Je vous salue, population, et je vous souhaite la bienvenue sur le troisième chapitre de cette fanfiction qui est la mienne – et dont le titre est carrément trop long pour être réécrit en entier.
Hier soir j'ai très peu dormi, et la conséquence directe est que j'ai fait des rêves bien étranges (enfin, plus étranges que d'habitude). Entre deux délires inconscients sur des pots de moutarde, j'ai également rêvé que Tom Hardy avait laissé son chien dans mon salon, et que je devais me rendre à Cherbourg pour le lui rendre. Mais comme je n'avais pas de quoi payer un billet de train, je décidais de marcher. Voilà.
La présence subtile de Tom Hardy s'explique sans doute par le fait que j'ai été voir Dunkerque ce vendredi - film que j'ai beaucoup aimé. Ça faisait quelques mois que je ne pouvais plus aller au cinéma, faute de budget, et ça m'a aéré la tête d'y retourner, et beaucoup faite réfléchir.
Bon, j'arrête de raconter ma vie, et je vous souhaite une bonne lecture.
GK.
III. LISTE NOIRE
_ James _
On pourrait croire que Poudlard est une terre de chasteté, où le moindre baiser fait figure d'extravagance sexuelle.
C'est faux.
Poudlard n'est peut-être pas pratique, sur un plan ergonomique et spatial - les dortoirs, les fantômes, Peeves l'esprit frappeur, l'omniprésence de tableaux aux habitants très curieux -, mais croyez-moi, les élèves ont de la ressource quand il s'agit d'entretenir leur vie sexuelle. Quitte à enfreindre les règlements.
Il y a le classique : les toilettes. Pas des plus confortables, ni des plus propres, mais plus on monte dans les étages et moins elles sont fréquentées. Il y a également les salles vides pour les plus téméraires - un petit conseil, les amis : ne JAMAIS compter sur la discrétion de Peeves si par malheur il vous surprend en pleine action (oui, c'est du vécu) -, les salles de bains réservées aux préfets pour les snobs aux goûts de luxe, ainsi que les débarras à matériel usagé en attente de réparation, souvent présents au rez-de-chaussée de l'école. Pour les gens avec l'esprit de concision, il y a les sorties à Pré-au-Lard. Et pour les plus fous d'entre nous, la Forêt Interdite.
Il y a cependant un endroit que je n'ai pas encore cité, et qui se trouve être le meilleur de tous : la Salle sur Demande [insérer une musique mystique]. Et c'est justement là que je me rends. Pour y faire une promenade digestive bien sûr. Avec une bonne amie.
Voilà voilà.
« Et si elle est déjà prise, on fait quoi ? s'enquit ma bonne amie - Jenna Fitzmartin de son petit nom.
- Il est deux heures du matin, t'en connais beaucoup des gens qui traînent dans les couloirs à cette heure-ci ?
- Ton frère Albus, les membres du club d'exploration nocturne, le concierge en pleine crise de somnambulisme, Noah Buchanan à la recherche de nourriture, deux tarées de Serpentard qui sont insomniaques, énumère Jenna, l'air et le ton sarcastiques, des Serdaigles retournant en douce à la bibliothèque,... Je continue ou... ?
- Ca ira.
C'est qu'elle a raison, en plus. Tous plus givrés les uns que les autres, dans cette école. Arrivant sans encombres au septième étage, nous nous dirigeons d'un pas silencieux en direction de la tapisserie ridicule abritant la Salle sur Demande. Et c'est non sans surprise que nous manquons de percuter de plein fouet la nouvelle enseignante en potions, arrivée hier midi, qui semble traîner sans but dans le coin.
- Oh, des élèves ! s'exclame-t-elle dans un murmure, l'air ravi de nous voir. Qu'est-ce que vous faites là ? C'est autorisé de se balader aussi tard dans les couloirs ?
- Euh...
- Non, ne me dites rien, nous interrompt-elle avec un sourire complice. Je sais ce que c'est, j'ai été étudiante moi aussi.
