16 avril 1966
C'est terminé. Ma vie est fichue.
Plus jamais je ne sortirais d'ici. Ils auront beau venir me chercher, me supplier, me menacer… Avec un peu de chance, je mourrai de honte ici et reviendrai hanter le stade sous la forme d'un spectre vengeur. Ca ne serait d'ailleurs pas si mal après tout.
Roulé en boule dans un coin du vestiaire plongé dans la pénombre, encore tout dégoulinant de trois bonnes heures passées à voler dans le crachin écossais, je rumine mes sombres pensées en tentant d'oublier le monde extérieur. Mon instant de gloire fut éphémère. A peine quelques mois…
Alerté par un léger bruit de frottement, je me redresse et scrute la pénombre.
- Il y a quelqu'un ?
Pas de réponse. Je me penche en avant pour voir au delà d'un banc qui me bouche la vue et découvre l'intrus. Ou plutôt l'intruse.
- C'est toi, Desdémone, je souris à la chatte au pelage anthracite qui se dirige tranquillement vers moi de son pas élégant.
Elle s'arrête à quelques pas et me scrute de ses grands yeux jaunes, le bout de sa queue battant le sol avec une sorte d'impatience. Je jette un œil plein d'espoir à la porte des vestiaires.
- Ta maîtresse n'est pas là, je constate avec tristesse.
Je tends la main et elle vient y frotter son museau tout en ronronnant.
- Tu ne connais pas ta chance, lui fais-je sur un ton de confidence. Personne n'attend rien de toi. Tu vis ta vie comme bon te semble et tu n'as de compte à rendre à personne. Ce doit être sympa, une vie de chat.
Comme pour confirmer mes paroles, Desdémone vient se poser tranquillement sur les genoux et ronronne de plus belle en profitant de mes caresses. C'est seulement à ce moment là que je remarque le petit bout de papier accroché à son collier. Au moment où je parviens à le détacher, mon cœur tambourine plus que de raison.
- Bilius ? Tu es là ?
La voix d'Arthur précède son entrée dans le vestiaire. Desdémone file à la vitesse de l'éclair et je cache hâtivement le petit billet dans ma poche.
- Qu'est-ce que tu fais encore là ? demande-t-il l'air inquiet. Tu vas rater le déjeuner.
- Pas faim, je grogne en reprenant ma position foetale.
Il fronce les sourcils et je le vois lutter pour ne pas sourire.
- Enfin, tu ne crois pas que tu exagères ? Tu as perdu un match de quidditch. La belle affaire ! Tu en perdras d'autres, crois-moi. Et tu en gagneras plus encore.
- Je n'ai pas perdu un match de quidditch, je réplique sèchement, profondément agacé par sa désinvolture. J'ai perdu LE match de quidditch. Le dernier de la saison. Celui qui devait sacrer Gryffondor champion de l'école pour la première fois depuis je ne sais plus combien de temps. Si j'avais marqué ce penalty, nous aurions eu suffisamment d'écart. Même si Gibbons avait attrapé le vif d'or, nous aurions gagné la partie.
- Taylor est le meilleur gardien de l'école et le capitaine de son équipe, me fit-il remarquer. Toi, tu ne joues que depuis cette année. Ce qui ne t'empêche pas d'être l'un des meilleurs poursuiveurs et tu vas encore progresser. Notre attrapeur est plus fautif que toi encore et il n'est pas là, prostré comme un bébé à pleurer sur son sort alors arrête ta comédie et viens manger.
- Pas faim, je grogne à nouveau.
Arthur pousse un profond soupir exaspéré et tourne les talons.
- Ne viens pas te plaindre que tu as faim en plein milieu d'après midi, prévient-il au moment où il passe la porte.
J'attends qu'il se soit un peu éloigné et je plonge la main dans ma poche à la recherche du bout de papier transmis par le messager aux pattes de velours. Je le déplie non sans une certaine fébrilité.
Tu as fait un très beau match. Dommage que la chance n'ait pas été de ton coté.
Soit patient, ton tour viendra.
A.
PS : si tu veux me faire parvenir une réponse, D. t'attendra à huit heures devant la bibliothèque.
Un sourire bienheureux illumine alors mon visage et j'ai l'impression que mon cœur, qui pesait une tonne la minute d'avant, s'envol au dessus des nuages semeurs de pluie. Je bondis sur mes pieds et sors en trombe des vestiaires.
- Arthur ! Attends-moi ! Tu crois qu'il y aura des côtelettes à déjeuner ?
