Merci pour les reviews et votre suivi ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira autant que les précédents. Il n'en restera plus qu'un après celui-là (dès qu'il est fini et relu, je le poste, promis).
Chapitre 4 - Magie, vous avez dit magie ?
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Merlin était trop abasourdi pour réagir, trop fatigué aussi. Il n'avait pas récupéré des nuits précédentes malgré la dernière plutôt correcte. Alors quand Gauvain lui dit qu'il savait, il ne put que répondre surprit et un peu apathique :
- Tu sais ?
Gauvain ne s'attendait pas à ce genre de réaction. Il passa sa main devant son visage plusieurs fois et Merlin ne la stoppa qu'au troisième passage.
- Tu sais !?
Il commençait à comprendre.
- Oui, confirma Gauvain. Je me souviens des meubles volant dans la pièce et des dragons de feu.
Les dragons de flammes faisaient décidément grande impression, il faudrait qu'il s'en rappelle, ça pourrait resservir.
- Je me souviens aussi des coups de colère de bébé Mordred.
Merlin commençait à être inquiet. Il savait pour Mordred aussi ?
- Je suppose que les autres ne sont pas au courant, poursuivit Gauvain.
- Juste Gaius.
Il se mordit la lèvre aussitôt qu'il l'eut dit. Pourquoi n'avait-il pas démenti ? Il aurait pu...
- Logique, continua Gauvain comme si de rien n'était. Je me posais pas mal de questions mais je n'avais jamais eu de vraies preuves jusque là.
Merlin le regarda éberlué.
- Quoi !?
- Courage, force et magie, les branches qui se cassent toutes seules, nous sortir de situation inextricable normalement... je veux bien jouer les naïfs, mais je ne suis pas comme Arthur à porter des œillères. À moins d'avoir un magicien dans notre camp, très près de nous, comment aurions-nous pu en arriver là aujourd'hui ? Et puis tu étais le meilleur candidat, le serviteur d'Arthur, insoupçonnable !
Cette fois, Merlin se laissa tomber sur le lit. Il y avait trop de choses à intégrer. Gauvain s'empressa de l'imiter et de poser une main rassurante sur son épaule.
- Je ne t'en veux pas pour me l'avoir caché, Merlin. À ta place, je suppose que j'aurais fait pareil.
- Mais je... enfin tu...
- Je ne te considère pas comme un monstre et tu n'en es pas un. Tu es mon meilleur ami et mon seul regret est que tu ne m'en ais jamais parlé. Pour le reste... je trouve ça formidable que tu maîtrises la magie !
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La magie... C'était une chose qu'il avait toujours caché, dissimulé aux yeux du monde. Il était habitué à taire son existence. Il avait toujours fait comme si elle ne le concernait pas alors qu'il était une partie même de la magie. Et maintenant...
Maintenant son ami était au courant.
- Gauvain... commença-t-il hésitant.
Le chevalier le fit taire d'une pression de la main aussitôt. Il capta en regard en silence, tout entrain disparu, avant de finalement sourire avec douceur.
- Merlin, je serai toujours de ton côté. Tu m'entends ? Le monde peut s'effondrer, Camelot disparaître, tout le monde s'élever contre toi, je serai toujours de ton côté, à tes côtés. C'est à la vie à la mort entre nous. Tu n'es pas que mon ami, tu es comme mon frère, jamais je ne te trahirai. Je ne suis pas comme tous les gens ici qui pensent la magie mauvaise. Mon épée tue des gens, cela veut-il dire que l'épée est mauvaise ou que je le suis ? Non, tout dépend de qui la manie et ce qu'il choisit d'en faire. C'est la même chose pour la magie, en tout cas c'est ce que je pense, même si je suis convaincu que c'est sans doute plus compliqué que ça.
Ému, le magicien dut chasser les larmes traitresses qui menaçaient de jaillir. Il posa une main par dessus celle de son compagnon et ne prononça qu'un mot :
- Merci.