- Ah...
- Enfin puisque vous êtes là, vous ne pourriez pas me dire à quel étage on est ?
- Au septième, répond gentiment Jenna, apparemment séduite par la désinvolture de Rockwell. Vous êtes perdue ?
- Je ne sais pas, je cherche mes appartements, avance Rockwell d'un air préoccupé en triturant les ficelles de sa robe de chambre vaporeuse. Je les ai quitté par les escaliers, qui ont bougé alors que j'étais en pleine descente, puis je me suis retrouvée dans un cul-de-sac, et maintenant me voici... Mais qu'importe, ne vous dérangez pas pour moi, c'est très divertissant de visiter le château ! Bonne promenade digestive, nous glisse-t-elle ensuite d'un air entendu avant de s'éclipser dans la direction opposée à la nôtre.
- J'aime bien cette prof, s'amuse Jenna alors que je verrouille les portes de la salle bienheureusement inoccupée derrière nous. Je t'ai vu mater sa poitrine, tu sais, ajoute-t-elle d'un ton faussement boudeur.
- C'était pour comparer, je préfère la tienne, j'assure avec un sourire angélique en dénouant ma cravate.
_ Dawn _
- Entrez, nous invite galamment le professeur Rockwell en ouvrant la porte de la salle depuis son bureau d'un coup de baguette négligent. Et asseyez-vous dans le calme. Bien, vous savez déjà qui je suis, inutile de s'embarrasser de présentations inutiles - en plus j'ai écrit mon nom au tableau pour les plus lents d'esprit. Nous avons deux semaines de retard à rattraper, et vous auriez du étudier les sept potions que voici, continue-t-elle en désignant des chaudrons installés devant son bureau, auxquels tout le monde jette des regards curieux. Comme vous le savez, les réformes ministérielles vous imposent de suivre une année supplémentaire de cours de potions après les BUSES, et ce même si vous n'avez pas obtenu la note requise pour les passer aux examens d'ASPICS. C'est bête, mais je n'y peux rien. Néanmoins, si vous êtes ici c'est que vous avez obtenu une note comprise entre le "Acceptable" et le "Optimal", aussi ai-je l'espoir de parvenir à éviter autant que possibles les fontes et autres explosions de chaudrons.
Accueillant sa remarque d'un éclat de rire général, nous la laissons reprendre avec des sourires de connivence.
- Jusqu'à la fin de ce mois, le rythme de travail sera très soutenu en ce qui concerne ce cours, et je compte vous faire travailler davantage pendant le cours qu'en dehors, car nous n'avancerons pas de cette manière. Oui, ma jolie, ça veut dire que je suis une gentille prof qui ne donne pas beaucoup de devoirs, ajoute-elle ironiquement à l'intention d'Aliénor, qui n'a pu retenir un sourire réjoui. Je tolère bavardages discrets et envois de petits mots cochons à votre voisin de table, du moment que ça n'empêche pas le suivi paisible de la classe.
J'aime définitivement cette prof.
- Pour aujourd'hui, nos trois heures vont être consacrées à l'étude du philtre de Mort Vivante, de la Décoction Hoqueteuse et du Polynectar, que vous devez connaître sans savoir le préparer - pas pour le moment, du moins. Je divise la classe en deux - vous êtes vingt, c'est facile -, le premier groupe prépare collectivement le philtre de Mort Vivante, le second travaille sur le Polynectar. Vous préparerez individuellement une Décoction Hoqueteuse durant les quarante dernières minutes de cours. Le groupe sur le Polynectar, venez au bureau, je vais vous en distribuer un échantillon, vous le décanterez pour en identifier les composants, et rédigerez ensuite une liste de leurs propriétés.
- Collectivement ? s'enquit Denyse Thomas, l'air concentré.
