Bonjour/bonsoir, voici le troisième chapitre, qui introduit un nouveau personnage dans l'intrigue.
Petite précision : les phrases en italiques dans le texte (à l'exception des flash-backs de Prompto) sont en gralean, la langue de l'Empire. Les lucisiens (dont Luna) ne la comprennent pas.
Disclaimer : Final Fantasy XV ne m'appartient pas.
Chapitre 3 : La Commandante Highwind
Quand Cor, sa subordonnée directe Monica Elshett et leurs soldats arrivèrent dans la Baie de Galdina, le soleil se couchait. Ses derniers rayons jetaient des reflets rougeoyants sur la mer et la longue plage de sable fin. Sous ses allures de carte postale, Galdina cachait un poste stratégique important pour le royaume du Lucis. Son port était l'accès le plus direct pour se rendre au Protectorat d'Accordo, seule nation à être restée neutre au sein du conflit. L'archipel servait à la fois de refuge et de point de passage entre les deux continents ennemis. Il était en effet plus facile de rejoindre Accordo en navire puis de faire voile de là vers Niflheim plutôt que de tenter de traverser l'océan d'un seul tenant. Néanmoins, et comme l'avait fait remarqué Lunafreya à la Citadelle, l'Empire visait Galdina depuis quelques temps. Niflheim avait déjà envahi toute la région voisine de Duscae, comme en témoignait l'ombre des larges vaisseaux noirs qui flottaient lourdement dans le ciel, à plusieurs kilomètres de là.
Les coordonnées données par Argentum menèrent Cor et ses soldats vers une petite crique, isolée de la Baie par des flancs de falaise à la roche déchiquetée. L'endroit semblait paisible et serein, mais Cor resta sur ses gardes.
– Il n'y a personne, souffla un des soldats. Argentum s'est moqué de nous…
– Ou ça pourrait être une embuscade, gronda Cor avant de se redresser. Couvrez-moi.
– Maréchal ? appela Monica.
L'Immortel l'ignora et s'avança seul dans la crique. Il invoqua son katana, qui apparut dans sa main droite dans un tourbillon d'étincelles bleues, tout en marchant sur le sable, tous les sens en alertes. Il se planta devant la ligne lointaine de la mer, qui s'était retirée en cette heure de marée basse, puis embrassa les alentours du regard.
– Je suis Cor Léonis ! cria-t-il brusquement, faisant sursauter ses propres soldats toujours cachés dans l'angle de la falaise. Je suis venu chercher les troupes impériales sous les ordres du Prince Argentum ! Si vous êtes ici, montrez-vous, ou nous considérerons que le Prince Argentum nous a menti. Son intervention auprès du roi sera considérée comme une tentative d'infiltration dans…
Soudain, un objet tranchant et glacé se glissa sous le menton de Cor, appuyé contre sa carotide. Les épaules de l'Immortel se raidirent, mais il retint son réflexe d'élever sa propre lame pour repousser la lance qui lui chatouillait la gorge.
– Je vous déconseille de respirer trop fort, Maréchal, roucoula une voix féminine, sucrée comme du miel mais plus venimeuse que la salive d'un cobra. Ou ce sera la fin de la légende de l'Immortel.
« Voilà donc la fameuse Highwind, » pensa Cor, en priant pour que Monica et ses soldats restent cachés. Il leva lentement sa main libre en signe de reddition. La lance de l'impériale pressa plus fort contre sa gorge.
– Pas de mauvais tour, Maréchal. Rangez votre épée – gentiment – et ordonnez à vos hommes de sortir de leur cachette.
– Qui vous dit que je ne suis pas venu seul ? grogna Cor en renvoyant son katana dans l'Arsenal fantôme de Régis.
Un ricanement sarcastique résonna derrière lui.
– Inutile de bluffer. Nous vous avons venir depuis la route principale. Une troupe d'environ quarante soldats ? Vous n'êtes pas très discrets, avec vos uniformes noirs. Maintenant, appelez vos hommes, où j'envoie les miens les attaquer sur le champ.
– Et risquer la sécurité de votre prince ? Vous oubliez qu'il est retenu à Insomnia. Soyez certaine que si un seul de mes soldats meure aujourd'hui, votre prince le paiera de sa vie.
Il y avait une telle dureté dans la voix du Maréchal qu'il était impossible de douter de sa sincérité. Cor sut qu'il avait fait mouche lorsque seul le silence lui répondit.
– Qui me dit que le Prince Argentum est encore en vie ? demanda finalement la mercenaire.
Cor extirpa aussitôt le bracelet d'Argentum de sa poche. Le bijou brilla de mille feux dans les rayons du crépuscule quand le Maréchal le brandit en l'air.
– NH-0186-7 m'envoie, dit Cor d'une voix lente pour ne pas trébucher sur la série de chiffres qui était supposée être le nom de code d'Argentum.
Les muscles tendus, il attendit la réaction de Highwind, espérant de toutes ses forces qu'Argentum ne lui avait pas menti. Si Highwind engageait le combat, Cor savait qu'il risquait de perdre des soldats. Heureusement, au bout de quelques longues secondes, la lance s'abaissa avant de complètement disparaître du champ de vision de Cor. L'Immortel poussa un soupir inaudible, puis fit lentement volte-face. Une grande femme aux cheveux blond platine se tenait derrière lui. Elle portait l'uniforme des Guerriers-Dragons, une guilde de guerriers qui avait disparu du Lucis depuis une bonne cinquantaine d'années et dont Cor ne connaissait l'existence que grâce aux livres d'histoire.
– Á présent que nous nous sommes entendus, dites à vos soldats de sortir de leur cachette, ordonna-t-il froidement.
Highwind le foudroya du regard, mais obtempéra en levant la main d'un geste impérieux. Aussitôt, une troupe de soldats émergea de ce qui ressemblait à une cavité creusée dans la falaise, un peu plus loin. Ils portaient des tenues neutres qui ne trahissaient rien de leur appartenance à l'Empire, mais certains avaient noué autour de la taille un long morceau d'étoffe blanc portant les armoiries impériales. Parmi eux se trouvaient des Magitecks qui se déplaçaient mécaniquement sur le sable. Cor les examina d'un rapide coup d'œil, avant d'ordonner à ses propres soldats de sortir de leur cachette pour encercler les soldats impériaux. Ils n'opposèrent aucune résistance lorsque les Glaives commencèrent à les désarmer méthodiquement.
Highwind les imita, tendant sa lance à Cor, avant d'ôter le casque lui cachait la moitié du visage. Des yeux d'un bleu limpide se plantèrent dans ceux de Cor, sans même un soupçon de peur.
– Et maintenant, que se passe-t-il, Cor l'Immortel ?
Elle cracha son nom comme du poison. Cor résista à l'envie de faire réapparaître son katana. Il n'était pas aimé à Niflheim et il le savait. Rien n'empêchait Highwind d'avoir dissimulé un poignard dans sa manche et de le lui planter dans le cœur. Comme si elle avait lu ses pensées, la commandante impériale leva les yeux au ciel, puis recula de quelques pas en écartant les bras.
– Ne faites pas votre vierge effarouchée, Maréchal. Fouillez-moi, j'ai encore au moins cinq armes cachées dans les replis de ma tenue.
