Coucou!
Mesdames et messieurs, voici le chapitre 3 de 7NDN! Merci de vos reviews sur le chapitre précédent, je vous envoie plein de cœurs!
lea89: Oh, merci! Désolé de te faire pleurer, mais tes compliments me touchent! Eh oui, le Patron a un cœur! Comme quoi... ^^ Non, sauf de noms. Mais ils ne s'étaient jamais vus avant. J'espère que ce n'est pas incohérent avec la real life, parce que j'avoue, je ne suis pas très bien renseignée sur Alexis. Le doc qui s'occupe de lui actuellement? Oui, il s'en fiche. Disons que ça ne joue aucun rôle dans l'état de Mathieu, et que dans l'histoire, la schizophrénie à un tel point est "reconnu", bien que rare. :) J'espère que tu prendras toujours autant de plaisir à me lire qu'actuellement, et je te souhaite une bonne lecture pour ce chapitre :)
Miritamoku: Coucou! Merci de ta review ^^ Contente que ça t'ai plu! Le Patron est un personnage assez compliqué à gérer, mais au final, je m'éclate avec lui, et je suis plutôt contente :) J'espère que cette suite te plaira tout autant! Bonne lecture!
Guest: Merci, je vois que le Patron a été apprécié :p Il a un cœur, finalement! Oui, vaut mieux après chaque chapitre x) Se préparer un truc joyeux \o/ Encore désolé de vous déprimer tous T_T Bonne lecture pour ce chapitre !
Pandoudii: 1. Le Geek et le Panda sont au sommet du kawaiinness! *_* J'aime tellement les représenter comme ça! C'est le seul couple heureux de la fic en même temps, faut bien qu'ils profitent xD 2. Oui, pour le coup, le Panda est un immonde connard. Mais pour sa défense, le Patron n'aide pas non plus... On va dire qu'il y'a incompréhension général... 3. J'ai hésité à la caser celle-là, mais il fallait bien que je cale le Hippie quelque part! Et ça m'a paru parfait. Même en dormant, la souffrance de sa famille lui fait mal... :( 5. Tu verras pour Alexis ;) Il a un rôle à jouer, je suppose que tout le monde l'a compris, mais je spoil pas :p 6. Antoine s'en prend pleiiin la gueule \o/ Comme tous, je vois pas pourquoi il serait épargné :p 7. C'était le moment mignon du chapitre avec le Panda/Geek. (Enfin mignon, ça parle de la mort d'un bébé mais bon... C'est le Patron.) 8. Je le vois trop manger du bambou! Mais pour de vrai xD C'est un panda après tout! Et j'aimerais bien goûter tiens :p 9. Ca reste correct, mais j'aime les reviews longues :p 10. J'aime le smiley "x)" 11. Je suis tellement mal à l'aise sur les fics drôles... O_O Ca me surprendra toujours moi-même. Alors que je suis si à l'aise avec le dark! Pourtant dans la vraie vie c'est tout à fait l'inverse x) Ma foi... 12. Comme je réponds aux reviews avant d'écrire le chapitre, je ne sais pas si j'ai réussi mon pari. Si oui, c'est cool, si non, désolé! T_T 13. Merci, j'espère que cette suite te plaira :D 14. Moi aussi, tout rose et violet! (Et je tiens aussi à rajouter que décidément, j'aime vraiment beaucoup répondre à vos reviews *w*)
moi: Coucou! Je déprime tout le monde, je commence à le savoir! T_T Mon but dans la vie est pourtant de donner le sourire aux gens, je crois que je me suis perdu en chemin xD Contente que t'ai aimé ce petit mix Antoine/Patron! Parce que oui, au début, c'était censé être centré sur Antoine... Mais c'est celui avec lequel je suis le moins à l'aise, et j'avais pas grand chose à dire dessus au final :/ ... O_O (*Regarde maman, une psychopathe*) Un bébé est mort, elle est contente XD Normal sur ce site! Toujours tant de haine envers Antoine... xD Le pauvre, il vient de perdre son enfant, et il le sait même pas! (Ce qui... N'est peut-être pas plus mal, en fait.) J'avoue que pour le Panda/Geek, je me suis lâchée là! *w* Ils sont trop cuuuute! En même temps, le Panda et le Geek quoi... Je peux pas les faire autrement! Pour le Prof et la Fille, j'avais du mal au début pour ce couple, mais finalement... Je commence à bien les aimer ^^ Et à les mettre plus en avant! J'adore le Prof en fait! :D Merci beaucoup de tous tes compliments! Toi et les autres vous me motivez vraiment à continuer à écrire, et promis, j'essaierais de sortir des chapitres plus souvent! Mes vacances sont cools, pour la rentrée, je sais pas, le 9 mars... \o/ Bah, 15,5 en français, je me plains pas! Mais pour les maths, j'ai rempli 1/7 du sujet, et histoire... Je suis contente si j'ai 10 xD C'était un peu la galère dans ces deux matières, en somme. Mais tu sais quoi? OSEF :D Alors je t'offre ce chapitre pour ne plus y penser, à ce brevet blanc de ***** :p Bonne lecture!
(...Peut-être que je devrais faire de moins longue intro xD Je ne sais pas T_T)
WARNING: Ce chapitre contient des mentions de violence sur enfant, et de pédophilie. Si vous n'êtes pas à l'aise avec ça, passez votre chemin...
Bonne lecture à vous!
Chapitre 3: Symphonie d'un autre monde.
Les deux semaines suivantes furent un véritable enfer.
