AVANT TA PEAU
Genre : HPDM UA
Les persos principaux sont à JKR, j'ai inventé les autres, merci de ne pas m'en tenir rigueur... ;)
Merci à ceux qui découvrent ou redécouvrent ce texte :)
Chapitre 4
Le requiem veule
Quand je me suis réveillé dans mon lit, le lendemain matin, j'ai mis quelques secondes à réaliser que je n'avais pas rêvé, qu'il s'était bien passé quelque chose sur la plage, la nuit d'avant.
Un sévère mal de tête me comprimait les tempes, comme les séquelles d'une bonne cuite. C'est vrai que j'avais pas mal bu, en boîte, peut être même fumé un truc, avant de m'enfuir avec la voiture de Matthieu. J'ai jeté un coup d'œil vers son lit, il n'était pas là, ouf. Le lit n'était même pas défait, et le jour perçait au travers de notre meurtrière. Sans doute avait-il passé la nuit avec une fille, avec un peu de chance il ne cherchait pas encore sa voiture.
Je me suis redressé dans mon lit, un peu sonné, en réalisant qu'il était déjà tard. Et mon brief ? Ah oui, on était jeudi, c'était mon jour de repos. Voilà pourquoi je m'étais couché si tard. Après la boîte. Et après…
Le souvenir de l'étreinte nocturne s'est imposé à moi, par flashs. J'ai secoué la tête, aggravant ma migraine. Non, je n'avais pas fait ça, ce n'était pas possible. J'avais une copine à Paris, quelques principes de fidélité, aucune attirance pour les garçons. Jamais.
Je n'avais pas pu faire ça, même sous l'emprise de l'alcool ou de la douceur de sa bouche. Même par erreur.
J'ai à nouveau secoué la tête, avec un frisson, pour chasser cette idée. Juste une idée, pas un souvenir. Une regrettable méprise tout au plus.
Des bribes de mémoire me revenaient, toutes plus troublantes les unes que les autres, qu'il fallait oublier, vite, mais rien sur notre séparation. Combien de temps étions nous restés ensemble, sur la plage ? Qui était reparti le premier ?
Je cherchais vainement, rien ne me revenait.
Pire, aucune parole non plus. Pas un murmure, ni un serment. Pas même un prénom.
J'avais couché avec un garçon que je ne connaissais pas sur la plage, sans échanger une parole, comme une vulgaire pute. Alors que je n'avais jamais rien ressenti pour lui, qu'une vague… fascination. Il ne savait même pas mon nom, je crois qu'il ne m'avait jamais regardé, avant.
Mon estomac s'est tordu à cette pensée, ça me paraissait bien pire que de baiser une fille dans une boîte de nuit, parce que là c'était comme un extra à mon boulot, une prestation offerte gracieusement. Peut être m'avait-il pris pour un gigolo…
Peut être que j'en étais un, finalement.
Mais il n'y avait pas eu d'échange d'argent, heureusement, juste un échange de fluides corporels. Ecoeurant.
Je me suis levé en titubant pour aller prendre une bonne douche, me rafraîchir les idées. « Je repenserai à tout ça plus tard », me suis-je dit en m'ébrouant sous le flot tiède, sans vraiment oser regarder mon corps. Je craignais d'y découvrir des marques honteuses, même si je savais au fond que les empreintes indélébiles étaient en moi, pas sur ma peau.
oOo oOo oOo
J'ai traîné toute la matinée entre ma chambre et l'arrière de l'hôtel, les parties communes au personnel et les jardins, bien incapable de me concentrer sur mes cours. J'aurais tout donné pour l'oublier, revenir à mes certitudes, mes habitudes. Mais je rôdais dans les couloirs et près de la piscine, espérant le croiser. Je faisais mine de chercher un objet dans les fourrés impeccables et les pelouses émeraude, pour justifier ma présence sur les lieux.
- Harry, t'as fini de rôder par là ? a fini par me demander mon manager, un peu agacé par mon manège. Si tu tiens à rester là, mets un uniforme et bosse !
