Chapitre 3

Le royaume de Thranduil

Quelqu'un maintint Severus tandis qu'on lui faisait descendre une volée d'escaliers. Autrement, il serait sûrement tombé dans l'immense vide qui se trouvait sur sa gauche. Il finit par être jeté sur un sol dur et froid. Il lui sembla vaguement entendre des voix, mais les mots qui lui parvenaient lui étaient totalement inconnus. Finalement, il sentit qu'on lui relevait la tête et que l'on pressait un récipent humide sur ses lèvres sèches.

De l'eau...

Il but avidement, finissant même par s'emparer du bol pour mieux verser le liquide frais dans sa gorge en feu. Lorsqu'il eut tout bu, il lui sembla qu'il n'avait pu absorber qu'une seule goutte. Seulement, un grincement lugubre suivit d'un claquement lui fit comprendre qu'il venait d'être enfermé, et donc qu'il ne recevrait plus rien à boire.

- Eh bien, vous me semblez bien moins offensif que tout à l'heure, lança une voix moqueuse dans un coin de la pièce.

Severus leva les yeux. Boire lui avait permis de retrouver un peu ses sens et il distingua la silhouette du Ténébreux dans l'ombre de leur petite cellule.

- Il faut dire que cette petite marche dans ces bois n'était pas de tout repos, ajouta celui-ci. Enfin, pour des humains... Même libérée des forces maléfiques qui l'habitaient autrefois, les bois de Vertefeuille restent capricieux. Bref ! Je ne suis pas là pour discuter avec vous, mais avec un roi – ce que vous êtes loin d'être. J'attendais juste que vous vous soyez un peu remis pour vous prévenir que je m'absentais et... non, en fait je ne compte pas revenir. Je vous dis donc au revoir !

Rumplestilskin, restez où vous êtes ! s'écria Severus avec fureur.

Mais il était trop tard. Le Ténébreux avait déjà disparu dans un nuage de fumée.

« Mais dans quel bordel on s'est encore mis ! »

Ce n'est qu'à ce moment-là que Severus remarqua l'absence de son amant. Une angoisse terrible lui serra alors le ventre.


Des voix. Une langue qu'il n'avait jamais entendue auparavant, aux accents mélodieux et envoûtants. Il lui semblait entendre ces sons à travers une paroi de verre. Il ouvrit lentement les yeux. Ce qu'il vit tout d'abord, ce ne fut que des formes étranges, floues. À mesure qu'il retrouvait ses esprits, ses sens s'améliorèrent, jusqu'à ce qu'il puisse distinguer clairement ce qu'il voyait ou entendait. Autour de lui, des hommes et des femmes aux corps sveltes s'activaient, échangeant à voix basse des propos incompréhensible. Leurs longues chevelures blondes volaient derrière eux tandis qu'ils lui tournaient autour.

Une femme, seule possédant une chevelure brune, remarqua alors qu'il s'était réveillé. Elle se rapprocha avec un sourire rassurant. En l'observant bien, il constata avec stupéfaction que ses oreilles étaient pointues. En fait, toutes les personnes qui l'entouraient avaient les oreilles pointues.

Des elfes.

L'elfe qui l'avait rejoint commença à lui parler dans sa langue, si bien qu'il ne comprit rien à ce qu'elle voulait lui dire.

- Attendez, chercha-t-il à l'interrompre, mais sa voix mourut dans sa gorge.

Il avait l'impression qu 'on l'écorchait de l'intérieur. Aussitôt, l'elfe lui tendit une gourde remplie. Il s'en empara avidement et but à longues gorgées. Une fois qu'il eût vidée la dernière goutte, l'elfe récupéra la gourde.

- Où suis-je ? parvint-il à articuler.

L'elfe le regarda avec surprise, puis répondit :

- Vous vous trouvez dans la forteresse de Thranduil. Je me nomme Tauriel et j'ai été chargée d'assurer votre protection.

- Ma protection ? Mais ma protection de quoi ?

- Chaque chose en son temps. Je ne sais de quelle royaume elfique vous venez, car vous présentez des caractéristiques humaines. Quel est votre nom ?

