Chapitre 4 :
Harry ne comprenait pas, il avait peur. Il se battait contre Malfoy, tout allait bien, quand soudain, plus rien. Il lui manquait une partie de ses souvenirs. Il s'était retrouvé debout au centre de la clairière avec un Malfoy bien amoché à moitié assommé devant lui. Sa cicatrice le brûlait comme si elle s'était transformée en charbons ardents. La douleur l'empêchait de réfléchir, son esprit criait grâce, ne demandant que le soulagement de cette douleur. Ne voyant pas où il marchait, le jeune homme finit par s'écrouler sur une racine et laissa échapper la douleur qu'il essayait de contenir. Il se mit à crier. Il criait, mais cela ne l'aidait en rien. Il ne pouvait que crier et souffrir. Un rire sinistre se fit alors entendre dans son esprit.
''Il m'a été aisé de combattre dans ton corps, Potter. Ton potentiel magique se développe de jour en jour. C'est une bonne chose, si tu veux mon avis. Même sans sortilège impardonnable, tu es redoutable. Je pense renouveler l'expérience dans un futur proche. C'est à moi de te faire souffrir jusqu'à ce que tu deviennes fou et que tu meurs de mes mains, tu n'as donc pas intérêt à te faire tuer à cette époque ! Le monde que tu connais sera alors à moi et toi, tu sombras dans l'oubli ! Je te laisserais peut-être le plaisir d'assister à l'exécution de tes très chers amis, c'est à voir...''
- Sors de ma tête ! hurla Harry en se recroquevillant sur lui même à bout de force
La douleur cessa aussi rapidement qu'elle était venue. La vue d'Harry se brouilla et il rejoignit la sérénité de l'inconscience.
Harry se réveilla dans la forêt, près de la grotte où avait eu lieu son cours de soins aux créatures magiques. Une petite elfe de la lune se trouvait près de lui, roulée en boule à quelques pas. Il se redressa en gémissant, une douleur lancinante envahissant soudainement tout son corps. D'un bond, la petite créature alla se cacher derrière un arbre.
- Ogglin ? couina-t-elle en tremblant, le visage à moitié dissimulé.
Harry ne comprit pas ce qu'elle venait de lui dire mais il avait bien senti qu'elle avait peur.
- Je ne te veux aucun mal... Approche.
Il l'invita à s'avancer, lui tendant la main avec un sourire rassurant. La fillette fixa sa main sans toute fois avancer.
- Je ne te ferais pas de mal, je te le promets. Tu comprends ce que je te dis ?
Elle s'approcha de quelques pas, restant tout de même à bonne distance du sorcier, demeurant muette. Harry ne bougea pas tandis qu'elle sondait son âme au travers de ses yeux. Il se sentait étrangement calme et pour rien au monde il n'aurait interrompu.
Elle allait de nouveau prendre la parole quand un énorme serpent aux couleurs vermeilles fusa d'entre buissons et emprisonna la drow dans ses anneaux, les resserrant peu à peu autour d'elle. La petite se mit à pousser des hurlements stridents tout en essayant de s'échapper. En vain.
- Non ! siffla Harry en fourchelangue en bondissant sur ses pieds.
Le serpent le darda du regard et le menaça de ses crochets empoisonnés. Une collerette flamboyante se gonfla autour de sa gueule.
- Tu ne me fais pas peur, Serpent ! Lâche-la tout de suite !
- Tu crois que ta seule volonté dirige le monde ? Petit prétentieux.
Harry envoya un sortilège au monstre qui ne bougea pas d'un pouce.
- Tu n'es vraiment pas puissant, se moqua-t-il.
Harry lui lança alors un sortilège de magie noire aux effets presque aussi douloureux que le doloris au moment où il allait gober la fillette. Il se mit à se tordre de douleur et Harry, d'un accio, attira la drow dans ses bras. Celle-ci arrêta aussitôt de crier et se blottit contre lui, tremblante de peur.
- Quand je donne un ordre, j'attends qu'il soit obéi.
Il se retourna et s'en fut comme si de rien n'était, laissant le serpent à l'agonie. Plus il résisterait, plus sa mort serait rapide, mais Harry n'en avait cure. Lorsqu'il avait vu l'elfe prisonnière, la panique l'avait envahi comme un raz-de-marée. Il ne voulait pas qu'elle meure, ce qui était tout à fait normal selon lui.
