Chapitre 3
Les coups portés à la porte les firent sursauter ensemble. Cela faisait bien une semaine qu'Hermione créchait chez Severus Snape, n'étant toujours pas parvenu à quitter sa forme d'animagus. Pour être tout à fait honnête, elle essayait de moins en moins.
Hermione bailla alors que les mains de Snape la prirent pour la poser à côté de lui. Oui… Bon… Elle dormait avec lui depuis tout ce temps, mais cela ne voulait absolument rien dire, d'accord ? Snape était juste… chaleureux. Et doux. Et attentionné. Et gentil. Et il lui confiait des trucs, il la laissé lire sur son épaule (en pensant qu'elle se positionnait juste là par excentricité), ses caresses étaient merveilleuses et il sentait bon.
Oui... Oui, Hermione parlait bien de Severus Snape. LE Severus Snape, la chauve souris des cachots, messire Le Batard -avec un grand B- graisseux.
Bref : la situation était en somme, tout à fait normale.
« Qui est le crétin qui vient m'embêter à un horaire pareil ? Grogna Snape dans le vide. »
Hermione eut envie de rester dans son lit, dans ses draps, de l'attendre et de dormir, encore avec lui. Mais la curiosité fut plus forte. Elle se leva à sa suite alors qu'il enfila un peignoir et ouvrit sa porte.
« Qu'est-ce que vous foutez là Potter ? »
Hermione se figea.
Merde.
« Hermione a disparu. Déclara Harry. »
Bon sang. En fait, c'était idiot, mais elle était tellement obnubilée par Snape qu'elle en avait oublié ses deux meilleurs amis et leur possible inquiétude la concernant.
« Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse ?
_ Les aurors l'ont tous cherché d'arrache pied, en vain. L'avez-vous aperçu ?
_ Non… Non, je... »
Snape fronça les sourcils. Il se figea et pencha délicatement son visage vers ses pieds. Alors, il fit face à Clématite qui se faisait étrangement silencieuse et discrète tout à coup.
« MISS GRANGER ! Hurla-t-il tout à coup. »
Harry venait de sursauter. Bordel, est-ce que Snape était devenu dingue ou quoi ?!
« Professeur ? Demanda le garçon, inquiet.
_ Partez Potter !
_ Mais je…
_ Je sais où elle est. Je vous réouvre dans une dizaine de minutes. Lâcha subitement le maître des cachots en claquant la porte au nez du survivant. »
A ce son, Hermione détala à toute vitesse dans l'appartement.
« Ah non, alors vous, vous revenez ici tout de suite ! »
Hermione slaloma entre les meubles, faisant tomber une lampe au passage. Il y eut un boucan infernal avant que Snape ne la plaque au sol, l'empêchant difficilement de partir.
« Si vous me griffez, je vous file à Miss Teigne !
_ Vous n'allez quand même pas faire ça ! »
Snape se releva subitement en tenant le pauvre chat par la peau du cou. Cela n'était pas douloureux, mais pas agréable pour autant. Sa douceur venait de laisser place à sa froideur habituelle.
« Fermez là, je ne comprends rien quand vous parlez espèce de pauvre sotte !
_ Oh, vous étiez plus sympa quand vous pensiez que j'étais vraiment un chat.
_ Pourquoi est-ce que vous ne m'avez rien dit ?!
_ J'ai essayé de l'écrire mais vous m'avez engueulé !
_ Je vous jure que si vous dites ce qu'il s'est passé à qui que ce soit, ça va mal finir pour vous ! Vous m'entendez ?! »
Hermione arrondit un regard stupéfait vers les prunelles onyx de son maître. Elle haussa imperceptiblement la tête.
Snape grimaça.
« C'est très gênant.
_ A qui le dites-vous ?
_ Je voyais bien que vous ressembliez à… Mais je ne pensais pas que vous… Merlin. Soupira-t-il en la reposant et en se tenant l'arête du nez.
