Bonsoir ! Je suis crevée après ma première journée de travail, mais il restait 1500 mots à écrire sur la partie cinq donc j'ai fais l'effort. Voilà donc la partie quatre !

Bonne lecture!


Quatrième partie

Deux semaines après son arrivée, Harry logeait toujours à l'Auberge du chat noir. Il commençait à avoir ses habitudes et c'était appréciable. Il avait aussi amélioré son français grâce aux trois gérantes de l'auberge. Il arrivait désormais à préciser à Marthe ce qu'il aimait pour le petit déjeuner, et depuis qu'il l'avait complimentée sur le goût de sa confiture de cerise maison, elle lui adressait un sourire au lieu de le regarder d'un air méfiant quand il descendait au sous-sol le matin.

Il déjeunait généralement seul le midi, dans un des nombreux cafés de l'Allée ou alors il s'aventurait du côté moldu et découvrait les cuisines du monde. Il avait une préférence pour la cuisine indienne et ses curry très colorés pour le moment. Il se promenait dans Paris l'après midi, profitant de son anonymat pour se mêler parmi les touristes. Dans le fond, ce n'était pas très différent de Londres, si ce n'était pour l'architecture des bâtiments.

Il rentrait en fin d'après-midi et passait environ deux heures à apprendre le français, avec ou sans Elia, selon ce qu'elle avait à faire ce jour-là. Puis ils descendaient dîner ensemble et Elia relayait sa mère à l'accueil. S'il n'y avait personne au bar, elle restait à l'accueil, mais si des clients étaient au bar elle laissait un sort qui l'avertissait de l'entrée de clients.

Elle apprenait quelques trucs sur la manière de tenir un bar à Harry et ils discutaient. Elia avait toujours énormément de choses à dire, Harry supposait que c'était parce qu'elle n'avait jamais vraiment eu d'ami de son âge. Mais il ne s'en plaignait pas, leurs sujets de conversation étaient extrêmement variés et il appréciait vraiment de discuter avec Elia.

Il la quittait un peu après minuit pour aller dormir. Invariablement, elle le traitait de petit joueur et il menaçait de venir la réveiller avant onze heures du matin si elle recommençait.

Harry passait les meilleures vacances de sa vie. Certains matins, il se réveillait et se demandait quelle partie de sa vie était réelle et laquelle était un rêve. Il arrivait presque à se convaincre que le passé n'était jamais arrivé, qu'il n'avait jamais eu à combattre un Mage Noir et à tout sacrifier pour le vaincre, qu'il n'avait jamais perdu ses parents de manière atroce, qu'il n'avait plus à avoir peur dès que quelque chose bougeait trop vite dans le coin de son champ de vision. Malheureusement, les cauchemars des autres nuits lui rappelaient la triste vérité : tout ça faisait bel et bien partie de sa vie, aussi difficile que ce soit de l'accepter.

Parfois, Elia sentait qu'il cachait des choses et c'était très étrange de la voir laisser tomber son masque de bonne humeur pour prendre un ton plus précautionneux et plus grave. Il l'appréciait aussi pour ça. Ces années à grandir dans une auberge, à fréquenter des étrangers lui avait appris à faire attention aux sentiments des gens et à ce qu'ils ne disaient pas.

Harry savait qu'il finirait par lui raconter ce qu'il avait vécu, au moins en partie. Il se sentirait mieux d'en parler à quelqu'un, il commençait à comprendre qu'il n'arriverait pas à tirer un trait sur le passé sans rien faire. Il fallait qu'il agisse. Au moins, il était sur la bonne voie pour remplacer ces mauvais souvenirs par des bons.

Ce jour-là, il se leva vers neuf heures, descendit déjeuner, discuta un peu avec Marthe et remonta dans la pièce commune où un client était en train de crier sur Céleste. La patronne de l'auberge restait très calme, mais Harry sentie qu'elle était agacée. Il ne comprenait pas leur conversation et s'installa sur un canapé de façon à ne pas les perdre des yeux et à intervenir si l'homme se faisait trop insistant.

L'homme claqua son poing contre le comptoir. Harry se leva et fit un pas en avant. Céleste agita sa baguette et l'homme se retrouva poussé vers la porte qui s'ouvrit pour le laisser passer et se referma derrière lui. Céleste soupira, rangea sa baguette et remarqua qu'Harry la fixait.

« Certains clients ne comprennent pas quand on leur parle poliment, parfois il faut utiliser la force pour s'en débarrasser. Celui-là nous dérange à chaque fois qu'il vient, il trouve toujours un moyen de contester le service et de payer moins que ce qu'on réclame. »

« Au moins vous savez leur faire prendre la porte. »

Céleste lui sourit.