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Dans les quartiers du médecin, Guenièvre déposa un Arthur endormi sur le lit avec précaution. Elle retint son souffle, mais il ne se réveilla pas à grand renfort de pleurs comme les deux fois précédentes. Avec un soupir de soulagement, la jeune femme s'étira. Elle s'assit ensuite près de Gaius et commença à manger le repas qu'on lui avait apporté.
- Je désespérais qu'il s'endorme un jour, dit-elle. Je n'imaginais pas que s'occuper d'Arthur était aussi prenant quand il était petit. Je suis soulagée que ça ne dure qu'une journée.
Gaius acquiesça, tout aussi soulagé d'avoir évité une énième crise de pleurs.
- Bientôt, tout rentrera dans l'ordre, assura-t-il.
- Pensez-vous que Merlin s'en sorte ?
- Si Gauvain est redevenu lui-même, je pense que oui.
- Alors Mordred aura retrouvé sa taille normale demain et Merlin sera devenu un bébé ?
- Tout le laisse à penser.
- Ne pensez-vous pas que nous devrions le prévenir, Gaius ? Je suis mal à l'aise de ne rien lui dire.
- Cela pourrait aggraver les choses, ma Dame. En tentant d'échapper au problème, Merlin serait bien capable d'en créer d'autres.
La reine resta pensive, pesant le pour et le contre.
- Peut-être, concéda-t-elle avec un léger soupir.
- Ne prenons pas de risques.
Guenièvre se demandait tout de même si Merlin n'allait pas leur en vouloir par la suite.
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Gareth posa Kay sur le lit le plus doucement qu'il put. Le bébé ne broncha pas. Il agita ses mains vers sa nounou du jour avec un sourire heureux. Gareth venait de l'amener à une nourrice, la même qu'il avait dû avoir la veille quand il était lui-même enfant. Repu, Kay gazouillait gaiement sans toutefois vouloir dormir. Le chevalier vérifia s'il fallait le changer, mais la nourrice s'en était déjà chargé. Gareth se demanda comment les autres s'en étaient sortis. La situation était quand même... étrange.
On frappa à sa porte. Il s'empressa d'inviter les personnes à entrer de peur d'effrayer l'enfant par les coups répétés.
- Sire Léon ? Perceval ? s'étonna-t-il.
- Nous venons aux nouvelles, le rassura d'emblée le plus ancien des chevaliers de Camelot. Vous en sortez-vous ?
Gareth eut un regard pour Kay puis un demi-sourire.
- Ça va, ce n'est pas un bébé difficile. Pas comme moi hier de ce que j'ai compris.
- Vous n'êtes pas le pire, le rassura Léon. Gauvain n'était pas un bébé facile, même si le pire...
Il hésita un instant à parler, mais Perceval l'invita à continuer.
- Le pire, poursuivit-il, c'est Arthur.
- Sa Majesté ?
- C'est un bébé braillard pour reprendre les mots de la nourrice.
- Il ne supporte pas qu'on le délaisse même un instant, confirma Perceval. C'est difficile de s'occuper de lui.
- La reine a bien du mérite, confirma Léon. Je ne voudrais pour rien au monde l'avoir en charge.
Kay choisir cet instant pour manifester son mécontentement. Les trois chevaliers s'approchèrent.
- Il a mangé ? interrogea Léon.
- Oui.
- Été changé ? demanda Perceval.
- Aussi.
- C'est étrange qu'il ne dorme pas, dit Léon. Il a l'air bien fatigué.
- J'ai essayé de le bercer, mais ça ne lui a pas vraiment plu.
- Et une histoire ? Vous avez essayé ? Nous y avons tous été plutôt réceptifs quand nous étions dans son état.
- Kay est plutôt bon conteur, mais moi...
- Vous devriez laisser Léon faire, proposa Perceval. Il est doué pour ça. Même si je garde peu de souvenirs de ma transformation, je me rappelle bien de ses histoires. J'ai aimé les entendre avant de dormir.
- Vous feriez ça, sire Léon ?
- Eh bien, je...
- S'il vous plaît !
- D'accord, capitula-t-il face à leur insistance. Installez-le correctement dans le lit et je vais lui raconter une histoire.