_ Je ne vous en veux pas, ça n'a pas été une expérience désagréable professeur, loin de là.
_ Seulement, je dois avouer que cela a été particulièrement plaisant lorsque vous avez craché sur Minerva. Murmura-t-il, le regard dans le vide.
_ Elle a dit que j'étais moche ! »
Snape ricana un instant devant, ce qui ressemblait à une vive explication. Finalement, le chat à ses mollet lui semblait avoir un comportement beaucoup plus humain, tout à coup. Snape s'accroupit à sa hauteur et la toisa.
« Vous ne pouvez pas vous changer de nouveau, je me trompe ? Demanda-t-il d'une voix plus posée. »
Hermione hocha la tête négativement.
« Pourquoi étiez-vous dans cet état lorsque je vous ai trouvé ? Vous vous êtes battu ? »
Négation de la tête.
« Quelqu'un vous a battu ? »
Hochement positif de tête.
« Qui ? Des élèves de l'école ? D'anciens mangemorts ?
_ Je n'en sais rien. »
Snape soupira lourdement devant son miaulement plaintif.
« Nous les coincerons, mais plus tard. Avant, vous devez retrouver votre forme originelle. Le problème, c'est que je ne peux rien faire pour vous. »
Hermione pencha la tête sur le côté.
« Si cela est due à une mauvaise manipulation de l'animagus, je suis impuissant. Comprenez qu'il n'y a que vous qui puissiez retrouver forme humaine, et que vous en soyez incapable peut provenir d'énormément de facteurs. Le stress, la peur, un traumatisme, un blocage psychologique… Aucune potion ne peut vous aider à cela. »
Elle n'avait pas pensé à ça. Hermione sembla ennuyée par la situation, mais Snape se leva en se grattant nerveusement la mâchoire.
« Nous ferions peut-être mieux de garder le secret pour le moment, histoire de vous protéger. »
Hermione soupira de soulagement.
« Mais je me dois de tenir au courant certaines personnes. Lâcha subitement Snape. »
Il se releva et la jaugea de toute sa hauteur. Hésitant, il finit par plisser le regard et se racla la gorge, gênée.
« Vous… permettez ? »
Hermione ne comprit pas sa demande immédiatement. Percevant son embarras, elle hocha timidement la tête. Alors, le maître des cachots la prit délicatement en main et la porta jusqu'à son entrée. En l'ouvrant, il refit face à Potter qui l'observait étrangement.
« Monsieur Potter. Je crois que nous ferions mieux de nous réunir, vous ainsi que la Directrice et les proches de Miss Granger.
_ Où est-elle ?
_ Ici. Lâcha Snape en désignant le chat dans ses bras. »
« Oh. Mon. Dieu. Articula Ronald Weasley. »
Hermione se tenait timidement sur la table basse, dans le bureau de McGonagall. Elle se sentait observée, entourée par les deux fauteuils dans lesquels se trouvaient Snape, mais aussi Pomfresh, la Directrice, Ron, Harry et Ginny.
Si elle avait pu, elle aurait rougi d'embarras.
« Je suis profondément désolée Miss Granger. Lâcha Minerva.
_ Oh alors vous, vous feriez mieux de mesurer vos paroles ! Répondit durement Hermione. »
Il n'y eu qu'un grognement mauvais sortant de la gorge du chat et la Directrice ouvrit et ferma la bouche, à la fois gênée et surprise. Elle vit, du coin de l'oeil, Snape retenir un ricanement amusé.
« Mais tu es horrible ! S'effara Ronald.
_ Ron ! Protesta vivement Ginny.