Hochant tranquillement la tête, Rockwell fait disparaître la plupart des tables d'un evanesco guilleret, en laissant cinq pour le groupe du Polynectar. Me retrouvant dans l'autre groupe, je me fais une petite place entre Maeva et le capitaine de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle, l'un des rares de sa maison à avoir obtenu une note Optimal dans cette matière. Quoique bons en botanique et sortilèges, les Poufsouffles semblent bizarrement imperméables à l'art des potions.
Ayant pour mission de couper les ingrédients les plus coriaces - Ritchie Hazel ayant argué que mes antécédents familiaux me prédestinaient à manier des objets dangereux -, je semble impressionner James Potter par ma maîtrise hors du commun du couteau d'argent, à en juger par son regard particulièrement attentif. Ou alors c'est que je l'effraie, allez savoir.
- Chadwick, t'as bientôt fini avec la fève soporifique ? s'impatiente Victoria Westwood, quant à elle chargé du mélange.
- Je fais ce que je peux.
- Et ben ce n'est pas suffisant, magne toi.
- Et toi, change de ton avec moi.
- Un peu de calme ! nous rappelle à l'ordre Rockwell en interrompant brièvement sa discussion avec Thomas. Vous avez un problème ?
- C'est Chadwick qui nous retarde ! me devance Westwood en m'adressant un regard noir.
Bon. Au flair, je dirais que la damoiselle me tient rigueur pour une certaine histoire de carafe d'eau. Pour ma défense – je ne l'aime pas. Voilà.
- Mais c'est faux, je fais aussi vite que possible en étant seule dans la coupe des ingrédients ! je proteste donc en reposant un peu trop violemment mon couteau sur la planche de découpage, m'attirant les regards réprobateurs de mes voisins.
Si on a même plus le droit d'être agacée. Non mais.
- On se détend, nous interrompt Rockwell avant que Westwood ne puisse répliquer. Et Potter, on arrête de regarder dans le vide, ce n'est pas comme ça que la potion va avancer.
Jugeant plus prudent de garder le silence, Westwood ne me prête plus attention, satisfaite de recevoir à temps son jus de fève.
Tête à claques, je songe en allant laver des récipients souillés dans les éviers adjacents aux cachots.
- Si tu passais moins de temps à faire parler de toi pour alimenter le vide qui te sert d'existence, tu ferais une élève digne de Serpentard, persiffle Westwood en me rejoignant. Au lieu de quoi, tu ne fais que -
- Pas que ça ne m'intéresse pas, encore que, mais t'as un machin répugnant qui pendouille de tes cheveux, je l'interromps en lorgnant sur ses impeccables cheveux blonds.
- Que - où ça ?
- Juste là.
Ce disant, je l'asperge copieusement du mélange eau stagnante/matières gluantes contenu dans l'un de mes récipients.
Tête à claques, tête à carafes… La ressemblance est proche.
_ Maeva _
- Et c'est à ce moment-là qu'elle m'a giflée.
- Et que tu as maudit les neuf vies de son chat.
- Et que je l'ai giflée à mon tour.
- Je vois. Alors, ne te vexe surtout pas, mais… Est-ce qu'il n'y aurait pas un peu de vrai dans ce qu'a dit Victoria ?
L'air déconfit, Dawn m'adresse un regard déçu. Jugeant bon de tempérer mes propos afin d'éviter une catastrophe, je reprends :
- Ce que je veux dire, c'est que réagir au quart de tour comme tu le fais depuis la rentrée ne t'apporte rien de bon, et te fait perdre ton temps en plus de t'attirer des problèmes. J'ai du t'éviter une heure de retenue hier, tu t'en rappelles j'espère ?
Bougonnant un assentiment, Dawn chipote dans son plat de lasagnes refroidi.
- Tu n'as jamais vraiment été un élément perturbateur, ça serait dommage que tu t'y mettes maintenant. Après les gens racontent encore plus de choses sur toi, et tu passes pour…
- Pour… ?
Boulette à tribord, je répète : boulette à tribord !