- Non, non, je cherche juste un truc…
J'avais repéré ses parents finissant leur petit déjeuner sur la terrasse, jus de fruit frais et œufs brouillés, bientôt rejoints par leur fille. Elle semblait enjouée, vêtue d'un ensemble blanc de tennis, une jolie queue de cheval, une vraie carte postale. Les parents s'apprêtaient à embarquer sur leur voilier, comme chaque jour ou presque, habillés de leurs vêtements clairs de plaisanciers, une visière pour elle, des Ray-ban pour lui. Tout semblait si normal que c'en était presque gênant. Se doutaient-ils que leur fils s'était offert à moi sur la plage la nuit précédente, sans un mot, sans complexe ? Se doutaient–ils que je n'étais pas le premier à m'être roulé avec lui sur le sable froid et humide ? Que croyaient-ils savoir de lui ?
Et moi, qu'est ce que je savais de lui ?
Mon cœur s'est serré à cette constatation. Je n'étais peut être qu'un parmi d'autres, beaucoup d'autres. Je ne comprenais pas moi-même mon attitude, je supposais qu'ils n'en savaient pas plus.
La terrasse s'est vidée peu à peu, les clients se sont égayés entre la mer, les piscines, le spa, les terrains de sport, il n'apparaissait pas. Je n'osais même pas évoquer son prénom, ça aurait donné du poids à notre aventure, une certaine réalité.
L'après midi je l'ai attendu aux abords de la piscine, un peu angoissé. Je ne savais pas quel comportement adopter, tout c'était passé si vite, comme un malentendu. Mes yeux erraient entre les transats de la piscine et ceux de la plage, inlassablement. Je n'étais sans doute qu'un malentendu moi aussi, je m'efforçais de ne pas me faire d'illusions. Espérer quoi ? C'était une erreur, une ridicule erreur. Un moment d'égarement.
Pourtant j'avais envie de le revoir, je le sentais dans mon ventre, mes entrailles. Un besoin physique presque. Juste pour voir. Pour savoir.
Les habitués ont investi l'onde claire, les transats, les parasols, il n'est pas venu. Le soleil est redescendu de son zénith, les bateaux sont rentrés, un autre jour s'achevait.
J'ai fait des allers et retours dans le parc, le parking, les couloirs du 4ème étage même, en me traitant de débile, personne. Au soir venu j'étais à la fois soulagé et déçu, un mélange doux amer.
Il avait peut être honte, lui aussi. C'était plutôt une bonne nouvelle, non ?
Pour éviter de répondre à mes propres questions, j'ai fini par m'installer devant la télé, putain de programme débile, pour me vider la tête. L'oublier, et basta.
Je jetais de petits coups d'œil à l'extérieur, vers la terrasse et la mer, au loin, comme s'il allait se matérialiser. Pathétique. La nuit tombait lentement. Je n'ai même pas aperçu ses parents, au dîner. Si ça se trouve ils étaient sortis, ou partis.
Une bonne chose, en somme.
…
Un coup de fil de Mélanie m'a fait sursauter, vers 10 heures.
- Allo ? Harry ? tu vas bien ?
- Ben oui, pourquoi ?
- Parce que tu m'appelles jamais, voilà pourquoi…
- Ah euh…
Impossible de lui avouer que j'avais oublié jusqu'à son existence, depuis la veille.
- J'avais plus de batterie. Je retrouvais plus mon cordon.
- C'est tout ce que t'as trouvé ?
- Ben oui. Pourquoi je mentirais ?
- Hum… parce que tu aurais rencontré une belle étrangère, par exemple, une belle blonde mystérieuse avec laquelle tu te serais roulé sur la plage, par exemple…
La précision de sa remarque m'a hérissé le poil, mais j'ai répondu, d'un air faussement détendu :
- Exactement ! Et le sable c'est infect, ça se glisse partout dans les fesses… comment tu sais ça ?
- Les femmes savent tout, c'est ce qu'on appelle l'instinct. Bientôt la fin, hein ? Je me réjouis, tu me manques… plus que quelques jours !
- Moi aussi je me réjouis, ai-je menti honteusement, alors que je ne pensais qu'à ma rencontre nocturne.
Étrangement, pendant quelques secondes j'ai eu peur à l'idée de le perdre, mon bel inconnu, alors que je savais très bien qu'il n'existait rien, entre nous, et que ma vie n'était pas là, dans ce palace.
- Tu me manques, tu sais…
- Toi aussi…
- Tu as cinq minutes, là ? Ou tu révises ?
