Avec un petit jour de retard (merci la vie), voici le nouveau chapitre!
Un grand merci pour vos commentaire. J'ai bien conscience qu'il est parfois compliqué de comprendre qui parle et je tente de m'améliorer / Mais j'ai déjà quelques chapitres sous le coude (héhé) donc il est possible que le changement -si j'arrive à l'appliquer- ne soit visible que plus tard :o
Pour ceux qui ont du mal à visualiser les clans ( werydick), le clan Vespërs est un clan qui n'appartient pas au trigedakru (qui lui comprend 13 clans dans cette histoire (a) ) et qui est à l'ouest des charmantes terres de Heda. La capitale est Kala et le chef du clan est notre brave Nihln, que tout le monde aime déjà *sort* Quoi d'autre? Géographiquement, Hasis est au sud de Kala (oui on s'en fout /pan).
Pas un mot de plus et place au chapitre o/
Lexa fit tourner la pierre noire entre ses doigts. Il était rare qu'elle ressente de la culpabilité, mais les pièces se mettaient lentement en place dans son esprit. Depuis qu'elle avait été amenée à Polis, le jour de ses huit ans, on lui avait enseigné que sa vie serait toujours en danger. C'était la première chose à laquelle elle s'était préparée: la possibilité de mourir. Éventuellement jeune. Ce qu'il avait été, de sa dernière vie. Quand elle avait dépassé son dix-septième anniversaire, un poids s'était enlevé. Elle avait émulé sa dernière expérience et tout devenait un peu moins précis pour elle. Elle avait appris à ne dormir que d'un œil, accepté la présence de garde du corps, qui étaient prêts à mourir pour elle. Une succession de personnes étaient dédiées à sa cause, à son bien. Ceux de Hasis ne l'étaient pas, ils n'avaient pas fait ce choix et maintenant, leur tranquillité courrait un risque. A cause d'elle.
« Vous n'avez pas besoin de vous inquiéter. » Clarke s'approcha, s'appuyant sur le balcon de la Maison Centrale, jetant un coup d'œil en coin à Lexa, avant de perdre son regard sur l'horizon. « Nous sommes capables de nous protéger, si quoique ce soit devait nous arriver. » Il n'y avait pas de plaisanterie et le visage fermé de la blonde indiquait bien son état de pensée : elle n'aimait pas les conflits. Mais si ceux-ci devaient se produire, Hasis se dresserait. Après tout, la trahison n'était pas volontaire.
Heda échappa un maigre soupir, observant les mouvements de ses feuilles de thé. Dans son clan, la menace aurait déjà été jetée aux portes du village. Pas ici. Elle était confortablement installée, comme si le fait de découvrir l'homme derrière son attaque n'avait rien changé à l'invitation. « Ton village n'a pas à pâtir de ma présence. Je ferai mieux de partir. » Avoua-t-elle, maussade, mais déterminée.
D'un signe de main, Clarke l'invita à se détendre. « Quitter le village ainsi reviendrait à signer votre arrêt de mort. Ce n'est pas parce que vous êtes immortelle qu'il faut courir vers le danger. » Ses lèvres se pincèrent, partagées entre un sourire et une grimace. « Il y a deux possibilités. » Clarke se retourna, s'appuyant à l'aide de ses coudes sur la rambarde en bois. « Soit Nihln est au courant et arrivera d'ici demain, avec une armée et beaucoup d'hommes. Soit vous êtes considérées comme morte et le mot se propagera bientôt. »
Lexa ne savait pas laquelle de ces propositions était la pire, mais le fait que Clarke soit aussi détendue – en apparence - tout en expliquant les faits inquiétait la brune. Le guérisseur ne prenait pas la situation à la légère, loin de là. Mais de la manière dont elle traitait les évènements laissait présager qu'elle avait connu pire. « Je ne peux pas rester ici à ne rien faire ! » La détermination du chef des clans était sans faille et Clarke eut un éclat amusé, devant tant de vivacité. Elle pencha la tête en arrière, cachant son sourire, ses cheveux tombant en une cascade blonde sur son dos.
