Bonjour à tous !

Alors, au menu aujourd'hui : un Bofur déprimé se morfondant, accompagné d'un petit Hobbit se voulant rassurant, donnant lieu à un échange tendre entre les deux. Le chef s'excuse du manque de Thorin Oakenshield dans ce chapitre, nous sommes actuellement en rupture de stock.

Bon appétit.

Ces ingrédients appartiennent à leur producteur. Je ne fais que les agrémenter à ma sauce. (Ça se sent que j'ai faim ? ^^)


Chapitre 4

De l'autre côté du camp, Bofur se morfondait dans un coin en essayant de se faire le plus petit possible. Il aurait tellement aimé que le sol s'ouvre sous ses pieds et l'engloutisse. Quel imbécile il était. Il avait à nouveau perdu le contrôle, son côté pervers lui avait échappé, cette fois en présence de Bilbo en plus. Quelle horreur. Comment allait-il se rattraper ? Le Hobbit ne voulait sûrement plus lui parler, pas après ce qu'il avait fait. Bofur avait affreusement honte, il n'osait pas lever la tête et regarder ses compagnons, de peur que ceux-ci soient au courant de ses actions envers leur cambrioleur. Kíli avait dû comprendre en les voyant et en avait probablement parlé à son frère et son oncle. Un frisson d'effroi courut le long de la colonne vertébrale du mineur, Thorin savait, c'était inévitable. Si c'était le cas, le roi ne lui ferait pas de cadeau, il le punirait sévèrement. Tout le monde avait remarqué son récent instinct protecteur concernant le semi-homme, il se ferait un plaisir de torturer le premier qui tenterait quoi que ce soit envers le Hobbit. Ses jours étaient comptés, Bofur en était certain. Peut-être devrait-il commencer à prier Mahal pour une mort rapide. Son frère pleurerait son décès mais il s'en remettrait, c'était un solide gaillard. Bifur aurait du mal à comprendre mais avec un peu de chance, il ressentirait un peu de tristesse. Ou alors tous les deux auraient honte de leur dernier parent restant et le renieraient. C'était tout ce qu'il méritait après tout. Quant à Bilbo, Bofur aurait de la chance si le Hobbit daignait le regarder une dernière fois. Ses yeux seraient remplis de dégoût et de haine, chose que le mineur ne pourrait supporter de voir dans les pupilles vertes du cambrioleur, il préférait perdre la vue.

Il devait se calmer, il avait tendance à exagérer quand il angoissait. Thorin ne le bannirait pas et sa famille ne le rejetterait pas, tous connaissaient sa particularité et faisaient avec. Seul Bilbo n'y avait jamais fait face mais aujourd'hui, il y avait été confronté de plein fouet. Le pauvre n'avait eu aucune chance, personne ne pouvait échapper à Bofur lorsqu'il était en mode « chasseur ». Son expérience avec les princes Durin était un souvenir qu'il souhaitait chasser de sa mémoire. Fíli avait une bonne droite, son coup avait laissé une marque pendant plusieurs jours mais Bofur savait qu'il l'avait amplement mérité. Le jeune héritier ne lui en avait pas tenu rigueur, à l'inverse de son frère qui refusait de laisser Kíli seul en présence du mineur, et lui avait pardonné mais le sentiment de gêne ne disparaîtrait jamais de l'esprit du fautif.

Il savait que Bombur avait honte de son comportement, même s'il n'y pouvait rien. Aucun guérisseur ou mage ne pouvait expliquer d'où provenait ce changement de caractère. Bofur était un cas unique chez les Nains et personne ne savait rien quant à sa condition, aucun traitement n'existait. Le seul moyen de limiter les dégâts était de constamment garder ses cheveux attachés et de s'assurer qu'il était bien seul lorsqu'il défaisait ses tresses. C'était pour cette raison qu'il prenait toujours son bain après les autres, pour éviter tout débordement. Il n'avait pas eu de problème de ce genre depuis longtemps, faisant très attention à ne pas déclencher de conflit involontaire avec le frère ou père d'une éventuelle conquête, masculine ou féminine. Malheureusement sa chance avait tourné et la dernière personne à qui il souhaitait infliger cela était devenue sa victime. Y repenser envoya un poignard dans le cœur de Bofur, il était tellement embarrassé de son comportement. Bilbo, aussi gentil qu'il fut, ne lui pardonnerait jamais un tel affront. Il devait se sentir impur et sale par sa faute. Il avait de quoi, le Nain l'avait pratiquement violé. Certes, le Hobbit avait été plus que consentant sur le moment, il avait retourné ses étreintes avec passion et répondu à chacune de ses caresses. Il avait accepté de se faire embrasser, voire dévorer, et n'avait pas une seule fois tenté d'y mettre fin. On pouvait donc supposer que Bilbo avait apprécié et que peut-être, ils auraient pu continuer si Kíli n'était pas arrivé à ce moment-là.

