Père,
Père, tu étais tout pour moi. Je t'ai toujours aimé. Je t'ai toujours respecté. Tu étais pour moi le plus respectable des êtres de toute la création. Je t'idolâtrais, je t'idolâtrais plus que n'importe quel dieu, plus que n'importe quel titan. Je t'idolâtrais plus qu'Ouranos lui-même. Tu étais si majestueux, si beau, si fort. Et j'ai tout fait pour toi. J'aurais donné mon âme, mon essence, mon existence toute entière pour toi. Je t'aurais suivit au plus profonds du Tartare si tu me l'avais demandé. Je me serais damnée si tu me l'avais demandé, juste parce que ça prouvait que tu m'aimais en retour, ne serait-ce qu'un millième de comment je t'aimais.
Regarde-nous, à présent. Regarde-nous. Tu es ma malédiction. Regarde-nous. Le magnifique ciel que j'admirais est désormais ton fardeau. Et la mère dont je suis née est désormais ma prison, mes chaînes. Regarde-nous. Nous sommes détruits. Ton image est entachée, comme ton honneur. Toi, que j'aimais tellement, tu n'es plus que haine et rancœur. Tu n'es plus que malédiction, ma malédiction. Je suis punie, parce que je t'ai aimé. Je suis punie, obligée à aimer et à être délaissée, encore et encore. Les mortels parlent de moi, racontent mon histoire, mais ils ont oublié. Ils ont oublié que le premier qui m'a délaissé, c'est toi. Ma malédiction ne porte pas le nom d'Ulysse le Héros, elle porte le nom d'Atlas le Titan. Ce nom autrefois si admirée, ce nom que je ne veux plus entendre désormais. De toute façon, qui pourrait le prononcer ? Je suis seule. Complètement seule. Moi qui répugnais à te quitter.
Mais je suppose que tu t'en fiches. Le poids du ciel qui pèse sur tes épaules est bien plus important que le poids de mes regrets, n'est-ce pas ? Tu dois trouver ça futile. Tellement futile. Je ne suis qu'une de tes filles parmi tant d'autres. Je ne suis pas importante. Ce n'est pas comme si j'étais celle qui t'avait suivie tête baissée, qui t'avait donné sa confiance aveugle... Oh, mais si, c'est moi. Je t'ai cru, et regarde-nous, regarde où nous en sommes. Je ne verrais plus jamais ton visage à nouveau, et je suis sûre que tu ne penseras plus à moi. Pourquoi le ferrais-tu ? Tu as déjà ta malédiction, tu as déjà le poids du monde à porter.
J'aimerais te maudire. J'aimerais supplier les dieux de t'infliger la peine que tu me fais subir. J'aimerais pouvoir te cracher au visage. J'aimerais inscrire mon nom sur ta peau, pour que tu ne l'oublies jamais, tout comme ton nom est gravé au fer rouge dans ma mémoire. Mais j'en suis incapable. Je suis trop sentimentale. Je t'aime trop. Tu souffres déjà tant. Même encore aujourd'hui, après tout ce que j'ai subi, j'ai encore cette part en moi, celle qui se réclame ta fille, qui te jure fidélité éternelle et qui demande à partager ta peine, à alléger ton fardeau. J'ai encore cette voix qui te demande de l'aimer.
Tu vois, même après tous ces millénaires de souffrance, je suis toujours ta fille.
Qui sait combien il m'en reste encore avant de pouvoir enfin te haïr.
Ta fille maudite,
Calypso.
