Et le quatrième chapitre est arrivé! Plus que trois! Celui-ci est assez spécial et il est possible que vous le trouviez peu adapté au rating que j'ai choisi. Si vous pensez que je doive en changer, dites-le moi!
Bonne lecture!
Fustella
Chapitre 4 : Réunion avant le jour final
Maron était sur son balcon, les yeux fixés sur le paysage de fin d'après-midi qui s'offrait à ses yeux mélancoliques. Son esprit, pourtant, en était bien loin. Il était avec ses amis qui en ce moment parcouraient la ville à la recherche de l'imposteur. La police venait de recevoir une nouvelle carte de la fausse Jeanne, mais cette fois le message était bien différent. Il ne précisait pas la cible. Miyako était venue tout à l'heure et lui avait montré la carte, perplexe. Mais la jeune voleuse savait bien pourquoi son ennemie employait une espèce d'énigme pour désigner l'objet de son prochain vol : elle était acculée, toutes ses tentatives pour ramener les démons dans ce monde s'étaient révélées vaines. Par chance, elle n'avait pas encore compris pourquoi.
Pointée vers le ciel elle attend
Des milliers de regards sont sur elle
Comme sur sa grise jumelle
Belle dame venue de France
Elle porte la couleur du sang
Et celle de l'innocence.
- Toi aussi, tu as compris, hein, Maron ?
La jeune fille se tourna vers le jeune homme qui avait parlé. Il était appuyé sur la rambarde de son balcon, son regard au loin.
Comme souvent, Chiaki Nagoya avait compris ce qui chamboulait tant la jeune fille. Ce n'était pas seulement leur passé commun de voleurs qui leur permettait ainsi de comprendre l'autre et, par la même occasion, les intentions de leur ennemi. C'était aussi le lien qu'ils partageaient, leurs sentiments l'un pour l'autre. Ils se comprenaient toujours, même sans un mot ni un regard. Complices. Comme au temps où ils se mouvaient dans l'ombre, cherchant à sceller les démons qui volaient la beauté des cœurs des Hommes.
Il posa son regard chocolat sur elle, un regard profond et sérieux comme elle seule pouvait le voir. Jamais il ne montrait aux autres ce côté sérieux et responsable, jamais il ne leur montrait ses côtés sombres, sa peine ou sa colère. Pour eux, il était un jeune homme gai et frivole, toujours prêt pour s'amuser. Ses vrais sentiments, il ne les leur montrait jamais. Même ses vrais bonheurs, ses émotions véritables. Elle était la seule qui les partageait, la seule qui les voyait. Comme lui était le seul à connaître la véritable Maron, celle que même Miyako ne soupçonnait pas sous son attitude de fille forte et courageuse.
Elle l'aimait. Même si elle n'avait jamais été Jeanne et lui Sindbad, même sans leur titres d'Eve et d'Adam, elle savait qu'elle l'aurait aimé autant qu'elle pouvait l'aimait en ce moment.
Lui la regardait, percevant sa tristesse puis son émotion. En la voyant ainsi silencieuse, le regard perdu au loin, une étrange lueur au coin des yeux, il avait compris qu'elle pensait à cette nouvelle menace, à leur passé de voleurs. Elle regrettait sans doute autant que lui de ne pouvoir rien faire, sans leur pouvoir d'autrefois. Et, comme lui sans doute, elle avait compris ce qui allait se passer le lendemain soir : comme cette fausse Jeanne ne parvenait pas à fixer puis à rassembler les démons nécessaires, elle tentait un coup unique mais magistral.
Voler la Tour de Tokyo.
Pour des démons à la recherche de beauté du cœur, il n'y avait pas de meilleur objectif. La tour regorgeait de sentiments beaux et forts, engrangés au fil des années. Dans ce lieu, des enfants s'étaient émerveillés, des amoureux s'étaient déclarés. Ils n'avaient même pas besoin de prendre possession d'une personne, la Tour suffisait.
Malheureusement, aucun d'eux ne pouvait agir. Ils ne possédaient plus leurs pouvoirs d'autrefois et la police était inefficace contre de tels opposants. Seule Jeanne, et Sindbad, à la rigueur, pouvaient l'arrêter.
Il se doutait que Maron devait ressentir comme lui un sentiment d'impuissance. Il ne pouvait pas deviner qu'il était dû à la peur qu'elle ressentait à l'idée d'échouer, tant l'enjeu était important et l'ennemi puissant. Serait-elle à la hauteur de la tâche qu'elle s'était imposée ?
Des larmes perlèrent dans ses yeux alors qu'elle acquiesçait à la question de son petit ami et voisin. Bien sûr qu'elle avait compris. Elle se mit à trembler et à pleurer. La voyant si désemparée, il enjamba le balcon et vint la prendre dans ses bras afin qu'elle y pleure tout son soûl.