Ni Mathieu, ni Marion ne se réveillèrent. Les médecins s'occupant d'eux établissaient toujours le même pronostic: Pas de changement notable. Marion guérissait doucement, et tout le monde était optimiste. L'AVC qu'elle avait subi ne laisserait apparemment pas grandes séquelles, et ils pensaient la réveiller bientôt. Quant' à Mathieu, toujours rien ne bougeait. Plongé profondément dans le coma, ils étaient incapables de savoir si son traumatisme crânien guérissait. Son épaule allait mieux, remis en place et soignée. Sa jambe s'était également légèrement améliorée. Mais tout ça n'était que superficiel.
Antoine et chaque membre de la famille se succédaient pour aller rendre visite à la blonde et au châtain. Tous, espérant en silence, chacun à une manière qui lui était propre.
Alexis venait régulièrement également, à l'étonnement général, et à la méfiance légère du présentateur de What The Cut?!. D'autres vidéastes avaient fait le chemin, le temps d'une journée. Comme Kriss, le fossoyeur, InThePanda, LinksTheSun, et Le Joueur Du Grenier. Le Prof avait prévenu tous les amis proches, et le Geek avait continué à gérer le facebook et le twitter de Mathieu, se faisant passer pour lui, ne sachant pas encore comment l'annoncer aux fans.
Mais une famille sans le Créateur n'en était pas vraiment une.
Chez les Sommet, les repas se passaient dans le calme. Le Patron, toujours plus froid, toujours plus distant, était rarement là. Le Prof et la Fille, ainsi que le Geek et le Panda se soutenaient comme ils le pouvaient, partageant la même douleur. Le Hippie, quant' à lui, se terrait dans son van, en compagnie de son chien. Loin du monde.
Et jamais la vie ne leur parût si silencieuse.
"Imagine there's no heaven,
It's easy if you try.
No hell below us,
Above us only sky.
Imagine all the people,
Living for today..."
La voix éraillée et grésillante du petit poste gris, posé sur la table de camping au fond du van, l'apaisait considérablement. Qu'il était bien... Tranquille, sans soucis... Paisible...
Boum.
Les yeux fermés, échoué sur le lit, il ne réagit pas. Quiconque était-ce, il finirait bien par se lasser.
Un soupir. Deuxième coup sur la porte. Suivi d'un troisième. Avec un grognement, il consentit à se décaler un peu, tentant d'apercevoir par la fenêtre le visiteur.
_Hippie! Je sais que t'es là, ouvre.
Le Panda. Avec un gémissement, le pacifiste ouvrit un œil, avant de le refermer brusquement. Le soleil agressait sa rétine d'une violence...
_Ça devrait pas être permis ça, gros...
Il tenta de se lever, mais retomba à peine debout. Le monde tournait, les couleurs se mélangeaient, et l'air lui semblait soudainement si irrespirable...
De l'air. De l'air!
Sa respiration était de plus en plus rapide, de plus en plus lourde, tandis qu'un voile noir s'installait doucement devant ses yeux. La chanson tournait toujours, et les coups devenaient de plus en plus insistants.
Boum boum boum sur la porte. Boum boum boum dans son crâne. Qu'il arrête...
Dans un gémissement et une exclamation douloureuse, il parvint à se hisser debout, tremblant, s'appuyant aux placards. Arrivé à la porte, il tira la poignée d'un coup sec, l'entrouvrant.
_Mec?
Un autre gémissement, pour que l'autre comprenne qu'il avait tout, sauf la force de parler, et il sentit deux bras le tirer doucement. Sa tête, lourde et douloureuse, tournait de plus en plus.
Une bouffé d'air frais lui donna l'impression de revivre l'espace d'une seconde. Il se sentit à peine descendre les marches hautes de son van, et frissonna légèrement lorsque ses pieds nus se posèrent sur l'herbe humide de cette fin d'été.
_Merde mec... Qu'est-ce que t'as pris?...
_Gros...
_Je sais. Je sais...
Il était bien, là. La tête dans un cou chaud, respirant faiblement, mais respirant. Le kigurumi de l'autre était un peu désagréable, et collait contre sa peau transpirante, mais finalement, c'était mieux que la solitude de ses couvertures.
Deux doigts lui relevèrent doucement le menton, et ce n'est que lorsque le soleil agressa une fois de plus ses yeux entrouverts, qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas ses lunettes.
_Mec, qu'est-ce que t'as pris? Réponds-moi...
Une seconde de silence. Et à travers son esprit embrouillé, une sensation...
_Gros...
Sans pouvoir prévenir, il s'agrippa violemment à l'habit de l'autre, et se plia en deux, rejetant le contenu de son estomac sur le sol.
_Merde!
Il vomit plusieurs fois, recroquevillé au sol, tenu par l'ursidé. Il entendit clairement le "Capsule, dégage!" de son frère, et trouva la force de murmurer ces quelques mots.
_Lui fait pas peur gros... S'teu plaît...
_Je lui ferais pas peur quand tu me diras ce que t'as pris!
Le Panda grimaça légèrement après ses mots. Le ton était sûrement plus agressif qu'il ne l'aurait souhaité, mais l'inquiétude ne lui faisait plus bien voir clair.
_J'en sais rien gros... Des champis, et...
_Et quoi? Hippie!
_Une seringue. Je sais pas ce que c'était. Balbutia-t-il faiblement.
_Merde... Tu déconnes mec...
Il avait chaud, terriblement chaud. Et se sentait terriblement stupide, soudainement. La douleur lui incendiait la gorge, les poumons et la trachée. Et sa tête tambourinait toujours.
_Depuis quand tu te piques hein? Tu t'es toujours contenté de la beuh, et tu vois, j'aimerais bien que tu continues.
_Je suis désolé gros...
Il se sentait misérable, assis là sur le sol, rejetant tout son estomac sur l'herbe. Qui n'avait rien demandée... Il agrippait toujours le kigurumi de son frère, et savait qu'il tomberait si l'autre le lâchait.
_Du calme mon grand, je te lâche pas, Ok? Calme-toi...