« Ce sort a son utilité. Tu devrais voir ma fille quand elle l'utilise, elle envoie pratiquement voler les clients. » expliqua-t-elle avec un sourire. « Ne lui dis pas que j'ai dis ça, elle va croire que je cautionne. »

« Promis. » répondit Harry, lui aussi souriant.

Céleste allait retourner dans le bureau derrière le comptoir, mais elle fit volte-face.

« Tu as un peu de temps ce matin? »

« Oui, je n'ai pas grand chose de prévu. Pourquoi? »

« J'ai des lettres urgentes à envoyer mais notre hibou n'est pas rentré et je ne peux pas laisser l'auberge le temps d'aller à la Poste. Tu voudrais bien y aller pour moi? »

« Bien sûr! » répondit Harry, heureux de trouver une distraction.

« Je t'offre le petit-déjeuner de demain matin en échange. »

« Vous n'êtes pas obligée... »

Il devrait de toute manière retourner chez Gringotts pour retirer de l'argent: les gallions autant que les euros fondaient comme neige au soleil depuis son arrivée.

« Si, si. Tu étais prêt à venir à mon secours et tu me rends un autre service, c'est le moins que je puisse faire. »

« Vous vous débrouillez très bien toute seule. »

Le regard de Céleste brilla de fierté.

« Il n'empêche qu'il est agréable de savoir qu'on n'est pas seule en face de ce genre d'individu. Viens, je vais te donner les lettres. »

Harry finit par acquiescer et s'approcha du comptoir. Céleste lui tendit trois lettres et une poignée de mornilles et de noises.

« Pour aller à la poste, tu prends à gauche en sortant de l'auberge et encore à gauche quand tu arrives à l'intersection de Gringotts. Elle est juste un peu plus loin. La façade est orange vif et on entend les hiboux de loin, tu ne pourras pas passer à côté. Tu apportes les lettres à un employé et tu demandes bien à ce que ce soit envoyé directement. Donne une mornille de plus que ce qu'il te réclame. On n'est jamais trop prudent. »

Harry écouta attentivement les explications de la patronne.

« Très bien. »

Il glissa la monnaie dans la poche de son pantalon et garda les lettres dans sa main.

« J'y vais. »

« Merci Harry! A tout à l'heure. »

Le jeune homme quitta l'auberge et se retrouva sur une portion calme de l'Allée de la Verrière. La plupart des boutiques étaient concentrées autour de l'entrée et de la mezzanine. L'auberge était à la lisière entre les dernières échoppes et le début du quartier résidentiel. Il y avait une boulangerie en face, mais elle était relativement tranquille.

Harry suivit la route pavée jusqu'à l'intersection devant Gringotts et prit à gauche. Il ne se souvenait pas être déjà passé de ce côté. Comme l'avait annoncé Céleste, il entendit les cris des animaux quelques maisons avant d'arriver devant le bâtiment de la Poste. C'était une maison étroite et très haute qui ressemblait vaguement à un clocher. Bien au-dessus de sa tête, Harry vit une fenêtre sans vitres au bord de laquelle de nombreux oiseaux étaient perchés.

Il poussa la porte et entra. Il n'y avait pas grand monde, seulement une vieille dame en train de confier un courrier à un employé. Harry leva la tête et vit que de larges poutres en bois soutenaient la toiture et que celles-ci étaient également recouvertes d'oiseaux. Il baissa la tête, surpris par la propreté du sol. En effet, deux balais ensorcelés balayaient les plumes qui tombaient du ciel.

« Monsieur? » appela l'employé.

Harry se reconnecta avec la réalité. Il n'avait pas vu que la vieille dame avait quitté les lieux.

« Il faudrait envoyer ces lettres, c'est urgent, s'il vous plaît. »

« 3 mornilles et 14 noises, s'il vous plaît monsieur. »

Harry paya en rajoutant une mornille, accueillie par l'employé avec un sourire.

« Bonne journée, monsieur. »

« Vous aussi. » Répondit Harry en partant.

De retour sur l'Allée, il se retrouva de nouveau désœuvré. Il marcha jusqu'à la banque et continua dans la direction opposée de l'auberge. Il était un peu plus de dix heures du matin, soit encore quelques heures avant de retrouver Elia. Il n'avait pas très envie de visiter quoique ce soit ce jour-là.

Il passa successivement devant une poissonnerie, une autre boulangerie, une boutique de baguette, une échoppe d'artefacts qui aurait trouvé sa place à l'Allée des Embrumes et un apothicaire, en bref rien qui l'intéressait pour le moment.

