Disclaimer: les personnages de cette histoire appartiennent dans leur immense majorité à Mrs Rowling.

Correctrice: MarySouris qui continue à fournir un travail impeccable pour cette histoire :)

Note de l'auteur : je suis sincèrement désolée pour l'énorme retard de parution de ce chapitre et espère que vous continuerez malgré tout à suivre cette histoire.


Une bonne demi-heure auparavant, Harry avait fait part de sa décision d'adopter Tom à Cole et celle-ci avait faiblement essayé de l'en dissuader, lui disant une dernière fois à quel point l'enfant était fou et dangereux, avant de lâcher prise et lui tendre avec un sourire hypocrite tous les formulaires nécessaires à l'adoption : de son point de vue le « client » était roi. S'il voulait absolument se coltiner le monstre c'était son problème ; elle, elle l'avait mis en garde, elle pouvait en conséquence avoir la conscience tranquille et était par un fabuleux coup de chance débarrassée du gamin anormal par cet homme fortuné. En y réfléchissant bien, il n'y avait que des bénéfices pour elle dans cette histoire.

Harry finissait de remplir la pile faramineuse de documents tout en pestant intérieurement. Il haïssait vraiment –oh oui, vraiment- la paperasse administrative.

Tom était assis sur le siège à côté de lui et semblait quasiment statufié, il n'avait pas prononcé un mot depuis sa réponse. Comme si le moindre bruit ou son de sa part risquait de faire revenir Harry sur sa décision.

Flash-back :

Tom était seul dans la minuscule chambre aux murs blancs passablement jaunis. Tranquillement assis sur son lit, il déchiffrait patiemment les petites lettres d'imprimerie, fronçant les sourcils et grognant parfois un peu de frustration lorsque le sens des mots lui échappait. Tom n'avait commencé l'apprentissage de la lecture qu'il y a peu, mais était déjà totalement fasciné par elle. Tombant en adoration devant chaque livre qu'il arrivait à se procurer.

La directrice et les surveillants en avisant sa nouvelle passion avaient essayé de l'en priver, lui confisquant son Livre de la Jungle –son tout premier roman- et lui déclarant méchamment que le bouquin en question était réservé aux pensionnaires les plus âgés et qu'ils ne tenaient vraiment pas à ce qu'un petit ingrat idiot et violent l'abîme en faisant semblant de lire.

Tom, lorsqu'ils lui avaient arraché le livre, s'était senti vraiment triste. Il n'avait d'abord pas réellement compris pourquoi : il n'avait jamais désiré grand-chose, pourquoi est-ce que récupérer ce roman lui importait à ce point ?

Puis il avait réfléchi et s'était souvenu de la curieuse impression de chaleur et de surprise qui l'avait envahi quand il avait réalisé que tous ces mots mis bout à bout signifiaient quelque chose. Que tous ces mots formaient de précieuses images. Des images murmurant de jolies histoires pour lui.

En arrivant à décrypter cet amas de curieux signes Tom s'était, sans doute pour la toute première fois de sa vie, senti libre.

Il n'était plus Tom, l'horrible orphelin étrange dont personne ne voulait, enfermé dans cette immense prison grisâtre ; il était Mowgli, Raksha, Bagheera, Père Loup, et Baloo, veillant furieusement sur lui et l'aimant comme s'il était l'un de leurs petits, la nature et sa flore luxuriante s'étendant autour de lui à perte de vue.

Alors que Tom songeait tristement qu'il ne pourrait jamais savoir ce qui était arrivé à Mowgli et ses amis animaux, le livre était brutalement apparu à ses cotés.

Par la suite, peu importait le nombre de fois où les adultes de l'institut lui reprenaient le roman et le punissaient, celui-ci finissait toujours par lui revenir. Au bout de plus de deux semaines, cette situation agaça assez –et effraya également- le personnel de l'établissement pour qu'il abandonne la partie et laisse le satané gosse conserver le manuscrit.

Depuis, Tom trouvait l'atmosphère de l'orphelinat bien moins oppressante.

Certes, les autres enfants continuaient de le traiter de monstre -Monstre : la majorité des adultes le considéraient aussi comme tel et le lui signifiaient sans équivoque- et de lui faire du mal dès qu'ils en avaient l'occasion, mais à présent, lorsque c'était trop dur, il pouvait fuir dans ces merveilleux univers de papier.

Tom avait quelques jours auparavant débuté Peter Pan. C'était son troisième livre et il était compliqué à lire : bien plus que le Livre de la Jungle. Il avançait lentement, bloquant sur certains mots et ne comprenant parfois pas le sens des phrases dans lesquelles ils étaient employés… cependant il trouvait l'ouvrage captivant et émouvant : il avait quelques fois eu envie de rire ou pleurer à la lecture de certains passages.