Maron avait peur. Peur de ne pas y arriver, peur des conséquences. La puissance nécessaire pour une telle opération était importante, sans oublier celle pour combattre son ennemie. Ses amis l'avaient prévenue : à moins qu'ils ne trouvent « le Singe » et qu'ils l'arrêtent avant qu'elle n'agisse, l'énergie dépensée pour sceller le démon libéré ET Saru pourrait lui coûter très cher. Jusqu'à la vie.
Elle pleura plus fort et Chiaki, pour la calmer, la serra plus fort contre lui, lui caressant le dos et lui embrassant le visage, les cheveux, le cou. Lui aussi avait peur, mais pas des mêmes choses. Si la fausse Jeanne réussissait, ce serait la fin de l'humanité. Il savait que Kami ne serait pas assez puissant pour faire face au retour de Mao. Mais cela, seuls Maron et lui le savaient. Il n'avait rien dit à Miyako et Yamato, car ils ignoraient les tenants et aboutissants de cette histoire, mais il avait l'impression que Miyako avait tout du moins compris qu'il se passait quelque chose de plus grave que de simples vols, plus grave encore que du temps de Jeanne et Sindbad.
- Calme-toi, mon ange… Ca va aller, je suis là… Je serais toujours là, je te le promets… Je ne suis plus Sindbad mais je vais tout faire pour l'arrêter.
Peu à peu, les pleurs se calmèrent, mais le jeune homme ne cessa pas pour autant de la tenir contre lui, la caressant et l'embrassant toujours.
- Chiaki ?
- Oui ?
- Je t'aime…
Le jeune homme lui prit le menton et approcha ses lèvres des siennes. Juste avant qu'elles s'unissent, il murmura contre les lèvres de la jeune fille la même promesse :
- Je t'aime, ma belle… Mon amour…
Puis il l'embrassa, doucement, tendrement. Des frissons les parcoururent. Ils ne s'étaient plus embrassés comme ça depuis le début de cette affaire. La jeune fille entrouvrit la bouche en un gémissement de plaisir, laissant son petit ami y entrer. Le baiser se fit plus profond, les faisant se retrouver vraiment pour la première fois depuis deux mois, depuis la première carte de l'imposteur.
Chiaki brisa le baiser le premier et plongea son regard dans celui de sa compagne. Dieu comme il l'aimait ! Depuis le premier jour où il l'avait vue, il avait été intrigué puis séduit. Et malgré toutes ses protestations face aux remarques d'Access, il était rapidement tombé fou amoureux d'elle. Il n'aurait pas hésité à se battre à sa place, à mourir pour elle. Maintenant, comme il comprenait ce démon de Noin, lui qui renia Dieu qui avait laissé mourir celui qu'il aimait ! Comme il comprenait les sentiments qui l'avaient traversé lorsqu'il avait retrouvé la réincarnation de Jeanne ! Haine, tristesse, affection, joie, amour, colère ? Il ne savait ce que lui-même aurait ressenti à la place du jeune chevalier.
Plein de ces sentiments qui l'avaient traversé en pensant à son amour pour elle, il reprit les lèvres de Maron dans un baiser plus intense, rempli d'amour, de passion et de promesses. Ils frissonnèrent de concert, mais ce n'était plus de peur ni d'appréhension. C'était d'amour, d'amour pur et vrai. La jeune fille entoura le cou de son compagnon et celui-ci, sans rompre le baiser, la souleva de terre, passant un bras sous ses genoux. Ce ne fut qu'à ce moment qu'ils se séparèrent. Ils se regardèrent dans les yeux et Maron, les larmes aux yeux d'émotion, ne put que lui murmurer dans l'oreille :
- Mes parents…
Le jeune homme sourit, sachant ce qui l'inquiétait. Ils pouvaient rentrer à tout moment et les surprendre, surtout qu'ils ne comprenaient pas les sentiments qui les unissait ni les épreuves qu'ils avaient traversées ensemble. Il y aurait de quoi les choquer et leur faire pousser de hauts cris, rien qu'au baiser qu'ils venaient d'échanger. Il se pencha vers elle et lui susurra sensuellement, l'embrassant dans le cou :
- Je te donne une minute pour leur laisser un message pour les distraire.
Elle avait compris. Le jeune la déposa et, après un baiser, la laissa s'échapper. Elle inscrivit en vitesse sur un bout de papier un message pour ses parents, disant qu'elle était allée voir une de ses amies et qu'elle ne savait pas quand elle rentrerait. Elle ajouta même qu'il était possible qu'elle dorme chez elle si sa visite durait trop longtemps. Puis elle l'accrocha au frigo avant de se diriger vers sa chambre. Elle prit deux ou trois objets nécessaires, les fourra dans un sac et laissa un petit mot pour ses « colocataires », un message écrit dans un code qu'ils avaient mis au point ensemble, comme une nouvelle langue :
Ej usis czeh Bsandid seujuq madien tainm, en em hecrchez psa. Is sovu zoluve, zarlel czeh Onin. A madien. Vee.
