Chapitre 4
Son fils
Il l'avait revu. Le beau garçon. L'androgyne. Il avait les yeux qui changeaient de couleur. C'était rare, et réservé aux sorciers. Une variante du gène des Métamorphomages. Mais il avait aussi une drôle de voix. « Sublime », pensa-t-il. Un accent très « british », comme l'ont tous les nobles. Soufflant les « r », détachant chaque syllabe. Un son grave, mais clair, distinct. « Magnifique ».
Avant qu'il ne le lui dise, il ne s'était pas aperçu qu'il souriait. Il n'avait pas compris lorsqu'il lui avait dit qu'il saignait. Mais quand il demanda le stique, l'information atteignit brusquement son cerveau. « Je souris ? » Il porta immédiatement la main aux lèvres, et vit ses doigts se tâcher de sang. Il avait sourit. Et maintenant il avait mal.
Il prit le bâtonnet que le garçon lui tendait, et s'en servit pour la première fois de sa vie. C'était très désagréable, mais le soulageait un peu. Il avait l'impression d'avoir de la pommade sur les lèvres. Il reporta son regard vers ceux gris acier, et attendit. Il ne savait pas quoi, mais il attendait quelque chose. L'androgyne sembla s'impatientait.
- « Bon, vous me lâchez maintenant ? »
Harry ne s'était même pas rendu compte qu'il tenait toujours la main pâle. « Blanc comme la neige », pensa-t-il. Mais il ne voulait pas le lâcher. Et il ne savait pas quoi faire.
- « Où habitez-vous ? » finit-il par demander.
Les yeux gris s'écarquillèrent d'étonnement.
- « Parce-que vous croyez vraiment que je vais vous répondre ?
- Oui, répondit-il en haussant les épaules. »
De nouveau, le gris migra vers le rouge.
- « Pourquoi pas ? » s'empressa-t-il d'ajouter en le voyant s'énerver.
Mais cette nouvelle intervention ne sembla pas le moins du monde apaiser sa colère qui semblait prête à éclater. Pourtant, le garçon-fille restait silencieux. Cela se voyait qu'il essayait de se retenir de crier. « Passionnant », se surprit Harry à penser.
Il avait juste voulu aller s'acheter un magasine pour passer le temps, et voilà qu'il redécouvrait des sentiments. Il avait sourit, bordel ! Ses muscles faciaux n'avaient donc pas fondus ! Il fallait absolument qu'il le dise à Ron et Hermione.
Cette idée lui plut beaucoup. Il intima d'un geste l'androgyne à attendre, et alluma son portable. Une invention moldue fort pratique lorsque l'on n'avait pas de cheminée à proximité, que l'on ne pouvait pas transplaner, sans parler de portoloin. Et il savait qu'Hermione en avait un également.
Il entendit trois sonneries, et la voix de son amie.
- « Oui Harry ?
- Hermione, je viens de sourire. »
Un long silence lui répondit.
- Tu… Tu es sûr ? demanda-t-elle, une grande émotion dans la voix.
- Oui.
- Tu es où ? Que s'est-il passé ? Qui est avec toi ?
- J'ai revu un androgyne qui m'avait intrigué et… En fait, il n'a rien fait de spécial, mais ça m'a fait sourire. Et mieux, je crois que je suis curieux.
- Oh Merlin ! Harry ! »
Hermione retenait difficilement ses larmes. En face de lui, le garçon était de plus en plus surpris. Et Harry ne fit plus attention à lui, bien qu'il refusait encore de lui lâcher la main.
- « Hermione, il faut que je vous le présente à toi et Ron.
- Oui ! On se retrouve dans cinq minutes au Chaudron Baveur ! »
Et elle raccrocha. Harry reporta son regard vers son vis-à-vis, et fit un nouveau sourire. Deux en quelques minutes, Merlin !
- « Viens, lui dit-il.
- Quoi ? s'exclama-t-il. Mais non ! Je ne veux pas ! »
Rien à faire, Harry courait maintenant, en le tirant derrière lui. Un peu plus loin, le marchand ne savait pas quoi faire : il ne pouvait laisser son magasin sans surveillance, et avait peur pour son petit client. Finalement, il décida que si demain il ne le voyait pas, il appellerait la police. Ce serait trop tard, mais il ne pouvait pas le faire maintenant sans réelle raison : les policiers arrivaient toujours à punir ceux qui les faisaient se déplacer pour rien dans ce quartier. Et il avait suffisamment de problèmes comme ça. C'est avec un pincement au cœur, qu'il regagna son comptoir, pensant ne plus jamais voir son beau petit client à problèmes.