- Cal ? demanda la fillette à la peau sombre quand le sorcier l'eut reposée à terre un peu plus loin.
- Je ne te comprends pas, soupira celui-ci.
La fillette s'éclipsa un instant et revint avec dans ses mains une dizaine de framboises. Elle les lui tendit avec un grand sourire, ne semblant plus du tout effrayée par sa présence.
- Pour moi ?
Elle hocha la tête. Harry en prit quelques-unes et, sans quitter dans yeux la petite, les mangea. Elles étaient exquises. Cependant, il ne put s'empêcher de se demander où elle avait bien pu les trouver, ses baies ne poussant pas au mois de novembre.
- Merci. Comment-tu t'appelles ? demanda-t-il ensuite d'une voix douce, espérant qu'elle le comprenne.
Elle posa la main sur sa poitrine et dit :
- Syclya.
Harry se présenta à son tour. Puis, il chercha à s'orienter, s'étant enfoncé profondément dans la forêt. Il retrouva bien vite le chemin qu'il avait emprunté la veille avec sa classe et commença à retourner au château après avoir adressé un signe à l'enfant. Mais celle-ci ne l'entendait pas de cette façon et commença à crier dans sa langue tout en s'accrochant à son bras.
- Écoute, je ne peux pas rester, déclara l'adolescent avec un pincement au cœur à la vue des larmes qui naissaient dans les yeux violets de son interlocutrice. Il faut que je retourne à Poudlard. Je me demande combien de temps je suis resté inconscient... ajouta-t-il pour lui même, les yeux tournés vers le ciel.
Il fut surpris de voir Syclya faire le chiffre 2 avec ses doigts.
- Deux heures ?
Elle secoua la tête de droite à gauche, une petite moue au visage. Harry ne put s'empêcher de la trouver adorable.
- Deux jours ?
La petite sourit. Il soupira et continua son chemin en se demandant quelle excuse il allait pouvoir donner aux autres, élèves comme professeurs.
Il s'arrêta à l'orée de la forêt et se tourna vers la drow qui ne l'avait pas lâché d'une semelle. Elle le regardait, apparemment heureuse de l'avoir suivi. De temps à autre, ses yeux dérivaient vers le château, qui semblait l'intriguer. Le jeune homme se baissa un peu pour mettre son visage au niveau du sien et murmura :
- Nous nous reverrons bientôt, je te le promets. Ton peuple a un couronnement, non ?
Il l'embrassa sur le front et s'éloigna tout en vérifiant qu'elle ne le suivait plus. Elle ne le fit pas, le regardant partir avant de disparaître à son tour.
- Lily, calme-toi un peu. Harry n'a pas pu disparaître, il doit sûrement avoir une explication à son absence, soupira Marianne pour la énième fois.
- Mais... je sais pas... j'ai l'impression qu'il ne va pas bien, répondit la jeune fille en prenant sa tête dans ses mains.
- Tu te fais des idées, ma pauvre.
- Non, il faut que je le trouve !
L'adolescente se leva d'un bond et descendit dans la salle commune. Un coup d'œil lui suffit pour repérer les personnes les plus à même de la renseigner. Ignorant James et Sirius, elle alla s'adresser au seul maraudeur qu'elle considérait comme un véritable ami.
- Rémus, tu n'aurais pas vu Harry ? lança-t-elle, la voix tremblante d'émotions.
- Non, mais je pense qu'il va bien. Il est résistant tu sais, répondit le garçon, lui aussi un peu inquiet.
James, avisant sa détresse, posa sa main sur son épaule pour la soutenir.
- Il est puissant, il s'en sortira... Calme-toi, ajouta-t-il fermement alors qu'elle essayait de se dégager de sa prise.
James la prit dans ses bras, et Lily, après avoir bataillé un petit moment, finit par se laisser faire, à la plus grande surprise de tous. Elle éclata en sanglots. James, lui, était aux anges malgré la peine qu'il ressentait à voir sa bien-aimée aussi désespérée. Il était aussi perplexe de la voir réagir ainsi pour un élève qu'elle connaissait à peine. Lily ressentait la même chose, mais elle ne pouvait nier qu'elle appréciait beaucoup le temps qu'elle passait en compagnie de l'élève transféré.
À ce moment le tableau pivota et laissa entrer le disparu.
- MAIS OÙ ÉTAIS-TU PASSÉ ?! S'exclama Lily en lui sautant dessus dès qu'il eut posé un pied dans la salle commune.
