L'ABC d'un paradoxe

D… Comme Désordre

Derrière ses apparences de petite fée du logis, en tant qu'excellent cuisinier et bon gérant, Fye n'était pas vraiment le symbole de l'ordre. Il en était même son antithèse.

C'est ce que se disait Kurogané, immobile au milieu de la chambre provisoire du magicien, en contemplant d'un air – très – pensif feu la bouteille d'encre noire qu'il venait d'écraser. Oui, une bouteille. D'encre indélébile. La question était : que faisait cette petite bouteille d'encre noire indélébile sur le sol, entre la porte d'entrée de la chambre et le lit ?

Merde…

Comme il en arrivait à se demander si ce n'était pas un signe du Destin, Kurogané reporta d'un air blasé son regard sur le reste de la chambre. A dire vrai, si la pièce n'avait pas comporté un lit et une armoire, on aurait douté qu'il s'agissait d'une chambre. Sans compter qu'il fallait voir le lit sous la pile de vêtements roulés en boule et la multitude de feuilles de papier.

Que Fye soit d'un naturel désordonné, ça le brun pouvait le concevoir. Mais là où il se disait que cela tenait presque du don, c'est quand on savait que le magicien réussissait à accumuler dans un tel désordre le peu d'affaires que le groupe pouvait posséder durant leur voyage de dimensions en dimensions. Ils ne ramenaient pas vraiment des souvenirs quoi.

Peu importe. La chambre était pleine, mais vide de Fye. De ce fait, le ninja n'avait plus rien à y faire. Pourtant, intrigué par la complexité du désordre ambiant ou tout simplement en conflit avec lui-même parce que LUI cherchait Fye de son plein gré, il ne bougea pas.

Fye…

Il se souvint de ce que disait la princesse Tomoyo, qu'il n'écoutait généralement que d'une oreille. Que l'endroit où vit une personne peut refléter la personnalité de celle-ci. Jusqu'ici, Kurogané n'y avait jamais fait attention, mais en fin de compte ça pouvait vouloir dire quelque chose.

Si sa propre chambre était neutre, débarrassée de tout détail inutile, et donc parfaitement en ordre, celle de Fye était un véritable modèle d'insouciance et d'angoisse mêlée. Comme si en entassant tout ce qu'il avait sous la main, Fye ne se préoccupait pas de son propre confort qui ne serait qu'éphémère parce qu'il n'avait pas l'intention de rester, mais en même temps éprouvait le besoin de personnaliser l'endroit par des tonnes d'objets, inutiles, mais lui ayant au moins appartenu d'une certaine manière.

Kurogané se dirigea lentement vers la porte, sans véritable volonté de partir, comme contaminé par le paradoxe ambiant de la pièce. Voir la chambre du blond sans lui à l'intérieur ne lui avait pas fourni sa réponse, mais lui confirmait ce qu'il pensait, et ce qui le rongeait presque.

Désolé…

Fye, ce magicien, ce blondinet mystérieux, qui pensait pouvoir sourire sous des yeux remplis de douleur. Fye, celui qui avait gagné le cœur d'un certain ninja sans le savoir, était par excellence celui qui s'attache puis se détache – qui sourit mais pleure.

Accepterait il de rester pour de bon quelque part, accepterait il de s'approcher définitivement de quelqu'un, et enfin cesser d'agir en girouette qui aimerait bien, mais ne peut pas ?

Kurogané secoua la tête. Le magicien était un paradoxe vivant, donnant l'apparence de quelqu'un vivant comme ou dans un parfait désordre – ce besoin de remplir du vide que l'on fuit.

Mais…

Mais dans un lien parfait, ce désordre était à l'image de la tempête dans le cœur du ninja, qui sortit enfin, laissant sa fraîche résolution d'avouer ce qu'il ressentait comme il laissait la chambre.

Je t'aime.

XxX

NdlA : Au départ, j'étais partie pour me mettre sérieusement (ouiouioui) à Cursum Perficio, mais, euh, enfin, voilà. Hem.
Je préfère pas dire pour quand je prévois ce chapitre, parce que je suis aussi bordélique que Fye x3 (à la différence que j'ai vraiment de l'excédent) Mais bon, voilàvoilàvoilà. J'espère au moins que le D vous plaît sinon j'ai tout faux x3

Merci à Mouss, Clover-san, Mystala, Poiroo, Seveya, Martelca, Sedinette-Sama, Zoro-kun, Zejabel-sama, Na.Shao !