait plus repensé à Oliver de la journée. C'était peut-être mieux comme cela.

— Occupes-toi de ton propre chaudron, lâcha-t-il à son camarade.

Dirk serra les dents, cherchant quelque chose à lui répondre. Comme rien ne lui vint, il lui adressa un signe grossier avant de lui tourner le dos. Il pouvait être un bon ami lorsqu'il s'agissait de faire des farces, de raconter des blagues crapuleuses ou de comparer la taille de leurs organes, mais quand il fallait faire preuve d'un peu plus de jugeote, Dirk Crossby se révélait alors être le pire des imbéciles.

— Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? se désola sa binôme.

— Tu n'as qu'à séparer les pétales et les pistils de trois asphodèles et doser la salive de Licheur. Je recommencerai la préparation.

William remonta ses manches et récura le liquide visqueux du chaudron en un coup de baguette. Il pouvait y arriver, se motiva-t-il. Il était l'un des rares à avoir obtenu un Optimal en potions lors de ses BUSE. Il n'était cependant pas aussi doué que Calixte Pandlebee, la petite cheftaine aux oreilles décollées qui était devenue préfète-en-chef. Il lui jeta un regard de travers. Elle mettait toujours un point d'honneur à finir sa préparation avant tout le monde. Elle s'agitait dans tous les sens, sans même consulter l'avis de sa binôme. Ceci remotiva William. Il mit vingt minutes à rattraper son retard.

— Mr. Crossby, l'interpella Quencholedge en saisissant avec dégoût le côté de son uniforme que William venait de tacher. Je ne crois pas que le protocole mentionne l'utilisation de Veracrasses. Ni le fait de s'en enduire. Mais si c'est votre conception d'une bonne hygiène, vous n'avez qu'à m'aider à nettoyer les bacs à la fin de la journée.

Des rires parcoururent la classe sans même que leur professeur ne les fasse taire. Quencholedge était bien trop contente de son effet. Dirk retourna à William un regard noir, murmurant des menaces qui ne l'inquiétèrent pas le moins du monde. Avec le temps, il avait compris qu'il y avait une grande différence entre ce que disait Dirk et ce qu'il faisait réellement. William versa précautionneusement le sang de salamandre qu'il venait de doser, sans se laisser distraire.

Après le deuxième temps de chauffage, il leva la main pour appeler son professeur afin de vérifier la couleur de son chaudron. Quencholedge était occupée à colmater le chaudron d'un binôme de Serdaigle. Ceux-ci avaient mis trop fort le chauffage, ce qui avait percé le fond.

Toujours la main levée, il conseilla à Philemone de commencer de préparer les piments Faucheur de la Caroline puis il croisa le regard de James, deux rangs devant, qui attendait également le bras levé.

— Hey ! lui souffla son camarade. De quelle couleur est la vôtre ?

— Bleu et toi ?

— Bleu comment ?

— Bleu… euh... clair, hésita-t-il en se penchant au-dessus de son chaudron.

— C'est plus entre un bleu cobalt et un bleu paon, précisa sa voisine.

— Ah… ça ressemble à quoi du bleu cobalt ?

— Laisse tomber James, la nôtre elle est rouge, intervint Dominique en touillant sa mixture avec désespoir.

Il entendit un splash étrange et crut que Philemone avait ajouté les piments avant que Quencholedge n'ait vérifié leur chaudron. Il se retourna vers elle et vit qu'elle se tenait le doigt, les yeux grands ouverts. William remarqua la seconde d'après que du sang coulait le long de sa main.

— ARGGG ! MON DOIGT ! JE ME SUIS COUPÉ LE DOIGT !

— Eh bien qu'attendez-vous Mr. Allen ? tailla Quencholedge. Allez lui chercher un bandage !

Il se glissa hors de son siège et se hâta près d'une armoire au fond de la salle. Derrière quelques bocaux et des os de souris, il trouva un bandage jauni qu'il passa sous l'eau puis il le tendit à sa binôme dont l'index était tenu par leur professeur pour ne pas saigner d'avantage.

— Maintenez-le bien serré jusqu'à l'infirmerie, lui recommanda-t-elle. Attendez ! Je crois que vous en avez oublié un bout.

