Hello les Oncers!
Merci beaucoup pour vos commentaires. ça fait toujours super plaisir. Alors voici le chapitre suivant qui nous résume les événements jusqu'au présent. C'est à nouveau un chapitre un peu triste. A la fin, Belle fera son entrée :)
Bonne lecture!


Chapitre 4 : Une dernière danse

Le prince Marcus reçut une éducation de futur roi. Il n'était pas très studieux mais lorsque son père lui confia que s'ils voulaient battre ses ennemis il devait savoir négocier, connaître l'histoire afin que les erreurs ne se reproduisent plus, il changea d'avis. Marcus marchait toujours avec le nez légèrement lever pour se donner de la prestance. Les filles de la cour le trouvaient charmant et lui envoyaient des baisers depuis leurs mains gantées. Tous les matins, il accordait un petit sourire à la fille du meunier qui venait livrer la farine au palais. Elle portait des guenilles mais elle avait un sourire divin et des lèvres pulpeuses. Lorsque leurs regards se croisaient, son ventre papillonnait et son cœur battait plus vite. Le roi ne supportait pas que son fils regarde déjà les filles même s'il s'approchait de l'âge de se marier.

- L'amour est le pire des fléaux, avoua-t-il un jour à son fils. Il tue plus que n'importe quelle maladie. Ne t'approche pas des filles. Elles sont dangereuses.

- Toutes ? demanda le jeune prince.

- Oui.

- Et mère ?

- Je ne l'ai pas épousée par amour. J'ai appris à l'aimer et c'est exactement ce que tu feras. Car quand on tombe amoureux, il nous arrive malheur.

- Que veux-tu dire ?

- Te souviens-tu de ton frère, Aaron ?

- Bien sûr, répondit Marcus.

- Mon père, ton grand-père m'avait pourtant dit que l'amour était une faiblesse. Mais je ne l'ai pas écouté et je suis tombé amoureux d'une fille. Mais comme j'étais l'héritier, j'ai dû la rejeter et lui briser le cœur. Bien des années plus tard, elle est revenue et a maudit ton frère

- Aaron a été maudit ?

Marcus était sous le choc. Combien de nuits avait-il pleuré la mort de son compagnon de jeu, de son confident ? Lui avait-on menti depuis la nuit où il avait disparu ?

- Est-il mort ? s'inquiéta le prince.

- Probablement. Cette femme l'a transformé en monstre et il ne pouvait plus vivre avec nous. Nous l'avons conduit loin d'ici. J'espère toujours qu'il vive quelque part mais l'hiver avait été rude et je ne pense pas qu'il ait survécu.

- Mais s'il est vivant quelque part, c'est lui qui deviendra roi ?

- Jamais il ne reviendra, rassura le roi. Je lui ai fait promettre. Le trône est à toi.

- Et s'il revient quand même ? A quoi le reconnaitrai-je ?

- A ses grands yeux ambrés, sa peau verdâtre écailleuse et ses ongles noirs comme les Ténèbres.

Le petit prince eut un sourire gourmand. Il s'imaginait déjà revêtir les plus beaux habits, être couvert de joyeux et porter la lourde couronne sur le trône. Il dirigerait le royaume d'une main de fer et tous ses sujets lui seraient obéissants. Et si par malheur Aaron revenait, il le tuerait lui-même de son épée.

Le roi Marius fut tué lors d'une bataille contre les ogres qui tentaient de conquérir le royaume du Sud. Immédiatement, le prince Marcus, alors âgé de quatorze ans, fut couronné et prit la tête de l'armée. Malgré son jeune âge, il mena ses hommes à la victoire grâce à son sens tactique très développé. Sa soif de victoires et de domination ne fit que de grandir. Son règne plongea rapidement son royaume dans une période sombre de son histoire. Marcus était cruel et cupide. Tout ce qu'il voulait, c'était d'acquérir le plus de pouvoir possible. Tous les petits royaumes alliés gouvernés par des clans et des seigneurs furent fusionnés avec son royaume et perdirent ainsi leur indépendance. Tous ses conseillers qui lui demandaient de ne pas oppresser le peuple durent faire un choix : se taire et quitter le gouvernement ou la pendaison.