- Je révise, en fait…, ai–je soufflé, le rouge au front.
Je ne me voyais pas échanger des mots doux avec Mélanie après la nuit que je venais de passer, c'était tout bonnement impossible.
- Je te rappellerai, Mél, promis…
- Bientôt ?
- Dimanche… promis.
Je me suis senti encore plus mal après avoir raccroché, encore plus minable. J'ai continué à fixer l'écran de télé en me répétant qu'il ne s'était rien passé, que ça n'avait aucune importance.
oOo oOo oOo
Plus tard dans la soirée Matthieu est rentré en claquant la porte, visiblement énervé. J'ai sursauté, perdu dans mes pensées, luttant désespérément pour ne pas me souvenir de son corps.
- Putain, qu'est ce qui va encore nous tomber dessus, ça fait chier, a-t-il maugréé en retirant ses chaussures et ses chaussettes.
- Un problème ?
- Oui, tu l'as dit. Un problème. Y a un connard qui a disparu, un détective privé va mener une enquête, et je te parle pas de la police. Comme si j'avais que ça à faire, moi, surveiller ces crétins de clients.
Immédiatement mes cheveux se sont dressés sur ma tête, avec la certitude absolue que c'était lui qui avait disparu. Comme un idiot j'ai regardé ma montre, pour vérifier quoi ?
Je mourais d'envie de poser plus de questions, mais je ne voulais pas me démasquer. J'ai commencé à me ronger les ongles, anxieux, il a filé sous la douche. A son retour je n'en pouvais plus, j'ai demandé d'une voix bizarre :
- Et c'est qui ?
- Qui quoi ?
- Qui est-ce qui a disparu ?
- Un connard d'anglais. Draco Malfoy.
Merde.
Le monde a tourné autour de moi, un tournis incroyable, comme si la terre s'ouvrait sous mes pieds. Des milliers de choses me sont passées par la tête, en quelques secondes. Le monde qui bascule.
J'ai dégluti difficilement, tout en essayant de garder un air neutre –pas facile- et j'ai continué :
- Et c'est grave ?
Il m'a fixé avec pitié, comme si j'étais le dernier des imbéciles :
- Tu veux que je te dise ? Je m'en fous. C'est juste une fugue. En plus il est majeur, alors il est peut être juste parti faire un tour. Point final. Mais ses débiles de parents ont fait un scandale chez le directeur en prétendant qu'il avait été agressé à l'hôtel. J'espère que la police refusera d'ouvrir une enquête.
- A l'hôtel ?
- Oui, il parait qu'il avait un œil au beurre noir, il y a quelques jours. N'importe quoi. Comme si c'était moi qui lui avait fait ça, ou un membre du personnel ! Comme si on n'avait rien d'autre à foutre que de tabasser les clients…
Il a secoué la tête, écœuré, en rangeant sa veste sur un cintre, puis a sorti une chemise propre, pour le lendemain matin, une chemise blanche et bien repassée. Un jour comme un autre.
J'ai insisté, même si je savais que c'était une connerie :
- Mais il a pu se faire ça à l'extérieur, non ?
- Ses parents prétendent qu'il ne sortait pas, qu'il a été agressé sur le ponton, en bas, par quelqu'un du staff. La nuit. Connards… et puis qu'est ce qu'il foutait en bas, la nuit ? Il cherchait les ennuis, ou quoi ?
- Il a disparu depuis longtemps ?
- Ce matin, ou cette nuit… son lit était pas défait, à midi. Encore un taré qui a voulu se payer du bon temps. Enfin j'espère…
Le poids dans ma poitrine m'empêchait presque de respirer, je me suis étendu comme si de rien n'était :
- Sinon ?
- Sinon j'espère qu'on ne va pas retrouver son corps sur la plage, ou pendu dans la lingerie…
Je me suis tu, le cœur dans un étau, couvert de frissons. Non, il n'était pas mort, ce n'était pas possible. J'avais encore le goût de sa langue sur mes lèvres, un reste de sable dans les cheveux. Les mots de détective et de police tournaient dans ma tête, j'en savais peu, mais malheureusement trop. S'il y avait quelqu'un qui avait suivi ses allées et venues, c'était bien moi. Hélas.
Je savais que tout cela était une erreur. Une horrible méprise.