- Ça me gêne de le dire, mais tu passes pour une sorte de… malade. De l'attention. Qui cherche à apitoyer le monde sur son sort.
- Qui a osé dire ça ?!
Désirant pacifier la situation, je hausse les épaules. Mauvaise option, puisque Dawn n'en est que plus énervée.
- Tiens, parlons d'autre chose ! Les essais pour former la nouvelle équipe de Quidditch auront lieu samedi, c'est chouette, non ? Non ?
Bon, apparemment pas puisque Dawn quitte la table d'un pas furieux sans me répondre, ni finir son assiette.
Enfin bon, ce ne sont pas vraiment mes problèmes. C'est que j'ai une vie difficile, moi aussi ! Je me fais harceler de demandes en mariage par mon demi-cousin Loris Rosier. Demi-cousin dans le sens où il est le fils du demi-frère de mon père, Daniel.
J'ai activement tenté de le dissuader de réitérer ses demandes, mais rien n'y fait. Il affirme que nous sommes des âmes sœurs. En connaissance de quoi je me dois désormais de trouver une solution. Radicale, de préférence.
J'ai essayé de le dégoûter en faisant ou mangeant tout ce qu'il déteste - je me suis même forcée à manger de la réglisse ! J'ai également épuisé mon stock de remarques désobligeantes, et en désespoir de cause tenté ce que m'avait proposé Dawn quelques jours auparavant : me mettre en couple. Idée que j'ai abandonné après environ trois minutes de travail de séduction acharné sur la personne de Chester, le petit ami idéal que je me suis inventée en deuxième année, toujours fidèle, toujours professionnel, fort d'un tact exceptionnel. Et voilà très exactement ce qu'il m'a dit : « Ma grosse on arrête tout, c'est cauchemardesque. »
Si même un être imaginaire s'en rend compte, c'est que mon cas est grave.
Je passe donc un appel à témoin, car je recherche activement mon sex-appeal, porté disparu depuis maintenant... Bon, en vérité, je crois bien ne l'avoir jamais vu. Si vous pensez détenir des informations, ou un renseignement sur sa localisation, veuillez me joindre à l'adresse de Poudlard, ma chouette hulotte nommée Cochon se fera un plaisir de me les transmettre.
Le lendemain, Dawn m'évite, passant sa journée en solitaire, l'air maussade. Nastasia a laissé entendre qu'elle et Curtis Mahoney s'étaient vaguement disputés, mais que ça n'avait pas paru très sérieux. Aucun autre article ordurier n'ayant paru dans la presse, je me demande bien ce qui la déprime à ce point. Quoiqu'en y songeant bien, c'est au final le caractère naturel de Dawn qui semble ressurgir. Du genre taciturne et facilement exaspéré.
De mon côté, je fais face à la crise mensuelle de ma mère, qui ne supporte toujours pas que mon père ait quitté le logis familial. C'était il y a trois ans tout de même ! Mais ma mère a cette tendance à s'obstiner dans ses malheurs, là où d'autres s'obstinent à vouloir prouver l'existence des Ronflaks Cornus.
- Miss Moore, on cesse de dessiner sur sa table et on écrit le cours, maugrée le professeur Carlson en m'adressant une pulsation de sa veine frontale.
- Pardonnez-moi mais - juste pour être sûre, hein ! quand vous employez l'indéfini "on", c'est bien de moi que vous parlez ? je m'enquis en redressant mes lunettes sur mon nez en mon fameux regard circonspect, connu dans le tout Poudlard et ses environs.
En guise de réponse, Carlson gonfle ses narines et exhale un soupir exaspéré, ce que j'interprète comme une menace à mon intégrité physique. Je m'empresse donc d'arrêter mes dessins... que je recommence sur mes feuilles de cours sitôt Carlson occupé ailleurs. Hé, il a dit non aux dessins sur la table, pas sur toute autre surface exploitable en la matière. Non mais.