Harry traînait l'androgyne vers une table. Ses deux amis n'étaient pas encore arrivés. Il le fit s'assoir de force, et s'installa face à lui. Il commanda deux Bièraubeurres, et dévisagea à nouveau son vis-à-vis qui semblait très mal à l'aise.
- « Tu es un sorcier, dit finalement Harry, brisant le silence.
- Toi aussi, répliqua-t-il. Sinon tu ne m'aurais jamais amené ici. Que veux-tu au juste ? Et c'était quoi ce coup de fil ? Qu'est-ce qu'il y a de si surprenant à sourire ? »
Ses iris reprenaient petit à petit leur teinte rougeâtre. Harry se surprit à sourire une troisième fois en se rendant compte que le garçon était très émotif. Tout son contraire.
- « Mes deux amis vont arriver.
- Et pourquoi ?
- Parce que je veux te les présenter.
- Encore une fois, pourquoi ? s'énerva de plus en plus l'androgyne.
- Parce que tu m'as fait sourire.
- Mais enfin ! C'est quoi le problème ?
- Je ne souris pas. »
Un ange passa.
- « Ca fait trois ans que je ne souris plus, ne ressens plus rien. J'étais comme mort, et mes amis étaient tristes. »
Un éclair de compréhension passa dans les yeux rouges, qui s'adoucirent immédiatement en virant au gris, hésitant entre une teinte plus sombre ou plus claire. « Encore une couleur ! » s'amusa Harry. Oui, il s'amusait. Il était content. Il avait oublié à quel point s'était agréable. Comme une boule de chaleur se propageant dans son corps.
- « C'est rare, dit Harry.
- Quoi donc ? s'étonna encore l'androgyne.
- Tes yeux. »
De nouveau, les iris devinrent noires.
- « Pourquoi tu as peur ? » demanda Harry.
Mais il n'eut pas de réponse. Il avait compris, ou du moins deviné, à quoi correspondaient les couleurs. C'était toujours par rapport à l'émotion, mais les teintes variaient suivant la personne. Pour lui, le noir était la peur, le rouge la colère. Le gris était la tonalité neutre. La base.
Hermione entra telle une fusée, et se précipita sur Harry pour l'enlacer, sanglotant contre son épaule. Ron semblait perdu et essoufflé.
- « Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda le rouquin. Mione n'a rien voulu me dire, elle pleurait trop ! Qui c'est ce type ? Et… Harry ? Tu… Tu souris ! »
Harry leur expliqua les grandes lignes, et ils se tournèrent instantanément vers le garçon.
- « Qui que tu sois, parvint à dire Hermione entre deux sanglots, nous te remercions du fond du cœur !
- Euh…
- Oui ! Merci ! reprit Ron, ému.
- Euh, répéta le garçon, ne sachant plus où se mettre, ses yeux soudainement blancs, gêné.
- Ah ! » s'exclamèrent les deux fiancés en chœur.
La surprise coupa soudainement les pleurs de la jeune femme. Elle avait immédiatement compris, et la peur monta dans la gorge.
- « Tu… » articula-t-elle difficilement.
Elle reprit son souffle et déglutit difficilement. Les iris du garçon virèrent brusquement au noir.
- « Hermione, tu lui fais peur ! s'exclama Harry.
- C'est nous qui devrions avoir peur ! cria presque Hermione, ne pouvant plus se retenir. C'est son fils ! »
Un lourd silence suivit, où seuls la jeune femme et l'androgyne semblèrent comprendre.
- « Harry vient, ne restons pas ici avec lui ! dit-elle en tirant le bras de son ami pour qu'il se lève.
- Non ! Qu'est-ce qui te prend ? Il m'a fait sourire, Merlin ! Ca fait trois ans ! Trois ans ! Et c'est comme ça que tu le traite ? »
Il venait d'avoir un nouveau sentiment. De la colère. Ses retrouvailles avec la vie le désarçonnaient tant qu'il n'arrivait plus à se contrôler. Les verres sur la table éclatèrent, et le silence se fit dans toute la salle.
- « Je m'en vais, dit tout à coup l'androgyne en se levant.
- Non ! » cria Harry en le suivant jusque dans la rue, côté moldu.
Il le rattrapa et le retint par le bras. Hermione et Ron les rejoignirent alors qu'ils se débattaient.
- « Mais lâche-moi ! Tu devrais écouter ton amie, elle sait ! Elle est la seule censée, ici !
- Non ! répéta Harry. Hermione ! Explique-toi tout de suite ! »
Ses yeux verts pétrifièrent les deux fiancés.
- « Il… bredouilla Hermione au bout de quelques secondes. Il est…
- Mais Merlin, PARLE !
- C'est le fils de Voldemort ! »