Non, Bofur ne devait pas s'imaginer quoi que ce soit, le Hobbit était attiré par Thorin Oakenshield. Une fois qu'Erebor leur appartiendrait à nouveau, il épouserait le roi et deviendrait son consort. C'était la suite logique des événements et une fin tout à fait convenable pour leur aventure. Plus vite le mineur l'accepterait, plus vite… il aurait le cœur brisé. Il ne voulait pas que cela arrive mais il n'avait pas le choix, Bilbo ne lui était pas destiné, il n'avait pas le droit de l'aimer. C'était ainsi, rien n'y changerait.

Bofur sortit machinalement sa flûte mais ne la porta pas à ses lèvres, il ne fit que la tenir, le regard rivé au sol. Il n'avait pas le cœur à jouer, s'il essayait de composer une mélodie, celle-ci serait morne et triste, totalement à l'opposé de ce qu'il inventait habituellement. Ses soucis se refléteraient dans sa musique et il ne souhaitait pas les partager avec le reste de la Compagnie. Rangeant l'instrument dans son sac, il la remplaça par son fidèle couteau et attrapa un morceau de bois plus large que sa main. Le meilleur moyen de se changer les idées, lorsque la méthode précédente ne fonctionnait pas, était de sculpter. Il ne comptait plus le nombre d'objets inutiles et difformes qu'il avait créés depuis le début de leur quête, les jetant tous dans le feu ou dans les bois.

Ses mains ne prirent même pas le temps de se familiariser avec le matériau et s'attaquèrent directement à la découpe. Une fois terminée, son œuvre finirait en cendres comme les autres alors à quoi bon se concentrer. Au moins, pendant que ses mains étaient occupées à tailler, son cerveau pouvait se libérer. Ses pensées s'évadaient, lui laissant un peu de répit et chassant momentanément ses problèmes alors que ceux-ci restaient non résolus. C'était devenu naturel pour lui de ciseler du bois, il ne prêtait jamais attention à ses mouvements, son couteau coupant de manière familière sans qu'il ne regarde son trajet. Bofur s'était blessé de nombreuses fois au début mais son talent s'était amélioré au fil des années.

Sans s'en rendre compte, le Nain passa le reste de l'après-midi à sculpter jusqu'à ce que le soleil se couche et un feu soit allumé. Des odeurs de nourriture parvinrent jusqu'à son nez, chatouillant ses narines et éveillant son appétit. Bofur leva la tête et vit Bilbo en train de préparer le repas, aidé par Bombur qui jetait des herbes dans la marmite. Bifur se tenait juste derrière le Hobbit, prêt à intervenir au moindre appel. Il était évident que son cousin souhaitait ardemment aider le cambrioleur une fois encore si on en croyait l'anticipation dans ses yeux. Visiblement, le Nain handicapé s'était entiché du semi-homme, ce qui étonna Bofur. Il semblait beaucoup apprécier Bilbo, pour une raison inconnue, et le suivait partout tel un caneton courant après sa mère. Le Nain au chapeau ne savait si ce rapprochement lui plaisait ou l'inquiétait. Que sa famille s'entende avec l'élu de son cœur était une très bonne chose mais il ne faudrait pas qu'elle l'effraie et le fasse fuir, cela ruinerait entièrement ses chances de séduire le cambrioleur, elles étaient assez minces comme cela.

La proximité de Bifur ne devait pas déranger Bilbo car ce dernier lui envoyait de fréquents sourires amicaux auxquels le mineur répondait par une réplique un peu plus grimaçante. Le petit cuisinier lui demanda d'aller chercher quelques ingrédients en plus pour le bouillon, requête que le Nain s'empressa d'exécuter, ce qui lui valut un éblouissant sourire en remerciement.

Bofur soupira, son cousin s'entendait mieux avec sa moitié que lui-même. De toute manière, Bilbo ne serait jamais qu'un doux rêve, il était l'amour de sa vie mais ne lui appartiendrait jamais. Peut-être aurait-il mieux valu qu'ils ne se rencontrent pas, cela aurait évité le chagrin inévitable que le fabriquant de jouets allait ressentir.