Matthieu s'est retourné vers moi, d'un coup, tendant un index accusateur :
- Dis donc, à propos, t'es un vrai enculé, toi !
- Moi ?
- Oui, toi ! Tu t'es tiré avec ma bagnole, hier soir ! T'as eu de la chance que je l'aie retrouvée sur le parking, ce matin, sinon je te faisais la peau. Qu'est ce que t'as foutu ?
- Je suis rentré, j'étais crevé.
- Seul ? m'a-t-il demandé en me fixant avec attention.
- Oui, seul.
- T'étais pas avec une petite blonde, hier soir ?
- Si, mais après je suis rentré, parce que j'étais fatigué, et puis t'avais disparu, ai-je menti avec un aplomb que je ne me connaissais pas.
- Ouaip ! C'est bien possible, s'est-il marré en se couchant avec un air satisfait. C'était une sacrée nuit, hier soir…
Sacrée nuit.
On s'est couchés, il a éteint la lumière, je tremblais entre les draps rêches.
Le rêve s'était changé en cauchemar, en un clin d'œil. La peur de le perdre avait été remplacée par la peur d'être interrogé par la police, mis en examen, jugé peut être. Et s'il ne reparaissait jamais, est-ce que ce serait de ma faute ?
Putain, comment j'avais pu être assez con pour coucher avec lui, sans rien connaître de lui, après ce que j'avais vu, en plus ? Et si c'était un piège ? Et si tout se retournait contre moi, coupable idéal ? Si tout n'était qu'une mise en scène, fomentée par je ne sais qui pour l'aider à disparaître. Ou le faire disparaitre…
Etait-il quelque part sur la Côte, dans un casino, bien accompagné, en train de rire du bon tour joué à ses parents ? Sur un bateau, au large, faisant l'amour avec un autre garçon, son vrai amour ?
Ou était-il raide mort, dans une rade, un fourré, un sous sol.
Suicidé… ou assassiné ?
Violé peut être… Par un gang, un fou.
Par moi.
S'il y avait autopsie, on retrouverait mon sperme, dans sa bouche, sur son ventre, entre les poils clairs, au plus profond de sa chair.
J'ai réprimé un gémissement d'angoisse, mordu mon drap.
Je n'avais plus qu'une solution : me souvenir. Malgré l'alcool, le joint, la honte.
J'ai fermé les yeux, remonté dans le temps.
Il faisait frais cette nuit-là, au bord de l'eau. Des reflets argentés faisaient luire les flots, la lune était au milieu du ciel, j'avais descendu les marches comme un zombie, quatre à quatre.
Une forme était étendue à terre, je me suis penchée sur elle, angoissé.
Etait-ce déjà une prémonition de sa mort ? Notre étreinte n'avait-elle rien changé à l'histoire, finalement ? Était-il désespéré de n'avoir pas été rejoint par celui –celle- qu'il aimait et attendait depuis plusieurs soirs, et ne s'était-il laissé aimer qu'en désespoir de cause, par indifférence ? Par erreur ?
J'ai revécu notre premier baiser, doux, tendre, mes mains dans ses cheveux, mon corps qui s'est étendu contre le sien, grelottant. Ses lèvres étaient froides, ses yeux mi-clos, nous nous sommes enlacés sans une hésitation, sans un mot. Le sable crissait sous lui, sous mes doigts, mes genoux.
Peu à peu ses lèvres se sont réchauffées, mes jambes se sont glissées entre les siennes, il s'accrochait à mon cou, je me souviens, oui, si fort.
Presque… désespérément.
Je me souviens d'un baiser tendre, si tendre que mon cœur a failli exploser, je me suis senti fondre doucement à l'intérieur, je crois que je n'avais embrassé personne avec une telle ferveur, une telle… tendresse.
Les larmes me sont montées aux yeux, dans ce lit. Je m'attendais à des souvenirs glauques, sexuels, il ne me restait que la douceur. Une infinie douceur.
Son visage était si fin, son corps si mince que j'avais l'impression de l'écraser, mais il m'offrait sa bouche avec ferveur, comme si mon souffle avait eu le pouvoir de lui insuffler un peu de vie, comme s'il avait été au bord de la noyade, de l'asphyxie, dépendant entièrement de moi, de mon amour.