C'est alors qu'il se retrouva devant l'animalerie. Il repensa à Céleste, son hibou en vadrouille, les nombreux oiseaux de la poste, et sa propre chouette, Hedwige, tragiquement disparue depuis un an.

A ce moment, il avait pensé qu'il ne la remplacerait jamais. Avec le temps, il en était venu à penser que rien ne serait en mesure de la remplacer, pas même un nouvel oiseau; il suffirait d'en prendre un qui ne lui ressemblerait pas et son souvenir ne serait pas menacé. Il avait grandit aux côtés d'Hedwige, peut-être était-il temps de trouver un oiseau qui pourrait l'accompagner dans sa vie d'adulte.

Malgré tout, il hésitait encore un peu en poussant la porte de la boutique, qui tinta gentiment. Il balaya la pièce du regard. Les murs étaient couleur ocre, comme la façade. Les animaux dans la vitrine étaient des figurines très réalistes qui bougeaient comme leur modèle, ce qui rappela à Harry les dragons miniatures du Tournoi des Trois Sorciers.

Il empêcha son cerveau de continuer sur cette piste.

Deux personnes se tenaient derrière le comptoir au fond de la pièce, un adulte et une adolescente. L'adulte releva la tête et vit Harry.

« Bienvenue chez Berger et fille, Animaux pour sorciers. Je suis Anthony Berger et voici ma fille, Diane. »

Sa fille ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans, mais elle était presque aussi grande qu'Harry et avait un air assuré.

« Bonjour, je suis venu pour... »

Harry s'arrêta, l'hésitation le reprenant.

« Nous avons des hiboux, des chouettes, des corbeaux, un mainate, des serpents... » commença l'adulte.

« Trois lézards, des crapauds, des grenouilles, des chats... » continua l'adolescente.

« Un couple de furet et des lapins, » termina l'adulte.

Autour de lui, Harry ne vit que des vivariums et le mainate, perché à côté du comptoir.

« Vous ne gardez pas tous les animaux dans la boutique? »

« Notre animalerie est très réputée et nous avons beaucoup de visiteurs. Tout ce monde créé du tapage auquel les animaux ne réagissent pas toujours très bien. Les reptiles et les amphibiens sont ceux qui sont le moins sensibles au bruit, ils ressentent les vibrations, mais ils seront moins affectés qu'un oiseau si un enfant se met à crier, » expliqua Anthony.

« Les hiboux et les chouettes sont pour la plupart des animaux nocturnes, on les garde dans une pièce plus sombres où ils peuvent être tranquilles pendant la journée. Et les lapins préfèrent éviter de se faire caresser à longueur de temps, » poursuivit Diane.

Harry ne comprit pas tout, mais du peu qu'il entendit, leur discours tenait la route. Il gardaient les animaux à l'écart pour les protéger.

« Je suis venu voir les hiboux et les chouettes. J'avais une Harfang des neiges, mais elle est morte. Je crois que je suis prêt à adopter un autre oiseau. »

L'homme lui fit un sourire.

« Nous pouvons vous montrer nos oiseaux. Diane, tu veux bien t'en occuper? »

« Pas de problème. Venez monsieur, euh... »

« Evans »

Diane lui fit signe de la suivre derrière le comptoir. Ils arrivèrent dans un couloir de portes identiques et l'adolescente poussa la deuxième. Harry entra après elle et se retrouva dans une volière. Diane ferma la porte derrière eux. La pièce était vaste. Le sol était recouvert d'une sorte de copeaux de bois et il y avait littéralement des arbustes et des buissons partout. Il se serait cru dans un zoo, pas dans une animalerie.

« On en a douze, vous croyez que vous pouvez tous les trouver? » Lança l'adolescente sur le ton du défi.

Harry en trouva huit, un beau score d'après Diane. Elle lui donnait leur nom lorsqu'il en trouvait un mais il n'avait pas encore prit de cours de français sur les oiseaux.

« Il y en a un qui vous attire? »

Il balaya la pièce du regard et s'attarda sur le premier oiseau qu'il avait aperçu, et aussi le plus réveillé d'entre eux.

« Le petit, là. »

Diane hocha la tête.

« C'est Aderyn, une chouette chevêche, ou chevêche d'Athéna, symbole de sagesse chez les Moldus comme chez les sorciers. »

L'adolescente siffla et l'oiseau s'ébroua. Un instant plus tard, il s'envolait pour se poser sur le bras tendu de Diane.