Il maria la jeune princesse Abigail de quatre ans sa cadette. Cette alliance lui permit d'étendre son pouvoir au royaume de Grötlin et d'avoir la main mise sur les mines de fer. La reine lui donna une fille qui mourut de la grippe avant ses deux ans malgré le fait que des guérisseurs de tout le royaume tentèrent de la sauver. Le roi fut inconsolable et sa colère se décupla. Il fit arrêter de nombreux druides, enchanteurs et sorcières qui furent brûlés vifs afin de démontrer leur incapacité à sauver la petite princesse. Quelques mois plus tard, la reine lui annonça qu'elle attendait un fils. Mais malheureusement, Abigail mourut en couche et le roi fut si enragé qu'il tua à main nue le médecin du château. Afin d'oublier son chagrin, il partit à la conquête de terres nouvelles. Il leva de lourdes taxes afin de financer son projet pharaonique. Il fit construire une immense flotte, rasa de nombreuses forêts, força les fileurs et les tisserands à devenir des charpentiers, des forgerons et des soldats. Comme presque tous les hommes étaient occupés à la guerre, les femmes reprirent les travaux des champs. Malgré leurs efforts, les récoltes étaient maigres. La famine s'installa dans certaines régions. Les automnes pluvieux succédaient aux étés de sécheresse. De nombreuses maladies oubliées refirent leurs apparitions, tuant de nombreuses personnes. La reine douairière, Isabella, fut sollicitée pour raisonner le roi, mais ce dernier ne l'écouta jamais. Elle lui rappela comment il avait été élevé. Qu'au fond, il était quelqu'un de bien, d'altruiste et de compatissant. Que son rôle de roi ne consistait pas seulement à édicter des lois et à partir en guerre.

- Mère, je ne suis pas Aaron. C'est lui qui était altruiste et je l'admirai pour cela. Mais moi, je suis un conquérant. Je suis comme père.

Sans le savoir, la famille royale avait été observée de prêt par une petite main de l'ombre qui débarrassait les assiettes une fois les repas terminés et les convives partis, qui polissait les tables et les chaises dans des pièces où personne ne se trouvait, qui chassait les souris dans les couloirs la nuit ou qui entretenait le feu sous le chaudron contenant la soupe. Cette personne était leur fils, le prince Aaron qui après avoir survécu à la rudesse de son premier hiver depuis son bannissement, avait troqué son nom royal contre celui de Rumplestiltskin. Un nom parfaitement adapté à son apparence hideuse. Il avait réussi à s'introduire dans le château avec l'aide de la servante de sa mère, Ella. Elle l'avait caché dans la cave, sous la cuisine et prenait soin de lui. Derrière les sacs de pommes de terre, elle lui avait créé un petit coin douillet avec un matelas en paille, des couvertures en laine et des coussins. Chaque jour, il avait droit à sa ration de soupe et de temps à autre, elle lui apportait un livre. Au début, elle se glissait dans la chambre de Marcus pour lui emprunter les jouets avec lesquels il ne jouait plus. Ella avait été une vraie mère pour lui. Elle le protégeait et était sa confidente.

Sans elle, il n'aurait sans doute jamais survécu à ce terrible hiver. Elle n'avait jamais cessé d'entretenir l'espoir qui était dans son cœur. La servante était convaincue qu'un jour, sa vie changerait et qu'il ne serait plus vu comme un monstre. Malgré tous ses efforts, il en doutait. Il vivait là depuis si longtemps et les autres servantes osaient à peine le regarder. Un jour, une femme l'accusa de lui avoir transmis la lèpre en lui touchant la main. Chaque nuit avant de s'endormir, il se regardait dans le miroir qu'il avait reçu le jour où il avait été maudit. Il était un monstre qui grandissait chaque jour et dont la laideur ne s'effaçait pas, tout comme la tristesse qui emplissait son regard. Il était un peu plus grand qu'un nain et faisait tout pour dissimuler sa peau écailleuse sous d'amples vêtements. Il portait une chemise en chanvre aux manches resserrées aux poignets sous un gilet brun avec deux poches latérales et fermé par deux boutons. Un rouge et un noir. Son pantalon vert sapin trop large raccommodé au genou gauche était coincé dans ses bottes lacées qui montaient jusqu'au genou. Il en prenait grand soin car il savait que si elles se trouaient, on ne lui donnerait que de lourds sabots en bois claquant que le sol en pierre.