Elle fit un clin d'œil suggestif. Si Cor demeura impassible, le jeune soldat derrière le Maréchal rougit jusqu'aux oreilles. Cor dut se retenir de lever les yeux au ciel devant cette technique de diversion vieille comme le monde. La première chose qu'on apprenait aux femmes qui intégraient l'armée, c'est que leur charme sera toujours un atout pour mener la danse. Néanmoins, Cor avait sa botte secrète.
– Monica, fouillez-la.
– A vos ordres, monsieur, répondit aussitôt la jeune femme en s'avançant vers Highwind.
Tandis que Monica fouillait scrupuleusement la commandante, Cor reporta son attention sur la troupe impériale. Elle était constituée d'une trentaine de soldats assez lourdement armés, et d'une quinzaine de Magitecks. Le Maréchal profita de l'occasion pour examiner de plus près ces curieuses machines humanoïdes dont l'Empire était si friand pour mener son expansion militaire sur le Lucis. Les robots étaient aussi grands que Cor et larges d'épaules. Ils étaient lourdement équipés, protégés par d'épaisses armures qui seraient sûrement trop lourdes à porter pour des hommes ordinaires, et avaient pour arme de service un fusil-mitrailleur. Les Magitecks restaient debout et immobiles, ne levant pas la tête, même quand Cor se planta devant eux.
– Ils sont en état de veille, déclara un soldat impérial non loin de Cor. Ils ne réagiront à aucun de vos gestes. Vous pouvez les toucher, si vous le souhaitez.
– Non merci, répondit froidement le Maréchal avant de se tourner vers son interlocuteur. Qui êtes-vous ?
Le soldat impérial semblait au milieu de la trentaine, et avait des cheveux roux qui rappelaient un peu ceux de Loqi Tummelt, mais les traits de son visage étaient bien plus amicaux que l'ancien brigadier-général de l'Empire.
– Wedge, Monsieur, répondit-il en s'inclinant brièvement.
– Vous êtes un mercenaire, vous aussi ?
Wedge hocha la tête.
– Je suis sous les ordres de la Commandante Highwind depuis dix ans, Monsieur.
– Tous les soldats présents ici sont des mercenaires ? demanda Cor en regardant autour de lui.
– Une grosse majorité, oui. Nous formons un bataillon indépendant, dirigé par la commandante Highwind. Nous avons toujours eu des idéaux politiques différents du pouvoir impérial. Ça créé des tensions. Mais il y a quelques soldats de l'armée impériale qui se sont ralliées à notre cause.
Le Maréchal regarda le dénommé Wedge en arquant un sourcil circonspect.
– Votre cause ? répéta-t-il. Développez.
– Renverser l'Empire, déclara le rouquin sans détour, comme si c'était une évidence.
– Vous avez un peu trop d'assurance à mon goût.
Un sourire étira brièvement les lèvres de Wedge, comme s'il venait d'entendre une bonne blague.
– On peut faire confiance à la Commandante Highwind, Monsieur. Elle n'est peut-être pas très sympa, mais elle est intelligente. Si elle a décidé de suivre le prince, c'est qu'elle avait une bonne raison.
– Et quelle raison cela pourrait être ? demanda Cor, de plus en plus intéressé.
– Les mercenaires savent reconnaître quand le vent tourne, Monsieur, affirma Wedge avec beaucoup de sérieux. La Commandante n'aime pas trop ce qui est en train de se passer dans l'Empire, en ce moment. Ça fait un moment qu'elle dit que tout va finir par s'écrouler, et je préférerai être du bon côté de la barrière quand ça se passera, si vous voyez ce que je veux dire.
Cor ne voyait pas exactement, à vrai dire, mais il avait un mauvais pressentiment. Que pouvait bien trafiquer l'Empire pour qu'un de ses héritiers, ainsi que des hommes de sa propre armée, décident qu'il fallait mieux pour eux de tourner le dos à leur propre nation, devenant ainsi des traîtres aux yeux du Niflheim ? Et pourquoi vouloir se rendre forcément au Lucis ? Cor n'était pas idiot, il avait tout de suite remarqué que, comme il s'en était douté, Highwind était une opportuniste. Elle avait vu en Argentum une occasion d'échapper aux griffes de l'Empire, et à celles des nombreux ennemis qu'elle avait dû s'y faire. Mais pourquoi n'avoir tout simplement pas abandonné Argentum à son sort, une fois sortie du territoire impérial ? Pendant qu'Argentum était à Insomnia, il aurait été facile à Highwind et à sa troupe – qui, de toute évidence, obéissait d'avantage à la Commandante qu'au prince – de filer en douce et laisser Argentum se faire condamner ou tuer par le Lucis.
La confiance qu'Highwind accordait à Argentum était démesurée. Elle était là, en train de rendre armes – Monica en avait déjà trouvé trois en fouillant ses jambières – et d'ordonner à ses hommes de se rendre aux Glaives sans opposer de résistance, au lieu de profiter de l'occasion pour s'enfuir et disparaître définitivement des radars. Que pouvait proposer Argentum pour bénéficier de l'allégeance d'une femme comme elle ?
La réponse la plus logique était que Highwind et ses hommes recherchaient la protection du Mur, érigé par Régis. C'était le dernier bouclier que l'Empire n'était pas encore parvenu à briser. Mais il était connu du monde entier que le vieux roi faiblissait, et qu'il ne pourrait pas maintenir cette protection éternellement. La guerre qui déchirait le monde était une guerre d'usure, et Niflheim avait toutes les cartes en main pour la gagner. Le niveau de confiance qu'Highwind accordait à l'entreprise désespérée d'Argentum était bien trop élevé pour une femme telle que la commandante.
Cor dut s'interrompre dans ses pensées quand Monica annonça enfin avoir terminé sa fouille. Elle présenta les deux dagues et quatre pistolets qu'elle avait trouvés sur Highwind.
– Bien, fit le Maréchal gravement. Et concernant les autres soldats ?
– Désarmés, et coopératifs jusqu'ici, monsieur, répondit Monica.
– Dans ce cas, attachez-les et embarquez-les dans les camions. On a de la route a faire avant d'arriver à Insomnia.
Comme ses hommes, Highwind se laissa docilement attacher les poignets derrière le dos. Elle demanda cependant à récupérer le bracelet d'Argentum avant de laisser Cor lui lier les mains.
– Comme gage de votre bonne foi, Maréchal, susurra-t-elle. J'exige de voir le Prince Argentum de mes propres yeux dès notre arrivée à la Capitale Royale.
– Je ne crois pas que vous soyez en état d'exiger quoi que ce soit, Highwind, rétorqua Cor en serrant les menottes autour des poignets de la mercenaire.
Il dut esquiver le coup de tête de Highwind quand cette dernière pivota sur ses talons pour lui faire face. Ses mouvements étaient terriblement rapides et ne manquaient pas de puissance. Même attachée, elle restait dangereuse.
– Si vous désirez connaître les petits secrets de l'Empire, je pense qu'il serait sage de m'écouter, dit-elle, les yeux brillant comme des braises. Argentum contre toutes les infos que je détiens sur Niflheim. Et je veux voir le prince vivant, et entier.
Pour toute réponse, Cor la poussa en avant sans un mot.