Sombrant à nouveau dans sa mélancolie, Bofur tourna la tête, il ne pouvait supporter de regarder le Hobbit après ce qu'il lui avait fait. Il était détestable, profiter de l'innocence et de la confiance d'un être si fragile était un crime. S'excuser n'y changerait rien et même si Bilbo lui pardonnait un jour, lui-même ne pourrait arrêter de s'en vouloir. Il avait tout perdu en peu de temps et n'avait plus que ses remords pour se morfondre. L'envie de sortit sa flûte était très forte mais il se retint. Jouer maintenant serait équivalent à se mettre à pleurer devant tout le monde et il préférait éviter cela.

Il était plongé tellement profondément dans ses pensées qu'il n'entendit pas les pas se diriger vers lui. Un soudain parfum de viande lui embauma les narines et un bol apparut sous son nez. Bofur leva la tête des petites mains tenant l'objet pour se retrouver face à face avec l'individu qui hantait son esprit. Bilbo était débout à quelques centimètres devant lui, se tortillant le plus discrètement possible, un air gêné sur le visage. Lorsque leurs yeux se croisèrent, ceux du semi-homme s'écarquillèrent et ses joues prirent une délicate teinte rosée. Il était terriblement mignon ainsi et une vague de désir parcourut Bofur à sa vue mais il se morigéna instantanément, sa libido avait assez fait de dégâts comme ça. Il récupéra le bol, en prenant bien soin de ne pas frôler les doigts de son compagnon, et le remercia d'une petite voix, la tête baissée.

-C'est du ragoût de lapin au romarin cette fois-ci. Je sais que vous aimez particulièrement cette herbe, alors j'en ai rajouté exprès, expliqua timidement Bilbo.

Bofur en fut surpris, le Hobbit avait préparé ce plat en pensant à lui ? Malgré ce qu'il lui avait fait ? C'était inespéré ! De plus, il lui avait apporté sa part en personne et s'était senti obligé de lui dire. Cette attention toucha énormément le Nain à la pioche, bien qu'il ne comprenait pas pourquoi il avait fait un tel geste. Son étonnement dut se lire sur son visage car Bilbo continua.

-Je voulais faire quelque chose pour vous… Je veux dire, pour vous remonter le moral ! se rattrapa-t-il de justesse. Vous aviez l'air si triste que je me suis dit qu'il fallait y remédier.

-Vous avez fait ça… pour moi ? Merci. C'est très gentil d'vot' part. Mais j'comprends pas, vous devriez m'en vouloir, m'détester. Au lieu d'ça, vous vous inquiétez pour moi.

-Vous en vouloir ? Mais de quoi ? s'étonna Bilbo.

-A cause d'mes actions de t'à l'heure… avoua Bofur à demi-mots. Je m'suis comporté comme un véritable animal ! J'vous ai violenté et j'aurais pu vous faire mal ! Vous devriez pas m'approcher, j'suis dangereux. Qui sait c'qui s'serait passé si Kíli était pas arrivé, murmura le Nain en essayant de dissimuler au mieux sa peine.

Son aveu fit un choc au cambrioleur, il ne s'était pas imaginé que son ami souffrait autant de la situation. Était-ce la raison de sa tristesse ? Cela n'avait aucun sens, Bofur n'avait rien fait de mal.

-Je suis assez grand pour choisir si je veux vous parler ou non ! s'écria soudainement Bilbo, les poings sur les hanches et les sourcils froncés. Ce n'est pas à vous de décider si je dois m'éloigner de vous. Pourquoi le ferais-je ? Vous êtes la personne avec laquelle je m'entends le mieux ici. J'en étais arrivé au point où je nous pensais amis mais si vous me repoussez, c'est que j'avais tort, termina-t-il d'une voix triste.

-Non, absolument pas ! s'empressa de le contredire Bofur. Vous avez entièrement raison, j'vous apprécie énormément et c'est justement pour cette raison que j'vous d'mande de m'éviter. C'que j'ai fait tout à l'heure est… impardonnable. J'aurais aimé qu'vous m'voyez jamais ainsi. J'suis désolé Bilbo, j'vous ai maltraité. Si vous saviez à quel point j'ai honte… J'comprendrais si vous décidiez d'plus m'adresser la parole.