Elle lui tendit un morceau de doigt entièrement recouvert de sang qui aurait pu se confondre avec un piment Faucheur de la Caroline tant il était rouge. Philemone faillit tourner de l'œil lorsqu'elle le prit dans la paume de sa main. Lorsque la porte claqua derrière elle, William réalisa alors qu'il allait devoir finir le travail tout seul.

Durant les minutes suivantes, il se débrouilla pour surveiller ses temps de chauffage et préparer ses prochains ingrédients tout en aidant James et Dominique à retrouver une couleur bleue. Il fit brûler deux fois de suite ses piments, avant que Quencholedge se décide à l'aider. Elle s'occupa de touiller son chaudron pendant les dix minutes nécessaires afin de le laisser cuire convenablement ses piments Faucheur de la Caroline.

Au bout des deux heures, il rendit une solution violette qui correspondait parfaitement à la description. Une fois l'adrénaline retombée, il se sentit brusquement vidé de ses forces. Sa fatigue se transforma en mauvaise humeur lorsque Dirk Crossby vint lui prendre la tête à la sortie du cours.

— Qu'est-ce qu'il t'a pris de m'afficher comme ça ? s'énerva son camarade. Tu veux finir à l'infirmerie ? Retrouver ta nouvelle copine ? Oh Will ! Je me suis coupé le doigt, viens me sauver ! singea Dirk en prenant une voix aiguë.

— Arrête.

— Qu'est-ce qu'il t'a séduit chez elle ? Son imbécillité ? Une Serdaigle imbécile… Tu sais, j'avais tort de lui échanger ses ingrédients. Aujourd'hui elle m'a prouvé qu'elle est capable de rater ses potions toute seule et même de finir à l'infirmerie sans mon aide !

— Tire-toi ! cracha-t-il en lui assénant un violent coup de coude.

— Poussez-vous ! William Allen est de mauvaise humeur ! Je ferais attention si j'étais toi, la dernière fois il a mordu le bras d'un deuxième année, c'était terrible ! Depuis on a appris qu'il était moitié loup-garou et moitié harpie. Un drôle de mélange, si tu veux mon avis, raconta-t-il à une première année dont le teint devint livide.

William, James, Dirk, Gayle et Dominique passèrent leur pause de quatre heures à l'extérieur afin de profiter des derniers rayons de soleil de l'après-midi. Ils s'allongèrent dans les pelouses douces et impeccables de la cour de métamorphose, non loin de leur classe de défense contre les forces du Mal. William sentait le soleil lui chatouiller le visage. En fermant les yeux, il se serait cru en plein été.

— On dirait une famille de trolls à la plage, fit une voix traînante qu'il reconnut immédiatement comme celle de Jodie Wigge.

Elle leur jeta un regard mauvais avant de suivre ses amies qui se dirigeaient déjà vers la tour de défense contre les forces du Mal. Everitt interrompit sa discussion avec Melice Brewster pour les rejoindre. Pendant un moment, William cru qu'il allait s'allonger avec eux, profiter du soleil et échanger quelques anecdotes. Mais lorsqu'il fut assez proche pour voir l'expression énervée de son visage, il n'en n'était plus trop sûr.

— Qui a eu l'idée de jeter des Bombamousses sur ma sœur ?! questionna-t-il de but en blanc.

Ils s'observèrent, les uns les autres, étonnés par la colère d'Everitt.

— Alors ? QUI ?! s'acharna-t-il.

— Et qu'est-ce que tu vas faire, McTighe ? Nous jeter un mauvais sort ? provoqua Dirk.

Everitt serra le poing juste à côté de la poche où il rangeait sa baguette. William le sentit hésiter pendant une fraction de seconde.

— On est en septième année ! C'est terminé les enfantillages ! D'ici la fin de l'année, on aura nos ASPIC et on rentrera sur le marché de travail ! Alors je serais vous, j'essayerai déjà de me comporter comme des adultes !

Il tourna les talons et traversa la cour d'une démarche furieuse.

— Qu'est-ce qu'il lui prend ? s'enquit Dirk.

— Ça lui passera, fit William.

— On ferait mieux de les suivre, coupa James en se relevant. Il est bientôt l'heure.