OOO
La nuit était tombée depuis plusieurs heures quand Cor et sa troupe arrivèrent à Insomnia. Le Maréchal en profita pour ramener discrètement les nombreux prisonniers impériaux à Insomnia. Des geôles creusées dans le sous-sol de la Citadelle serviraient de lieu de détention temporaire aux soldats impériaux en attendant de savoir ce qu'il fallait faire d'eux. De nombreux conseillers royaux protestèrent contre la décision de Régis d'avoir accordé l'entrée à l'intérieur du Mur d'un nombre aussi conséquent de soldats impériaux et de Magitecks. Insomnia était supposée être le dernier bastion s'élevant encore contre l'ombre de Niflheim qui grandissait sur le monde. Beaucoup de conseillers étaient apeurés à l'idée que les prisonniers, bien que désarmés, fomentent une rébellion et attaquent la Citadelle de l'intérieur.
Régis resta sourd aux protestations de ses conseillers, mais Clarus ne semblait pour sa part pas non plus emballé par l'idée.
– Ils ont raison, tu sais, lâcha le Bouclier Royal tandis qu'il se tenait avec le roi dans l'ascenseur. J'aime pas savoir autant d'impériaux dans la Capitale. Argentum, passe encore. Mais un bataillon entier ?
– Qu'est-ce que tu veux qu'ils fassent ? soupira Régis, d'un air exaspéré. Ce ne sont jamais que trente hommes et quinze robots probablement désactivés. J'ai toujours plus de deux cents hommes et femmes surentraînés qui assurent ma protection et celle de Noct dans la Citadelle.
– Il suffit d'un pour tout renverser, rétorqua gravement Clarus. Il suffit qu'un nous échappe et se faufile jusqu'à ta chambre en pleine nuit pour t'assassiner. Régis, si tu tombes, Insomnia toute entière tombera avec toi.
– Je suis au courant, Clarus. Je n'ai pas l'intention de me faire tuer aussi facilement. Mais cette histoire m'intrigue, et cette Highwind ne parlera pas si ses hommes sont en danger. Il vaut mieux les laisser ici pour le moment.
Clarus leva les yeux au ciel.
– Tu vas pas me dire que tu crois à l'histoire d'Argentum ? Que ses hommes vont prêter allégeance au Lucis juste parce qu'il leur en donne l'ordre ?
– Je refuse de rejeter la moindre hypothèse à ce stade, répliqua Régis avec fermeté. Le geste du prince impérial n'est pas aussi inconsidéré qu'il n'y paraît. C'est visiblement un jeune homme troublé par la politique de son propre pays.
Le plus âgé des deux hommes regarda son ami, l'air songeur. Régis arborait son masque de roi, digne, sévère et inflexible. Mais Clarus connaissait Régis depuis suffisamment longtemps pour ne plus se faire duper par l'apparente indifférence du roi. Il était clair à ses yeux que le jugement de Régis à l'égard d'Argentum était adouci en raison du jeune âge du garçon. Le prince impérial était né deux mois après Noctis, et Régis ne pouvait sans doute pas s'empêcher de faire le rapprochement entre ce jeune homme et son propre fils. Clarus lui-même avait toujours eu plus ou moins de compassion pour les deux enfants impériaux, nés dans un empire belliqueux et sous l'égide d'un empereur assoiffé de conquête, qui jalousait le Lucis pour son Cristal depuis de longues années. Mais Clarus s'était toujours souvenu qu'il était le Bouclier du roi du Lucis avant même d'être un père. Si un gosse sorti du Niflheim menaçait d'une manière ou d'une autre la vie de Régis, Clarus n'hésiterait pas une seule seconde à l'abattre.
Régis semblait l'oublier, et la mission de Clarus était aussi de lui rappeler la dangerosité de la situation.
– Tu n'as jamais envisagé la possibilité que tout cela ne soit qu'un énorme piège ? demanda le Bouclier. Qu'Argentum ait été envoyé ici en infiltration, avec mission de gagner ta confiance et pour pouvoir t'assassiner ?
– Cette idée m'a traversé l'esprit, admit calmement le roi. Mais il est encore trop tôt pour affirmer ou infirmer quoi que ce soit. En plus, le fait qu'il ait amené avec lui tout un bataillon de l'armée impériale, dont des unités Magitecks, me fait penser qu'il s'agit davantage que d'une mascarade pour tromper notre vigilance.
– Ce sont surtout des mercenaires, corrigea Claus en fronçant les sourcils. Techniquement parlant, ils ne font pas partie intégrante de l'armée impériale…
– De plus, Cor m'a rapporté en arrivant que les hommes sous les ordres de Highwind pensent que quelque chose d'étrange se trame dans l'Empire, poursuivit le roi sans prêter attention à ce que disait son ami.
– Ça, c'est pas nouveau. Iedolas a perdu la boule depuis un bon moment…
– Ce n'est pas spécifiquement à l'Empereur que je pense, répliqua Régis juste avant que la sonnette de l'ascenseur retentisse, signalant leur arrivée à destination. Mais autant en avoir le cœur net.
Le roi sortit de l'ascenseur avant que Clarus ne puisse lui demander ce qu'il voulait dire. Le Bouclier Royal ravala un soupir agacé et suivit docilement le roi. Ils se trouvaient au second sous-sol, l'endroit où les Glaives interrogeaient les suspects et les maintenaient en cellule d'observation. Tandis que les soldats du bataillon impérial avaient été enfermés dans les geôles, se trouvant un étage plus bas, la commandante Highwigh était détenue à cet étage, sous la supervision directe de Cor.
Le roi et son Bouclier parcoururent un long corridor étroit, éclairé de néons, avant de finalement bifurquer à droite et tomber sur une rangée de portes identiques, chacune estampillée d'un chiffre différent. Deux soldats montaient la garde devant la porte numéro deux. Ils s'inclinèrent brièvement quand Régis apparut devant eux.
– Le Maréchal interroge la prisonnière, Votre Majesté, l'informa l'un des gardes, un jeune homme aux cheveux bruns et à la carrure forte. Le seigneur Scientia, et son fils sont déjà dans la salle d'observation.
Régis hocha la tête et entra, suivi de près par Clarus. La salle d'observation était plongée dans la semi-pénombre, mais les silhouettes de Tellus et Ignis se détachaient clairement de la large fenêtre qui donnait une vue sur la salle d'interrogation adjacente. Régis y vit le dos tourné de Cor, qui se tenait devant la prisonnière, assise sur l'unique chaise de la pièce. La lumière froide et les murs nus de la salle d'interrogation contribuaient à donner une atmosphère pesante à la pièce, mais la femme assise devant Cor ne sembla pas le moins du monde impressionné. Ses longs cheveux blonds viraient au blanc sous la lumière blafarde du néon, et ses yeux clairs étaient plus aiguisés que la lame d'une épée.
Tellus et son fils tournèrent la tête quand Régis et Clarus s'avancèrent à leur hauteur.
– Elle a dit quelque chose ? demanda le Bouclier d'un ton bourru.
– Seulement qu'elle voulait voir le Prince Argentum de ses propres yeux, répondit Tellus à mi-voix.
– Elle n'a rien dit sur les intentions du prince ? questionna à son tour Régis.
– Elle n'affirme ni n'infirme la version du prince. Elle refuse de dire quoi que ce soit tant qu'elle n'aura pas vu Argentum.
Clarus laissa échapper un ricanement désabusé.
– Bah on va pas aller loin, comme ça… tu parles d'une coopération totale !
Tellus lança un regard presque sévère au Bouclier, signe qu'il allait lui faire la leçon.
– On ne peut pas lui reprocher de se montrer prudente. Elle est tout de même en plein territoire ennemi.