« Elle vous plaît? »

La chouette était petite et ronde, avec des plumes marron tachetées de blanc, des yeux jaunes et un air sévère.

« Je l'aime beaucoup. Je crois que je vais la prendre. » Répondit Harry d'une voix calme.

« Parfait ! Tu as trouvé une famille, beauté, » murmura Diane à l'oiseau.

Ils retournèrent dans la boutique et Diane parvint à faire entrer la chouette dans une cage avec difficulté.

« Elle n'est pas habituée aux barreaux, j'espère que vous aurez la possibilité de la laisser en liberté le plus possible. »

« Je vais faire de mon mieux, » promit Harry.

Anthony ensorcela un parchemin et le lui tendit en même temps que la cage avec l'oiseau.

« Quelques conseils sur son mode de vie. Si vous restez dans le coin et qu'elle tombe malade, vous pouvez nous l'amener. »

Harry remercia chaleureusement le père et la fille pour leur temps et leurs conseils, paya la chouette et du Miam Hibou et sortit de la boutique avec la cage sous le bras. Il se sentait à la fois nostalgique et enjoué. C'était sans doute ça, de grandir...

Sur le chemin du retour, il espéra que Céleste ne s'était pas fait trop de soucis en ne le voyant pas revenir aussitôt. Il aurait peut-être dû repasser là-bas avant d'errer en ville.

Heureusement pour lui, la tenancière de l'auberge faisait le ménage de la salle commune en chantant et elle n'accorda qu'un regard et un sourire de remerciement à Harry quand ce dernier posa la monnaie derrière le comptoir.

Il monta l'escalier, annonça le mot de passe à la porte et entra. Il posa la cage sur le bureau et l'ouvrit. Elle hulula, un son beaucoup plus criard et aigu qu'Hedwige, puis elle sortit de la cage et observa Harry.

« Salut Aderyn » annonça-t-il calmement.

Elle détourna son attention lorsqu'elle aperçut la boîte de Miam Hibou sur le bureau à côté de la cage. Elle commença à l'attaquer avec son bec. Harry s'approcha doucement et attendit qu'elle se calme pour ne pas prendre un coup de bec. Il ouvrit la boîte, attrapa une friandise et la referma. La friandise au creux de la main, il attendit que la petite chouette prenne confiance. Il sentit la douceur de ses plumes, puis la dureté de son bec lorsqu'elle attrapa la friandise à toute vitesse puis s'en alla la manger tranquillement un peu plus loin.

Harry remplit la petite gamelle d'eau dans la cage et s'affaira ensuite à essayer de comprendre le mot d'instructions laissé par Anthony. Il ne comprit pas grand-chose et finit par glisser le papier dans sa poche dans l'intention de demander à Elia ou Céleste plus tard.

« Je vais aller manger, je peux te laisser là? »

Aderyn tourna la tête vers lui et le darda de son regard sévère.

« J'imagine que ça veut dire oui? »

Il se gratta l'arrière du crâne et récupéra son sac à dos.

« A plus tard. »

Elle lui offrit un hululement avant qu'il ne referme la porte.

Il allait atteindre le bas de l'escalier lorsqu'il manqua de se faire percuter par quelqu'un qui arrivait de l'autre sens à toute vitesse.

« Harry ! »

Elia avait l'air encore plus énergique que d'habitude.

« Salut Elia ! »

« Tu as bien dormi? Je venais te chercher. »

Ils descendirent l'escalier et Céleste demanda à sa fille de s'abstenir de courir dans les escaliers, ce à quoi Elia répondit par un haussement d'épaule.

« Pourquoi voulais-tu me voir à cette heure-ci? »

« Je dois aller chercher ma copine dans deux heures, j'ai pensé que tu voudrais venir pour déjeuner avec moi et visiter un peu en attendant. »

Harry resta bloqué sur le début de la phrase.

« Tu as une copine? » Il ne parvint pas à cacher son étonnement.

Le sourire d'Elia s'effaça un peu.

« Tu n'as pas de problème avec ça, j'espère? »

Oh.

« La seule chose qui me pose un problème c'est le temps qu'il t'aura fallu pour me dire ça! » avoua-t-il avec sincérité.

Elia leva les yeux au ciel.

« Tu m'as fais peur, idiot. Du coup ça te tente? »

« Ça me tente. Mais je ne vais pas vous déranger? »

« Mais non, puisque je te le propose. »

« Très bien, mais tu as intérêt à tout me raconter. »

Les yeux de la jeune femme brillèrent.

« Deal. »

Céleste les observa, appuyée sur son aspirateur magiquement trafiqué.