La réponse ne vint pas, pas tout de suite. Le vent chaud de l'été s'éleva, balayant l'air, apportant le parfum des fleurs qui régnaient dans le champ doré à la bordure du village. Derrière elles, les jeunes s'activaient pour préparer la salle pour le repas du soir, qui ne serait prêt que dans quelques heures. Des éclats de voix se faisaient parfois entendre, venant des maisonnées plus bas. « Attendre, ce n'est pas être inactif. » Clarke se redressa, replaçant ses mèches rebelles avec ses doigts. « Il suffit de guetter le bon moment. Pour l'heure, il convient de bruler vos morts et de leur rendre les hommages qui leurs sont dû. Puisse leurs âmes se préparer pour leurs prochaines vies, ce long voyage. »
L'expression était familière, trop, aux oreilles de Lexa. C'étaient les formulations de son clan, exactes et précises, enseignées à chaque enfant qui grandissait chez le tigedakru. Ce fut la raison pour laquelle ceci raisonna parfaitement avec elle, et qu'elle n'eut pas la force de protester.
Les flammes grossirent, dévorant dans leur buché les corps de son escorte tombée au combat. Le feu dégageait l'enveloppe charnelle, pour permettre à l'esprit de s'envoler et de gagner sa prochaine demeure. Le solennel était partagé entre Heda, ses hommes et les quelques villageois de Hasis qui s'étaient arrêtés, pour présenter leurs hommages à ceux qui avaient été, et qui continueraient d'être. L'attention toucha profondément Lexa, même si son statut l'empêchait de le montrer, alors qu'elle récitait la phrase rituelle. « Yo gonplei ste odon. » Son émotion était trop évidente, pour elle, et elle se crispa, de la mâchoire à ses orteils. Elle se tint encore plus droite, la tête haute, le regard dirigé vers les cieux qui absorbaient la fumée qui s'élevait.
Elle avait toujours du mal à se détacher des siens. C'était une constante perpétuelle et elle savait que, dans une vie passée, elle avait tout fait pour oublier cette douleur. Peut-être était-ce le résultat de cette discipline acharnée. Lexa ressentait tout, trop fort. Elle vivait intensément, acceptait les choix inhumains qu'elle prenait et prenait le temps de pleurer la disparition de ses frères, de ses sœurs d'armes. La vie continuait, les jours se levaient sans fin, il y aurait d'autres rencontres, d'autres pertes.
« Puissions-nous nous revoir. » Echappa Clarke, à mi-voix. Lexa bougea un peu, et elle sut que le chef de clans l'avait entendu. Ce n'était pas grave. Ces mots ne lui étaient pas destinés et puisque les morts étaient incinérés sur ses terres, méritaient-ils au moins la considération, suivant leurs coutumes.
Clarke se recula un peu, sans un bruit. Elle s'approcha de Rae qui était appuyée sur sa canne et qui terminait de rendre ses salutations aux défunts. L'ancienne ouvrit les yeux et scruta son second l'espace d'un instant. « Les éclaireurs sont partis. Si la moindre chose devait arriver, nous ne serons pas pris par surprise. » La longue histoire de Hasis faisait qu'il était important, pour les villageois, de ne pas se confronter à une guerre où ils n'auraient aucune chance de vaincre. Il y avait eu assez de massacre, sur les terres éloignées, quand ils n'appartenaient pas encore au clan de Vespërs, pour que tous retiennent la leçon et soit enseignée aux enfants de leurs enfants. « Un message a aussi été envoyé à Ninhür. Eux aussi seront prêts. »
Clarke se tendit en entendant le nom du village voisin. Une grande partie des enfants de la deuxième génération de Hasis avaient fondés Ninhür et il n'y avait pas de lien plus solide entre eux. Elle pensa à Emaüs, serra les poings. « J'espère que nous n'aurons pas à en arriver là. »
Rae eut un mince sourire moqueur aux lèvres. Clarke était celle qui abhorrait le plus la guerre. Elle aurait tout fait pour que la paix soit la seule constante dans leur vie. Et pourtant, quand venait l'heure de la bataille, elle était la plus intransigeante, celle qui acceptait de tout sacrifier. « Seul l'avenir nous le dira. » Si la lignée des éveillés pouvaient connaitre une grande partie du passé, il n'y avait aucun moyen de se persuader du futur. Chaque membre de Hasis le savait, et tous étaient préparés au pire. « Murphy te suivra à partir de maintenant. » Clarke ouvrit la bouche, l'ancienne fut plus rapide. « Il y a des risques que je ne veux pas courir, Clarke. » Sa voix était montée d'un ton, imposant son opinion. Rae s'appuya un peu plus sur sa canne et soudain, le poids de l'âge parut fort lourd sur ses épaules. Sa peau avait cette sècheresse de ceux qui avaient vécu trop longtemps, sculptée dans les rides et les taches de vieillesses. Elle poussa un soupir, qui accentua sa fragilité. « Tu as toujours été prompte pour attirer les ennuis. Laisse-moi au moins ça. »
Ni Clarke, ni Rae ne baissèrent le regard et finalement la blonde accepta les propos de l'ancienne. Elle posa une main sur l'épaule de sa vieille amie et la regarda partir, quelques minutes plus tard. Clarke se tourna vers le brasier qui continuait de bruler et elle alla se poser sur un banc installé devant une des maisonnées. Elle appuya sa tête contre le mur et elle regarda Heda qui n'avait pas cillé. Le gros de la foule se dissipa au fil du temps, les villageois retournant à leurs occupations. Bientôt, il ne resta plus que les membres du trigedakru.