La porte s'ouvrit brutalement, et l'enfant ne put contrôler un tremblement de terreur. Il ne se souvenait que trop bien de ce qui s'était produit la dernière fois que quelqu'un l'avait ouverte de cette manière.

Un surveillant à la mine revêche lui ordonna de se dépêcher de se lever, il était déjà entouré d'un peu moins d'une dizaine d'enfants. Ceux-ci s'agitaient et piaffaient d'impatience. Il n'y avait que peu d'évènements à même de briser la routine à l'orphelinat, ils en profitaient donc allègrement.

Ils se mirent tous en route vers la « Salle des départs » et furent rejoints en chemin par Johnson, Mrs Cole et deux autres groupes d'enfants paraissant dans leur ensemble également pour le moins excités et dissipés.
Mais qu'est-ce qui se passait ? Tom ne pouvait se sortir cette question de l'esprit.

Cole venait d'expliquer froidement aux enfants qui –comme lui- n'avaient pas encore eu vent de la situation, qu'un homme très respectable, faisant profiter les orphelins de sa générosité, avait décidé d'adopter l'un d'entre eux et qu'une attitude irréprochable de leur part était donc de rigueur.

Une adoption ?

L'homme en question devait vraiment être important pour que l'intraitable directrice ait fait une exception concernant le jour des adoptions.

L'excitation des gamins monta encore d'un cran. La perspective d'une adoption était toujours instigatrice de joie et d'espoir pour les orphelins.

Tom, lui, eut simplement envie de s'enfuir et d'aller se cacher sous ses draps en compagnie de Peter Pan, du capitaine Crochet et de la fée Clochette. L'impression qu'une chape de plomb était tombée sur lui et qu'une main invisible étreignait douloureusement son cœur était –comme à chaque fois- apparue dès que le mot adoption avait été prononcé.

Les journées d'adoption étaient devenues le cauchemar quotidien de l'enfant.

Il savait bien qu'aucun parent ne le choisirait : qui serait assez fou pour vouloir de lui ?

Lorsque, par erreur, un parent s'intéressait à lui, Johnson, Cole ou l'un des autres surveillants étaient toujours là pour le dissuader de s'approcher plus de lui. Lui expliquant à quel point il était dangereux et lui parlant de toutes les bizarreries qu'il provoquait. Lui dévoilant à quel point il était étrange et dangereux.
Oui. C'était un cauchemar pour Tom.

Il serrait les dents en progressant dans le dédale des couloirs : un jour, il le leur ferait payer. À Johnson, à Cole et à tous les autres.

Ils pénétrèrent dans la « Salle des départs ».

Salle des départs, Tom détestait profondément ce nom : il n'était que bien trop conscient qu'il n'y aurait jamais de départ envisageable pour lui.

Mrs Cole échangea quelques mots avec l'homme qui venait de se relever d'un des fauteuils de toile bleue.

L'homme était de taille moyenne, assez mince et habillé d'un beau costume noir. Il leur adressa un léger sourire maladroit, avant de s'approcher de Carl, un petit garçon de cinq ans, et lui poser deux ou trois questions.
Tom observa la scène en serrant machinalement les poings sur son livre, se tenant un peu à l'écart des autres et priant intérieurement pour que l'homme fasse rapidement son choix et disparaisse.

Une dizaine de minutes s'était écoulée lorsque Tom sentit le regard de l'homme se poser brutalement sur lui.

Un étrange maelström d'émotions envahit le regard trop vert tandis que leurs yeux se croisaient et les battements du cœur de Tom s'accélérèrent un peu quant il vit que l'homme commençait à marcher vers lui.

À peine quelques pas plus tard, il fut intercepté par Johnson et Cole.

Tom crispa de nouveau ses mains sur le roman et lutta pour que la déception ne se lise pas clairement sur son visage.
Il avait été tellement stupide. Ça faisait pourtant quelques mois qu'il avait cessé d'y croire bêtement. Qu'il avait cessé de toujours stupidement espérer.

Mais là, quelque chose lui avait semblé différent… peut-être l'ensemble de sentiments indéfinissables qui était apparu dans les yeux de l'homme. Peut-être.

Au fond, peu importait ce qui lui avait semblé différent : l'espace d'un instant, il avait cru que l'homme allait le sauver, le tirer de cet endroit…

Il avait cru que quelqu'un allait l'emmener loin de l'orphelinat. Il y avait cru une fois de trop.

Et maintenant il se sentait juste fatigué. Douloureusement fatigué.

Que l'homme fixe à nouveau son regard sur lui d'un air méfiant et écœuré avant de se détourner vers un autre enfant avec lequel il partirait d'ici. Vite.

Cette scène il l'avait vue se dérouler un peu plus d'une dizaine de fois, il était capable de la supporter une de plus.