Abasourdi, il marqua un temps avant de répondre :

- Malfoy. Lucius Malfoy.


- ...Trois !

Severus heurta douloureusement les barreaux de fer. Il tomba au sol en poussant un juron. Cependant, il était déterminé à sortir de là. Il se releva et se prépara à s'attaquer de nouveau à la porte.

- Vos efforts sont inutiles, jeune homme, lança une voix.

Severus se figea. Il leva les yeux et vit, de l'autre côté de la crevasse, un homme épais de petite taille l'observer. Si son crâne était chauve, son visage était dévoré par une barbe impressionnante.

- Qui êtes-vous ? demanda le potionniste.

- Je suis Dwalin, répondit l'autre. Je suis un nain d'Erebor, au service du roi Thorin.

- Pourquoi êtes-vous en prison ?

- J'ai été surpris pour la deuxième fois dans les appartements privés du roi Thranduil, répondit Dwalin.

- Mais que faisiez-vous là-bas ?

- Dites donc ! Vous croyez bien que si je n'ai pas révélé aux elfes ce que j'y faisais, je ne le dirai certainement pas à un parfait inconnu !

- D'accord d'accord. De toute façon, ce n'est pas le problème qui m'intéresse.

- Et quel est-il dans ce cas ?

Severus fit le tour de sa cellule, tâtant les murs.

- Comment sortir de là, voilà mon problème ! lança-t-il.

- Il n'y a aucun moyen de s'évader, répliqua Dwalin. La seule façon de sortir de cette prison, c'est d'en être libéré par ordre du roi. Qu'avez-vous fait ?

- Je n'en ai aucune idée.

- Dans ce cas, il vous faudra de bons arguments pour sortir de là.

Soudain, un craquement les fit se figer. Puis une voix incertaine retentit, léger murmure se répercutant sur les parois rocheuses :

- Severus ?


- De quel royaume venez-vous ? demanda Tauriel en regardant Lucius engloutir le repas qu'elle lui avait préparé.

Le blond prit le temps de mâcher avant de répondre.

- Je n'appellerais pas vraiment ça un royaume, dit-il lentement. En fait... je ne suis pas de ce monde.

- Je ne comprends pas.

Lucius réfléchit à la manière dont il pourrait lui expliquer d'où il venait.

- Visiblement... il existe plusieurs mondes parallèles, commença-t-il. Moi, je viens de l'un d'eux, où l'espèce humaine se divise en deux parties : les Moldus, qui croient que la magie n'existe que dans les contes, et les sorciers – dont je fais partie. Il y a bien évidemment les Cracmols mais... ils ne nous intéressent pas dans le cas présent. Il y a une grande variété de créatures magiques, des dragons aux fées, en passant par les centaures.

Il piocha de nouveau dans son assiette. Tauriel attendit patiemment qu'il ait fini.

- Y a-t-il des elfes, là d'où vous venez ? demanda-t-elle avec émerveillement. Oui, oui je suis stupide. Ce doit être pour cela que vous n'êtes pas exactement comme nous : vous êtes un elfe d'un autre monde, il doit donc forcément y avoir des différences.

Lucius se sentit rougir légèrement. Si seulement elle savait ce qu'il en était ! Ne sachant trop comment répondre, il vida sa coupe pour éviter de répondre trop vite.

- Il y a en effet des elfes chez nous, finit-il par répondre, et vous avez raison en disant qu'ils sont... différents.

- Qui est leur roi ?

- Je... enfin...

- Non ! le coupa Tauriel avec ravissement. Serait-ce vous ? Oh, je ne savais pas !

- C'est que...

- Mais pourquoi êtes-vous venu ici ?

- Une guerre a...

- Une guerre, vous dites ? C'est étrange que vous soyez venu maintenant, car nous sortons également d'une guerre des plus terribles. Savez-vous ce qu'est un Orc ?

- Eh bien non je...

- C'est sans doute la plus affreuse des créatures qui puisse exister : aussi cruels que laids, les Orcs sont des monstres assoiffés de sang qui oeuvraient pour le terrible Sauron, un être habité par les forces les plus maléfiques que ce monde ait connu.