Les cours de défense contre les forces du Mal avaient lieu au troisième étage, derrière le couloir de la sorcière borgne. Encore vexés par les paroles de leur camarade, ils grimpèrent les marches d'un escalier tortueux sans même penser à viser un groupe de premières années qui passait juste en dessous.

Les élèves entrèrent bruyamment en faisant grincer le vieux parquet de la classe. Les Gryffondors se regroupèrent à gauche et les Serpentards à droite. Toutes les tables avaient été poussées contre les murs, laissant apparaître un espace suffisant pour un duel, ce qui ajouta à l'impatience générale.

Une porte au fond de la salle s'ouvrit en grand et Herman Hitnail, leur professeur de défense contre les forces du Mal les rejoignit, chargé d'une énorme malle. Ses camarades s'échangèrent des coups d'œil interrogateurs.

Les cours d'Herman Hitnail figuraient parmi les plus appréciés. C'était un sorcier de la cinquantaine, dont les longs cheveux argentés étaient attachés derrière sa nuque. Avec sa silhouette osseuse qui ne payait pas mine, son nez de travers et un œil plus petit que l'autre, il laissait penser que la vie n'avait pas été tendre avec lui. Mais il cachait bien son jeu. Il avait fait partie de la brigade de tireurs d'élite pendant plus de vingt ans, ce qui expliquait en plus de la difformité de son visage, son goût très prononcé pour la mise en pratique.

— J'espère que vous avez tous passé de bonnes vacances, dit-il légèrement essoufflé alors qu'il déposait sa malle au centre de la pièce. Personnellement, j'ai eu l'occasion de visiter la dune de Deliblato, en Serbie. C'est le plus vieux désert d'Europe. Les Moldus ont classé ce site comme réserve naturelle pour la diversité incroyable de la forêt qui l'entoure mais vous vous doutez tous que ce n'est que la moitié de la vérité…

Au comble du suspens, il leur tourna le dos pour ouvrir son bagage. C'était une malle de la taille d'un réfrigérateur, dont les motifs écossais s'étaient un peu ternis avec le temps. A l'intérieur, quelques capes de duel étaient pendues et William repéra même une paire de tongs, laissant penser que leur professeur avait beaucoup voyagé durant cet été.

— Vous le savez, je suis très favorable à la pratique, mais je dois malheureusement vous prévenir que les cours de septième année se limitent, en grande partie, à de la théorie. Je veux bien essayer de vous faire affronter une Chimère ou une Tarentule mais je ne pense pas que Minerva soit du même avis que moi.

Il haussa les épaules comme pour témoigner de son impuissance.

— Sortez vos baguettes, vous en aurez besoin, fit-il un sourire aux lèvres.

James dégaina la sienne en un quart de seconde. William lui jeta un regard. Une lueur de défi brillait dans ses yeux. Il eut le même sourire que leur professeur.

— Si seulement tous les cours pouvaient être aussi passionnants, lui confia-t-il à mi-voix.

Hitnail fit glisser un tiroir du bout de sa baguette et un grand cri déchira la salle. Tous les élèves sursautèrent. William plaqua ses mains sur ses oreilles, cherchant des yeux d'où provenait le bruit. Puis une forme translucide se matérialisa. On aurait dit un fantôme, excepté qu'il n'avait pas de visage. Seule une bouche gigantesque prenait toute la place sur son visage.

— J'ai pensé qu'au lieu de vous faire un cours ennuyeux sur les Kelpy, vous préféreriez être directement confrontés à quelque chose de semblable. Les Succubes, reprit-il, ne sont pas au programme des ASPIC mais elles sont un très bon exemple pour introduire notre chapitre sur les esprits. Comme vous le voyez, sous leur forme naturelle, elles n'ont rien d'attirant. Elles sont cependant connues pour prendre l'apparence d'un de vos proches ou de quelqu'un de suffisamment séduisant pour vous attirer dans les coins sombres des forêts afin de… eh bien… vous dévorer.

— Voilà qui est vraiment réjouissant, commenta une élève de Serpentard.