Il ne pouvait même pas vraiment reprocher ça à la directrice et aux autres : il était réellement un monstre.

Quelque chose clochait chez lui. Tout ce qui se passait d'étrange autour de lui. Le mal qu'il pouvait faire aux autres à cause de ça, de ses… pouvoirs.

Et peu importait à quel point il trouvait ça injuste. Peu importait à quel point ça lui faisait mal. Peu importait à quel point ça le mettait en colère aussi…

Peu importait.

Il ne pouvait pas réellement leur reprocher de prévenir l'homme. De lui dire qu'il était un monstre. Après tout, c'était sans doute la vérité.

Il voulait simplement que l'homme fasse vite, lui jette rapidement le regard suspicieux et dégoûté et se détourne.
Oui. Qu'il fasse vite.

Mais l'homme ne fit rien de ce à quoi l'enfant s'attendait : il se contenta d'adresser un léger haussement d'épaules à Cole et Johnson avant de faire quelques autres pas dans sa direction.

Tom ne comprenait pas.

L'homme continua d'avancer, jusqu'à se retrouver à ses côtés.

Tom ne comprenait réellement pas.

- Bonjour, qu'est-ce que tu lis ?

L'homme le regardait toujours un peu étrangement mais arborait un sourire encourageant.
Tom comprenait encore moins : Johnson et Cole l'avaient pourtant déjà alerté sur ce qu'il était… pourquoi l'homme lui parlait-il aussi gentiment ?

- Pet'er Pan.

Et maintenant l'homme allait certainement le prendre pour un petit idiot faisant semblant de lire un roman bien trop compliqué pour lui. Oui, il allait penser qu'il était stupide. Comme tous les autres.

Contre toute attente, l'homme ne parut pas le penser : il eut simplement l'air très surpris, ses yeux s'arrondissant quelques instants, puis il se contenta de lui sourire de nouveau.

- Tu aimes ce livre ? Moi, je l'aime beaucoup. Quel est ton livre préféré pour l'instant ?

La voix de l'homme était toujours aussi gentille mais il semblait assez nerveux, enchaînant des questions trop rapidement pour qu'il ne puisse y répondre.
C'était étrange.

- Je sais pas… Le Livre de la jung'le, je pense.

- C'est un très beau livre aussi. Quel est le personnage que tu aimes le plus dans cette histoire ?

C'était vraiment curieux que quelqu'un s'adresse à lui de cette manière. Vraiment curieux et étrangement troublant. Tom ressentit une brusque envie de se blottir un peu dans les bras de cet inconnu souriant dont il ne connaissait pas même le nom.

- Baéra… la panthère, ajouta Tom en voyant un peu d'interrogation dans les grands yeux verts.

- Je vois, si tu aimes Le Livre de la jungle tu dois sans doute aimer également les animaux. Quels sont tes animaux préférés ?

Tom n'était pas très sûr de ce que signifiait « également » mais répondit tout de même avec enthousiasme à l'homme. Il adorait les animaux.

- Les panthères, les serp'ents et les loups aussi. Mais j'aime pas les chiens… c'est dang'reux, ça mord !

L'inconnu, pour une raison qui échappa totalement à l'enfant, eut l'air de trouver sa réflexion très drôle.

Puis il garda un moment le silence, semblant tenter de trouver quelque chose sur quoi il pourrait l'interroger.
Et Tom hésita un instant avant de prendre la parole.

- Mon nom c'est Tom.

L'inconnu parut brutalement estomaqué, ses yeux s'arrondissant à nouveau et cette fois d'une manière bien plus prononcée.

Tom se fustigea intérieurement : comme si l'homme pouvait vouloir savoir son prénom.

- C'est… c'est un très beau prénom, l'inconnu semblait à la fois étrangement gêné et amusé, je crois avoir oublié de me présenter à toi, mon nom est Harry. Harry Slatter.

Harry se tut à nouveau et le regarda sérieusement, fronçant un peu les sourcils avant de poser une nouvelle question.

- Es-tu heureux ici ? À l'orphelinat, je veux dire.

L'homme, Harry, était-il sérieux ? Est-ce qu'on était censé être heureux de vivre dans un orphelinat ? Tom lui ne l'était absolument pas et, peu importait à quel point il les détestait, il était convaincu que c'était pareil pour tous ses camarades.

- Personne est heureux dans un orph'linat.

En disant cela, sa voix avait été légèrement hargneuse et Tom en était bien conscient. Johnson, Cole et les autres avaient raison… il était vraiment un imbécile : c'était la toute première fois qu'on lui parlait aussi gentiment et lui n'avait pas pu s'empêcher de répondre agressivement.
Maintenant, l'homme allait sans doute se fâcher et aller poser ses questions à un enfant valant réellement la peine qu'on s'intéresse à lui. Le cœur de Tom se serra un peu à cette pensée et il baissa la tête en mordillant rageusement ses lèvres.