Les larmes acides qui lui brûlaient les yeux menacèrent quelques secondes de couler, mais il les essuya rapidement avec sa manche, renifla, et osa relever les yeux vers le chanteur.
_Ça va gros, je vais bien...
_Tu veux pas que t'emmènes voir le Prof? Tu sais vraiment pas ce que c'était?
_C'était pas fort, j'en ai pas besoin.
L'ursidé hésita un peu, mais face à ses deux yeux bleus, qui lui renvoyaient toute la tristesse que renfermait l'autre, il n'insista pas.
_Il faut pas que tu restes enfermé comme ça. Viens, on va dans la cour.
Aidé par son frère, il se releva, et constata avec surprise qu'il réussit à mettre un pied devant l'autre sans trébucher.
Après un temps infiniment long, ils arrivèrent en silence au petit jardin derrière la maison, recouvert à présent de nombreuses mauvaises herbes en tout genre, et de fleurs fanées.
Visant les jonquilles à moitié mortes au fond de l'allée, le chagrin du pacifiste s'amplifia.
_Il faut vraiment que tu te remettes à t'occuper de ce jardin. Fit le Panda avec un léger sourire. Elles tiennent pas ces fleurs... On a essayé pourtant, avec la Fille et le Prof, mais... Il semblerait qu'elles ne veuillent que toi.
Ils s'assirent sur le banc à l'entrée du petit portail, dont la peinture s'écaillait fortement. Pensif, toujours un peu à l'ouest, le Hippie fixa son regard sur les végétaux jaunes.
_Elles ont besoin de soleil Gros.
_Je sais bien. Mais il y'en a, même si c'est la fin de l'été. Je comprends pas vraiment...
Le camé ferma les yeux doucement, reposant sa tête en arrière, contre le dossier en pierre.
_Je parle pas de ce soleil-là Gros...
Un éclair grave dans les yeux du Panda, et le silence se fit plusieurs minutes. Les deux frères restèrent simplement-là, côte à côté, dans la fraicheur de l'été laissant la place à l'automne.
_Les oiseaux chantaient avant tu t'en souviens?
(Dans un temps qui me semble si loin.)
Le Panda ne répondit pas tout de suite, analysant la question. Le Hippie devait être parti très loin, dans ses souvenirs et dans sa mélancolie, pour que son ton soit ainsi. Pour que ses yeux soit si vague, et son sourire si figé.
_Oui. Oui je m'en souviens. Ils chantent encore tu sais?
_Nan Gros... Ils chantent plus de la même façon. C'est comme le soleil, il brille plus pareil. Les tâches des girafes ont perdurées, les rayures des zèbres aussi. Mais la flore fane, et s'assèche...
L'ursidé se demanda rapidement si il ne devrait pas courir aller chercher le Prof, mais jugea mal venu de laisser le camé seul pour l'instant. Tous avaient l'habitude des délires du Hippie, qu'ils soient légers, ou poussés à l'extrême. Mais cette fois... Cette fois, le pacifiste semblait perdu, les yeux fixés sur le vidé, les sourcils froncés de tristesse. Réellement dans un état second.
_Mec, tu sais vraiment pas ce que t'as pris tout à l'heure?
Le fan de reggae hocha négativement la tête, soupirant un peu.
_Je vais bien Gros... Je me perds un peu loin, c'est tout.
Le Panda le fixa étrangement, et finalement, enserra sa main dans la sienne, dans un geste rassurant.
_Hippie. Je sais qu'on vit tous quelque chose de dur en ce moment. Mais il faut qu'on se ressaisisse. On peut pas se laisser détruire, et on peut pas te laisser te détruire.
L'autre ne répondit pas, laissant son regard se peindre de tristesse une fois encore.
_Si tu as besoin de quoi que ce soit... Murmura le Panda... Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là. On est tous là. C'est pour ça qu'on est là. C'est ce qu'on est, une famille.
_...Je sais Gros. Je sais...
(J'aurais aimé y croire. Si fort.)
_Ça fait deux semaines Gros... Deux semaines que Mathieu est à l'hôpital.
_Et il en sortira bientôt. Ce n'est qu'une question de temps.
_J'ai prié tous les dieux Gros. J'ai prié la Création tout entière de nous le rendre, en un seul morceau. Pour que tout redevienne Peace, et que le soleil rebrille. Mais je n'y arrive plus.
_T'arrives plus à quoi?
_A prier. A y croire. C'est ce qui me sauve, pourtant. Si je perds ça... On a perdu notre soleil. On a perdu Mathieu. Et moi je perds la foi. Et j'ai beau m'injecter tous les produits que je veux, je n'arrive pas à la retrouver. C'est toujours si douloureux, de se réveiller le matin Gros... Toujours si triste.
(Mais au fond de moi je sais...)
Le Panda laissa la tristesse l'engloutir. Le soleil et le chant des oiseaux ne lui semblaient plus si beaux, à présent. Mais il lui restait encore la force de prendre la parole, pour souffler ces derniers mots.
_On a perdu notre soleil. Mais... C'est comme tout. Tout ce qui fait la nature. C'est temporaire. Mathieu reviendra. Dis-toi que c'est une épreuve. Pénible, et douloureuse. Mais on doit ça à Mat'. On lui doit de garder la tête froide, et de rester soudés. C'est ce qu'il aurait voulu, n'est-ce pas?
(Il est notre soleil et notre musique.)
Un autre silence. Et le Hippie sourit tristement.
_Oui Gros. C'est ce qu'il aurait voulu.
_Alors on se laisse pas abattre. Et t'arrêtes de prendre ces merdes, ok? Promets-le.
_Promis...
L'ursidé lui offrit un chaud et chaleureux sourire. Et le Hippie sembla un instant aller mieux. Loin de l'effet des drogues et du chagrin, il sembla revivre quelques instants.