Leur professeur sembla l'avoir entendue car il haussa les sourcils. William détourna la tête vers un groupe de sorcières à l'uniforme vert et argent. La première avait les cheveux d'un blond presque blanc, ce qui rendait son visage encore plus pâle. Oprah Mulciber n'était en effet pas réputée pour sa cordialité. Le fait qu'elle sorte avec Nazarius Lankrovitch, le sorcier le plus détesté de Poudlard -sans compter Calixte Pandlebee- ne la rendait que plus antipathique. Son visage en pointe était figé dans une expression hautaine.

La deuxième était de petite taille. Ivory Travers était connue pour avoir une certaine tendance à la cleptomanie. Ses cheveux noirs ondulaient en des boucles mal dessinées et il y avait quelque chose de sauvage dans son regard.

Eraleen Ward était la dernière de la bande. C'était une sorcière pulpeuse qui n'avait rien à voir avec Melice Brewster, la première copine de William. Son cœur se serra lorsqu'elle croisa son regard. Il détourna immédiatement les yeux, faisant semblant d'être passionné par la semelle de ses chaussures.

— T'es pas vraiment discret pour quelqu'un qui est passé à autre chose, lui fit remarquer James.

— Je n'ai pas envie d'en parler.

— Tu as raison. Ce qu'il te faut, c'est trouver quelqu'un d'autre.

— Facile à dire pour toi.

James roula des yeux. Avec la célébrité de son père et ses talents au Quidditch, il n'avait pas besoin d'essayer : il plaisait naturellement, presque sans faire d'effort, ce qui n'était pas sans attiser une certaine jalousie entre eux. William n'avait pas de quoi se plaindre, mais il aurait été ravi, ne serait-ce que le temps d'une journée, de voir les filles se retourner devant lui comme elles le faisaient avec James Potter.

Après être sorti avec Melice Brewster en troisième année, William ne comprit pas tout de suite qu'Eraleen Ward lui tournait autour. Ce n'est que lorsqu'il la vit dans les bras d'un autre qu'il comprit les sentiments qu'il avait pour elle. Un soir, incontrôlable, il l'avait interceptée dans ses rondes de préfète pour lui ordonner de quitter son actuel petit-ami. Contre toute attente, Era avait accepté.

William regretta aussitôt d'avoir autant perdu les pédales. Personne ne l'avait encore mis dans cet état. Ils se jouèrent dangereusement l'un de l'autre pendant toute leur cinquième année. Plus le temps passait et plus il se rendait compte de l'emprise qu'Era avait sur lui. Et en sixième année, au moment où il ne se sentit plus capable de refouler ses sentiments, il lui proposa enfin de sortir ensemble. Mais elle le quitta sept mois plus tard.

— Les Succubes prennent la forme la plus susceptible de vous séduire, poursuivait Hitnail, celle d'une personne que vous serez capable de suivre aveuglément sans vous poser de question. Mettez-vous cela bien dans le crâne avant de les affronter. Ce sont des créatures malignes. Elles ont fait de sacrés ravages, même dans les endroits aussi peu fréquentés que la dune de Deliblato.

Leur professeur fit une pause pour détailler la classe.

— Potter, Allen, à vous de jouer.

William poussa un soupir excédé. Ils s'avancèrent vers le centre de la pièce. Le silence était tel qu'on entendit le parquet grincer sous leurs pieds.

— J'en ai marre que tu te fasses remarquer, marmonna William à son camarade.

— Je suis le meilleur élève de cette classe, je suis obligé de me faire remarquer.

Il ne trouva rien à répondre et se contenta de lever les yeux au ciel. Il raffermit sa poigne sur sa baguette. Savoir que tous les Serpentards étaient là, derrière lui, et qu'Era le regardait fit monter son stress.

La créature se transforma soudainement. William mit un moment avant de la reconnaître. A travers les couches de maquillage, ses yeux cendrés et ses lèvres laquées d'une teinte sombre, il reconnut le visage de Pry, la jeune fille qu'Oliver Thomson considérait comme sa petite-amie et que William avait embrassée derrière son dos. Son regard était exactement de cette même intensité dévorante qu'il en resta figé.

— Will ! lui cria James

L'esprit fondit sur lui et le traversa. A la différence d'un fantôme, qui donne la sensation d'être passé sous un jet d'eau glacée, il se sentit vidé de toutes ses forces. Il était à terre avant même de s'en rendre compte. James, qui s'était interposé entre lui et la créature, lui jeta un regard inquiet

Stupéfix ! Impedimenta ! défendit ce dernier.