– J'vais pas la plaindre, rétorqua Clarus en croisant les bras sur sa poitrine. Si elle a choisi de suivre son cher prince jusqu'ici, elle ferait bien de s'en tenir jusqu'au bout.
– Clarus, il faut savoir se montrer diplomatique…
Régis poussa un long soupir, sentant l'inévitable dispute arriver. Malgré le nombre d'années que Clarus, Tellus et Régis avaient passé ensemble, le roi avait toujours vu son Bouclier et son conseiller se chamailler sur la meilleure marche à suivre. Ça avait commencé quand ils n'étaient que des enfants, et ça continuait même maintenant qu'ils étaient supposés être des adultes mûrs et responsables. Régis secoua la tête, avant d'ordonner le silence d'un geste de main. Aussitôt, Clarus et Tellus devinrent silencieux. La voix de Cor résonna dans la salle d'interrogation.
– Comment avez-vous échappé à la vigilance de vos supérieurs pour venir jusqu'à Galdina sans vous faire remarquer ? Comment le Prince Argentum a-t-il réussi à s'exfiltrer au Lucis sans que personne ne remarque son absence ?
Comme d'habitude, Cor posait peu de questions, mais indéniablement les bonnes. Régis s'était lui aussi interrogé sur la façon dont Argentum avait ainsi pu rejoindre le Lucis au nez et à la barbe de Iedolas, de sa sœur et de son armée. On ne pouvait pas ignorer l'absence d'un des héritiers impériaux aussi facilement.
– Je me demande qui aurait pu aider le Prince Argentum, souffla Ignis. Peut-être cette personne pourrait-elle nous aider à espionner Niflheim.
– Cela ne reste qu'une hypothèse, Ignis, rappela Tellus.
– Une hypothèse plus que probable, rétorqua Clarus en lançant un regard appuyé au conseiller royal. Ce doit être un haut-dignitaire… Peut-être Ravus, non ?
Régis sentit sa gorge se serrer. Ravus, fils aîné de feu la Reine Sylvia, demeurait l'un des plus cuisants échecs et un des plus grands regrets de la vie du roi. Quand Niflheim avait attaqué Tenebrae, le palais avait été mis à sac par les impériaux si vite que Régis n'avait même pas pu tenter de sauver la reine Sylvia. La précédente Oracle était morte en sauvant son fils. Impuissant et terrorisé à l'idée que son fils puisse mourir, Régis n'avait pu qu'attraper Noctis dans ses bras et prendre Lunafreya par la main. Ils avaient pris la fuite, ignorant les hurlements de Ravus, ployé au-dessus du corps sans vie de sa mère.
Encore aujourd'hui, Régis ne parvenait pas à oublier cette nuit cauchemardesque. Après avoir rejoint Altissia, il s'était retrouvé avec deux enfants traumatisés. Noctis s'était à peine remis de la blessure qui avait failli le paralyser, et Lunafreya s'était silencieusement effondrée en larmes quand elle avait finalement réalisé que sa mère était morte et que son frère était resté aux mains de l'Empire. Régis l'avait tenue dans ses bras et l'avait laissée pleurer contre son épaule en tentant d'ignorer sa propre douleur. Á dix-huit ans, Ravus avait perdu titre, famille et foyer. Quand Régis avait appris que le jeune homme avait rejoint l'armée impériale, sa douleur n'en avait que redoublé. Il imaginait aisément que Ravus devait à présent cultiver une rancune féroce envers le roi qui avait laissé sa mère se faire tuer et l'avait abandonné à son sort. Comment aurait-il pu alors aider Argentum à rejoindre le Lucis dans ces conditions ?
– Qui a aidé le Prince Argentum ? insista Cor malgré le silence de sa prisonnière. Il devait être aidé par quelqu'un dans l'armée… Quelqu'un qui est resté à Niflheim…
La Commandante ne desserra pas les dents, se contentant de fixer Cor avec un regard bazooka. Le Maréchal émit un sifflement impatient.
– Écoutez, Highwind, vous n'avez que deux options. Ou vous coopérez, et vous pourrez revoir le prince Argentum, ou vous vous obstinez dans le silence, et…
– Je crois, l'interrompit Highwind d'une voix claquante comme un coup de fouet, que nous nous sommes mal compris, Maréchal. Je ne dirai rien tant que je n'aurais pas vu le Prince Argentum de mes propres yeux.
– Pourquoi vous êtes aussi bornée à ce sujet ? Vous avez accepté de nous suivre jusqu'ici sans broncher, et maintenant vous exigez à tout prix de voir le prince ? Argentum nous a assuré que vous vous montreriez coopérative. Apparemment, il avait tort.
Le visage de Highwind se déforma, traversé par un sourire carnassier.
– Le prince Argentum aime donner des ordres. Ça ne veut pas dire que je doive aveuglément les suivre.
– Pourtant, vous lui avez obéi au point de vous rendre aux mains de l'ennemi, observa froidement Cor.
– Et je refuse de continuer tant que je n'aurais pas vu Son Altesse Impériale, répliqua la commandante.
Un silence glacial tomba dans la salle d'interrogatoire. Cor et Highwind s'affrontaient du regard sans que l'un ou l'autre ne flanche. Les sourcils de Régis se haussèrent, et même Clarus émit un petit sifflement d'admiration.
– Je dois avouer qu'elle a du cran, dit-il.
– On dirait que l'Immortel a trouvé quelqu'un à sa hauteur, renchérit Tellus avec un soupçon d'amusement dans la voix.
Régis devait lui aussi admettre que la mercenaire l'impressionnait un peu. Cor était connu comme la terreur du Lucis, aussi bien sur les champs de bataille que dans les salles d'interrogatoire. En plus de sa fameuse réputation d'immortel, il dégageait une présence et une autorité proprement terrifiantes, qui suffisaient généralement à terroriser les prisonniers de guerre pour qu'ils dévoilent tous leurs secrets en moins de dix minutes. Highwind, cependant, semblait être faite du même moule que Cor.
Le roi regarda la prisonnière d'un air songeur. Highwind avait servi l'armée impériale et fréquenté des grands commandants de l'Empire. Elle devait non seulement avoir des informations d'une valeur inestimable sur les effectifs militaires de Niflheim, mais peut-être aussi des soutiens qui étaient restés à Gralea. Peut-être était-il possible, à travers elle, d'avoir des espions au service du Lucis dans les rangs de l'armée impériale, comme l'avait suggéré Ignis ? La possibilité était peu probable, mais néanmoins alléchante.
– Organisons une rencontre avec Argentum, décida le roi. Il n'y a qu'à cette condition qu'elle acceptera de parler.
– Tu es sûr ? grogna immédiatement Clarus. C'est pas très prudent de leur permettre de se voir. Ils pourraient comploter quelque chose…
– Dans tous les cas, le temps nous est compté, rétorqua Régis en se tournant vers son Bouclier. Tôt ou tard, l'empereur ou la princesse Aurum finiront pas se rendre compte de la disparition d'Argentum. Si on veut garder l'avantage de l'effet de surprise, il faut qu'on agisse vite.
Tellus hocha la tête. Clarus secoua la tête, l'air résolument réprobateur, et s'enfonça dans un silence buté.