Kay s'empressa de s'exécuter, secondé par Perceval. Une fois l'enfant calé sous les draps, ils prirent chacun un siège et se rapprochèrent de lui. Alors seulement Léon comprit qu'il n'allait pas raconté une histoire uniquement pour l'enfant.
- Vous êtes sûrs de vouloir rester ?
- Kay est sous ma responsabilité, je ne peux pas le quitter, répondit Gareth.
- J'aime vos histoires, expliqua simplement Perceval.
Léon passa une main dans ses cheveux pour se donner contenance.
- Dans ce cas...
Il s'installa sur le lit près de l'enfant, évita le regard de ses compagnons, capta celui de Kay et commença son histoire.
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Tandis que Léon régalait son auditoire d'une histoire où il était question d'un trésor fabuleux, Merlin profitait d'un bref moment de repos. Gauvain avait accepté de garder Mordred pour lui donner un peu de temps. Après avoir fait une toilette digne de son nom et avalé un repas sans être interrompu par des cris d'enfants, il décida de profiter du temps qui lui restait pour passer voir Gaius.
Il regretta son idée à l'approche des quartiers. Du couloir on entendait les cris d'un enfant en pleurs. Il trouva à l'intérieur de la pièce le médecin et Guenièvre tenter de faire taire les cris d'Arthur. Le bébé faisait une crise de larmes qui vous donnait plus envie de fuir que de le consoler.
La réaction de Merlin fut immédiate. Sitôt que Gwen eut le dos tourné pour aller chercher quelque chose que le bébé avait envoyé au sol, il prononça quelques mots qui façonnèrent un dragon de flammes au-dessus du bambin. Gaius faillit lâcher l'enfant sous le choc et Arthur se tut miraculeusement.
La reine fit volte-face dès qu'il y eut silence. Merlin avait déjà fait disparaître le dragon.
- Eh bien, Merlin, je crois que ton arrivée a suffisamment surpris Arthur pour le faire taire, commenta le médecin avec un regard noir pour son pupille.
Le jeune homme tripota son foulard embarrassé.
- Heu... oui, je suppose que je fais cet effet là à Arthur quel que soit son âge. Ça va, Gwen ? évita-t-il le visage sombre du médecin. Tu ne sembles pas aller bien.
- Je suis juste un peu fatiguée. Arthur est épuisant.
- Il ne devrait pas déjà dormir ? Mordred dort toujours à cette heure là.
- Il devrait, soupira Guenièvre, mais il ne veut pas. Il lutte contre le sommeil depuis longtemps déjà. Gaius me parlait d'un doudou qu'il avait petit et qui pourrait le calmer, mais je n'ai pas encore pu aller le chercher.
- Vas-y maintenant, proposa Merlin. Je vais rester avec Gaius pour m'occuper de lui le temps que tu le trouves. Gauvain surveille Mordred le temps qu'il dort.
- Vraiment ? Oh, merci, Merlin ! J'y vais tout de suite !
Elle partit à toute vitesse. Le sourire amusé de Merlin à la voir si empressée disparut dès qu'il vit Gaius.
- Que t'est-il passé par la tête ? gronda le médecin. Faire de la magie devant Arthur et Guenièvre !
- Arthur est un bébé et Gwen ne voyait rien.
- Merlin !
- C'était un réflexe. J'ai fait ça avec Mordred et Gauvain et à chaque fois qu'ils pleuraient et ça les a calmés. Mais parlez moins fort où Arthur va se remettre à pleurer.
Le bébé recommençait à gigoter sérieusement dans les bras de Gaius. Le médecin pâlit. Il allait bientôt se remettre à pleurer, pour ne pas dire crier.
- Vous voulez que je le calme ? demanda Merlin non sans malice à son tuteur.
Gaius s'apprêtait à répondre non quand Arthur se mit de nouveau à hurler. Merlin eut un air entendu. Gaius soupira, leva les yeux au ciel, puis accepta d'un signe de tête qu'il fasse réapparaître le dragon.