— Les Succubes sont des esprits, Mr. Potter, intervint Hitnail, il va falloir faire mieux que des sortilèges de duel basiques.

James fit exploser une chaise en manquant sa cible. Face à lui, la Succube se transforma en une jeune femme à moitié nue. Elle fondit sur lui mais James eut le réflexe de faire apparaître un charme du bouclier qui la repoussa. A côté, William attrapa sa baguette qui avait roulé un peu plus loin lorsqu'il sentit quelqu'un se pencher vers lui.

— Ça va ? s'enquit Eraleen Ward en accroupissant près de lui.

— Je…

Au lieu de se sentir flatté, William se demanda ce qu'il lui prenait soudain de se donner en spectacle, au milieu d'une salle classe, alors qu'elle n'était pourtant pas du genre à faire étalage de son affection en public.

Personne n'avait compris pourquoi ils étaient sortis ensemble. James l'avait toujours qualifiée de petite prétentieuse et de son côté, William savait que les amies d'Era ne l'appréciaient pas non plus. Elles espéraient plutôt qu'Eraleen se remette avec Tubbagus Prinz, un autre sorcier de Serpentard plutôt qu'avec quelqu'un de la bande à Potter, puisque c'était ainsi qu'on le voyait.

Puis il eut un doute. Il voulut se retourner vers les Serpentards afin de vérifier qu'il s'agissait bien d'elle mais elle lui attrapa le menton, le forçant à la regarder dans les yeux. Ce geste fit bondir son cœur dans sa poitrine. Il le sentit remonter dans sa gorge et il fut alors incapable de dire quoi que ce soit.

— Viens avec moi.

A quoi jouait-elle ? Pourquoi le quitter pour le temps de vacances avant de revenir en courant vers lui ? Il aurait préféré qu'elle lui témoigne une totale ignorance, voire qu'elle se moque de lui. Au moins il aurait eu une bonne raison pour lui en vouloir. Au lieu de cela, il sentit son cœur battre plus furieusement dans sa poitrine, agité par des sentiments qu'il croyait déjà oubliés.

— Viens avec moi, répéta-t-elle.

Ce n'était pas elle, se raisonna-t-il. Elle ne se serait jamais permise de faire ça. Pourtant, il aurait tellement aimé. William sentit son cœur se serrer à cette idée. Il devait se faire une raison. James, lui, avait vu clair dans son jeu : Era n'était rien d'autre qu'une petite prétentieuse et il avait été seulement trop idiot pour ne pas le remarquer. Cette dernière pensée lui brisa les entrailles. Il ferma les yeux afin que ceux-ci ne puissent plus le tromper et empoigna sa baguette magique encore plus fort.

- Incendio ! clama-t-il

Une gerbe de flammes rougeoyantes jaillit de sa baguette et Era se recula subitement. Son visage se ratatina peu à peu. Le feu paraissait la faire fondre comme du métal. L'esprit poussa enfin un cri assourdissant avant de disparaître.

— Hum… oui. C'est vrai que le feu est une des premières choses qui fait fuir les esprits, concéda leur professeur en relâchant James. Dix points pour Gryffondor.

Quelques-uns de ses camarades l'applaudirent mais William entendit à peine leur clameur. Il se redressa, encore tout fébrile, un bourdonnement dans les oreilles.

— La minute où vous avez détourné les yeux de votre adversaire pour aller chercher votre baguette vous a été fatale, Mr. Allen. La Succube en a profité pour se transformer en une personne de la pièce pour mieux vous faire douter. Vous avez cru qu'il s'agissait de Miss Ward, n'est-ce pas ?

William se renfrogna. Il s'était suffisamment ridiculisé pour aujourd'hui.

— Mr. Allen ? relança son professeur.

— Oui ! s'exclama-t-il au bord de l'agacement.

— Ne vous en prenez pas à moi pour votre manque d'attention, vous en êtes le seul responsable.

James et lui regagnèrent silencieusement leur place aux côtés de leurs camarades. James garda la tête baissée. Il semblait tout aussi contrarié que lui. Dirk les félicita d'une bourrade dans le dos qui n'eut aucun effet sur leur humeur.