- Il s'agissait pour nous aussi d'une guerre entre camps de la Lumière et des Ténèbres, nota Lucius.

- Et duquel faisiez-vous partie ? demanda Tauriel, passionnée.

Une fois encore, Lucius ne sut ce qu'il fallait répondre. Seulement, l'elfe interpréta mal son silence.

- Suis-je bête ! Celui de la Lumière, c'est évident !

Elle avisa alors l'assiette vide du sorcier.

- Vous avez terminé ! Parfait ! Je vais vous montrer où vous allez pouvoir loger. Pendant que vous vous installerez, j'irai prévenir le roi Thranduil que nous accueillons un roi qui, tout comme nous, a combattu les forces du mal. Je suis sûre qu'il vous appréciera grandement !

Sans le laisser ajouter quoi que ce soit, Tauriel entraîna Lucius au cœur de la forteresse. Quelques instants plus tard, le sorcier se trouvait dans une chambre magnifique, munie d'un grand lit à baldaquin, d'un bureau en bois sculpté, ainsi que d'une pièce qu'il identifia comme étant une sorte de salle de bain... façon elfique.

Il s'aperçut alors que, même s'il avait été lavé lorsque les elfes l'avaient soigné, il portait toujours ses robes de Mangemort. Il s'empressa de les retirer et découvrit dans une armoire superbement travaillée des robes de couleur claire. Il en choisit une, d'un gris clair se mariant parfaitement avec la couleur de ses yeux. Puis il se retourna et fixa la porte. Prenant une grande inspiration, Lucius la rejoignit et posa sa main sur la poignée. À ce moment-là, il eut une hésitation. D'après ce que lui avait dit Tauriel, il y avait peu de chances pour qu'on ne le surprenne pas. Cependant, il ne pouvait laisser les choses comme elles étaient.

Le sorcier ouvrit lentement la porte et jeta un coup d'oeil à l'extérieur. Personne. Des torches étaient accrochées au mur, de chaque côté de sa porte. Il s'empara de l'une d'elle et sortit, prenant bien soin d'être le plus silencieux possible. Lentement, il descendit vers les profondeurs de la forteresse, se fiant au peu de détails qu'il était parvenu à tirer de Tauriel.

Deux fois, il dut se glisser en hâte dans l'ombre pour éviter quelques elfes qui le dépassèrent sans le voir. Enfin, il parvint à la porte dont lui avait parlé Tauriel. Lucius entra et s'arrêta juste à temps : devant lui, un gouffre profond. Le sorcier sentit une sueur froide glisser sur son visage. Tremblant, il appela doucement, d'une voix incertaine :

- Severus ?

Il sentit son cœur bondir lorsqu'une voix familère lui répondit :

- Lucius ? Lucius, je suis là !

Le blond commença à descendre les marches, lentement : il avait toujours eu une peur maladive du vide.

- Lucius, tu m'entends ? Je suis là !

- Lucius se laissait guider au son de la voix. Enfin, il bifurqua et s'engagea sur un passage, le long du gouffre. Il dépassa deux cellules, dont une vide, avant d'arriver à celle de Severus.

- Lucius ! s'exclama celui-ci en le voyant arriver. J'étais mort d'inquiétude ! Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Pourquoi ne t'ont-ils pas enfermé avec nous ?

Il remarqua alors l'accoutrement de son amant.

- Pourquoi es-tu habillé ainsi ?

- Je t'expliquerai plus tard, répondit Lucius. Les elfes croient que Rumplestilskin et toi m'avez capturé. Et Tauriel a mal interprété ce que je lui ai dit, elle pense que je suis un prince elfe combattant les forces du mal. Elle est partie parler au roi, mais nous avons peu de temps.

- Tauriel ? Qui est Tauriel ?

- Je te dirai plus tard ! J'ai réussi à voler les clefs en salle des gardes. Tu vas pouvoir t'évader ! En attendant, il vaudrait peut-être mieux que je retourne à mes appartements, avant que l'on remarque mon absence.