Le mineur baissa piteusement la tête, ne pouvant faire face au Hobbit. La tristesse émanait de lui par vague, ce qui inquiéta grandement le plus petit des deux. Ce dernier ressassait les paroles de son compagnon en essayant de comprendre ce qu'il avait voulu dire mais n'y parvint pas. Le seul sens qu'il obtenait était que Bofur s'en voulait et croyait l'avoir agressé dans les bois. Il était persuadé que le semi-homme lui en voulait alors que ce n'était absolument pas le cas. Ils devaient s'expliquer et rapidement, Bilbo ne pouvait laisser son ami se morfondre de la sorte, il fallait qu'il lui dise la vérité.

-Bofur, commença-t-il en prenant une main du Nain dans les siennes, surprenant celui-ci. Serait-il possible d'aller dans un endroit un peu plus privé ? J'ai des choses à vous dire et elles ne regardent que vous.

La voix du Hobbit était douce et calme, rien ne laissait penser qu'il était énervé. Pourtant, la peur du fabriquant de jouets ne diminua pas, il angoissa à l'idée de ce que l'autre lui dirait. Il savait qu'il ne pourrait y échapper, même s'il souhaitait s'enfuir en courant. Resserrant sa prise sur son bol, il hocha anxieusement la tête et se leva. Bofur prit une grande inspiration, qui n'aida en rien à calmer ses nerfs, et s'enfonça dans le bois d'un pas chancelant, son repas abandonné par terre. Bilbo le suivit, sans se rendre compte que plusieurs paires d'yeux étaient fixées sur lui.

Ils avancèrent pendant une poignée de minutes, mettant le plus de distance possible entre eux et le camp sans pour autant trop s'en éloigner et risquer d'être en danger. La nuit tombait à peine et avec elle arrivaient les animaux nocturnes et autres créatures malveillantes. Le plus âgé des deux se tenait droit, les épaules tendues, un sourire pincé sur le visage mais l'appréhension se lisait clairement dans ses yeux habituellement si joueurs. Bilbo tenta de lui envoyer un sourire rassurant mais le stress de l'autre homme l'atteignait et il ne réussit qu'à effectuer une grimace. Il soupira, depuis quand parler avec Bofur était si difficile ? Il souhaitait plus que tout arranger la situation mais maintenant qu'ils étaient seuls, il ignorait comment s'y prendre. Ce qui était sûr, c'était que l'état du Nain au chapeau l'attristait. Bofur faisait tout pour dissimuler sa détresse mais il ne parvenait qu'à ressembler à une marionnette qui aurait soudainement pris vie et qui ne savait pas quoi faire de son corps. Prenant pitié de lui, le Hobbit se lança.

-Je crois qu'il y a un malentendu. Bofur, à propos de tout à l'heure, il faut que vous sachiez que je ne vous en veux pas. Je ne vous reproche rien. Ce qui s'est passé n'était peut-être pas prévu mais cela n'en fait pas un mauvais moment pour autant. C'était inattendu mais pas désagréable, loin de là, avoua Bilbo en rougissant. Vous ne m'avez absolument pas fait mal, l'agressivité fait partie du jeu. Même si je dois avouer que vous voir ainsi, aussi sauvage, était un grand choc.

Les joues du Hobbit devinrent rouge pivoine, il lui avait fallu beaucoup de courage pour admettre cela. Seulement c'était la vérité, il avait fortement apprécié cet échange passionné avec Bofur et n'avait cessé de penser à lui depuis cet instant. Le Nain en parut étonné, ce n'était pas du tout ce à quoi il s'était attendu. Il était persuadé que Bilbo le détestait mais cela ne semblait pas être le cas.

-Je ne regrette pas ce qui s'est passé entre nous, même si j'admets que ce n'était pas le moment idéal. Je sais à quoi cela est dû, votre frère m'avait prévenu mais je n'avais pas réalisé à quel point votre condition était sérieuse. J'aurais dû faire plus attention mais c'était la première fois que je vous voyais les cheveux détachés. Le résultat a complètement chassé toute trace de mise en garde de mon esprit. Écoutez-moi ! Je dois passer pour un imbécile ! Je suis désolé, Bofur ! s'exclama Bilbo en baissant la tête.