— Quand la Succube s'est transformée en Era, murmura James, tout de suite, je voulais te venir en aide mais Hitnail m'en a empêché. Je crois qu'il voulait te tester. Finalement, tu t'en es mieux sorti que moi…

— Je me suis jamais senti aussi ridicule, contra William, toi au moins, tu t'es battu, moi, je suis juste… tombé par terre.

— … comme l'a expérimenté Mr. Allen, reprit Hitnail en haussant le ton pour couvrir leur bavardage, les Succubes se nourrissent de l'énergie vitale, un peu comme le font les Détraqueurs. Sauf que leur baiser n'est pas fatal. Pour vous tuer, elles doivent vous attirer dans leur forêt natale. Alors réfléchissez à deux fois avant de suivre n'importe qui, n'importe où.

Ils replacèrent les tables dans un grand fracas afin que leur professeur termine son cours sur les esprits. James et William prirent place côte à côte. Ils copiaient silencieusement les caractéristiques des Kelpy lorsque James l'interrogea soudainement :

— C'était qui la fille ? Celle dont la Succube a pris l'apparence avant de se changer en Era ?

— Une Moldue que j'ai rencontrée cet été.

— Tu l'as embrassée ?

Il secoua positivement de la tête. Hitnail glissa un regard sur eux et il se concentra aussitôt sur ses notes. Sa curiosité l'emporta finalement et il reprit sa discussion avec James.

— Et toi ? C'était qui ?

— Lordana Mabelle, Miss Juin du Calendrier de Bewitch Me, répondit-il un sourire aux lèvres.

Ils pouffèrent silencieusement.

— Alors... euh... Era ? s'enquit James à demi-mots

William s'arrêta de copier. Au son de la voix de son camarade, il comprit aussitôt qu'il ne pourrait jouer la sourde oreille cette fois ci. James attendait une réponse de sa part.

— Je crois… Il faut simplement que je me change les idées.

— C'est ce que je te disais. Il faut que tu te trouves une nouvelle copine. Prends une cible facile. Quelqu'un de Gryffondor par exemple.

— Mais quelle excellente idée ! ironisa-t-il. C'est vrai qu'entre la grosse Obellia, Melice qui est déjà mon ex et l'insupportable Jodie Wigge, je n'ai que l'embarras du le choix !

— T'as oublié Dreeda. Elle est mignonne, non ?

— Bof.

— Au pire c'est pas grave. Tu sors avec elle juste le temps de passer à autre chose puis tu la quittes.

— Je ne vais pas sortir avec quelqu'un juste pour te faire plaisir, James.

— C'était juste pour t'aider, se vexa-t-il.

Ils ne s'adressèrent plus la parole du reste de l'heure. William essaya vainement de se concentrer sur leur dernier cours de la journée mais il avait les pensées trop occupées. Il mit finalement cela sous le compte de la fatigue et gribouilla distraitement pendant les vingt minutes qu'il restait.

Lorsque la fin du cours sonna, Hitnail dû les retenir pour leur donner une dissertation à faire sur les dix-huit façons de se protéger contre les esprits.

— Vous savez ce que j'ai appris aujourd'hui ? leur fit Dirk alors qu'ils regagnaient leur dortoir.

Ils n'eurent même pas le courage de le charrier et hochèrent seulement non de la tête.

— Les sorcières sont toutes des Succubes. Ce ne sont que des mégères qui n'ont qu'à battre des cils pour faire de nous ce qu'elles veulent. C'est pour ça…

— Que tu vas devenir gay ? enchaîna Dominique.

William lui jeta un regard amusé auquel elle répondit d'un sourire en coin. Dirk pouvait être un imbécile, James plein aux as, Dominique garçon manqué et Gayle d'une nonchalance agaçante, il se sentait heureux à leurs côtés.

— N'importe quoi ! s'offusqua Dirk. C'est pour ça qu'il ne faut jamais les écouter !


Spéciale dédicace à Barbiemustdie pour sa super review qui m'a dopée plus que Lance Armstrong !

Si toi aussi tu aimes cette fic et tu veux rapidement la suite, laisse-moi une review, je me ferais un plaisir de te répondre ! Mais attention, je suis une grande bavarde ;)