- Mais pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ?

Lucius allait répondre lorsqu'ils perçurent un craquement. Le blond jeta le trousseau de clefs dans la cellule de son amant.

- On se retrouve plus tard, souffla-t-il.

- Mais...

Severus n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que Lucius remontait déjà les escaliers. Tant pis, il lui fallait faire au plus vite, à présent. Il s'empara du trousseau, lorsqu'il s'aperçut d'un autre problème : il y avait là une bonne trentaine de clefs et il n'avait aucune idée de celle qui lui permettrait de s'évader. Réduit à toutes les essayer, il s'empara de l'une d'elles et passa son bras à travers les barreaux afin de l'introduire dans la serrure. Il retint un juron en constatant qu'il ne s'agissait pas de la bonne. Severus la fit tourner de l'autre côté du trousseau et prit la suivante. Il en essaya une bonne dizaine comme ça, avant de trouver enfin la clef qui convenait. Retenant un cri de victoire, il fit pivoter la clef et la porte s'ouvrit.

- Eh ben ! souffla Dwalin en constatant sa réussite. Y en a qu'on de la chance.

Severus sortit de sa cellule et considéra le nain quelques secondes, avant de lancer la clef par-dessus le gouffre. Elle atterrit juste devant la porte de Dwalin.

- Tiens ! lança le potionniste. Je ne vois pas pourquoi je serai le seul à pouvoir sortir d'ici.

Tandis que le nain attrapait la clef, Severus commença à grimper les escaliers. Il ne savait pas comment sortir de la forteresse, mais au moins il était libre. À présent, il lui fallait retrouver Lucius. Mais là non plus il n'avait aucune idée du chemin à emprunter. Il parvint finalement à une sorte d'immense caverne, dont le plafond était soutenu par des colonnes travaillées. Elle était sillonnée de rivières, que l'on pouvait traverser grâce à de nombreux ponts. Severus emprunta l'un d'eux au hasard. À mesure qu'il marchait, il se demandait s'il trouverait jamais la sortie ou son amant dans ce labyrinthe.

Soudain, des voix lui parvinrent, des voix qui se rapprochaient. Horrifié à l'idée d'être découvert, il se jeta derrière une colonne. Quelques instants plus tard, trois elfes – des guerriers au vu de leur armure – le dépassèrent. Discrètement, il quitta sa cachette. Mais son pied dérapa et il poussa un cri de frayeur en tombant. À ce moment-là, une main le saisit par l'épaule de sa robe, l'empêchant de chuter dans la rivière. Sans chercher à savoir qui était son sauveur, Severus se raccrocha à son bras presque avec désespoir. Il remonta sur le pont, essoufflé, couvert de sueur.

Il voulut remercier son sauveur, mais lorsqu'il se retourna pour le faire il resta pétrifié : devant lui, un sourire satisfait aux lèvres, se tenaient les trois elfes qui l'avaient dépassé précédemment.

- Eh bien, vous croyiez vraiment échapper aux elfes si facilement ? demanda celui qui l'avait rattrapé.

Incapable de prononcer un mot, Severus se laissa attraper et emmener. Cependant, ils ne retournaient pas aux geôles. Mais où allaient-ils ? Le potionniste ne tarda pas à le savoir. Subjugué, il ne put détacher les yeux du trône superbe dont ils se rapprochaient. Pourtant il n'y avait rien, sur ce trône, qui fut ordinaire : aucune pierre, aucun matériau précieux. Juste un trône de bois. Mais ouvragé de si belle manière ! Quand à ces immenses bois de cerf qui dépassaient de chaque côté de ce siège superbe, ajouté au fait qu'il était légèrement surélevé, ils vous donnaient l'impression de n'être rien, ou tout du moins si petit, si insignifiant.

Ce qui achevait de vous fasciner, de vous faire sentir si futile, si infime, c'était l'elfe qui siégeait là, dans toute sa prestance et sa splendeur, portant une couronne certes bien singulière mais gardant toute sa beauté.

Le roi Thranduil.

À suivre...