« Allez, ouste les enfants. Il y a des gens qui travaillent ici. »

Les deux jeunes sortirent en riant de l'auberge.

[...]

Ils déjeunèrent dans le restaurant indien qu'Harry affectionnait du côté moldu, près de l'Allée. Autour d'une assiette de poulet tikka massala, de naan et d'un dahl de lentilles, Elia lui raconta qu'elle avait rencontré sa copine à l'auberge deux ans plus tôt, qu'elle habitait en Angleterre et qu'elle s'était arrêtée là plusieurs jours en juillet, alors qu'elle partait en vacances. Elles avaient passé les quelques jours sans se quitter, ressentant dès le départ une véritable attraction l'une pour l'autre. Elles s'étaient dit au revoir le cœur lourd. Elles ne se voyaient pas beaucoup pendant l'année, mais elles s'envoyaient régulièrement des lettres et passaient la plupart des vacances ensemble.

Après le repas, ils transplanèrent jusqu'au Ministère de la Magie, situé à proximité du Musée du Louvre, en plein centre de Paris. Si en Angleterre on y entrait par une cabine téléphonique, à Paris il fallait entrer dans le métro et prendre la direction « Ministère ». Elia lui expliqua que les Moldus pouvaient voir le panneau, mais que les sorts entourant l'endroit leur faisait oublier leur intérêt pour cette destination inconnue. Ensuite il fallait passer à un guichet, semblable aux autres guichets de la compagnie de transports parisienne, mais où un employé du ministère confiait des badges aux visiteurs. Ça, au moins, c'était comme chez lui, songea Harry. Sauf que les badges servaient à passer des barrières magnétiques.

Harry et Elia passèrent leur badge, le tourniquet les laissa passer, puis ils traversèrent un mur, comme pour se rendre sur le quai 9 3/4 et se retrouvèrent dans le hall principal du Ministère de la Magie.

C'était bien plus contemporain qu'en Angleterre. Le sol était carrelé de dalles brillantes et les murs étaient peints en jaune clair. Le plafond était en verre et la lumière du jour nimbait la pièce de son halo. Le hall était en fait une rotonde, une pièce circulaire et de laquelle partaient une multitude de couloir. Harry leva la tête et vit qu'il y avait des balcons. Des gens perchés au cinquième ou sixième étage regardaient en bas.

« Viens, c'est par là » annonça Elia en lui prenant le bras pour l'arracher à sa contemplation et ne pas le perdre dans la foule qui se massait là.

Elle devait déjà être venue plusieurs fois, car elle ne semblait pas hésiter dans les couloirs qu'ils traversèrent. Ils arrivèrent finalement à un hall de taille raisonnable. « Arrivée des portoloins internationaux » indiquait un panneau accroché au mur. Il y avait une petite sorcière à lunettes assise à un bureau et des personnes sur des chaises le long d'un mur.

« Bonjour madame. Le portoloin de Bucarest via Munich est-il arrivé? » lui demanda Elia.

« Il ne devrait pas tarder, ma chérie. » répondit la sorcière.

Elia la remercia et ils allèrent s'asseoir avec les autres personnes.

« Ça a beau faire plus d'un an qu'on est ensemble, à chaque fois je suis nerveuse juste avant qu'on se retrouve. » se confessa la jeune femme à mi-voix.

Harry tourna la tête vers elle. Elle semblait effectivement un peu moins enjouée que pendant le repas.

« Tu as peur qu'elle ait changé entre temps? »

« Non, c'est pas vraiment ça. C'est plus le fait qu'à force de s'envoyer des lettres, parfois le premier jour on ne sait pas trop quoi se dire, on n'a plus l'habitude de parler de choses vraiment insignifiantes. »

« Je peux comprendre ça. Je veux dire, à Poudlard c'est pareil, quand tu y es et que tu a des proches qui n'y sont pas, tu ne les vois pas souvent et quand tu les revois c'est un peu étrange. Mais ça se passe bien, non? »

« Oui, je suis nerveuse pour rien, on n'a jamais eu de problème. »

« Tant mieux, » ajouta Harry avec un léger sourire.

Il devait dire qu'il était vraiment curieux de découvrir sa petite-amie.

« Tu as déjà eu une copine, Harry? »

« Qu'est-ce qui te dit que je n'ai pas eu de copain? »

« Parce que tu ne m'aurais pas laissée faire mon coming-out toute seule, tout à l'heure. » rétorqua Elia.

« Tu n'as pas tort. »

« Bon, alors? »

« Oui, j'ai déjà eu une copine. Deux, même. »

Elia lui fit un haussement de sourcil suggestif.