L'inconnu l'observa d'un air pensif pendant quelques instants.

- Oui, c'est vrai que personne ne doit être vraiment heureux dans un orphelinat.

Tom ne comprenait vraiment pas pourquoi l'homme était aussi gentil avec lui.

L'homme, Harry, sembla brusquement très mal à l'aise, ouvrant la bouche avant de se raviser.

Les battements du cœur de Tom accélérèrent sans qu'il n'en comprenne le motif. Il sentait que quelque chose d'important allait se produire mais ne savait pas d'où lui venait ce pressentiment.

Oui, une chose terriblement importante allait arriver. C'était une certitude.

Harry attrapa la main qui ne tenait pas son livre et la serra légèrement, prenant une profonde inspiration, avant de prononcer des mots qui firent chanceler un peu l'enfant...

- Tom, je... j'aimerais beaucoup que tu deviennes mon fils, est-ce que tu serais d'accord ?

Tom ne comprenait plus rien. Absolument rien.

Alors il regarda Harry droit dans les yeux, essayant de jauger s'il était vraiment sérieux.

Tom avait déjà vu de nombreuses fois des scènes similaires, des hommes et femmes posant une question semblable à l'enfant qu'ils avaient choisi.

À chaque fois la petite fille ou le petit garçon désigné criait un « oui » tonitruant avant de se jeter dans les bras de la personne lui ayant posé la fatidique question. Et après il ou elle disparaissait de l'orphelinat en compagnie de son ou ses nouveaux parents.

Est-ce que ça pouvait être si simple ?
Est-ce que s'il répondait seulement « oui » l'homme deviendrait son père ? L'emmènerait loin d'ici ? L'aimerait ?

Est-ce que ça pouvait seulement être si simple ?
Une part de lui ne pouvait pas y croire : ça devait juste être une mauvaise blague. Une mauvaise blague ou un rêve peut-être. Un très beau rêve dont il allait bientôt se réveiller.

Tom ne pouvait vraiment pas y croire.
Et si l'homme changeait d'avis ? Si finalement, il ne voulait pas de lui ?

Mais Harry paraissait être une personne bien trop gentille pour faire une farce aussi cruelle et il ne semblait absolument pas vouloir changer d'avis, le regardant avec inquiétude, attendant visiblement sa réponse avec une certaine nervosité.

Tom se laissa envahir par un fol espoir, priant intérieurement pour que cette histoire ne soit pas juste un rêve.

Alors il serra de toutes ses maigres forces la main chaude de l'adulte, hochant la tête à plusieurs reprises, avant de prononcer sa réponse d'une voix faible.

- Oui, s'il vous plait.

Et Harry, son père –oui, son père maintenant- l'avait doucement pris dans ses bras, lui murmurant qu'il était très heureux qu'il accepte de devenir son fils et Tom avait dû fortement lutter contre une aussi ridicule que subite envie de pleurer.

Et, à présent, Tom n'osait plus du tout bouger ou parler. Parce que, vraiment, ce qui était en train d'arriver était beaucoup trop extraordinaire pour qu'il ne se laisse aller à y croire complètement.

Harry pouvait encore parfaitement revenir sur sa décision : non, pour l'instant, il ne pouvait pas se permettre d'y croire totalement.

Harry finit de remplir le dernier document et y apposa une rapide signature, jetant un bref regard à Tom. À celui qui serait son fils dès qu'il aurait remis ce simple bout de papier à Cole.

Oui, son fils.

Après avoir accompli les formalités d'usage –remise de formulaires, poignées de mains hypocrites et sourires crispés- Harry quitta le bâtiment aux murs grisâtres, la main de Tom serrant nerveusement la sienne.

La cour fut silencieusement traversée, la loge du gardien dépassée en quelques foulées mais alors que quelques pas à peine les séparaient de l'imposante grille métallique Harry s'arrêta brusquement. Il adressa un pâle sourire rassurant à Tom qui s'était tendu encore un peu plus à ses côtés et prit une grande inspiration pour vainement essayer de se donner du courage.

Quelques pas exécutés nerveusement. Une grille enfin franchie.

L'enfant inspire fébrilement comme s'il souhaitait savourer à grandes goulées d'air sa liberté fraichement acquise, tandis que l'adulte expire finalement une seule pensée en tête :

C'est maintenant que ça commence.


Note: voilà, voilà, j'espère que vous avez apprécié ce chapitre presque entièrement vu du côté de Tom et je vous dis à bientôt pour le prochain (qui devrait paraître au plus tard vers la fin Juin) ^^