(Mais au fond de moi, je sais que tout n'ira jamais bien.)
2 jours plus tard.
Il respira un bon coup l'air frais de l'extérieur. Cette odeur de médicament et de produit nettoyant le dégoûterait décidément toujours.
Le Geek avisa un banc plus loin. Le jardin de l'hôpital possédait une grande superficie, et beaucoup d'espaces verts. Il espérait seulement que le Panda ne le chercherait pas trop longtemps en se perdant en route.
S'avançant, il frissonna légèrement, se frottant les bras. L'air commençait à se rafraîchir, et il avait oublié sa veste...
Avec un petit soupir, il s'assit sur le dossier du banc en bois, fermant les yeux pour apprécier le soleil.
Rien ne bougeait, toujours figé. Son créateur ne se réveillait pas. Les gens ne changeaient pas. Le tableau était toujours le même. L'horloge avait beau tourner, l'été laissait trop vite sa place à l'hiver, sans que les feuilles de l'automne n'aient le temps de tomber.
Et tout cela le désespérait. Ils étaient tous comme figés dans la glace, sans Mathieu. Attendant un nouveau départ que seul le vidéaste pouvait leur donner.
Le gamer s'imagina rapidement comme un de ses personnages de jeux vidéo qu'il laissait poireauter des heures sans bouger sur son écran, lorsque que son attention était accaparé par autre chose. Intérieurement, il se promit qu'il ne ferait plus jamais ça sans mettre en pause.
Il rouvrit les yeux après quelques minutes, et remarqua que le ciel s'était recouvert, cachant le soleil. Fronçant les sourcils, il put réfléchir à tout autre chose qui le perturbait sérieusement : Alexis.
Il était peut-être enfantin et un peu naïf, mais pas totalement stupide. Le brun, n'habitant pas loin, venait voir Mathieu souvent. Une fois tous les deux jours, voir même tous les jours. Il pouvait passer en coup de vent, comme rester plus d'une heure.
Tout le monde avait remarqué son dévouement et son inquiétude peut-être un peu excessive envers l'état de Mathieu, et le jeune musicien ne cessait de répéter qu'il adorait son ami, et qu'il ne voulait pas l'abandonner dans cette épreuve.
Personne n'avait rien contre lui. Il était agréable, gentil, serviable, et soutenait les Sommet comme il pouvait. Le Geek l'aimait bien, en tout cas. Mais il trouvait ça étrange, et n'était pas le seul à le penser.
Une goutte tomba sur sa joue. Il releva les yeux le ciel, surpris, et constata que les nuages gris le recouvraient entièrement, à présent.
Il se leva en s'étirant, faisant craquer ses bras, remettant sa casquette droite. Parcourant le petit parc pour se dégourdir les jambes, il laissa ses yeux dériver vers les arbres qui bordaient l'hôpital, en rang parfait. Les voitures qui passaient de l'autre côté du parc d'en face, les nombreux chemins, destinés aux patients et aux visiteurs...
Un mouvement à sa droite le stoppa.
Il tourna la tête rapidement, aux aguets. Depuis son agression avec les dealers du Hippie, il avait appris à se méfier du monde extérieur. Tout ne pouvait pas se contrôler comme dans les jeux vidéo.
Il tomba sur deux yeux noirs comme la nuit, qui le fixaient.
Deux yeux ornant un visage de la même couleur, ciselé finement. Des pommettes hautes, un menton pointu, un petit nez en bouton et des cheveux hirsutes et crépus, coiffés en deux nattes mal faites.
Une petite fille.
Ils se fixèrent quelques minutes en silence, l'un doucement surpris, l'autre méfiante. Elle avait le visage d'un ange, mais les sourcils froncés, et les yeux durs. Bien qu'au fond de ses prunelles, une douce touche de noisette contrastait avec la sombreur du reste.
La bouche du gamer s'entrouvrit, mais avant qu'il n'ait pût dire un mot, un cri l'interrompit.
_MON CŒUR!
Dans son dos, il vit le Panda à l'autre bout du jardin, l'appelant, un grand sourire aux lèvres.
Le rejoignant, il lança un dernier regard en arrière.
Ne restait que le silencieux bruissement des feuilles et des brins d'herbes. La petite fille avait disparue.
Arrivé à la hauteur de son amant, il haussa les sourcils devant son sourire, aussi grand qu'une montagne.
_Qu'est-ce qui se passe?
_Mathieu a bougé tout à l'heure! Quand le Prof lui parlait, les médecins veulent qu'on vienne!
Il oublia la pluie, ce petit ange étrange et Alexis, et le suivi en courant.
Le Prof, le Panda et le Geek observèrent en silence le docteur Leger examiner Mathieu, les sourcils froncés. Il appuya sur sa jambe, levant les yeux vers le visage du châtain pour y voir une réaction.
Mais le vidéaste ne bougeait pas.
L'ursidé se pencha vers le scientifique, pour lui parler à l'oreille.
_Tu es sûr de ce que tu as vu?
_J'en suis absolument sûr. Je lui parlais, et il bougé la tête, et a soupiré. Ce n'est pas une réaction normale pour un patient dans le coma.
_En fait, ça pourrait être une réaction normale du corps. L'interrompit le médecin. Mais si vous dîtes qu'il a soupiré, et bougé la tête en même temps... Je pense qu'il était conscient de ce que vous lui disiez.
_Vous pensez qu'il a essayé de faire comprendre au Prof... Qu'il comprenait ce qu'il disait? Demanda le Panda.
_Peut-être, je n'en sais rien. Ce genre de choses dépasse mes compétences. Mais je suis très content de cette réaction. Et quelque part... Cela nous rappelle que Mathieu est toujours là, quelque part. Après ça... J'ai de meilleurs espoirs pour qu'il se réveille.