OOO
« La cité était en flammes et en sang. Les canons rugissaient au rythme des explosions, recouvrant pleurs et cris. Le ciel était zébré de panaches de fumée noire qui s'élevaient comme un mauvais présage au-delà des nuages. Ce qui avait commencé comme un siège sans conséquences deux jours auparavant s'était transformé en un carnage de plus en plus meurtrier. Parce que Ravus s'était obstiné à s'accrocher à Lestlallum, il n'avait pas voulu battre en retraite, même quand les troupes lucisiennes qui campaient devant Lestallum avaient trouvé un moyen de s'introduire à l'intérieur de la ville – sans doute avec l'aide des citoyens qui vivaient sous le joug impérial depuis six mois.
Prompto se dressait au milieu de ce qui était autrefois la grande place du marché. Elle n'avait plus rien de paisible ni d'attractive : c'était un champ de bataille jonché de cadavres, les pavés étaient baignés de sang, et les bâtisses qui se dressaient autrefois fièrement avaient été réduites en ruine par les propres canons de l'Empire. Ravus n'avait montré aucun scrupule : dès que les premières troupes lucisiennes s'étaient introduites dans l'enceinte de Lestallum, il n'avait pas hésité à river les canons des aéronefs impériaux sur la ville pour en chasser les intrus, même si ça voulait dire détruire la moitié de la cité pour le faire. L'Empire n'avait que faire de Lestallum après tout. Seuls importaient le Météore du Titan et la centrale qui canalisait l'énergie qui s'en dégageait.
Sauf que ça ne suffisait pas. Tous les soldats et Magitecks présents dans le secteur ne parvenaient pas à repousser l'attaque du Lucis. Les soldats lucisiens étaient moins nombreux, mais ils étaient épaulés par les civils et bénéficiaient de la magie du Cristal. Ils gagnaient du terrain sur les impériaux, retranchés dans une petite partie du centre-ville. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que l'Empire perde la ville. Prompto tentait tant bien que mal de défendre leurs positions, mais il savait d'ors et déjà que c'était un combat perdu d'avance.
Quand des soldats lucisiens apparurent au bout de la rue débouchant sur le carnage qu'était devenue la place du marché, le prince leva méthodiquement ses revolvers et tira à un rythme soutenu sur les silhouettes qui s'approchaient. Il ne fut pas surpris de voir la moitié d'entre elles disparaître brièvement dans des tourbillons d'étincelles bleues.
– Ils arrivent ! hurla-t-il en l'intention de ses hommes. Préparez-vous !
Il ne restait que la moitié de son bataillon, dont quelques Magitecks. Ses soldats poussèrent des grognements sauvages, abrutis par les combats à répétition. Ils ne tiendraient pas longtemps comme ça, Prompto allait bientôt devoir ordonner l'évacuation. Á cet instant, un vaisseau impérial flotta pesamment au-dessus d'eux en cachant le soleil. L'appareil déversa au sol une troupe de Magitecks qui atterrit dans un fracas de métal devant Prompto. Le prince impérial poussa un cri de désarroi.
– Ravus ! hurla-t-il dans la radio intégrée dans son armure. C'est inutile d'envoyer plus de Magitecks ! Nous ne pourrons pas tenir plus longtemps !
– Maintenez vos positions, Prince, rétorqua implacablement la voix du général, crachotée par la radio.
– Par Shiva… ! grogna Prompto.
Les Magitecks étaient placés en première ligne et servaient de bouclier aux soldats humains, placés derrière eux. Ils protégeaient Prompto, qui rengaina ses revolver et attrapa le lance-roquette attaché dans son dos. Il s'agenouilla par terre et balança son arme sur l'épaule. La plupart des Glaives s'étaient engagés dans la ruelle et fonçaient vers eux, prêts à se téléporter sur la place pour engager le combat. Les hommes de Prompto ne supporteraient pas un nouvel assaut, même avec les Magitecks envoyés en renfort par Ravus. La meilleure solution était de tenter de réduire le nombre d'adversaires. Comme les lucisiens étaient compactés ensemble à cause de l'étroitesse de la ruelle, ils constituaient une cible parfaite pour Prompto.
Le rang formé par les Magitecks masquait Prompto de leur champ de vision. Le prince impérial arma rapidement le lance-roquette, puis souleva la visière de son casque pour viser.
– Dégagez ! ordonna-t-il.
Le rang Magiteck se scinda aussitôt en deux pour lui dégager la vue. Les lucisiens étaient proches. Prompto, qui avait une excellente vue, reconnut alors parmi eux une silhouette reconnaissable entre mille : Cor l'Immortel. Les yeux du prince impérial s'écarquillèrent de surprise, puis d'horreur. Momentanément, son souffle se coupa et ce fut tout son corps qui se figea. Son doigt, posé sur la gâchette, était incapable de presser la détente. Le Maréchal Leonis était là, devant eux ! Rares étaient les soldats impériaux qui avaient pu se vanter d'avoir survécu à un face-à-face avec l'Immortel, et quand c'était le cas, ils étaient mutilés et agonisants, et ne pouvaient que marmonner des flots de paroles incompréhensibles sur le Maréchal.
« On est tous morts, » pensa Prompto, figé de terreur.
Il prit un certain temps à se rendre compte que l'Immortel et les Glaives ne s'avançaient plus vers eux. D'un côté, les lucisiens étaient agglutinés dans la ruelle sans oser s'avancer sur la place, et de l'autre, les impériaux attendaient dans l'espace ouvert que leur prince daigne enfin presser la détente. Prompto crut croiser le regard glacial de l'Immortel au loin. L'homme le fixait, mais ne devait sûrement pas reconnaître le prince sous son casque. C'est à cet instant que Prompto remarqua enfin l'étrange lueur orange qui brillait dans la main du Maréchal : une fiole remplie de magie de feu, un puissant sortilège dont Prompto avait trop de fois constaté les ravages.
La scène devait ressembler à un tableau : chaque armée se toisait du regard avant de lancer l'assaut. Les yeux acérés de l'Immortel étaient plantés dans ceux de Prompto, comme pour le défier de tirer le premier. Le prince impérial n'arrivait pas à se sortir de sa torpeur. « On est tous morts, on est tous morts ! » se répétait-t-il en boucle. Jusqu'à ce qu'une voix tonitruante résonne derrière lui, brisant l'instant comme un coup de marteau sur un miroir.
– Qu'est-ce que tu attends ?!
Prompto sursauta. Il vit à peine les yeux de l'Immortel se lever vers la silhouette qui se dressait maintenant à côté du prince impérial. Le jeune homme reprit contenance. Sans se laisser davantage de temps pour réfléchir, il rajusta le poids de son lance-roquette sur son épaule et visa. La tête de l'Immortel apparut dans son viseur. Son doigt effleura la gâchette. L'Immortel leva sa fiole, prêt à la lancer pour lâcher le sortilège sur eux.
– PROMPTO ! hurla la voix à côté de lui.
Prompto pressa la détente. L'Immortel lança la fiole dans les airs. Le monde se réduisit à une vague de flamme et une explosion qui détonna dans toute la ville. Et puis plus rien. »
Un bruit sourd et insistant tira brutalement Prompto du sommeil. Le prince se redressa sur son lit, les yeux exorbités. Les contours de sa chambre dans la Citadelle lui apparurent flous dans la lueur du crépuscule qui se glissait par sa fenêtre. Le jeune homme se passa une main sur le visage, grimaça en sentant la sueur froide qui perlait sur son front et coulait le long de son dos. Des réminiscences de son rêve – non, c'était des souvenirs – lui revinrent en tête, n'inspirant que terreur et dégoût en lui. Les draps du lit lui collaient au bras. Il s'extirpa tant bien que mal des couvertures et se leva, uniquement pour sursauter violemment quand de nouveaux coups ferme furent frappés contre sa porte.