Derrière moi, Lucas Arden tente sans grand succès d'arrêter le flot continu de sang s'échappant de son nez, à tel point que pris de pitié, Carlson l'invite à se rendre à l'infirmerie, me désignant afin de l'y accompagner - histoire que je serve enfin à quelque chose dans son cours, d'après lui. Sacré Carlson. Je sais qu'au fond de lui, il m'apprécie.
- Si je meurs, dis à mes chiens que je les aime, agonise Arden tandis que l'infirmière Green l'installe sur une chaise pour examiner son nez.
- Et si tu ne meurs pas, je dois leur dire quelque chose ?
- Qu'ils puent la merde. Question de principe, ajoute-t-il avec un regard vitreux.
Prenant notes attentives de ses dernières volontés, je me promets d'envoyer une petite carte de condoléances à sa famille s'il vient à mourir. C'est qu'il nous manquera, le bougre.
- Moore, tu pleures ? s'interloque-t-on dans mon dos alors que je m'en vais me promener dans le parc après le cours de métamorphose, dernier de cette journée.
- Oui mais ne t'en fais pas, je m'entraîne juste pour l'enterrement de Lucas Arden, je réponds en reconnaissant Dawn.
- Il saigne simplement du nez, juge-t-elle bon de me rappeler.
- Tu sais Chadwick, je sais que tu refuses de l'admettre, mais c'est la vie. Les gens vont et viennent. Les gens saignent du nez et en meurent. C'est comme ça, on n'y peut rien. Il faut accepter la mort, tu comprends ? Elle est partout autour de nous, elle guette, elle peut nous désigner à tout moment. Regarde le Soleil se coucher. C'est beau, hein ? Et bien peut-être que c'est le dernier que tu verras. Il faut en avoir conscience. C'est important pour vivre en paix avec soi-même.
- Oui mais là je viens de croiser Arden en train de suspendre Rose Weasley à la porte de la Grande Salle, remarque Dawn après un instant de silence. J'aurai tendance à penser qu'il est rétabli.
- ... Ce n'est qu'une question de temps, ma petite Dawn. Mais tu as raison ! Savourons la vie tant qu'elle est là ! Pour la peine, on va aller voir Carlson et lui faire un bisou !
- Non.
- Mais c'est pour fêter le bonheur de la vie !
- C'est toujours non. »
Rah, je suis déçue.
_ Dawn _
Vous vous rappelez de ma liste de gens à abattre ? Et bien figurez-vous qu'elle a gagné quatre nouveaux noms en l'espace de six jours !
Nous sommes actuellement dans la deuxième semaine d'octobre, et je travaille activement à la neutralisation des cibles acquises durant la dernière semaine de septembre. Mais revenons donc un petit peu en arrière pour que tout ceci soit clair...
24 septembre, acquisition de la première nouvelle cible :
Après mon petit différend avec Victoria « Tête à Carafes » Westwood, et une discussion houleuse avec Maeva, je pars en quête d'informations afin identifier le ou les individus s'amusant à me faire passer pour une drama queen névrosée.
Car soyons clairs - je ne suis que névrosée.
A force de persuasion sur la personne de Brahim « Générateur de Ragots » Zabini - à noter que ma technique d'intimidation dans les toilettes est au point -, j'apprends avec bonheur que ma nouvelle réputation s'est colportée un peu partout dans Poudlard. Je comprends alors mieux pourquoi l'infirmière Green m'a fait un sermon sur les maladies vénériennes en me croisant dans un couloir.
En réalité, pas vraiment. Mais je peux désormais citer de mémoire quatorze variétés de champignons - et pas le genre qu'on cueille au pied des arbres.
Au matin du 24 septembre, je fais mon grand retour dans la Gazette du Sorcier, en vedette d'un article signé Rita « Appel au Meurtre » Skeeter. On y rapporte mon comportement « exagérément agressif » à l'égard de mes camarades de classe, le tout étant étayé par un témoignage « poignant » de l'une de mes « victimes ».