Un jour de printemps, alors qu'il faisait un temps magnifique et que la neige commençait à fondre, de nombreux invités étaient attendus au château. Rumplestiltskin resta caché à la cave toute la journée, allongé sur son lit de fortune à serrer son lapin contre lui.

- Que fais-tu là? demanda Ella qui alluma la bougie de la lanterne pour éclairer quelque peu l'endroit.

- C'est mon anniversaire.

- Je sais. Le roi a organisé une cérémonie pour que personne ne t'oublie. On mangera les restes du repas.

- Tu crois que je suis dupe? demanda-t-il en s'enroulant dans sa couverture. Si les gens ne viennent pas se recueillir sur ma tombe, ni lui présenter leurs vœux, il les punira. Je ne veux pas que le peuple souffre à cause de moi.

- Et si tu te montrais?

- Tu veux qu'il me tue pour de vrai?

- Bien sûr que non, dit-elle avec douceur en lui caressant les cheveux.

- Pourquoi n'irais-tu pas voir ta mère? Elle souffre de ton absence.

- J'irai cette nuit murmurer à son oreille, promit-il.

A la nuit tombée, après avoir terminé son livre. Rumplestiltskin quitta la cave et se rendit aussi discrètement qu'une souris jusqu'à l'étage où se trouvaient les appartements royaux. Il ouvrit la porte de la chambre des servantes de sa mère. Il les salua d'un hochement de tête et s'approcha de la porte qui donna dans l'autre chambre. Il prit une grande inspiration et appuyant lentement sur la poignée.

La dernière bûche crépitait dans la cheminée et les flammes n'étaient plus suffisamment vives pour éclairer la pièce. Néanmoins, Rumplestiltskin parvenait à distinguer le corps de sa mère allongée sur le dos dans son lit. Il s'approcha sur la pointe des pieds et regarda son visage marqué par le passage de ses larmes salées. Malgré les rides qui s'étaient creusées au fil des années, elle conservait une très grande beauté. Ses cheveux bruns détachés encadraient son visage fin. Sa poitrine se soulevait légèrement à chaque respiration. Rumplestiltskin prit délicatement la couverture et lui couvrit le haut du corps pour ne pas qu'elle attrape froid.

Après l'avoir observée de longues minutes, il rassembla son courage.

- Encore une année de passée, murmura-t-il. J'aimerai tellement pouvoir te serrer dans mes bras. Pouvoir te dire que je t'aime.

Les larmes commençaient à s'accumuler au coin de ses yeux et il devait lutter tel un guerrier sur un champ de bataille pour les retenir. Mais il n'était pas un guerrier. Les gouttelettes glissèrent le long de ses joues jusqu'à son menton.

- J'espère que tu n'as pas perdu espoir malgré ce que papa t'a dit et le temps qui passe. Je suis là et je veille sur toi. S'il te plaît, ne m'abandonne pas.

Il sortit de sa manche, une petite fleur qu'il embrassa et déposa délicatement sur la table de nuit. Il s'agissait d'une perce-neige, symbole de l'espoir de jours meilleurs. Chaque nuit de son anniversaire depuis qu'il était revenu au château il y avait dix-sept ans, il répétait ces mêmes mots et déposait cette petite fleur qu'il cueillait au pied du donjon.

C'est à pas feutrés, tout aussi discrètement que quand il était entré, qu'il retourna dans la chambre des domestiques avant de retourner à la cave et de s'observer dans le miroir.

- Tu n'es qu'un monstre, se dit-il.

Quelques mois plus tard, une terrible nouvelle frappa Rumplestiltskin: Ella avait trouvé la mort dans un accident au marché. La pauvre femme avait été bousculée et s'était frappé la tête contre une pierre. Le jeune homme pleura toute la journée dans sa cachette. La seule personne qui l'avait vraiment aimé tel qu'il était n'était plus là. Même s'il savait que jamais il n'aurait une vie ordinaire, jamais il ne connaîtrait l'amour ou n'aurait d'enfant, il se sentait en sécurité avec elle. A présent, son futur était incertain et l'effrayait. Combien de temps allait-il être toléré? Serait-il chassé par les autres servantes et cuisiniers? Le monstre des cuisines, serait-il brûlé vif? Ses pensées le firent frissonner.