Prompto lança un regard hagard vers la porte.
– Entrez ? hasarda-t-il d'une voix enrouée.
Son garde du corps attitré, l'homme aux cheveux tressés, apparut dans l'encadrement de la porte. Aucune expression particulière ne marquait son visage, mise à part une légère suspicion tandis qu'il regardait le prince des pieds à la tête.
– Est-ce que vous allez bien ? demanda le Glaive.
– Je… Je me suis endormi, bredouilla Prompto en essayant de cacher les tremblements de son corps.
Sa bouche était pâteuse, sa gorge nouée, et ses mains moites de sueur. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'était endormi après la visite de la Dame Lunafreya et du Prince Noctis. Après avoir passé une nuit quasiment blanche, ce n'était pas étonnant, mais Prompto n'avait jamais été un gros dormeur, et encore moins dans une situation de stress comme celle-ci. Prompto s'était simplement assis sur son lit pour ne plus tourner en rond comme un lion en cage, mais apparemment, il s'était assoupi. L'horloge de sa chambre lui indiqua 17h58. Il avait dormi pratiquement sept heures.
Le Glaive le regarda encore quelques secondes sans rien dire, mais décida visiblement de ne pas insister.
– Je suis venu vous informer que le roi a organisé une rencontre ici avec votre subordonnée, la Commandante Highwind.
– Ils l'ont retrouvée ? s'exclama Prompto sans parvenir à masquer son soulagement.
Le soldat hocha gravement la tête. Il lança au prince un regard indéchiffrable. Prompto crut discerner une étincelle de compassion – à moins que ce ne soit de la pitié ? – dans ses yeux bruns.
– Le roi, le Maréchal et leurs gardes vont arriver d'ici une demi-heure. Je vous suggère de vous préparer.
Il désigna du menton la porte qui menait à la salle de bains. Prompto hocha la tête d'un geste raide. Le miroir au-dessus du lavabo lui renvoya le reflet d'un jeune homme blême aux cheveux trempés de sueur et aux vêtements froissés. Le prince ouvrit la robinet d'une main tremblante, s'humecta les lèvres et se trempa le visage d'eau froide. Il ferma les yeux, revit des fragments de son rêve briller comme des éclairs derrière ses paupières closes.
Les bâtiments déchiquetés de Lestallum. Le regard terrifiant de l'Immortel planté dans le sien. La voix tonitruante dans son dos.
« Qu'est-ce que tu attends ?! »
Des larmes brûlantes lui échappèrent, roulèrent sur ses joues. Il étouffa ses sanglots dans sa manche, s'agrippant de toutes ses forces au lavabo pour ne pas s'effondrer. Il ne voyait plus son reflet, il ne voyait plus la porcelaine blanche de la baignoire ni même la silhouette du Glaive dans sa chambre par la porte entrouverte. Il ne voyait plus rien, si ce n'était le sang dans le ciel recouvert de fumée noire. Il ne sentait plus rien, si ce n'était le goût âcre de la cendre dans sa bouche.
« PROMPTO ! »
Une grande explosion. Et puis plus rien. Plus rien du tout.
OOO
Prompto grimaça en sentant les menottes que « son » Glaive avait glissées sur ses poignets quelques minutes plus tôt. En réponse, le soldat lui posa une lourde main sur son épaule. Le prince ignorait si c'était en guise d'avertissement ou de soutien. L'homme n'avait rien dit, mais Prompto était persuadé qu'il l'avait entendu pleurer dans la salle de bain une demi-heure plus tôt. Avait-il pris pitié de son ennemi ? Prompto grimaça intérieurement. Heureusement, il ne tremblait plus, et après une rapide douche, il était reparu composé et calmé pour la rencontre à venir.
Conformément aux dires du Glaive, le roi avait débarqué dans sa chambre, suivi d'Amacitia et de Scientia avec qui il échangeait des messes basses. Ça avait été très dur pour Prompo de voir le Maréchal rentrer dans sa chambre à son tour, l'air plus austère que jamais, et accompagné de Glaives lourdement armés. Prompto dut rassembler toutes ses forces pour ne pas trembler et paraître le plus indifférent possible à la présence de l'Immortel. L'entrevue organisée entre les deux impériaux allait être surveillée de près, et ne réunirait qu'un comité restreint. Même le prince royal était tenu éloigné de la rencontre, observa Prompto quand il constata non sans déception l'absence de son homologue. Même s'il n'avait rien dit, le Prince Noctis avait semblé intrigué par les photos qu'ils avaient vues ensemble. Prompto avait remarqué son regard s'attarder sur les silhouettes des Magitecks alignées en rang d'oignons, sur les visages nus des soldats impériaux qui avaient retiré leurs casques, sur les regards des paysans qui vivaient dans les montagnes enneigées. Noctis était intrigué par Niflheim et ses habitants, et Prompto aurait voulu que le prince puisse voir Aranea et constater par lui-même que tous les soldats de l'armée impériale n'étaient pas des barbares sanguinaires qui ne pensaient qu'à envahir son royaume.
Le jeune homme poussa un soupir résigné. Il ne devrait pas penser aux états d'âmes du Prince Noctis maintenant. Il avait bien plus important à faire pour le moment. Même si le roi lui avait assuré qu'il ne le laisserait voir Aranea uniquement que pour celle-ci consente enfin à répondre à leurs questions, Prompto savait très bien que son comportement serait jaugé et évalué par les nombreux témoins agglutinés dans sa chambre. C'était un test, autant pour lui que pour Aranea. S'ils échouaient à convaincre les Lucisiens de leurs bonnes intentions, Prompto allait voir son beau rêve tomber à l'eau. Comme pour confirmer ses pensées, l'Immortel se sépara du roi et de ses conseillers pour rejoindre Prompto en deux grandes enjambées. Le prince impérial réprima à peine un sursaut. Il sentit la main de son Glaive se resserrer sur son épaule. L'Immortel ne sembla rien voir. Il se campa devant le prince, les bras croisés sur sa poitrine et son regard plus noir qu'un ciel d'orage.
– Highwind va être amenée ici, annonça-t-il d'une voix polaire. Elle est menottée et sera escortée par un soldat comme vous l'êtes. Vous êtes autorisés à vous parler, mais uniquement en lucisien. Il faut que toutes les personnes présentes dans cette pièce puissent comprendre chacun des mots que vous et votre subordonnée prononcerez. Est-ce bien clair ?
– Transparent, grinça Prompto qui refusait de se laisser intimider par le Maréchal.
– Votre rencontre devra être brève et ne durera certainement pas plus de quelques minutes. Si le roi, ses conseillers ou moi-même posons une question à Highwind ou vous, vous êtes tous les deux tenus d'y répondre avec honnêteté.
Le prince hocha la tête sans un mot. L'Immortel retourna et fit un signe de main à un Glaive qui attendait à côté de la porte fermée. Ce dernier murmura aussitôt dans le minuscule micro glissé dans la doublure de son uniforme. La porte de la chambre fut ouverte quelques secondes plus tard, dévoilant une femme aux cheveux cuivrés portant la tenue noire des soldats royaux. Elle tenait fermement par le bras sa prisonnière, qui s'avança dans la pièce d'une démarche altière. Prompto sentit son cœur s'accélérer en voyant la silhouette familière d'Aranea, qui posa aussitôt son regard acéré sur lui.