Oui, ce baiser ressemblait plus à un sauvetage qu'à autre chose, mais visiblement, je ne l'avais pas sauvé. Pas sauvé. Le goût salé de ses joues n'était pas dû à la mer, je le devinais seulement maintenant.
J'ai déposé des baisers légers sur ses joues, dans son cou, peau si fine, à l'odeur troublante. Ses omoplates saillaient un peu, il s'accrochait à moi, ne me quittait pas des yeux, dans la pénombre, comme s'il me découvrait, ou me voyait pour la première fois. J'ai ouvert sa chemise, effleuré sa chair fraiche, il a tremblé quand j'ai léché un téton, le désir était si violent que je n'aurais pas pu m'arrêter, même s'il me l'avait demandé. Même s'il m'avait supplié.
Sa peau était un poison violent, un pur délice, je n'avais jamais léché une chair si délicate et troublante, je ne pouvais pas m'empêcher de le toucher encore, partout, découvrant peu à peu son corps un peu frêle, fragile. Ses soupirs me rassuraient un peu, moi qui voulais ignorer ses larmes. Je devenais fou, j'étais ensorcelé. La nuit et le bruit de la mer rendait cette rencontre magique, irréelle. Il aurait pu être un ange, je n'aurais pas été plus ensorcelé.
Je n'avais jamais touché un garçon, je découvrais ce plaisir avec lui, sans me poser de questions, tout à l'ivresse de ces formes moins rondes mais plus fermes, hypnotisé par le grain de sa peau diaphane, par ses jambes longues. Je ne savais pas les gestes, son corps me les a soufflés, comme une évidence. Je devais me fondre en lui, c'était une nécessité, une urgence. Je n'ai pas hésité à ouvrir son pantalon et libérer sa chair rose, un peu luisante. Je n'ai pas hésité à glisser ma langue tout le long de sa peau fine, à le prendre dans ma bouche, le sucer, le caresser, gestes que je n'avais jamais même imaginé. Avant.
Un soupir plus accentué m'a convaincu que je pouvais, que je devais aller plus loin, bien plus loin que mes fantasmes. Que je devais profaner ce tendre autel, pour lui rendre hommage, pour lui donner ma vie, peut être. Lui insuffler un peu plus de vie.
Ses cheveux clairs paraissaient noirs dans la pénombre, il tremblait, fragile, je voulais lui donner ma force, ma chaleur. Je devinais plus les contours de sa beauté que je ne les voyais, malgré le rai de lune, et il y avait toujours la lueur de l'hôtel, en haut, et la lueur de son regard perdu.
Ma peau nue contre la sienne m'a bouleversé, je n'avais jamais ressenti ces sensations-là, c'était pur paradis, douce violence, l'union de sa pureté et de mon désir, frissons brûlants. Je me suis immiscé en lui sans même l'avoir voulu, comme une évidence, un besoin à soulager, une envie intolérable. Je l'ai pénétré très lentement, très doucement, et j'ai su en le regardant ce que « faire l'amour » voulait dire, vraiment. J'ai compris l'abandon, la souffrance en observant la crispation de la bouche, le regard hagard, en sentant ses doigts s'incruster dans mon dos, et sa chair fine s'assouplir lentement, autour de mon sexe exigeant. J'ai compris le sacrifice, la douleur de la pénétration, le don de soi, et j'ai cherché les limites, en vain.
Il n'y en avait pas, plus aucun geste interdit, plus aucun tabou, que mon corps dans son corps, sous les étoiles, encore et encore, et la jouissance. La vie qui s'échappe en jet tièdes, la petite mort.
La petite mort, ultime voyage.
Pourtant il y avait nos mains liées, nos membres enlacés, les gestes recommencés, malgré le froid, l'obscurité, le sable, comme pour conjurer le sort. La douceur et la fièvre, la fièvre puis la douceur. Mais pas un mot. Pas un espoir.
Dans mon lit, ce soir-là, j'ai revécu les moments inoubliables d'un partage, d'un échange, voire d'une communion à la fois sacrée et obscène. Il s'était donné à moi comme un appel au secours, je ne l'avais pas sauvé. Pas sauvé.