_ Mr Weasley, vous êtes un imbécile congénital ! L'apparence de Miss Granger n'a rien d'horrible et… fermez là, espèce d'idiot. »
Le rouquin se renfrogna devant la réplique vive de son professeur de potions. Hermione sauta sur le canapé et se positionna sur les genoux de Snape, presque fièrement. D'abord embrassé, le concerné finit par se détendre sans toutefois poser sa main sur sa tête, comme il avait prit l'habitude de le faire. Hermione tourna la tête vers lui, et son regard parla pour le reste.
« Il faut absolument garder le secret, jusqu'à ce qu'on résolve le problème. Déjà que la célébrité de Miss Granger est un problème pour suivre les cours, il ne faut pas lui rajouter ce soucis supplémentaire. Déclara la Directrice.
_ Pompom, avez-vous une idée ?
_ Si cela est bien ce que je crois, Severus… Non. Comme vous l'avez parfaitement souligné, seule Hermione peut retrouver sa forme originelle. »
La jeune femme sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Elle se tourna vers le professeur de potions une nouvelle fois, mais il l'ignora.
« Severus. Comme tu t'en es occupé jusqu'à présent… Il me semble judicieux que tu continue. Tu pourrais l'accompagner afin de suivre des livres autour des animagus ? Cela pourrait aider. Lâcha Minerva. »
Snape ouvrit la bouche pour donner sa réponse, mais se fit interrompre brutalement par Ron.
« Et pourquoi elle devrait forcément être avec lui ?! Pourquoi est-ce qu'elle ne reste pas au Terrier ? Elle y est tout autant en sécurité !
_ Avec vos poulets gigantesques qui picorent votre cours et les gnomes qui envahissent votre jardin ? Non mais vous voulez rire ? Siffla Snape.
_ Ma maison est un endroit parfaitement sur.
_ Pour des humains, peut-être. Seulement, Miss Granger est un chat, aujourd'hui. Souligna l'enseignant.
_ Oui et d'ailleurs, elle ne vous appartient pas.
_ Parce qu'elle vous appartient, peut-être ? Demanda le maître des cachots, profondément agacé.
_ Je n'appartiens à personne.
_ Nous... cohabitons. Lâcha Snape en levant le visage d'un air dédaigneux.
_ Il a raison. Miaula-t-elle tandis que tout le monde l'ignorait.
_ Vous saviez que c'était elle, et vous l'avez retenu, j'en suis sûr ! Elle est peut-être même trop effrayée par vous pour reprendre forme humaine.
_ Quoi ?! C'est n'importe quoi.
_ Je l'ai trouvé comme ça !
_ Vous lui aviez donné un nom, vous pensez qu'elle est à vous.
_ Hermione n'est la propriété de personne. Elle n'est ni à moi, ni à vous, Ronald Weasley, ni à personne d'autre ! Je ne l'ai jamais considéré comme un objet, que ce soit sous sa forme animale comme sous sa forme humaine et je vous signale qu'elle peut s'exprimer et donner son avis, comme tout être à part entière qu'elle est ! »
Hermione arrondit le regard tandis qu'un silence de mort régna dans le bureau. Snape grogna. Il prit le chat sur ses genoux et la reposa à côté de lui. La jeune femme ne l'entendit pas de cette oreille. Elle se hissa de nouveau sur lui, puis reposa ses pattes avant sur son épaule. Elle le fixa et Snape plissa le regard dans sa direction. Alors, Hermione ronronna et le maître des cachots leva les yeux au ciel.
« Ça suffit, Miss Granger. Dit-il plus doucement en prenant ses pattes avant afin de l'éloigner.
_ Je voulais juste vous remercier. Minauda Hermione en un miaulement en reprenant position sur ses genoux. »
L'ensemble des personnes présentent dévisagèrent Hermione, ce qu'elle fit à son tour.
« Bah quoi ? Miaula-t-elle.
_ Très bien. Mais c'est bien parce qu'elle m'a eut, avec son regard larmoyant de félin tout droit sorti de la SPA. Lâcha Snape. »
Hermione voulut en rire. Il jouait vraiment à l'être insensible. Snape la prit dans les bras et sortit du bureau sous le regard ahuri de ses interlocuteurs.