Le Geek sentit son cœur s'accélérer, tandis qu'il écarquillait les yeux.
_C'est vrai?
_Bien sûr. Il n'y avait eu aucun signe depuis le début, mais là... C'est bon. Très bon pour lui.
Le gamer se retourna vers son amant, n'osant pas y croire. Celui-ci lui sourit doucement, tout en hochant la tête. L'air soulagé et heureux qu'il avait confirmait au Geek qu'il avait bien entendu.
Mathieu allait bien se réveiller. Son espoir monta d'un cran.
_Il suffit d'être patient. Quelqu'un veut rester avec lui?
Le Prof secoua la tête, le visage souriant aussi. Il ne pensait qu'à une chose, annoncer la bonne nouvelle à la Fille. Et ensuite, au Hippie et au Patron. Quoiqu'il en dise, il était sûr que le criminel n'en avait pas rien à faire.
_Non, merci. Nous allons rentrer.
Le médecin acquiesça, le visage un peu soucieux. Mais il interrompit rapidement leur départ, s'adressant au scientifique.
_Est-ce que je peux vous parler une seconde, avant que vous partiez?
_Bien évidemment. -Il se tourna vers ses frères.- Allez-y vous deux, je vous rejoints à la voiture.
Ils attendirent quelques secondes que les pas s'éloignent, en silence.
_Que se passe-t-il?
_Hum... Comment dire... Hier, j'ai eu la visite d'un de vos "frère". Le Hippie, je crois?
_Oui, il est venu voir Mathieu, j'étais avec lui. Pourquoi?
_Eh bien, il semblait... Il ne semblait pas en très bon état.
_Oh..
_Et je sais reconnaître un homme sous stupéfiants quand j'en vois un.
Le Prof inspira profondément, cherchant les bons mots. Un médecin un peu trop entêtant sur le dos du camé n'était pas ce dont ils avaient besoin pour le moment.
_Ecoutez... C'est une période difficile pour nous en ce moment. Le Hippie a toujours été un peu à l'Ouest, mais il sait se gérer. Et on est là pour lui. Donc tout va bien. Ne vous en faîtes pas.
_... Très bien. J'espère que vous arriverez à gérer ce problème.
Le détenteur de la science infuse sourit froidement.
_On arrivera à gérer la situation quand Mathieu se réveillera.
Sur ces mots, il quitta la pièce, puis descendit jusqu'au hall. Il dévala les marches deux par deux, pour voir le Panda et le Geek qui l'attendaient un peu plus loin, adossés contre la voiture.
_Tout est ok?
_Tout est parfait. On y va.
_Qu'est-ce qu'il te voulait?
Un léger silence, avant que l'homme de science ne soupire.
_Rien. Rien du tout.
L'homme avisa la voiture quitter le parking et prendre la route, emportant les trois passagers à son bord.
Assis sur la chaise, le regard perdu, le docteur Leger réfléchissait. A ses côtés, allongé sur le lit, endormi, une jolie jeune femme blonde. Sur le mur, l'horloge indiquait quatorze-heure trente. Aucun bruit ne se faisait entendre dans le couloir ou dans les chambres voisines. Seul les bippements réguliers de la machine venaient troublaient le silence, pour son plus grand bonheur.
Deux semaines. Que faire... Que faire?
Il tourna la tête vers sa patiente.
Rarement dans sa carrière il n'avait vu une aussi jolie jeune femme que l'étudiante en médecine. Elle dégageait quelque chose de fort et de calme à la fois. De mature. Et ses traits fins et son visage pâle lui semblait sauvage, insaisissable.
Deux semaines. Deux semaines que le criminel l'avait menacé pour qu'il ne parle pas. L'homme aux cheveux fous -Antoine, si il se souvenait bien-, était venu plusieurs fois. La tentation de lui dire, de briser le mystère, était toujours la même. Toujours plus forte. Mais les mots de l'homme en noir résonnaient, le retenaient. Il avait une famille. Une femme et des enfants. Il ne pouvait pas risquer leur vie pour son travail et ses états d'âme.
Mais avait-il le droit de cacher un si lourd secret? De briser une famille de par le silence? Tout ça n'avait aucun sens. Quand il la réveillerait, elle parlerait de toute façon. Et ils sauraient qu'il avait failli dans son travail de chirurgien. Qu'il dise qu'il était passé à côté, ou qu'il avait préféré ne pas lui dire, le résultat était le même. Faute professionnelle.
Peut-être qu'avec un peu de chance, la blonde ne s'était pas aperçu qu'elle était enceinte? Ou qu'elle voudrait le cacher? Il faudrait la réveiller bientôt. Et sa position sera délicate...
Il soupira faiblement, la tête entre les mains, le regard toujours sur la jeune femme. Dans quelle situation s'était-il fourré?
Il finit cependant par se lever. Il quitta à regret ses yeux de la blonde, et d'un pas lourd, se dirigea vers son bureau.
Arrivé, il sortir une clé de sa poche, ouvrit l'un des nombreux tiroirs, et après quelques secondes à chercher, y sortit un document. Une échographie. Les résultats des tests de Marion.
Il resta ainsi quelques minutes à les observer. Il se posta à la fenêtre, là où le vent soufflait encore un peu.
La flamme vacilla un instant lorsqu'il alluma son briquet, mais elle ne flancha pas.
Les papiers brûlèrent en quelques secondes.
La nouvelle tomba, comme une nuée de papillon au début du printemps.
Mathieu allait se réveiller. Voilà qui était sûr à présent. Le contraire n'était plus envisageable.
Le Hippie, la tête posé contre la vitre, sourit doucement. Encore et toujours dans son van, "Imagine" de John Lennon tournant en boucle, un joint au bout des lèvres.