« Oh monsieur le tombeur! » se moqua-t-elle. « Ça s'est mal passé? » demanda-t-elle, plus sérieusement.

« Oui et non. Je crois que j'étais vraiment amoureux quand je suis sorti avec elles, mais avec le recul, je me demande s'il s'agissait vraiment d'amour. J'en garde quelques bons souvenirs, un peu de regrets et surtout l'envie d'être tranquille pour le moment. »

Il vit qu'Elia ne savait pas trop si elle devait le taquiner ou le réconforter. Elle n'en eut pas le temps, quelqu'un arriva vers eux et appela la jeune femme.

« Elie, tu as encore un Joncheruine qui rôde autour de toi. » annonça la nouvelle venue d'une voix calme et presque lointaine.

Harry connaissait cette voix. Il releva la tête et eut un instant de panique. Est-ce que c'était réel? Elia releva également la tête et sourit largement, sans remarquer le trouble de son ami.

« Mooncalf! »

Elia se leva et se jeta dans les bras de la jeune femme aux cheveux blonds qui venait d'arriver devant eux. Harry resta sur sa chaise, ébahit, à essayer de rejouer dans sa tête tout ce qu'Elia lui avait révélé et tout ce qu'elle avait omis de dire: que sa copine était en fait Luna Lovegood.

Luna avait attaché ses cheveux en chignon avec un pinceau et de nombreuses mèches blondes et emmêlées cascadaient sur ses épaules et dans son dos. Elle portait ses habituelle boucles d'oreille en forme de radis et une robe jaune soleil. Elle formait un curieux contraste avec Elia et ses cheveux noirs ainsi que ses vêtements plus sombres.

Les jeunes femmes se séparèrent et Luna se tourna vers lui.

« Bonjour, Harry. »

C'était bien la seule qui n'avait pas l'air surprise, car Elia écarquilla les yeux lorsque Luna appela son ami par son prénom.

« Vous vous connaissez? »

« Harry m'a sauvé la vie » remarque Luna.

« Effectivement » marmonne Elia. « Bon, on va rentrer à l'auberge et vous allez m'expliquer ça tous les deux. »

Ils saluèrent la petite sorcière et refirent le chemin inverse pour quitter le Ministère.

Puis ils rentrèrent en métro parce que Luna était fatiguée des transports sorciers après les deux portoloins qu'elle avait prit dans la journée. Harry trouva que c'était encore plus surréaliste que lorsqu'il était arrivé à l'auberge. Il était habillé à la moldue, dans un métro à Paris avec une nouvelle amie rencontrée deux semaines plus tôt et une amie rencontrée des années plus tôt, mais dont la présence ici était une énorme surprise.

Harry nota que les jeunes femmes se tenaient la main en quittant le métro pour rejoindre l'Allée et qu'Elia avait l'air plus détendue, même si elle jetait de temps à autre des regards à Harry et Luna alternativement, sans doute se demandant ce qu'elle ignorait de leur histoire.

Il était quinze heures lorsque les trois jeunes gens arrivèrent à l'auberge. Le visage de Céleste s'illumina et elle se leva pour venir prendre Luna dans ses bras.

« Tu es encore plus jolie que la dernière fois que je t'ai vue » déclara-t-elle à la jeune femme aux cheveux blonds en l'écartant d'elle pour pouvoir la regarder.

« Je n'ai pas trouvé de meilleure auberge non plus cette fois-ci » annonça Luna, comme si c'était quelque chose qui avait du sens. Enfin, ça en avait peut-être pour Céleste, mais Harry était un peu perdu.

« Je m'en doutais. Bienvenue à la maison, Luna. »

Céleste relâcha Luna et Elia prit la parole.

« M'man, on peut aller à la maison avec Harry? Je promet que je serai à l'heure pour mon service! »

« Allez-y. » les autorisa la tenancière.

Elia leur montra la marche, même si Luna devait connaître le chemin également. Il n'y avait qu'à voir comment Céleste et elle avaient été familières. Ils passèrent derrière le comptoir et entrèrent dans le bureau. Elia ouvrit la porte que Harry n'avait jamais remarquée et ils se retrouvèrent dans une petite cour pavée avec des plates-bandes de fleurs colorées. Il y avait aussi une table et des chaises de jardin en bois. Au fond de la cour se trouvait une petite maison d'un étage, avec une façade de la même couleur que celle de l'auberge.

Harry ne savait pas vraiment pourquoi, mais jusque-là il avait assumé que Céleste, Marthe et Elia vivaient au quatrième ou au cinquième étage de l'auberge, au-dessus des chambres. Mais visiblement, elles avaient leur maison derrière, ce qui était sûrement plus pratique, et plus logique, car en y réfléchissant Harry ne voyait pas bien comment Marthe pourrait gravir quatre ou cinq étages plusieurs fois par jour.