Il embrassa son lapin, se leva et se passa la main dans ses cheveux pour être le plus présentable possible. Il changea sa chemise qu'il portait depuis plus d'une semaine et enfila ses bottes. Il traversa la cuisine en plein effervescence et prit l'escalier de service. Celui-ci débouchait sur un couloir avec de petites ouvertures sur la salle de bal qui permettaient aux domestiques d'observer le souverain et ses invités pour leur apporter ce qu'ils désiraient avant qu'ils ne le demandent. Au bout de ce couloir se trouvait une porte qui s'ouvrait derrière le grand rideau rouge. Ainsi, les invités avaient l'impression que les servantes sortaient de nulle part.

La salle était pleine d'invités qui dansaient, qui conversaient et qui mangeaient. Un orchestre jouait des morceaux rythmés, faisant onduler les robes des femmes. Cette fête devait avoir une grande importance car les invités avaient revêtu leurs plus belles toilettes et tous portaient des masques.

- Que fêtent-ils? demanda Rumplestiltskin à une servante.

- Le roi cherche son épouse parmi les femmes les plus riches des royaumes voisins, expliqua-t-elle.

Son sang ne fit qu'un tour. Comment son frère osait-il organiser un tel événement alors qu'Ella était morte ? Bien sûr, pour le roi, elle n'était qu'une domestique parmi tant d'autres. Il était même probable qu'il ignore qu'elle ne coifferait pas les cheveux de leur mère ce soir-là.

- Certaines ne parlent même pas notre langue, ajouta la servante en sortant Rumplestiltskin de ses pensées.

Rumplestiltskin se rappelait de livres de géographie qu'il étudiait avec sa mère. Le monde connu était bien plus vaste que leur royaume. Certains étaient tellement loin qu'ils ne pouvaient pas se trouver sur la même carte. Et le monde inconnu devait être encore plus vaste ! Isabella lui avait également enseigné quelques formules de politesse dans les langues de certains royaumes limitrophes. Elle lui avait toujours dit que d'échanger quelques mots dans la langue de l'autre facilitait les relations et apaisait les conflits. Il avait toujours approuvé ses dires. A l'inverse de Marcus qui s'était toujours montré beaucoup plus belliqueux. Pour lui, tous ceux qui se trouvaient au-delà des frontières étaient des barbares ignorants et parler avec eux n'était qu'une perte de temps.

Son regard se posa sur une très jolie jeune fille à la chevelure d'argent parsemée de tresses. Sa peau était très claire et ses oreilles un peu pointues. Sa robe blanche avec des dorures lui donnait l'aspect d'un ange. Rumplestiltskin s'imagina qu'elle parlait elfique. Il se concentra afin de se souvenir de comment lui souhaiter la bienvenue.

- Alla, le nathlam hì, murmura-t-il.

Sur la pointe des pieds, Rumplestiltskin était hypnotisé par ces danses, ces robes et ces bijoux clinquants. Il se mettait lui-même à onduler en rythme tout en s'accrochant à l'ouverture. Dans l'air, il y avait aussi un délicieux parfum. Les servantes apportaient du sanglier, du lièvre et des volailles. Certains convives mangeaient la fourchette avec élégance alors que d'autres empoignaient les cuisses de poulet et mordaient dedans tels des barbares. Marcus marchait au milieu des danseuses et observait les femmes comme lorsque l'on choisi son cheval au marché au bétail. Son attitude écœurait Rumplestiltskin. Il ne reconnaissait plus le petit frère avec qui il avait tant joué. Que lui était-il arrivé? La perte de son frère aîné en était-elle la cause? Ou alors la mort de leur père?

Son regard parcourut les convives à la recherche de sa mère. Ce jour était important car la vie du roi allait peut-être changer pour toujours. Et pour tout événement de cette sorte, la présence de la mère du roi était exigée. Pourtant, il ne la trouva pas. Il décida donc de quitter sa cachette et se faufiler jusqu'à l'escalier qui menait à l'étage supérieur.