-Non ! Vous excusez pas ! Vous pouvez dire tout c'que vous voulez sauf ça ! Vous avez rien à vous r'procher, c'est moi l'fautif. Bombur a bien fait d'vous avertir. J'aurais préféré q'vous n'y soyez jamais directement confronté. J'suis tellement navré d'vous avoir forcé à faire ceci. J'peux pas vous demander de m'pardonner, le fait que vous acceptiez de m'parler est déjà beaucoup.

-Bofur, vous ne comprenez pas. Vous ne m'avez forcé à rien, j'étais tout à fait consentant. Au départ j'ai été un peu surpris mais jamais je n'ai pensé que c'était mal. A vrai dire, j'en garde un très bon souvenir. (Le sourire gêné mais sincère et les joues rouges du Hobbit le rendirent encore plus désirable selon le mineur) Je ne regrette rien, Bofur.

L'effet que ces mots eurent sur le Nain à la pioche fut immédiat : un soulagement indescriptible prit part de lui, ses épaules se relâchèrent et ses pupilles chamarrées se remirent à briller. Un énorme sourire apparut sur le visage de Bofur, l'illuminant instantanément. Bilbo lui pardonnait, il ne lui en voulait pas. Mieux, il avait vécu un bon moment. C'était inespéré, un Hobbit réservé tel que lui et qui éprouvait des sentiments amoureux pour Thorin Oakenshield le trouvait plaisant. Bofur nageait en plein bonheur, il n'avait pas perdu son ami et avait encore une chance de conquérir le cœur de celui qu'il convoitait. Il aurait pu prendre le semi-homme dans ses bras et l'embrasser tellement il était heureux mais il se retint.

-Merci Bilbo, déclara-t-il la voix pleine d'émotion. Vous êtes quelqu'un d'précieux. Je sais pas c'que j'ai fait pour vous mériter mais j'remercie Mahal de vot' présence.

-Vous méritez bien plus que cela. Vous êtes exceptionnel, n'en doutez jamais, affirma le cambrioleur d'un ton assuré. C'est dommage que vous ne puissiez vous détacher les cheveux plus souvent, ça vous va bien.

Dans un moment d'audace, Bilbo se permit même de caresser une tresse, ce qui fit accélérer le rythme cardiaque du brun. Il était si près qu'il aurait suffi que Bofur se penche légèrement et leurs lèvres se seraient touchées. L'envie de le faire brûla le Nain, il désirait ressentir ce feu ardent qui l'avait parcouru lorsqu'il avait pressé le petit corps du Hobbit contre le sien. L'air se chargea en électricité et les deux amis le remarquèrent.

En tant que personne respectable, Bilbo aurait dû s'éloigner, empêcher la situation d'empirer. Il savait où cela mènerait, il était temps de mettre fin à ce qui se passait entre eux. Il aurait dû mais il ne le fit pas. Le semi-homme voulait creuser plus profondément et comprendre cette soudaine attirance pour ce Nain qu'il ne pouvait réprimer. Il ne devait pas mais il ne pouvait résister à l'appel que lui lançait son cœur, Bofur était comme un fruit interdit qu'il ne fallait surtout pas approcher, ce qui le rendait donc désirable.

Sans trop savoir comment, il se retrouva collé au mineur, ses petites mains agrippant fermement ses épaules solides alors que deux bras musclés encerclèrent sa taille. Il se mit sur la pointe des pieds et posa délicatement ses lèvres sur celles du Nain. Son propre corps le trahissait, il ne se contrôlait plus mais aucune envie de se dégager se forma dans son esprit. Pourtant ce genre de comportement était inadmissible pour un Baggins. Que lui arrivait-il ? Voilà que maintenant il embrassait Bofur de son propre chef, sans que ce dernier ne soit sous le moindre enchantement. Ce n'était pas correct mais bon sang qu'il se sentait bien contre lui. Bilbo avait l'impression d'être en sécurité et qu'il ne lui arriverait rien tant qu'il serait au creux de cette étreinte rassurante. Il aurait pu rester là des heures, se laissant bercer par le rythme cardiaque de son compagnon, son parfum mêlant bois sauvage et charbon l'enivrant. Le Hobbit oublia tout, la quête passa au second plan, ses inquiétudes concernant l'énorme et terrifiant dragon qu'il allait devoir affronter disparurent de son esprit, il ne restait que Bofur et son infinie bonté. En cet instant, le semi-homme ne désirait rien d'autre que de passer sa vie auprès du fabriquant de jouets avec son charmant sourire, ses blagues douteuses et sa générosité sans borne. Thorin avait beau être roi, il n'avait pas du tout le même caractère et sa froideur gênait quelque peu le Hobbit.