Le bref éclat de soulagement que Prompto devina dans les yeux bleus de la Commandante disparut presque aussitôt, remplacé par un sourire carnassier. Aranea pressa le pas, tirant presque sa geôlière derrière elle comme un vulgaire boulet. On l'avait dépouillée de son armure de Chevalier-Dragon et de ses armes, la laissant en simple tunique blanche et noire, ce qui donna une impression étrange à Prompto. Il n'avait encore jamais vu sa terrifiante subordonnée sans son armure. Aranea s'avança jusqu'à arriver directement devant Prompto en ignorant les regards rivés sur elle et posa un genou à terre en inclinant la tête, effectuant la révérence impériale.
– Salutation, Prince Argentum. Que l'argent brille sur la couronne impériale.
Prompto grimaça en entendant les mots en gralean prononcés par sa subordonnée. Il jeta un regard incertain vers le roi et ses conseillers. Régis semblait plus perplexe qu'autre chose, mais son Bouclier était déjà furieux.
– On avait dit pas de gralean ! brama-t-il en s'avançant dangereusement vers les deux impériaux.
– Calme-toi Clarus, l'interrompit Scientia en posant une main ferme sur l'épaule du géant de muscles. Ce n'était que le salut impérial : « Salutation au Prince Argentum. Que scintille l'argent de la couronne de l'Empire ».
La traduction n'était pas tout à fait exacte, mais Prompto était néanmoins impressionné par le fait que Scientia connaisse suffisamment de gralean pour pouvoir le comprendre. Comme beaucoup d'autres aspects de sa culture, la langue impériale était jalousement cachée par l'Empire. Rares étaient ceux hors de Niflheim capable de parler, comprendre ou lire la langue impériale. Amacitia se calma, mais son visage conserva son expression orageuse. Il pointa un doigt sur Aranea.
– Toi, contente-toi de parler en Lucicien, ou l'entrevue va tourner court.
L'homme faisait peur, mais il en fallait bien plus pour effrayer Aranea. Loin de se laisser démonter, la mercenaire se releva d'un mouvement souple, la main de sa geôlière toujours sur son bras. Elle se contenta de jeter un regard torve en direction du Bouclier Royal avant de reporter toute son attention sur Prompto.
– Votre Altesse, vous semblez en bonne santé, dit-elle d'une voix neutre.
– C'est le cas, confirma Prompto en risquant un bref sourire. Je suis bien traité depuis mon arrivée ici. J'imagine qu'il en va de même pour vous, Commandante.
– Affirmatif. Je n'ai à me plaindre que d'une séance d'interrogatoire parfaitement inutile conduite par l'Immortel.
Ce disant, elle coula un regard noir en direction du Maréchal, qui demeura impassible.
– Mes troupes ont également été toutes rapatriées ici à ma connaissance, reprit la mercenaire en se retournant vers le prince.
– Et les unités Magitecks avec vous ? questionna Prompto, la gorge nouée.
– En état de marche, mais en veille. Prêtes à être examinées.
Prompto allait hocher la tête, mais comme il s'y attendait, il fut interrompu par l'Immortel qui s'avança d'un pas en leur jetant un regard méfiant.
– Comment ça, examinées ? demanda-t-il sèchement.
Les autres Lucisiens semblaient tout aussi surpris et sur leurs gardes. Après avoir adressé un discret signe de tête à Arena, Prompto se tourna pour faire face à l'Immortel, mais c'était le roi qu'il regarda. Il se força à redresser les épaules et à regarder le monarque dans les yeux. C'était maintenant qu'il fallait être convaincant.
– J'ai ordonné à la Commandante Highwind d'amener avec elle une troupe de Magitecks afin que vous puissiez les examiner comme bon vous semble. Je crois comprendre que le Lucis n'a jamais pu analyser le fonctionnement de nos Magitecks depuis leur création.
– Non, effectivement, répondit Scientia en plissant les yeux. C'est un secret que l'Empire a bien gardé depuis des années. Vous seriez prêts à nous laisser accéder à ces unités ? Je pensais que les Magitecks constituaient l'avancée technologique impériale la plus perfectionnée.
– C'est le cas, répondit Prompto en s'efforçant d'avoir une voix ferme. Et c'est pour ça que je vous laisse les examiner. J'espère que cet acte saura être une preuve de ma bonne foi et de la sincérité de mes actes envers le Lucis.
Il fut frustré de ne voir aucune émotion trahir le masque lisse collé sur le visage du roi. Régis était bien plus doué que Iedolas pour cacher ses pensées. Rien sur son visage ou dans ses yeux ne trahissaient la nature de ses pensées. Contrairement à son monarque, Amacitia était bien plus expressif. Son visage ne décoléra pas malgré l'annonce du prince impérial.
– Pardonnez-moi, mais je ne peux m'empêcher de conserver des doutes à votre égard, rétorqua-t-il d'un ton loin d'être désolé. Qui nous dit que vos Magitecks ne sont pas piégés, programmés pour nous attaquer dès que nous baisserons notre garde ?
– Rien ne vous empêche de les détruire si vous en avez peur, rétorqua Aranea d'un ton cynique.
Le visage du Bouclier s'assombrit davantage. La mercenaire n'aidait pas à plaider leur cause. Prompto lui lança un regard éperdu, la priant silencieusement de se taire. Sa subordonnée haussa les épaules, mais retomba docilement dans le silence. L'Immortel se racla bruyamment la gorge, rompant l'atmosphère tendue de la pièce.
– Maintenant que vous avez vu que votre prince est en bonne santé, j'ose espérer que vous allez vous montrer plus coopérative à nous donner les informations que nous demandons, déclara-t-il à d'Aranea.
La mercenaire se permit d'adresser un sourire insultant au Maréchal, au grand désarroi de Prompto qui avait espéré que la Commandante se montrerait un peu moins arrogante en territoire ennemi. Il s'était de toute évidence trompé.
– C'était le marché, répondit la jeune femme. Je ne reviens jamais sur ma parole quand on tient une promesse qu'on m'a faite, Maréchal.
– Je préfère le constater par moi-même, grogna l'Immortel. Nous retournons immédiatement en salle d'interrogation.
Il fit un petit signe à la femme qui tenait toujours le bras d'Aranea, mais avant que cette dernière n'ait pu entraîner sa prisonnière vers la porte, la mercenaire se planta fermement devant Prompto.
– Attendez ! Je souhaite encore dire quelque chose au Prince Argentum !
La mercenaire glissa ses mains menottées devant elle dans l'une des poches de sa tunique, et en extirpa le bracelet d'argent de Prompto. Elle le luit tendit, et le prince impérial s'en saisit lentement de ses propres mains entravées, essayant d'ignorer les nombreux regards qui suivaient chacun de leurs gestes. Les yeux bleus de glace de sa Commandante se plantèrent dans les siens, durs et intransigeants comme le blizzard de Niflheim.
– Je crois, Altesse, que vous avez égaré ceci… Vous devriez faire plus attention à vos affaires, mon Prince.
Prompto rougit en entendant le ton sarcastique d'Aranea. Il hocha prestement la tête.
– Entendu, Commandante.
Et pour prouver sa bonne foi, il repoussa tant bien que mal le bracelet de ses menottes pour glisser le précieux accessoire sur son poignet droit, au-dessus du ruban de cuir qui encerclait déjà sa peau. Aranea eut l'air satisfait. Elle s'inclina une seconde fois devant Prompto, et prononça encore une fois un salut impérial en gralean, sans doute par pure provocation.