Victime qui n'est autre que ma blondasse préférée. Sur les conseils avisés de Maeva, je ne cède pas à ma première impulsion - attenter à la santé capillaire de Victoria - et me contente d'inscrire son nom sur ma liste de la mort.
Première cible verrouillée.
26 septembre, acquisition de la seconde nouvelle cible :
Vianney Jacobson, préfet des Gryffondors, m'a vivement fustigé afin que je n'établisse pas de liens avec les gens de sa maison, jugeant mon influence dangereuse. Et après il s'est moqué de mes chaussettes.
Seconde cible verrouillée.
27 septembre, acquisition des troisième et quatrième cibles :
Essais pour la formation de l'équipe de Quidditch de Serpentard, en fin d'après-midi. Je me propose pour le poste de gardienne, forte d'une grande expérience en rattrapage d'assiettes et divers autres projectiles de type aérodynamique. Le capitaine, Gorka Hernández, se montre réticent à me faire auditionner, se révélant honnête quant au fait que le nom que je porte pourrait poser problème.
Après quinze minutes de persuasion, il cède à mes supplications. Je réalise les meilleurs essais face à mon concurrent qui est venu sans balai. En conséquence de quoi, je ne suis pas prise. La copine du capitaine, Greluche Machin Truc (Albertine McCoy), a perdu son père à cause du mien. En toute sympathie, elle me voue donc une haine viscérale. Gorka-Le-Gland lui étant soumis, il se range de son côté.
Quelqu'un dans les gradins me jette même un gobelet vide à la figure.
Troisième et quatrième cibles verrouillées. (Et si je retrouve le lanceur de gobelet, il aura de mes nouvelles !)
Voilà donc le pourquoi du comment de l'allongement sensible de ma liste noire. J'épargnerai sans doute McCoy, sachant ce dont elle a souffert par mon père, mais certainement pas son abruti de mec. Soit on est capitaine et on se comporte en tant que tel, soit on laisse sa place à quelqu'un de prêt à assumer le poste et ses inconvénients.
Le fait est que cette audition ratée m'a fait réaliser que les conséquences du port d'un tel nom de famille sont complexes, et vont bien plus loin que la publication de ridicules articles à scandale et les regards inamicaux. Il y a les victimes de mon père, celles qui sont décédées bien sûr, mais également celles qui restent debout, délestées d'un parent, d'un ami. Albertine est l'une d'elles, et je l'ignorais jusqu'alors.
Pour être honnête, j'avais pendant un long moment considéré qu'il n'y avait que deux sortes de victimes des actions d'Ambrose - les morts, bien sûr, et puis l'entourage d'Ambrose. Dont moi, cela va de soi. J'ai sans doute été égocentrique sur ce point précis.
Maintenant, je ne saurai pas dire si je le regrette.
Il y a victime et victime. Il y a ceux dont les noms s'affichent dans les rubriques nécrologiques, et puis ceux dont on ignore même l'existence. Il y a ceux qui subissent pour d'autres les dommages collatéraux, et ceux qui tiennent cachées leurs fractures. Il y a ceux qui sont reconnus, et il y a les autres, les inconnus. Ceux qui alimentent les sujets de conversation, et ceux qui ne semblent même pas avoir de noms.
Il y a les gens comme Albertine, qui en veulent aux gens comme moi, pour ce que font les gens comme Ambrose.
Et ce, depuis que nous existons.
C'est tout pour ce chapitre ! J'espère que ça vous a plu, et si oui, tant mieux !
Si ça peut intéresser quelqu'un, voilà quelques chansons que j'ai écouté durant l'écriture de ce chapitre : Lemonade de CocoRosie, 'Til I Get It Right de Tammy Wynette, et DOOM DADA de T.O.P.
Voilà, et surtout pensez à manger des lasagnes. PARCE QUE C'EST BON LES LASAGNES.
Bisous sur vos fessiers.