Il se glissa telle une ombre dans les couloirs, frôlant les pierres murales. Il entra dans la pièce adjacente à la chambre de la reine où séjournaient ses servantes. Il les salua d'un mouvement de la tête pour ne pas les déranger. Elles étaient assises en cercle et avaient allumé des bougies en mémoire d'Ella. Rumplestiltskin fit un signe de croix et s'inclina afin de leur présenter ses respects, sans s'approcher. Puis, il s'introduisit dans la cheminée éteinte et s'étira afin d'affiner son corps au maximum pour passer dans l'embrasure qui séparait cette cheminée de celle qui se trouvait de l'autre côté. Sa tunique s'accrocha sur les pierres abrasives et une poudre noirâtre s'y déposa. Le feu crépitait juste devant lui. Comme une seule bûche se consumait, il n'avait aucun risque de se faire mal.

Sa mère était assise dans son grand fauteuil en train de lire un livre. Depuis la mort présumée de son fils, elle ne portait que du noir. La seule exception qu'elle avait faite avait été durant le couronnement de Marcus. Mais les couleurs chatoyantes de sa robe n'avaient pas réussi à masquer le chagrin qui l'habitait depuis la nuit où son fils bien aimé avait été maudit. La voir ainsi l'attristait. En plus de sa soi-disant mort, Isabella pleurait Ella, sa plus fidèle servante. La reine se sentait responsable car c'était elle qui l'avait envoyée au marché pour aller lui chercher ses friandises préférées, des dattes du royaume du Sud. Il avait une forte envie de sortir de sa cachette et de la serrer dans ses bras… pour la dernière fois.

- Maman, je t'aime, murmura-t-il.

Isabella leva le nez de son livre. Elle l'avait entendu!

- Aaron? Est-ce que c'est toi?

Il se figea une seconde, son cœur battant si fort qu'il était prêt à sortir de sa poitrine. Il était sur le point de s'en aller. Il devait partir afin de respecter la promesse qu'il avait faite à son père, pour le bien de tous. Mais une force invisible le retenait. Il son regard passa de ses pieds au feu avant de se relever sur sa mère qui s'était levée et avancée vers la cheminée ! Pris de panique, il se tortilla pour disparaître dans la cheminée, s'écorchant les épaules contre les pierres. Il déboula dans la pièce d'à côté en faisant sursauter toutes les servantes. Il leur demanda de ne jamais dire qu'il était venu et disparut dans le couloir et poussa une porte dérobée.

De son côté, la reine ne savait plus si elle devait être heureuse de l'avoir revu ou hurler de terreur d'avoir vu un monstre dans sa cheminée. La silhouette qui se trouvait cachée derrière les flammes quelques secondes plus tôt était plus effrayante que les lutins maléfiques des contes pour enfants. Lors de la terrible nuit où son fils avait été maudit, la reine ne le vit qu'un très court instant avant de s'évanouir. Son cerveau avait tout fait pour que son souvenir soit le plus flou possible. Et ce soir-là, elle vit ce monstre dans sa cheminée. Etait-il son fils ou une autre créature venue lui faire du mal? Son visage se crispa, se déforma et elle hurla. Ses servantes accoururent et tentèrent de la rassurer.

Le garde qui était derrière la porte fouilla la pièce mais ne trouva aucun monstre. Le roi fut informé et quitta la fête en râlant.

- Que se passe-t-il ? beugla-t-il en entrant dans la pièce.

- Aaron… murmura sa mère. Il était juste là… dans la cheminée.

- Mère, dit-il en prenant sa main et en adoucissant sa voix. Ce n'est que ton imagination. Je sais qu'il te manque, mais il est mort.

- Mon bébé…

- Arrête ! hurla-t-il d'agacement. Il est mort ! ça fait dix-sept ans ! Dix-sept ans ! Oublie-le !

- Mon cœur saigne encore, avoua-t-elle en pleurs.

- S'il te plait, sèche tes larmes, exigea Marcus très calmement. Change de robe. Je ne veux plus te voir en noir. Viens à la fête. Ce soir, je vais choisir ma reine et bientôt tu auras des petits-enfants auxquelles tu pourras conter des histoires.