Elia déverrouilla la porte d'entrée et laissa passer Luna et Harry. Il y avait un escalier en bois contre le mur de droite, une cuisine collée contre l'escalier avec des tabourets de bar pour déjeuner, et un coin salon contre le mur de gauche. Au fond de la pièce, une porte fermée menait probablement à une chambre ou une salle de bain.

« C'est pas très grand, mais comme on passe notre temps à l'auberge, ça n'a pas d'importance. » ajouta Elia à l'attention du jeune homme.

Harry avait envie de lui dire que par rapport à la maison aseptisée et inconfortable dans laquelle il avait vécu, ça semblait parfait. Il y avait juste assez d'affaires personnelles pour que l'endroit ait l'air habité, mais pas assez pour que ça paraisse désordonné. Harry remarqua alors les murs et écarquilla les yeux.

« Sympa, hein? »

Elia avait surprit son regard.

Les murs étaient couleur ciel, même si c'était réducteur de le dire de cette manière. Ils étaient probablement enchanté avec un sortilège de la famille de celui de la Grande Salle de Poudlard, celui qui faisait le ciel magique. Le ciel des murs de la maison ne bougeait pas, mais il représentait fidèlement un ciel de milieu de journée.

« Il change plusieurs fois par jour, pas tout le temps, car on s'est rendues compte que ça donnait mal à la tête. »

« C'est incroyable, » souffla Harry, impressionné.

Décidément, cette famille n'en finirait jamais de l'étonner!

Pendant qu'ils discutaient, Luna était allée s'installer sur un des canapés et avait sortit sa valise de sa poche. La valise mesurait la taille d'une grosse noix. Luna prit sa baguette et la ramena à sa taille normale.

« Va t'asseoir avec Luna pendant que je prépare quelque chose à boire. »

Harry écouta Elia et s'installa en face de Luna qui était en train de chuchoter avec sa valise. Le jeune homme aurait trouvé ça beaucoup plus étrange de la part de quelque d'autre, pour les standards de Luna c'était presque normal.

« Elie, Louis est dans le coin? » demanda-t-elle à voix haute.

« Il doit être là-haut en train de dormir, pourquoi? » répondit Elia en suspendant son geste de remplir la cafetière manuelle avec du café en poudre.

Puis elle sembla avoir une idée de la réponse à sa propre question.

« Ne dis rien. Tu as réussi à convaincre le père de Rolf de te laisser une nouvelle bestiole? »

Le sourire gêné de Luna en dit long.

« Oh, Mooncalf! Tu te souviens du dernier? Qu'est-ce que c'est, cette fois-ci? »

« Un Niffleur. »

Harry ne put s'empêcher de rire.

« Vous n'allez pas vous ennuyez. » remarqua-t-il.

« Tu en as déjà vu? » lui demanda suspicieusement Elia.

« Oui, c'est pas méchant. »

« C'est déjà ça, je crois... » répondit Elia avant de retourner à sa préparation de café.

« Qui est Louis? » interrogea Harry, désireux de ne pas perdre le fil dès le départ.

« Louis, c'est Le chat noir. Il est un peu vieux, il dort tout le temps. »

« C'est le chat d'origine? »

Elia éclata de rire, comme si Harry avait dit quelque chose de stupide.

« Les chats ne vivent pas aussi longtemps, et l'auberge est bien plus vieille. Le premier chat noir appartenait à mon arrière arrière arrière grand-mère. Ou peut-être sa mère à elle. Enfin, c'était un chat d'un autre siècle. »

Elia arriva avec un plateau qu'elle posa sur la table basse. Elle s'affaira à remplir les trois tasses de porcelaine avec du café fumant.

« Tu as faim, Mooncalf? »

Luna secoua la tête et prit la main de sa petite-amie dans la sienne. Elia lui envoya un sourire tendre.

« Et qui est Rolf? »

« Rolf est un garçon bizarre, » répondit Luna. « Il pourrait trouver la preuve de l'existence des Nargoles, mais il refuse d'y croire. »

« Rolf est aussi son meilleur ami, » ajouta Elia. « Il veut être Magizoologiste, comme son père. C'est d'ailleurs lui qui refile des bestioles à Luna, des bestioles qui atterrissent ici et qui traumatisent mon chat. La mère de Rolf apprécie de les voir s'éloigner, et je comprends bien pourquoi! »

Luna fit un sourire innocent, comme si elle ne se sentait pas concernée, et ouvrit la valise qu'elle tenait encore sur ses genoux.