Thorin ! Une image du roi s'imposa dans l'esprit du petit cambrioleur. Le souverain dans toute sa splendeur, fier et droit, luttant pour rendre à son peuple ce qui leur appartenait, prêt à mourir pour son royaume, dédiant sa vie à récupérer Erebor et en oubliant de vivre. Pourtant, Bilbo ne pouvait nier que depuis peu, il avait remarqué une faible lueur dans les yeux du monarque lorsqu'il le regardait, un brin d'espoir. Il comptait sur le semi-homme, avait besoin de lui pour une raison inconnue.

Ce que le Hobbit était en train de faire avec Bofur représentait comme une trahison pour lui, il n'avait pas le droit de s'amuser ainsi alors que le roi attendait quelque chose de lui. Bilbo s'en voulut, il eut honte. Il était en train de se servir de son ami pour assouvir ses envies et en ce faisant, il violait la confiance que Thorin avait en lui. C'était comme s'il le trompait. Le cambrioleur ne savait pas pourquoi il ressentait un tel dégoût envers ses actions, le leader de la Compagnie n'était pas son prétendant, il ne lui avait rien dit qui pourrait laisser envisager qu'il souhaitait approfondir leur relation. Malgré tout, Bilbo refusa de continuer, ce n'était pas juste pour Thorin ni pour Bofur. Que lui arrivait-il ? Il perdait la tête, jamais il ne se serait comporté ainsi en Comté. C'était peut-être cela le problème, il était entouré de Nains, loin de chez lui et de ses habitudes, dans une quête des plus périlleuses. Rien n'était normal.

Le Hobbit se recula et osa à peine croiser le regard de son compagnon. Il se lécha les lèvres sans même s'en rendre compte, maudissant la fin de leur baiser et souffrant déjà de la disparition de la sensation de la bouche de Bofur contre la sienne. Il soupira, il était venu dans l'intention de s'excuser auprès du mineur et de remettre les choses dans l'ordre mais au lieu de cela, il les avait empirées. Comment allait-il arranger la situation maintenant ?

-Bofur, je… (Bilbo se racla la gorge) Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui m'a pris, cela n'aurait jamais dû se passer. C'était une grave erreur de ma part. Je ne voulais pas vous infliger cela ! Quel répugnante créature je suis ! Je vous prie de m'excuser ! s'affola-t-il.

-De quoi vous parlez ? demanda l'aîné en penchant curieusement la tête sur le côté.

-Ce… Ce que nous venons de faire, ce n'est pas correct ! Ça n'aurait pas dû arriver ! Tout est de ma faute, j'en ai conscience ! Je vous présente mes plus plates excuses ! Mais qu'ai-je fait ? C'est cette quête et ces orcs, ces goblins et tout ! Je ne sais plus ce que je fais ! Je suis désolé !

Le semi-homme explosa en sanglots, à bout de nerfs. La fatigue accumulée depuis qu'il avait quitté Bag End et le stress intense de ces derniers jours l'avaient usé. Maintenant que l'adrénaline était retombée, il se sentait faible et éreinté.

Bofur réagit instantanément et le prit dans ses bras, calant sa petite tête contre son torse. Il le berça doucement, attendant qu'il se calme, tout en lui murmurant des mots rassurants dans l'oreille. Voir le Hobbit dans cet état le choqua mais il ne pouvait le laisser ainsi. Il comprenait ce qu'il avait, la Compagnie avait mis un terrible fardeau sur ses épaules si fragiles, elle en attendait trop de lui. Lui-même était en partie responsable de sa crise de nerfs, il avait dû l'embrouiller avec ses actions au bord de la rivière.

-Chut, ça va aller. Vous en faites pas. J'vous en veux pas, vous avez rien à vous r'procher. Allons Bilbo, calmez-vous. Tout va bien, chuchota le mineur d'une voix douce.

Au bout de quelques minutes, les sanglots du semi-homme se dissipèrent. Il se détendit mais ne bougea pas de l'étreinte tranquillisante. Un léger sourire se forma sur ses lèvres, il ne pourrait jamais exprimer sa gratitude envers le Nain au chapeau.