Une lueur d'espoir perçait dans ce cœur qui lui semblait éteint, depuis quelques jours. Et comme une eau douce ruisselante sur ses plaies à vifs, l'espoir le soignait doucement. Le déterrait de son trou psychédélique dans lequel il s'enfonçait doucement. Sa tête était déjà hors de l'eau. Et il suffisait de se laisser flotter sur les vagues, maintenant.
Oui... Juste se laisser flotter sur les vagues...
Il fixa la seringue, gentiment posée sur la table basse. Si unique, au milieu de tous ces objets. Si tentante.
Ses doigts pianotèrent un instant sa cuisse. Sa lèvre inférieure mordue, ses yeux fermés.
Ne pas succomber. Résister. Faire abstraction de la pulsion de son sang, de son corps entier, qui lui ordonnait de prendre l'objet, là, tout de suite.
"Mathieu a bougé les gars! Il va se réveiller? Vous entendez? Mathieu va se réveiller, c'est sûr..."
Il rouvrit les yeux.
Et envoya balader du revers de la main le seringue. Droit dans la poubelle. Il pût reprendre une grande respiration, puis attrapa la bouteille d'eau à sa droite, pour en boire une longue goulée.
Trois coups sourds à la porte.
Il se figea.
Ces coups-là, il les reconnaissait toujours.
Lorsque l'autre insista après un autre coup, son envie de le laisser poireauter le quitta tout à coup. Tout compte fait, il ne voulait pas vraiment affronter la colère du criminel.
La porte entrouverte le laissait apercevoir le visage fermé du pédophile, clair dans l'obscurité du soir. Le mac ne semblait pas de bonne humeur, manifestement. Bien que ces yeux soient toujours et éternellement cachés par ses lunettes noires.
_Je peux entrer?
Il s'effaça en silence, laissant entrer son frère. Le Patron s'installa sur la petite table de camping, débarrassant les affaires trônant dessus. Il s'arrêta brusquement en posant ses yeux sur la poubelle. Ses sourcils se froncèrent, et un léger soupire lui échappa.
Le Hippie, figé, attendait toujours.
Il eut l'étrange impression de se retrouver bien des semaines en arrière, assis à cette même place avec le criminel. La différence d'aujourd'hui, c'était que ce temps était passé. Que depuis toutes ces semaines, leur seule loi était de s'éviter comme des enfants. Ne sachant jamais sur quel pied danser. Ne sachant jamais quelle carte jouer.
Il eut la plus désagréable des impressions. Celle que tout recommençait une fois encore, sans qu'il ne puisse rien y faire.
_J'aimerais qu'on arrête de jouer à ce petit jeu.
Devant le silence du camé, l'autre continua.
_...Ça ne... m'amuse plus.
En appuyant bien ces trois derniers mots, il offrit au Hippie un sourire mi glacial, mi paresseux. Un sourire qui lui hérissa le poil.
_D'accord.
Les sourcils du Patron se haussèrent, et son visage prit une expression plus glaciale encore.
_D'accord? C'est tout ce que tu trouves à dire?
_Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre? Demanda le pacifiste d'une voix fatiguée. Presque ennuyée.
L'autre ne sut pas quoi répondre, et le Hippie sentit qu'il avait touché un point sensible.
Et face à tant de lâcheté, le pacifiste sentit quelque chose se briser en lui, une fois de plus.
_Qu'est-ce que tu veux sérieusement que je te réponde, gros? Que j'aimerais que t'arrêtes de te comporter comme un connard? Que j'aimerais qu'un jour, un seul jour, tu me montres qui tu es réellement? Sans... Sans artifices. Sans masque. Tu vois gros, c'est ce que j'ai compris, depuis l'accident de Mathieu. J'ai compris que tu portais un masque. Et je... Je sais pas si je pourrais te l'enlever un jour. Je sais même pas si il est possible de te l'enlever. Parce qu'il te colle tellement à la peau, maintenant, qu'on dirait que finalement, c'est devenu toi. Mais je garde espoir que non. J'aimerais vraiment que non gros. Je...
Il marqua une pause, respirant fébrilement.
_Tu t'inquiètes pour Mathieu. Et pourtant, tu fais comme si tu t'en foutais. Me dis pas que ça te fais rien qu'il est réagit aux mots du Prof c't'après-midi? Tu viens me voir, en me disant que tout ça ne t'amuse plus, comme si c'était un putain de jeu. Comme si jouer avec moi était drôle, et que tu t'éclatais à le faire gros! Alors tu vois... Au lieu de te pointer comme une fleur, là, après des semaines, pendant que Mathieu est dans le coma à l'hôpital... J'aimerais que t'arrête de te comporter comme si t'en avais rien à faire, et que tu comprennes un peu ce qu'on a à te dire.
Le silence fut lourd. Le criminel n'avait pas bougé, les yeux fixés sur sa personnalité contraire. Et le temps parût long. Infiniment long.
Après quelques minutes, il se passa lentement une main tremblante sur le visage, détournant le regard.
Et un instant, comme il l'avait si longtemps demandé, le Hippie pu voir le masque se briser.
Parce que même le plus fort des Hommes, même le Patron, n'était pas indestructible. Même lui, ne pouvait pas porter tout le poids du monde sans faiblir.
Mais ce qu'il vit... Ce qu'il vit, l'espace d'une seconde... Ne fut absolument pas ce qu'il avait demandé.
Et le remord l'assaillit, aussi vite que repartir la colère.
_Gros...
Il se tût. Qu'avait-il à dire, après tout ça? Après un si long monologue, qu'il savait vrai? Qu'il savait puisé de tous ses sentiments les plus profonds?
_Je me perds un peu dans ma route Gamin.