Il l'amena jusqu'à ses appartements et la posa sur sa table, puis croisa les bras sur son torse d'un air autoritaire.
« Bon. Nous allons devoir établir des règles. »
La jeune femme eut envie de rougir mais encore une fois, il lui en était impossible.
« Tout d'abord : vous allez dormir de votre côté.
_ Mais Monsieur, il fait trop froid dans les cachots et depuis que j'ai pris cette apparence, je…
_ Miss Granger ! Je ne comprends rien d'autre que des miaulements, mais j'ose espérer que vous n'êtes pas en train de contester ?! »
Hermione lui envoya un regard suppliant. Elle s'avança vers lui, et posa sa patte sur sa main. Snape soupira et laissa mollement tomber ses bras le long de son corps.
« Non, mais vous mesurez ce qu'il se passe exactement ? Est-ce que vous auriez vraiment ce comportement si vous n'étiez pas un chat ? »
Hermione grimaça et pencha la tête. Bon… En effet, peut-être qu'elle ne se serait pas permise de s'asseoir sur ses genoux et de dormir dans le même lit que son professeur de potions dans sa forme humaine.
« Ecoutez. Je ne sais pas ce que c'est que de se transformer en animal. La métamorphose, ce n'est vraiment pas mon point fort. Je suppose que vous devez avoir un peu… d'instinct ou quelque chose comme ça donc je ne vous en tiendrais pas rigueur. Souffla Snape.
_ En quelque sorte, mais je sais me contrôler tout de même !
_ Je crois avoir un livre qui traite de ce sujet dans ma bibliothèque. »
Snape se dirigea vers son bureau, talonné par la jeune femme. Il prit en main un livre, et elle se positionna sur la table, assise à ses côtés. A sa surprise, il la prit et la mise sur ses genoux. Hermione leva un regard à la fois surpris et interrogatif vers son professeur qui se racla la gorge avec embarras.
« C'est plus pratique. Lâcha-t-il. »
Au bout de deux heures de lecture, Snape ferma le bouquin en soupirant.
« Bon, nous n'avons rien trouvé de probant... »
Hermione était déprimée et dépitée. Et si… Et si elle ne parvenait jamais à retrouver sa forme humaine ? Et si elle finissait par devenir un animal, pour toujours jusqu'à ce que ses instincts finissent par prendre le dessus sur son esprit humain ?
Elle se mit à angoisser fortement et se tourna vers son professeur dont le visage restait pensif. Les yeux dans le vide, il se frottait machinalement la mâchoire, crispé.
Hermione posa sa patte sur sa main, arrêtant par la même son geste. Il jeta une oeillade étrange au chat sur ses genoux. Les prunelles d'Hermione devinrent humides et elle renifla bruyamment.
« Nous vous inquiétez pas, vous allez retrouver votre forme. Dit-il d'une voix douce. »
Hermione s'assise et baissa la tête. Elle avait envie de pleurer. Est-ce que les chats peuvent pleurer ? A priori, pas pour les mêmes raisons que les humains puisque rien ne sortait de ses yeux devenus tombants. Apathique, son corps ne faisait plus aucun mouvement et elle se laissa mollement tomber en enfouissant son visage dans son pelage inexistant.
« Miss Granger… »
Snape la prise de nouveau et la redressa vers son visage. Il chercha son regard et encra ses yeux dans les siens.
« Je suis assez bon legilimens, mais je ne communique qu'avec les humains. Seulement, je sais dire quand vous êtes affligée, même dans votre état. Alors, faites-moi confiance… Nous allons trouver une solution. »
Hésitante, elle finit par hocher la tête, presque peu convaincu mais avec espoir. Elle posa sa patte sur sa joue et Snape lui sourit tendrement. Son état animal avait clairement une influence bizarre sur lui.