(Je suis chez Sindbad jusque demain matin, ne me cherchez pas. Si vous voulez, allez chez Noin. A demain. Eve)
Elle le déposa dans le panier où ils dormaient habituellement et rejoignit son prince sur le balcon. Celui-ci l'embrassa de nouveau et enjamba le balcon avant de lui donner galamment la main pour l'aider à passer, la rattrapant dans ses bras. De nouveau, leurs lèvres s'unirent et leurs langues entamèrent une danse millénaire. Dans un seul mouvement, le jeune ex-voleur ouvrit la porte-fenêtre derrière lui, les fit rentrer avant de refermer derrière lui. Le tout sans interrompre leur baiser. Il dut à contrecœur le briser pour fermer les rideaux tandis qu'elle se rendait dans sa chambre déposer ses affaires. Elle n'eut d'ailleurs à peine le temps de les déposer sur une chaise dans un coin que le jeune homme était de retour et, la prenant par la taille dans le dos, l'embrassait dans le cou.
Elle se retourna vers lui et croisa son regard sombre. Le sien devait l'être tout autant. Ils se parlèrent d'une voix enrouée par les émotions qui les submergeaient.
- Tu m'as manqué, Maron…
- Tu m'as manqué aussi, Chiaki…
Ce furent les dernières paroles cohérentes qu'ils prononcèrent.
Leur première nuit ensemble depuis la confrontation entre Paradis et Enfer, la première depuis deux mois, la première sur Terre. Depuis leur retour, les deux amants avaient dû se contrôler, se freiner, surtout devant les parents. Ils n'avaient jamais vraiment pu être seuls. Et avec cette affaire qui avait éclaté, ils avaient été trop occupés, chacun cherchant à sa manière d'arrêter la démone.
Mais cette nuit, tout était oublié.
Seuls restaient eux.
Seul restait l'autre.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Dans la chambre de Maron, deux heures après son départ, les cinq amis s'étaient réunis. Access tenait un message dans ses mains et soupirait en secouant la tête. Noin semblait plus qu'amusé, Silk et Celcia souriaient tendrement, Toki levait les yeux au ciel.
- Elle n'a même pas fait attention à la porte et aux fenêtres !
- Pour la fenêtre du balcon, c'est tant mieux…. On aurait pas pu entrer.
- Un point pour toi, Silk. Mais la porte ! Elle ne l'a même pas fermée à clef ! Quelle étourdie…
Access semblait désespéré par l'attitude de sa protégée. En rentrant, ils avaient trouvé la fenêtre ouverte, la porte non fermée à clef et le message sur le frigo. Puis, dans la chambre, ils avaient trouvé leur message. Il ne fallait pas être très malin pour comprendre où était la jeune fille et surtout pourquoi ! Par mesure de précaution, ils étaient allés voir si la porte du jeune homme et avaient été soulagés de voir que lui avait pensé à la porte et aux fenêtres.
- Et maintenant ?
- Comme Maron l'a proposé, pourquoi ne viendriez-vous pas à la maison ? Je ne suis pas si mauvais cuisinier….
Les trois anges jetèrent un coup d'œil à Silk et, voyant qu'il acquiesçait, ils respirèrent. C'était entendu.
Access reprit le message et eut un petit soupir triste.
- De toute façon, elle en a besoin et elle le mérite. Demain ne sera pas un jour facile…
- Je suis sûr qu'elle peut y arriver… Souvenez-vous de sa peur la veille de son combat et de la manière dont il l'a calmée… et ce qui en a résulté !
- Tu as raison, Celcia…Je n'ai jamais vu un tel combat ! C'était… mémorable ! Elle n'a utilisé aucune arme, juste son cœur !
Les paroles de Toki rassurant les autres Chevaliers d'Eve, ils se mirent en route, emportant le message et n'oubliant pas de fermer la fenêtre derrière eux.
Quelques minutes plus tard, les parents de Maron entraient dans la pièce. Découvrant le message de leur fille et la croyant sur parole, ils décidèrent de profiter de son absence pour passer la soirée en amoureux.
Seuls les deux amants dans l'appartement de Chiaki et les cinq Chevaliers dans la maison de Noin savaient ce que le lendemain leur apporterait.
Pour la première fois de leur histoire, la cible ne serait pas une peinture ou un simple objet d'art.
Pour la première fois, le danger serait d'une proximité effrayante.
Mais pour le moment, ils voulaient oublier et profiter au maximum des moments qui leur restaient avant l'heure annoncée dans le message de Saru.
Le lendemain 29 mai à 20 h.
La date et l'heure de la mort de Jeanne d'Arc, plus de cinq cent ans plus tôt.
Alors? Votre avis?
Fustella