La voix n'était pas aussi rauque que d'habitude. Plus douce. Plus faible.
_C'est pour ça qu'on est pareil, toi et moi. On a tous une route. Un chemin à suivre. Le début, il a été tracé par Mathieu. C'est pour ça qu'on est... Merde, c'est pour ça qu'on est si perdu sans lui. C'est pour ça que rien tient debout. Parce que lui trace le début. Mais la suite, y'a que nous qui pouvons la choisir, et la continuer. Et toi et moi, on a pris le même sentier. Mais... On le parcourt d'une façon différente.
Il sourit haineusement. Mais certainement pas contre le camé.
_Là où tu te traînes en regardant ce qui se passe autour de toi... Là où tu te manges toutes les branches et toutes les ronces, mais toujours à vouloir aider tout le monde... Moi je fais attention à rien. Je me fous de tout, et je fonce à cent à l'heure.
Le pacifiste acquiesça lentement, l'air un peu triste. Surpris, mais touché.
_Je sais pas vraiment c'est quoi le pire, gros...
_Les deux sont pas mal dans le genre, Gamin...
Le silence se poursuivit. Le Hippie s'était assis en face de son double, regardant le sol. De temps en temps, ses yeux se posaient sur la seringue, toujours dans sa poubelle.
_J'aimerais que tu me racontes le tout début de ce sentier un jour Gros... Tu connais déjà le mien.
_Je ne pense pas le connaître dans sa totalité.
La respiration du Hippie faiblit légèrement. Un triste sourire vint prendre place sur ses lèvres.
_Tu ne voudrais pas le savoir Gros...
_Moi aussi, j'avais un père qui me tapait sur la gueule.
Une autre secousse de souffrance. Un peu plus douloureuse. Un peu plus déchirante. Et le fragment des souvenirs revint déchirer son cœur. Pauvre petit cœur qui hurle.
_On a encore ça en commun, alors...
Les mots, murmurés, faisaient l'effet d'une bombe. Parce qu'ils sont étranges, trop chevrotants, trop brisés. Trop distants, pour qu'ils soient une réalité pure.
Il y'a autre chose. Autre chose que l'autre ne dit pas. Autre chose qu'il veut savoir.
L'hésitation déchira le Patron. Ou ce qu'il en restait ici, dans ce van aux senteurs des encens et de la fumée.
Mais finalement, comme si, malgré tous les doutes, c'était ainsi que ça devait finir, il se retrouva sur la banquette du Hippie, à l'écoute.
Il crut un instant que le pacifiste ne dirait rien. Qu'il se raviserait. Parce que tout ça était trop douloureux. Mais après un temps de silence que le plus âgé respecta, les paroles vinrent.
Jamais dans la maison Sommet on ne connut telle souffrance que lors de ce récit.
Et lorsque les mots finirent de couler, tard, très tard dans la nuit, ce fut une plaie béante, coulant à flot, que le Patron accueillit dans ses bras.
Et si il y'avait encore un cœur qui battait sous cette large poitrine, le criminel aussi, se serait effondré.
Mais ses bras ne flanchèrent pas un instant, retenant le Hippie contre son torse. Puis chacun pensa à Mathieu, très fort.
Cœur contre cœur, les deux frères s'endormirent ainsi. Sous le clair de la lune, la musique en fond, avec pour compagnie le fantôme des souvenirs destructeurs, qui les accompagnaient, toujours.
Cette nuit-là, le Hippie rêva.
Comme une musique impétueuse, sa vie, celle d'un autre monde, se résumait à une seule chose.
Les mots. Les visages. Les Hommes. Le monde.
Tout cela n'a plus de sens, après une petite piqûre.
Il s'y connait bien. Il a lu, appris de ses potes, vu des documentaires. La drogue, c'est son monde. Son lit douillet. Son amante, auprès de laquelle, il le sait, il restera pour toujours.
Pour certain, la drogue accompagne la tristesse. Pour d'autre, le désarroi. L'abandon. La souffrance viscérale. Celle qui empêche de vivre une vie jugée normale, avec les autres gens.
Il a toujours vécu avec la drogue. Ça fait partie de ces choses dont on ne se débarrassent pas. Ancrées profondément en nous. Qui blessent autant qu'elles soignent.
Mais sa came à lui, c'est la haine, qu'elle porte sur son dos. Collée, là, toujours. Enfouie dans les moindres recoins de son esprit, cherchant une occasion, une seule, de s'échapper pour se défouler.
La haine était une bête monstrueuse, prête à jaillir, à faire mal. Mais il en avait l'habitude. Présente depuis l'enfance. Mais jamais rassurante. La haine ne jouait jamais sur deux fronts. Elle lui faisait toujours mal, et se foutait bien de ce qu'il pouvait ressentir à côté.
Cette égoïste ramenait tout à elle, écrasant chaque sentiment adverse qui pourrait lui porter atteinte.
Il avait essayé pourtant, de la rejeter. De l'étouffer, pour le réduire au silence. Mais elle était coriace, et revenait sans cesse.
La drogue l'avait aidée. Vieille et fidèle amie. Un instant très court, il avait souri bêtement, savourant la sensation de plénitude lors de la première taffe. L'espoir avait explosé. Il oubliait, tout. La haine le quittait enfin! Il était bien. Dans son élément.
Dès lors de son premier bédo, il avait adopté la ganja comme sa meilleure amie officielle. Elle, ne lui avait jamais fait de mal.
Et la haine s'en était allée vers d'autres mômes détruits. Pour se nourrir d'autres douleurs. Le laissant en paix.
Mais pour son plus grand désarroi, cela n'avait pas duré bien longtemps.