Harry vit les petites pattes griffues du Niffleur avant de voir l'animal en entier. C'était une sorte d'ornithorynque avec des petits yeux vifs et de la fourrure grise. Luna le prit dans ses bras et, repoussant la valise sur le canapé, le posa sur ses genoux.

« Tu vois Elie, il ne va rien faire à Louis. »

« Sauf si Louis porte quelque chose de brillant. »

Les deux jeunes femmes se tournèrent dans un bel ensemble vers Harry.

« Pourquoi? » s'inquiéta Elia.

« Les Niffleurs sont pires que des pies. Ils volent tous les objets brillants sur lesquels ils peuvent poser leurs petites pattes. » expliqua Harry, fouillant dans ses souvenirs des cours de Soins aux Créatures Magiques. Les Niffleurs n'étaient pas assez effrayant au goût de Hagrid, ils ne les avaient pas étudiés plus de deux semaines.

A en juger par l'expression de Luna, elle venait de comprendre quelque chose. Elia fronça les sourcils.

« Les gallions, ça brille. Tu veux dire qu'il va essayer de nous voler la caisse de l'auberge? »

« Je vais le surveiller, » promit doucement Luna en caressant la fourrure du Niffleur qui semblait à son aise.

Jusqu'à ce qu'Harry remarque qu'il essayait de crocheter avec ses griffes le fermoir du bracelet doré que Luna portait à son poignet.

Il pressentait qu'ils n'allaient pas s'ennuyer avec l'arrivée de Luna. Ils commencèrent à boire leur café dans un silence agréable. La journée avait été pleine de surprises et Harry sentait que leur conversation allait aborder des sujets qu'il préférait éviter en temps normal. Il était soulagé d'être avec des personnes à qui il faisait confiance pour en parler.

« On va commencer par le début, d'accord? » commença Elia. « Vous voulez bien me raconter comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux? »

Harry et Luna échangèrent un regard.

« On s'est rencontrés il y a presque trois ans. » raconta Harry. »

« Harry était effrayé par les Sombrals. »

« Les quoi? » intervint Elia.

« Les Sombrals. Des chevaux ailés qui tirent les calèches pour aller à Poudlard. On ne peut les voir que si... » Harry s'arrêta malgré lui et s'empêcha de fermer les yeux pour ne pas revoir dans les moindres détails la première mort à laquelle il avait assisté.

« Que si on a vu quelqu'un mourir, » continua Luna.

Elia les regarda tous les deux, la compassion visible dans ses yeux sombres.

« Enfin bref, c'était la première fois que je les voyais alors que j'étais à Poudlard depuis quatre ans et Luna m'a expliqué. »

« Harry a toujours été gentil avec moi. »

« Tu ne méritais pas de te faire embêter par des gens qui étaient trop fermés d'esprit pour t'accepter. » expliqua le jeune homme, tout de même mal à l'aise de ne jamais avoir réellement empêché les autres élèves de blesser l'étrange jeune fille.

« Merci pour elle, Harry. » Murmura Elia. « Comment en es-tu venu à lui sauver la vie? »

Harry les regarda toutes les deux, ne sachant ni par où commencer, ni ce qu'Elia savait de la guerre, ni ce que Luna lui avait raconté.

« C'est une longue histoire, » commença-t-il.


Alors!

Je voulais faire arriver Luna dans l'histoire dès le début, c'est mon copain qui m'a soufflé cette idée et je dois dire que j'étais très enthousiaste à l'idée de la faire sortir avec Elia. Pour le Ministère, j'ai mélangé plein d'idées de lieux et je suis plutôt contente du résultat. Pour ceux à qui ça parle, vous pouvez voir ça comme un mélange de l'intérieur du Louvre et de la station de métro Châtelet (du côté de la porte Marguerite de Navarre, très récente, pas les parties sans carrelage en travaux depuis des années).

L'origine du nom d'Aderyn sera précisé dans le chapitre suivant. Pour l'animalerie, j'ai vraiment pris de la liberté, je voulais que ce soit réaliste dans son originalité. Je pense que des sorciers pourraient tout à fait s'en sortir avec une telle boutique.

J'essaye de faire en sorte que Luna ne soit pas trop "cliché", mais je ne sais pas si je m'y prends bien.

J'espère que vous avez aimé ce chapitre. La suite dans une semaine, si je m'en sors!

Merci merci merci pour l'arrivée énorme de fav/follow sur la dernière partie. Je n'en croyais pas mes yeux.