Clarke continuait d'observer Lexa de dos, notant la tenue droite et impeccable. Ça lui arracha un sourire, cette rigueur que la brune s'imposait. Ça n'avait pas changé, les obligations qui allaient avec le titre de chef des clans. Avant, bien avant, elle avait eu de la compassion pour Lexa. Pour qu'un enfant si jeune soit amené à diriger les autres, se fondant sur l'expérience qui était transmise avec l'esprit. Puis, elle s'était éveillée elle-même et elle avait compris, Clarke. Qu'il n'y avait rien de plus fort que l'appel intérieur, que ce pour quoi l'âme était faite.
Les doigts de sa main gauche se frottèrent entre eux au fil de ses pensées. Les différences l'appelaient et elle ressentait ce besoin viscéral, qui s'animait du plus profond de son être, pour remonter en une sensation étouffante à travers sa gorge. Elle ferma les yeux, et elle les serra fort, en tentant de chasser ce qui montait d'une autre vie. Clarke ne savait pas vraiment ce qui les poussait à agir de la sorte : protéger Heda. La rancune, possiblement, s'effaçait avec le temps. La trahison, assurément, s'en allait avec la mort. De sa bouche s'échappa « yu gonplei ste odon » et elle se mordit les lèvres, coupable. Son combat n'était pas terminé, mais elle se savait en train de le perdre.
Lexa avait le cœur lourd et chaque pas qu'elle marquait, dans cette forêt de cèdres, exorcisait sa peine, l'alimentait d'un besoin de justice. Ce n'était pas parce qu'elle avait éliminé ces mercenaires que son fiel était oublié. Elle écoutait à peine les propos de Clarke, qui finalement, avait accepté de lui montrer les alentours de Hasis. Le chef des clans avait protesté, argumenté que c'était inutile de tenter de se faire voir par les hommes de mains de Nihln, ce à quoi le guérisseur avait répondu que ces terres étaient justement le plus sûre actuellement. Lexa était sceptique. Le seul guerrier qui les accompagnait était un dénommé Murphy, qui avait les mains occupées à porter les plantes médicinales que Clarke ramassait et semblait loin d'être aux aguets. Si une attaque devait arriver, elle serait celle qui protégerait ceux qu'elle ne connaissait pas la veille.
« Vous n'écoutez pas. Encore. » Lexa sortit de ses pensées et elle manqua de se cogner contre Clarke, si celle-ci n'avait pas pris la peine de se reculer à la dernière seconde, évitant ainsi le contact. La blonde poussa un soupir déterminé et elle rangea sa serpe dans son dos.
« Pardon. » A peine le mot de Lexa fut-il prononcé que son regard se fit distant, et que son front se plissa. Elle était prête à retourner dans ses réflexions moroses.
« Vous ne devriez pas vous excuser. Vous êtes Heda. » Clarke jeta un coup d'œil à Murphy, qui paraissait au summum de son ennui et elle se demanda pour qui était la plus grande corvée, celle qui était surveillée ou celui qui surveillait. En tout cas, le pauvre, faisait tous les efforts pour ne pas écouter leurs conversations. Ce qui s'avérait difficile, quand il n'y avait aucune autre distraction.
Lexa serra la mâchoire un peu plus, ce qui pouvait être considéré comme un sourire de sa part. « Pas ici. » Ca, elle avait fini par l'accepter, que personne ne se plierait à ses ordres. Sinon, elle aurait déjà soulevé une armée et serait occupée à marcher jusque la demeure de ce Nihln.