Lui, pauvre petit bonhomme sans histoires... Toujours calme, dans sa bulle, à rêver pour les autres. Cachant les blessures grâce à un sourire lumineux et une démarche traînante. Toujours à sortir de bonnes blagues pour faire rigoler la galerie. Entouré d'amis qu'il avait trouvé sympathiques. Deux trois copines par-ci par-là...
Le soir, en allant se coucher, il ignorait toujours les cris de son père, ivre devant la télévision, hurlant à tout bout de champs. Il fermait les yeux, et pensait à l'effet que produisait un seul de ses pétard. Et alors, il pouvait s'endormir.
Et alors, il pouvait rêver. Et pour lui, cette fois-ci.
Le matin, il se souvenait en se regardant dans le miroir que son géniteur, ce soir en rentrant, passerait ses nerfs sur lui une fois de plus. Alors presque avec lassitude, il se demandait quelle partie du corps allait morfler cette fois. Les jambes? La tête? Le torse? Le ventre? Le dos?
Dans sa grande naïveté, il prenait sa souffrance en patience. Crevant à petit feu, mais avec la came pour aide.
Mais pas lors de ce soir-là. Ou son père, plus ivre que d'habitude, l'avait plaqué contre la table, ignorant ses appels désespérés. L'avait déshabillé, agrippant ses hanches.
La haine, souriant follement, avait toquée à sa porte. S'était réinvité à sa table, lui lançant un regard méprisant au passage. Lui, brisé, au sol, avec comme seule idée celle de s'ouvrir le ventre.
Mais la haine, étrangement, lui avait sauvé la vie. L'avait retenu de son bras maigre et décharné, et avait plongé ses deux grands orbes vides et sombres dans les siens.
"Pas tout de suite" Lui avait-elle murmurée vicieusement.
Et la vie, (la mort) avait continué. Symphonie diabolique. Celle d'un autre monde.
Chacun des jours de cette existence comme un coup de glaive en plus dans le corps. Lui qui aurait tant voulu que la musique cesse, une bonne fois pour toute. Chaque pas de plus dans le gouffre, note des enfers.
Le Do était la douleur. Celle qui l'accompagnait constamment, à chacun de ses mouvements. La toute première, qu'il portait depuis enfant. Et la dernière, qui resterait avec lui à jamais. Jusqu'à sa mort. Le Ré était le chagrin, ami fidèle, père de chacune de ses sombres envies. Le Mi était la peur. Ombre de son ombre, l'englobant de sa lâcheté. Le faisant sursauter à chaque mouvement dans le noir, à chaque parole un peu trop forte. Le Fa était la honte. Celle qui l'éloignait des autres. Le faisait se sentir sale et souillé, intimidé par ses frères et sœurs. Le Sol était l'illusion. Celui qui le faisait monter haut dans la nuit, lorsqu'il rêvait délicieusement. Qui le rassurait. Sa lanterne dans la brume. Le La était l'amour. Celui qui restait, malgré tout. Peu présent, mais l'habitant tout de même. Celui qui le faisait aimer le monde, et qui l'avait appris à apprécier la beauté du ciel et des nuages.
Le Si était la haine. Dernière de la longue liste. Amante, sœur et amie. Voyageuse passagère ou éternelle.
C'était sa symphonie. Celle de son passé. Et, sans qu'il ne se mente, de son présent, et de son futur.
Et un jour, l'illusion avait pris le pas. L'amour des autres l'avaient fait accepté, ainsi que la honte. Tous y goûtaient. Et il ne voulait pas être différent. Il voulait savoir. Savoir si c'était aussi magique...
L'héroïne avait parcouru un bon bout de chemin, avec ce compagnon d'infortune. Elle avait été déçue, lorsqu'il l'avait abandonné. Il était un client très fidèle, après tout, et ne manquait jamais un seul de leur rendez-vous...
Mais lorsqu'elle vit ce qu'elle avait provoqué chez son consommateur, même elle, perdu de sa saveur.
Ce fut le tout dernier combat de la haine. Elle n'avait été que passagère, finalement. Et la drogue continuerait sans elle. A bord de ce bateau chaotique et houleux qu'était celui de la vie de ce jeune garçon perdu. Ce jeune garçon, qu'elle avait accueilli dans ses bras, vu grandir et s'épanouir.
Elle lui offrit un tout nouvel ami, comme cadeau de départ.
La vengeance.
Elle était là, lorsqu'elle avait regardé son enfant, trop shooté pour se rendre compte, commettre l'irréparable. Elle avait utilisé ses yeux bleus limpides, déployant ses ailes pour le grand départ.
Car après la vengeance, venait son pire ennemi: Le remord. Celui qui la tuait.
Elle s'était sacrifiée, pour sauver ce jeune homme.
Et dans un dernier rire noir, elle avait contemplée avec admiration l'humain prendre ce baril d'essence, pour le verser autour de cette maison qui les avaient recueilli. Elle l'avait admirée bloquer toutes les issues de secours, toutes les portes et fenêtres.
Et craquer cette allumette.
Le hurlement de douleur de ce vieux fou qui avait engendré son plus précieux ami la contentait encore.
Le temps d'une nuit, elle était restée. Prenant dans ses bras imaginaire ce jeune garçon retrouvant doucement son état normal.
Puis elle avait ouvert ses ailes en grand, déployant sa majestuosité. Et la note chaotique de cette longue et douloureuse musique s'était envolée, laissant ses frères et sœurs au creux de ce cœur en lambeaux, pour l'éternité.
La symphonie était terminée.
Voilà! J'espère que ça vous a plu!
Je remercie encore toutes celles et ceux qui mettent des reviews, ou follow, mettent en fav, etc. Vous êtes perfects!
Je ne sais pas du tout quand arrive le prochain chapitre. Je vais essayer avant lundi prochain, mais rien n'est moins sûr.
Une review? :)
A la prochaine!
Peace and Love. 'HippiqueAndYDeaLD