Je me souvenais précisément de nos premiers ébats, mais beaucoup moins de ce qui avait suivi. Et pas du tout de son départ. Je m'étais réveillé, transi de froid vers le matin, il n'était plus là. Ça ne m'a pas étonné, nous ne nous étions rien promis. Je m'étais relevé, j'avais mal partout je crois, je me sentais crasseux, rempli de sel et de sable, des cochonneries sous les ongles. Pas sa peau j'espère.
Je m'étais rhabillé maladroitement, et je m'étais sauvé, dans le petit matin blême.
Je m'étais sauvé.
Il s'était perdu.
Nos vies qui s'étaient rejointes dans un bref éblouissement s'éloignaient à nouveau l'une de l'autre, à toute allure.
J'espérais juste, dans ce lit glacé, ne pas lui avoir fait de mal.
oOo oOo oOo
Et il y avait ce putain de portable foutu, dans mon sac de sport. Une preuve parfaite, dont le souvenir m'a réveillé, au matin. Si un détective ou la police débarquaient, j'étais cuit. Le lien entre lui et moi serait évident, et de là à ce qu'on m'accuse de l'avoir tué et fait disparaître pour lui voler son portable…
Alors que je ne lui avais même jamais parlé, que je n'avais aucune idée de qui il était vraiment. Alors que je me moquais complètement de ce portable. Je l'ai récupéré en fouillant anxieusement dans mon sac bleu, et je l'ai palpé longuement, ne sachant qu'en faire.
En fait ce portable était sans doute à l'image de son propriétaire : apparemment beau, intact, mais fichu à l'intérieur. Hors d'usage. Je n'osais pousser la comparaison plus loin, me rappeler que je l'avais ramassé au bord de l'eau, en une tentative de sauvetage nocturne, vaine. Etait-il retourné à la mer, lui aussi ?
Balancer le téléphone dans une poubelle étant dangereux, j'ai pris une serviette et je l'ai frotté longuement, avec pour projet de le rendre à son dernier propriétaire, la mer.
Matthieu ronflotait, l'aube n'était pas encore levée. Avec un peu de chance les flics n'étaient pas encore à mes trousses, alors je me suis habillé rapidement de vêtements sombres et je suis descendu sur la plage, là où je l'avais trouvé.
L'air était chargé d'iode, humide et frais, il n'y avait que le bruit des vagues. Pas l'ombre d'un bateau, que des nuages devant la lune. J'ai cherché des traces de nos ébats sur le sable, recherche dérisoire puisqu'au matin un employé de l'hôtel ratissait tout, consciencieusement, avant l'arrivée des touristes. J'espérais en fait qu'il ne subsiste rien, pas une empreinte, pas une goutte, pas un cheveu, pas un frisson, pas un remords. Rien.
J'ai jeté le portable à la mer, le plus loin possible, en priant pour qu'il ne réapparaisse pas, cette fois. Maigre prière pour un requiem veule.
A la sonnerie du réveil j'ai fait semblant de m'éveiller, le cœur un peu lourd quand même. J'ai pris ma douche, fatigué. Le café m'a un peu rasséréné, après tout il n'était pas forcément mort, juste disparu. Peut être réapparaîtrait-il d'un moment à l'autre, lisse et indifférent, avec une bonne excuse. Tout était identique à d'habitude, ce n'était qu'une péripétie.
Je suis retourné derrière ma guérite, les blondes étaient toujours là, et la gamine au maillot à paillettes, et le soleil.
J'ai joué le jeu du loueur de serviettes, souriant, enfin aimable. Je crevais de trouille de voir arriver un flic, je détaillais chaque nouvel arrivant avec crainte.
Vers 16 heures le directeur est venu m'interroger, avec aménité :
- Alors Harry, ça se passe bien ?
- Oui, très bien, monsieur, merci.
- Vous nous quittez bientôt ?
- Oui, je pars après-demain.
- Déjà ? Ouh là, faut que je vous fasse votre chèque et votre certificat de travail.
- Oui, merci.
Il a souri aux deux blondes qui nous dévisageaient, un sourire faux, commercial, qui m'a mis mal à l'aise. Puis il s'est retourné vers moi, un peu gêné :
- Dites moi, Harry, vous le connaissez ce jeune homme que tout le monde cherche ?
- Qui, moi ? Non… pas plus que ça, ai-je répondu en haussant les épaules.