Clarke secoua légèrement la tête, alors qu'elle reprenait sa marche, suivant le sentier créé par les passages. « L'endroit importe peu. Vous êtes Heda. » Elle accentua, volontairement, chacun de ses mots qu'elle venait juste de répéter. « Que ce soit à Polis, où ici, vous restez toujours la même. » Clarke jeta son regard vers le ciel, où le soleil était haut et irradiait de sa chaleur. « Ce sont le temps et les expériences qui nous changent. Rien d'autres. »
Lexa s'arrêta, regardant ses pieds sur le terrain rocailleux. Les propos de Clarke étaient justes (comme ils n'avaient de cesse de l'être). C'était différent et ça éveillait en elle une confiance qu'elle n'avait pas. Lexa savait que, en tant que Heda, elle posait les choix qu'ils se devaient d'être faits. Son individu, en revanche, était discret. Et elle en connaissait la cause. Afin de devenir le parfait commandant, son égo avait été une des premières choses qui fut détruite chez elle. Ses enseignants avaient été d'autant plus stricts que lors de sa dernière incarnation, qui s'était éteinte trop jeune. Ils manquaient tous un point important. Un point que Clarke n'évitait pas. Ce n'était pas qu'un rôle. C'était elle. C'était Lexa.
Clarke se retourna, observant avec un fin sourire la figure de Lexa. Tout paraissait neutre, mais les masques n'étaient pas un obstacle pour le guérisseur. « Je vois que vous avez compris. » Elle s'essuya les mains sur son pantalon. « Ne l'oubliez pas. » C'était une limite qui était constamment présente, pour les éveillés. L'intuition d'un comportement, d'un savoir, qui était à la surface, mais qui n'arrivait jamais totalement. Ceux qui dédiaient leurs vies au prolongement de leurs actes passés étaient familiers avec les enjeux, avec cette démangeaisons qui incombait la poitrine et poursuivait chaque nuit, chaque jour, les pensées et la plus mince des respirations.
Lexa redressa la tête, solennel et elle lut une faiblesse dans le regard de Clarke. « Je ne l'oublierai pas. » Et ça raisonna au plus profond de leurs mémoires. La blonde parut gênée un instant. Elle détourna le regard et quelque chose de lourd, de fort, germa dans la cage thoracique de Heda. C'était la première fois qu'elle parlait d'égal à égal, avec un éveillé de la même force qu'elle, et qui était terriblement qualifiée pour la guider. « C'est une chance de t'avoir rencontré. » Plus tard, elle réaliserait que c'était bien elle qui avait prononcé ces mots, alors qu'ils lui semblaient étrangers sur sa langue, en une transe qu'elle n'avait jamais expérimenté auparavant.
Ce ne dura qu'un souffle et elles reprirent leur marche, Clarke incapable de répondre, incertaine de ce qu'elle aurait prononcé, si elle en avait été forcée.
Les éclats de voix se faisaient entendre, montant de la salle pour arriver jusqu'à la pièce qui était celle de l'ancienne. Elle avait toujours refusé de changer de chambre, préférant entendre les sons joyeux de son peuple, que de ne rien entendre. Ca donnait vie à son sommeil et Rae s'endormait mieux ainsi. Les massages que Clarke lui offrait l'aidaient aussi grandement à se détendre, à chasse la douleur qui s'installait dans ses vieux os. Il y avait des jours où elle oubliait son âge, mais ce temps était révolu depuis plusieurs années maintenant. Elle savait que sa vie touchait à sa fin et elle s'était faite une raison. Ce qui l'inquiétait le plus, était ce qui arriverait après. C'était un inconnu qu'elle n'était pas prête à affronter. Ah, cela remontait à si longtemps, la dernière fois qu'elle avait été confrontée à l'impossible.
Elle échappa un sifflement tendu et Clarke enleva ses mains de la cuisse de son mentor. Rae râla un peu et lui donne une tape sur l'avant-bras. « Ne t'arrête pas pour ça. » Et la blonde sourit comme un enfant choyé, reprenant son effort, ses mains glissant sans mal sur la peau flétrie de son amie de toujours. L'huile de lavande embaumait l'air, saturant la respiration des deux femmes, plongeant doucement, surement, Rae vers un sommeil profond.