Bofur, de son côté, menait un violent débat avec sa conscience. Il savait que Bilbo était à bout et il était rassuré d'avoir pu faire disparaître ses craintes mais il voyait bien que le baiser qu'ils venaient d'échanger n'avait rien de sincère, ce n'était qu'un moyen pour fuir la réalité pendant un temps. Cela attrista profondément le Nain qui aurait voulu que ce soit le début de quelque chose de magnifique entre eux. Devait-il avouer la vérité au Hobbit ou taire ses sentiments ? Au fond de lui, même s'il mourait d'envie d'ouvrir son cœur à celui qu'il avait choisi, Bofur était conscient qu'il ne pouvait pas lui dire, il ne lui ferait pas porter un tel poids, le semi-homme avait suffisamment de problèmes comme cela. Il se contenterait de sourire et de lui faire croire que tout allait bien.

-Ça va mieux ? demanda-t-il pour briser le silence environnant.

-Grandement. Merci Bofur. Je ne sais pas ce qui m'a pris…

-C'est rien, la fatigue. Vous en faites beaucoup d'puis q'vous nous avez r'joints. On vous en d'mande trop.

-Vous ne m'en voulez pas de vous avoir embrassé ? s'étonna le plus petit.

-Absolument pas ! (Là au moins il était sincère) J'ai fait pire un peu plus tôt, on est quitte, lui répondit l'aîné avec un clin d'œil. Sachez qu'si vous avez besoin d'parler, j'suis là, n'hésitez pas.

-Merci. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous.

-C'est moi qui vous r'mercie. Vous vous occupez de Bifur de manière délicate et tendre, c'est très gentil de vot' part, expliqua Bofur en voyant l'air surpris de son ami. Peu d'personnes osent l'approcher mais vous l'acceptez malgré sa différence, ça m'touche beaucoup. Il n'vous l'dira jamais mais lui aussi est content.

-C'est normal. Je l'apprécie beaucoup et je suis ravi de pouvoir communiquer avec lui. Votre cousin est quelqu'un d'adorable, il suffit juste d'être patient avec lui. Vous aussi Bofur, vous êtes un véritable joyau et je tiens énormément à vous. Votre amitié est très importante pour moi et je ne souhaite jamais la perdre, déclara très sincèrement Bilbo en prenant les mains du Nain dans les siennes.

La gorge de ce dernier se noua, il ne put répondre tout de suite tant les émotions se bousculaient en lui. Son organe vital battait très fort dans sa poitrine, tellement que Bofur avait peur qu'il explose. Comment ce petit être si fragile et si innocent pouvait déclencher un tel torrent de sentiments en lui ? Certes, il venait de le qualifier d'ami mais c'était mieux que rien. Savoir qu'une part, aussi infime fut-elle, du cœur de Bilbo lui était dédiée était la plus belle récompense au monde.

-Ça n'arrivera pas, assura le Nain d'une voix tremblante.

Sa sincérité se refléta dans ses yeux et convainquit Bilbo qui lui envoya un sourire tendre. Il se mit sur la pointe des pieds et embrassa le front de son compagnon, ce baiser là n'avait rien de sexuel ni de sauvage, c'était simplement une marque d'amitié et d'affection. Le mineur le prit comme tel et retint les quelques larmes qui menaçaient de s'échapper. Un jour il dirait la vérité au semi-homme, qu'il l'aimait depuis qu'il était tombé dans Bag End et que son regard s'était posé sur lui. Tant pis s'il était marié à Thorin Oakenshield d'ici là et qu'il ne retournait pas ses sentiments, il se devait de lui avouer.


angelnaru : Mon Nori est particulièrement agressif, c'est voulu. J'aime bien l'imaginer en frère surprotecteur et sournois.

Bilbo fait craquer tous ceux qui croisent sa route, c'est le charme Hobbit. ^^

Oui, c'était génial !

Merci de ton commentaire.

little-ratgirl : Ne t'en fais pas, l'édition 2016 est déjà annoncée. Bon, cette année on a eu la chance d'avoir Luke Evans. Bordel que ce gars est fantastique ! Il est super sympa et touchant. Il a une véritable complicité père/fils avec John Bell. Ils nous ont même refait la scène de la dernière black arrow, en plus drôle. XD

Thorin est complètement aveugle, il ne comprend rien à rien et n'en fait qu'à sa tête. Ça ne peut que mal se finir. Puis Bofur ne va pas lâcher l'affaire.

Je suis contente que Nori te plaise. C'est un personnage avec énormément de potentiel et peu démonstratif mais pourtant, il tient énormément à ses frères.

Merci ! :)