- Doucement, répondit Harry un peu surpris. Calme-toi...
- Mais vous vous êtes tous passés le mot ?! Pendant deux jours nous n'avons pas eu de tes nouvelles ! Je me faisais un sang d'encre !
- Elle a raison, tu nous dois une explication, s'en mêla Sirius.
Celui-ci, de même que Rémus, Peter, Marianne, Tess ainsi que ses parents, en particulier sa mère, étaient apparemment pressés d'entendre ce qu'il allait leur dire.
- J'étais dans la Forêt Interdite.
- Mais que faisais-tu là-bas ? demanda Tess, énervée qu'il ne développe pas plus.
- Bah, je...
Harry s'arrêta juste à temps, se rappelant que les trois filles n'étaient pas au courant pour son duel contre Malfoy. Mieux valait garder ça secret.
- … me promenais. Je me suis perdu, comme un imbécile. C'est qu'elle est grande cette forêt !
Il leur sourit avec un air si innocent que Voldemort lui-même s'y serait laissé prendre. Il usa de son charme sur les jeunes filles qui acceptèrent sans rechigner son histoire plus que bancale, pour ne pas dire désolante.
Lily déposa un baiser léger sur le front d'Harry, comme l'aurait fait une mère, et les filles s'éloignèrent. Le jeune homme la regarda partir, rêveur, la main posée à l'endroit où ses lèvres avaient touché sa peau. Sa mère venait de l'embrasser. Il était heureux.
- Pourquoi tu as eu droit à un bisou et pas nous ? marmonna James en se renfrognant.
- T'as eu ta part, Roméo, ricana Sirius en lui tapant dans le dos.
- Nya nya nya... marmonna l'autre en croisant les bras, tel un enfant boudant.
Harry monta dans son dortoir, suivi à la hâte par les Maraudeurs qui, eux, n'avaient pas gobé ce mensonge pittoresque et connaissaient une partie de l'histoire.
- Pas fameuse ton excuse, ricana Sirius, assis sur son lit.
Une vague d'énergie sortit du corps de Harry le projeta contre le mur. Il était fatigué, il ne voulait pas subir ses moqueries.
- On se tait, d'accord ?
Sirius, trop peureux pour affronter ce puissant sorcier, hocha la tête en tremblant, se rappelant trop bien ce qui était arrivé au serpentard qui l'avait défié. Il retomba lourdement sur les fesses et n'osa plus ouvrir la bouche. Ce fut donc James qui lui fit passer l'interrogatoire.
- Où étais-tu réellement pendant ces deux derniers jours ?
- Comme je viens de le dire : dans la forêt, répéta Harry d'un ton las en s'asseyant sur son lit.
- Qu'y faisais-tu ?
- Je dormais.
- Tu dormais ? s'étonna Rémus. Pendant deux jours, tu n'as fait que dormir ?
- Entre autres. J'ai dû utiliser un peu trop de magie...
Harry frissonna, le souvenir de Voldemort dans son corps encore trop présent. Les Maraudeurs se consultèrent du regard.
- Ok, on te croit. Mais ne fait-on pas d'erreur en te faisant confiance ?
- Pourquoi vous mentirais-je ?
- Tu as utilisé un impardonnable sur Mafloy.
Harry réussit tant bien que mal à contenir sa surprise. Voldemort avait pris possession de son corps pour s'en prendre à son futur serviteur ? Il était pourtant au courant que les Mauraudeurs étaient là, et donc, c'était sûrement pour inciter ceux-ci à fouiner et donc pour lui pourrir la vie.
- Je n'étais pas moi-même, dit-il sans les regarder, fixant le bout de ses ongles.
- Qui étais-tu alors ? demanda Peter.
Le voyageur temporel serra les poings, autant parce qu'il ne pouvait pas leur dire qu'ils s'étaient retrouvés devant Voldemort que parce qu'il ne supportait pas l'idée que ce traître lui adresse la parole. Voyant ceci, Remus, pour le bien-être de son camarade, intervint.
- Tu veux dire que tu étais trop pris dans le combat pour savoir ce que tu faisais ?
Harry leva les yeux vers lui, surpris qu'il l'aide ainsi à se tirer d'un mauvais pas.
- C'est un peu près ça, finit-il par confirmer. N'en parlez pas, je n'aimerais pas que ça s'ébruite.
Les Maraudeurs échangèrent un regard avant acquiescer avec lenteur.