Bientôt, il n'eut plus que la respiration lourde de l'ancienne et Clarke massa ses propres mains, attendant que le restant de l'huile pénètre sa peau. Elle remonta un drap fin jusque la taille de l'ancienne et resta là, de longues minutes, à contempler le visage de son amie, comme elle appréciait tant le faire, depuis qu'elle était arrivée à Hasis. Rae était la seule constante, le seul lien de premier ordre qu'elle avait, avec sa vie passé. Parfois, elle rêvait d'une fille à la peau lisse et sombre sous le soleil, au regard furieux face à l'incompétence, propre à l'explosion, au sens propre, comme figuré. Ce n'était que des réminiscences d'une vie qui n'appartenait plus à personne.
Elle prit appui sur le bord du lit, prête à partie. Quand une main l'attrapa par le poignet et elle jeta un regard vers Rae, qui s'était soudain éveillée. « Clarke ! » Elle semblait perdue et le guérisseur se penchant vers elle. « Clarke ! » réitéra-t-elle.
« Je suis là. » C'était un murmure et sa main se posa sur le torse de l'ancienne, affirmant sa présence. Il fallut quelques secondes avant que Rae ne se calme, mais éventuellement, dans la pénombre, ses iris fatiguée retrouvèrent la figure de son second et elle poussa un lourd soupir, qui était loin d'être soulagée.
« J'ai oublié de te demander… » C'était bas, fatigué. La blonde soupçonna que Rae était partagée par le sommeil et elle se rapprocha un peu plus, pour capter les sursauts, les tensions dans le langage corporel de son vis-à-vis. « Tu prendras soin des nôtres ? Notre peuple. »
Au loin, il y avait toujours le léger brouhaha du hall principal. Au loin, il y avait ce peuple qui leur était si cher, celui pour lequel elles s'étaient dédiées toutes leurs vies. Au loin, le monde ignorait un petit peu ce qui se passait ici. Ils n'avaient pas besoin de le savoir. « Bien entendu. Je te le promets. Je ne les abandonnerai pas. » Sous sa main, elle sentait les battements du cœur fatigué de l'ancienne et l'espace d'un instant, elle craint que ce soit les derniers moments de Rae. Mais il n'y avait aucun changement dans l'air et tout paraissait paisible, en dehors de cette pièce.
« Ton peuple. » Clarke hocha la tête. C'était ça, avant tout. Rae avait guidé Hasis depuis plus de vingt ans maintenant, mais ce n'était pas elle qui avait unifié les individus, qui avait tout donné pour eux. Dans le sang de Hasis coulait le sang de Clarke, elle leur avait dédié sa vie, et elle la leur dédiait une fois encore.
« Tu es aussi mon peuple, Raven. » C'était calme, et terriblement aimant. Le nom, surgit d'une époque oubliée, eut l'effet escompté et l'ancienne se calma. A nouveau, elle crut que Rae s'était endormie, mais après de longues secondes sans réponses, surgit un sanglot muet. « Viens là. » Et Clarke se pencha, prenant dans ses bras celle qui l'avait recueillis et reconnu, serrant dans ses bras celle qui avait été comme une mère pour elle.
Les vieux bras de Raven la serrèrent en retour et elles restèrent ainsi, immuables. « Tu me retrouveras ? Comme tu nous as retrouvés ? » Clarke hocha vivement la tête, lovée dans le cou de l'ancienne. Rae, c'était sa plus grande peur et elle la partagea pour la première fois avec la fille qui avait tant signifié pour elle. Ici, ces gens, c'était plus qu'un clan, plus qu'une famille. Ce n'était qu'une histoire, une grande blessure d'où avait surgit la vie, le bonheur, la prospérité. Rae ne voulait pas être mise à l'écart de ça, des siens, de ceux qu'elle aimait tant.
Les larmes de l'ancienne humidifièrent l'épaule de Clarke et elle sentit cette brulure, au bord de ses yeux. Pour ne pas pleurer, elle les ferma et inspira, respirant en grande goulée le parfum de Rae. « Je te le promets Raven. Je remuerai la terre pour toi. » Elles restèrent ainsi longtemps, Clarke rassurant son amie sur l'après-mort, et répétant ses mots, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils s'inscrivent dans l'esprit de Rae, comme un sort de bonne fortune. « Tu reviendras ici. Tu es des nôtres. Je ne t'abandonnerai pas. »