– Que l'or illumine les terres blanches de l'Empire, mon prince. Prenez soin de vous.
– Qu'est-ce qu'elle a dit ?! brailla aussitôt Amacitia tandis qu'Aranea était finalement entraînée hors de la chambre par le Maréchal à bout de patience.
– C'est un second salut impérial, répondit Scientia en agrippant le Bouclier par le bras. « Que l'or brille sur le territoire clair de l'Empire. » C'est bien ça, prince Argentum ?
La voix du conseiller tira Prompto de ses songes, qui fixait la porte laissée ouverte par laquelle avait disparu Aranea. Le prince cligna des yeux, surpris d'être mis à contribution par Scientia, mais hocha la tête.
– C'est exact. Vous comprenez très bien le gralean, Seigneur Scientia.
Prompto avait voulu faire un compliment sincère au conseiller, mais sa remarque fut interprétée avec méfiance car Scientia fronça les sourcils.
– J'ai eu l'occasion d'apprendre la langue impériale au début de la guerre. Je n'ai que rarement eu l'occasion de la parler avec natifs, malheureusement, je crains donc de ne pouvoir que la comprendre et non pouvoir la parler.
Car le Lucis était en guerre contre l'Empire, et que Scientia n'avait sans doute pas pu converser avec des ennemis qui envahissaient son royaume et tuaient ses camarades. Parce que les tonalités rêches du gralean devaient être de mauvais augure dans la capitale royale, la langue de l'ennemie, laide et vicelarde, porteuse de mauvaises nouvelles. Prompto retint un soupir douloureux et ne chercha pas à relancer la conversation sur ce sujet délicat.
La tension s'était peu à peu évacuée de la pièce avec le départ d'Aranea. Les Glaives parlaient entre eux à voix basse, puis les uns après les autres, quittèrent la chambre à leur tour. Prompto leva la tête quand le roi, silencieux jusqu'à maintenant, s'avança pour lui faire face, flanqué de près par son Bouclier et son conseiller. Le Glaive aux cheveux tressés resserra douloureusement les doigts sur l'épaule du prince impérial, cette fois en signe d'avertissement de ne rien attenter contre le monarque où il subirait de lourdes représailles – sans doute une lame tranchant sa gorge, pensa nerveusement Prompto qui déglutit et leva les yeux pour croiser ceux de Régis.
Pour cette rencontre secrète entre les deux prisonniers impériaux, le roi n'avait pas jugé nécessaire de se lester de son attirail royal. Il portait un costume simple – bien que coûteux – noir et estampillé de l'emblème royal. Seul l'Anneau du Lucii, brillant à son annulaire droit, le marquait comme un représentant de la lignée royale du Lucis. Il n'en demeurait pas moins imposant, aussi Prompto pria intérieurement pour que ses jambes ne tremblent pas. Il se sentit néanmoins violemment rougir quand le roi le regarda un long moment dans le plus parfait des silences. Finalement, et au grand soulagement du blond, il prit la parole.
– Je dois avouer, Prince Argentum, que pour le moment, aucun de vos actes ne m'a amené à douter de la sincérité de vos intentions. Vos subordonnés se sont également montrés plus ou moins coopératifs à notre égard.
Le souffle court, Prompto se força à hocher la tête, mais il était tellement stressé qu'ils agrippaient ses mains menottées l'une dans l'autre pour ne pas qu'elles tremblent.
– Je vous ai demandé de nous accorder deux jours pour considérer votre proposition, poursuivit Régis calmement. Un conseil exceptionnel sera organisé demain après-midi durant lequel sera votée notre réponse, en considération de tous les évènements qui se sont produits depuis votre arrivée à Insomnia. Sachez que le degré de coopération de Highwind sera un facteur important sur notre décision.
– Je comprends, répondit le prince d'une voix rauque.
– Je voudrais avoir une réponse claire à la question que je vais vous poser, poursuivit le roi avec gravité. Si jamais nous acceptons de faire alliance avec vous, quelles sont exactement les conditions pour obtenir votre collaboration ?
Prompto s'humecta les lèvres, prenant le temps de réfléchir soigneusement à sa réponse. Il s'était répété la liste de ses revendications toute la nuit précédente pour être certain de ne pas en oublier une seule.
– Je demande l'asile politique pour la Commandante Highwind et ses soldats tout le temps que durera le conflit. En cas de victoire du Lucis, je demande à ce que ma sœur soit nommée Impératrice du Niflheim, et qu'aucune répercussion militaire ou économique ne soit imposée à l'Empire. Dans l'idéal je désirerais qu'une alliance soit forgée entre nos deux pays.
Quand Prompto referma la bouche, son cœur battait tellement vite qu'il avait l'impression d'avoir couru un marathon. Il risqua un regard vers le roi. Si Régis resta impassible, Amacitia derrière lui semblait proprement scandalisé, et même Scientia arborait une expression partagée entre surprise et dédain.
– Vous demandez beaucoup, pour un prisonnier de guerre, grogna Amacitia.
– C'est plutôt le minimum, en contrepartie de ce que nous pouvons vous offrir, rétorqua le blond dans un rare accès de colère. Je vous rappelle qu'en échange, mes hommes et moi-même nous engageons à répondre à toutes vos questions, à vous fournir toutes les informations que nous détenons sur l'Empire, et même à nous engager militairement à vos côtés.
Amacitia haussa vaguement les sourcils sans se départir de son expression sceptique. Le roi se racla la gorge, ramenant immédiatement l'attention générale sur lui. Quand Prompto leva la tête pour regarder le monarque, les yeux bruns de Régis se plantèrent dans les siens avec une intensité que Prompto ne lui avait encore jamais vue.
– Je me dois d'être honnête avec vous, Prince Argentum. Rien ne garantit que notre réponse à votre demande sera favorable. Nous pouvons refuser et vous garder comme otage. Nous pouvons nous servir de vous comme monnaie d'échange contre le Niflheim pour négocier un accord de paix, si cela sert nos propres intérêts. En êtes-vous bien conscient ?
Prompto poussa un soupir fragile et inaudible.
– Oui, souffla-t-il. J'ai remis mon sort et celui de mon pays entre vos mains dès l'instant où j'ai quitté Gralea pour venir ici.
Il crut apercevoir le roi froncer imperceptiblement les sourcils, mais quand il leva les yeux pour croiser le regard du monarque, le visage de Régis était redevenu un masque de parfaite neutralité.
– Alors soit, répondit-il. Nous vous tiendrons informé de notre décision demain soir, au plus tard à 23h. Priez donc Shiva pour que votre Commandante et ses hommes apportent satisfaction à nos attentes. Á ce stade, ils sont les seuls qui pourront pencher la balance en votre faveur.
Dans la bouche de n'importe qui d'autre, ces paroles auraient sonné comme une menace. Mais de la part du roi Régis, Prompto crut entendre une note d'espoir.
Bon, j'avoue qu'il y a beaucoup de blabla dans cette fic. Et qu'il y en aura encore plus dans les chapitres suivants. Mais j'espère que l'histoire vous plait toujours.
Merci d'avoir pris le temps de lire ce chapitre, et laissez-moi une review si ça vous dit (si ça vous a plus, si ça vous a pas plu, dans tous les cas, des critiques constructives sont les bienvenues).