Avant de redescendre, le roi demanda à ce qu'un prêtre purifie la chambre et chasse pour de bon le fantôme de son frère.

Rumplestiltskin était resté assis dans son coin, serrant ses genoux contre sa poitrine et enfonça son visage contre son corps. Ce qu'il retenait de sa courte visite était l'effroi qu'il avait vu dans son regard. Sa mère, la dernière personne qui croyait encore en lui, celle qui souhaitait désespérément le revoir, venait de l'abandonner en ne voyant que le monstre qu'il était. Il releva la tête et laissa ses larmes couler sur ses joues écaillées verdâtres, à demi dissimulé derrière ses mèches ondulées un peu trop longues. Son mal-être était tel que les pensées noires ne faisaient que de s'enchaîner dans son esprit. Il revoyait tous les visages effrayés de ceux qui l'avaient vu. Toutes les insultes qu'on lui avait dites. Tous les coups qu'il avait reçus « parce qu'il n'était qu'un monstre ». Mais la pire douleur qu'il ressentait venait de son cœur. Plus personne ne l'aimait. Marcus l'avait oublié depuis longtemps, Ella était morte et sa mère venait de lui démontrer qu'elle ne pourrait plus l'aimer. Il était maudit. Il était tellement laid et repoussant. Il était Rumplestiltskin.

- Au revoir, maman, dit-il à voix basse en reniflant.

Il essuya ses larmes et son nez avec sa manche. Si sa peau n'avait pas été verte, son visage aurait été cramoisi. Il se leva et quitta sa cachette la tête basse, couvrant ses cheveux avec son capuchon. C'est le cœur brisé que Rumplestiltskin redescendit les escaliers en colimaçon de la tour Est. Personne ne pourrait jamais recoller les morceaux et sa peine le ferait souffrir jusqu'à son dernier souffle. N'ayant pas la force de se battre, il décida que cette nuit-là, il rejoindrait les étoiles.

Avant de retourner en cuisine, Rumplestiltskin jeta un dernier coup d'œil à la salle de bal. Son frère était affalé dans son trône et observait attentivement les jeunes femmes qui dansaient. A ses côtés, Alban lui expliquait très certainement ce qu'il pouvait gagner avec chacune des prétendantes. Cette pensée l'horripila. Ces femmes avaient un cœur et n'étaient pas des bêtes. Où était l'amour dans cette situation ? Marcus, ne désirait-il pas trouver une femme qui l'aimerait pour qui il était et non pas ce qu'il était ? Apparemment, les mariages arrangés étaient légions. Et dire que c'était lui qui aurait dû se trouver dans ce trône à choisir son épouse !

Rumplestiltskin s'était bercé d'illusions en écoutant les histoires d'amour que sa mère lui lisait. Les princesses ne tombaient pas amoureuses des princes après un exploit héroïque et un baiser d'amour. Les princesses n'étaient que des marchandises vendues au plus offrant. Cette constatation lui donnait envie de vomir.

La musique devint plus entrainante et le serviteur invisible se mit à onduler en rythme avec les belles robes des princesses de toutes les couleurs. Lorsqu'elles les faisaient tourner, il avait l'impression de voir un arc-en-ciel. Soudain, il se figea. Ses yeux s'étaient posés sur une magnifique princesse aux yeux bleus et aux cheveux châtains foncés. Elle portait une imposante robe dorée avec un corset qui plaquait sa poitrine délicate. Ses gestes étaient gracieux comme un chat. Elle semblait voler sur un petit nuage.

Des étoiles plein les yeux et un petit sourire aux lèvres, Rumplestiltskin se dit qu'il était temps de retourner dans sa cachette et de s'ouvrir les veines pour rejoindre les anges. Il n'avait plus sa place dans ce monde où personne ne l'aimerait jamais.

Mais au moment où il s'apprêtait à s'en aller, une voix attira son attention. Une voix chaude, mélodieuse et légèrement tremblante. La voix d'un ange. Il reprit sa place et observa ce qui se passait dans la salle. La beauté à la robe d'or suppliait le roi.