- Vous voyez de qui je parle, n'est-ce pas ? Les Malfoy, de très bons clients, très aisés. Un jeune homme très bien élevé. C'est vraiment regrettable, ce qui leur arrive.
J'ai failli tiquer à « bien élevé ». Depuis quand le fait d'être bien élevé vous protège de quoi que ce soit ? Est-ce que sa disparition serait moins triste s'il était mal élevé ? C'est vrai qu'il avait joui presque silencieusement, me labourant juste les épaules de ses ongles parfaits, c'était sans doute une preuve de politesse. Un flot amer me montait à la bouche, mais j'ai répondu naïvement :
- Oui, c'est vrai. Je crois que j'ai déjà vu le jeune homme, oui, il venait souvent à la piscine. Il s'allongeait sur le transat, là, ai-je ajouté en désignant l'extrémité de la piscine à débordement, le large quasiment.
- Vous lui avez déjà parlé ?
- Moi ? Non… jamais, ai-je répondu sans mentir.
Les râles de plaisir ne pouvaient s'assimiler à des paroles, n'est-ce pas ?
- Vous êtes sûr, Harry ? a-t-il insisté.
- Oui. J'ai un peu parlé à sa sœur, un soir où il s'était endormi sur son matelas, mais c'est tout.
- Et… euh, est-ce que vous avez remarqué qu'il avait un bleu à l'œil ?
- Un bleu ? Oui, il me semble, oui…
Il a hoché la tête : « C'est ennuyeux, vraiment ennuyeux », j'ai acquiescé. Je voyais qu'il hésitait, j'ai pris peur.
- Dites-moi, Harry, vous sortez parfois, le soir, non ? Sur les rochers ?
- Moi ?
- Allez, ne faites pas l'innocent, Matthieu me l'a dit. Pour réviser, je crois, a-t-il ajouté avec un sourire rassurant. Avez-vous vu ce jeune homme sur la plage, un soir ?
- Ma foi… j'ai vu une ombre, un de ces soirs, mais je ne sais pas qui c'était, monsieur.
- Un de ces soirs ? Avant-hier ?
J'ai fait semblant de réfléchir intensément, tout en remettant la pile de serviettes propres d'aplomb :
- Non, avant-hier j'étais en boîte avec Matthieu, c'était mon soir de libre. C'était avant. Pourquoi ?
- Oh, parce que ses parents sont vraiment inquiets. Ça m'ennuie beaucoup. Le jeune homme est un peu… souffrant.
- Souffrant ? C'est-à-dire ? n'ai-je pu m'empêcher de demander.
Le directeur a jeté un coup d'œil autour de lui, puis m'a soufflé :
- Disons qu'il est dans une période difficile, et qu'il est un peu… déprimé, vous comprenez ?
- Oui, je crois que je comprends…
- En tout cas, si vous apprenez quelque chose, vous venez me voir, Harry ?
J'ai hoché vigoureusement la tête, il m'a tapé sur l'épaule et a tourné les talons. C'était l'heure d'affluence à la piscine.
J'étais debout, toujours immobile, un sourire faux collé aux lèvres, le cœur au supplice.
J'avais abusé d'un garçon fragile, j'étais un salaud.
Malgré moi, le mot que je refoulais depuis longtemps a franchi mes lèvres, nommant enfin la perte, l'immense perte : « Draco… »
A suivre…
Merci de votre lecture et vos reviews, si vous le voulez bien ^^
Je réponds ici aux non inscrits :
Wingedshadow : je suis contente que tu apprécies ma fic et le fait que je poste régulièrement. Je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin, rassure-toi…merci pour ta review ^^
Pichenlit : merci pour tes merveilleux compliments qui me touchent énormément, je suis enchantée que tu me trouves du talent, je ne sais quoi te dire, à part : « mille merci », vraiment ^^
Camee : merci de trouver mon histoire intéressante, voire captivante ^^ Tout va trop vite ? Je crois que c'est l'avis d'Harry, aussi…Tu as raison de t'attendre à tout, surtout au pire ! Merci de ta fidélité, j'apprécie, tu sais…
Tohru : tu vois, la semaine est passée ! merci d'être toujours là …
Lydie : … hum, en termes de réconfort, Harry se pose un peu là, mais bon…ce n'est que le début ^^
Merci à tous, bisous !
