CHAPITRE 4

LE 2 NOVEMBRE

—Bonjour, Drago, lança Hermione, comment vas-tu ?

—Très bien, lui répondit-il, et toi ?

—On ne peut mieux !

Les membres de l'Ordre commençaient une énième journée dans leur grand bureau commun. Cela faisait deux mois jours pour jours que Drago Malefoy et Astoria Greengrass s'étaient présentés au bureau des Aurors pour y postuler. Malgré la réticence de Ron, ils furent quand même acceptés. Deux jours après leur admission, Astoria avait permis la capture d'Edouard Hivert, sorcier détenant des reliques de Magie Noire. Harry avait réussi à l'arrêter et à l'emmener au Magenmagot. Son procès avait était fixé au 2 Novembre au matin, vers onze heures.

Dans un concert de bruit de talons, Daphné s'engouffra dans la large pièce, suivie de près par Seamus qui n'avait pas l'air d'être réellement sorti de son lit. Harry la chargea alors d'assister au procès d'Hivert. Même si Daphné ne broncha pas, Hermione sentait que cette tâche ne lui plaisait pa le moins du monde. Quand la sorcière s'installa, Hermione ne manque pas de remarquer le sourire en coin et le petit regard complice que Daphné avait lancé à Seamus. Hermione esquissa un sourire. Pendant les deux mois qui s'étaient écoulés, les membres de l'Ordre l'avaient soupçonnée d'avoir une liaison avec Seamus Finnigan. Hermione, l'empathique, en était quasiment sûre, quant à Harry, Ron, Drago et Astoria, ils ne pouvaient que le deviner.

Vers dix heures trente, Daphné partit en empruntant le réseau de cheminée pour se rendre au Ministère de la Magie.

Tous les membres de l'Ordre s'absentèrent vers midi pour aller manger. Daphné n'étant toujours pas revenue, Astoria insista pour rester au bureau pendant que Drago allait manger avec Harry, Ron et Hermione en ville. Drago voulut rester auprès de sa femme, ne voulant pas la laisser seule. Elle l'encouragea cependant à suivre le trio pour prendre un peu de bon temps. Après quelques objections, il céda finalement et se rendit dans le centre-ville moldu de Londres. En voyant toute cette vie au dehors, il fut estomaqué. Durant toute son enfance, il avait été bercé avec le mythe du « bon moldu sauvage, on lui avait sans cesse répété qu'un moldu était un être infâme, idiot, en somme une erreur de la nature. Il était stupéfié car il venait de découvrir que, hormis le fait qu'un moldu n'ait pas de pouvoirs magiques, lui, Drago Malefoy, n'était pas très différent de ces personnes.

Harry, Hermione et Ron lui firent découvrir la cuisine indienne. Quand le serveur tandit la carte à Drago, il leva un sourcil consterné : il ne comprenait le nom d'aucun plat. Puis, quand il arriva à la troisième page, il vit un titre qui l'interpella, en fait, c'était le seul intitulé qu'il comprenait en partie. Il commanda donc un « ChickenVindaloo ». Lorsque le filet de poulet, baignant dans une sorte de sauce couleur châtaigne, arriva à la table,le fumet qui s'en dégagea lui mit instantanément l'eau à la bouche. Il se saisit immédiatement de son couteau et de sa fourchette, coupa un morceau et le mit dans sa bouche. En moins d'un quart de seconde, toutes les épices contenues dans la sauce lui brulèrent la langue et le palet. La douleur s'étendit jusqu'à ses lèvres qui furent immédiatement anesthésiées. Bientôt, il ne put prononcer un mot. Il lâcha brusquement ses couverts, se saisit de la carafe d'eau et de son verre et but goulument l'équivalent d'un litre et demie d'eau. Seulement, l'incendie qui s'était déclaré dans sa bouche ne s'éteignit pas pour autant. Après l'avoir vu finir un deuxième litre d'eau, le serveur, compatissant, apporta à Drago une miche de pain, en la pointant du doigt, il répétait :

—Mangez ! Mangez ! Ça calmera la chaleur !

Ni une ni deux, Drago s'en saisit et la croqua à pleine dents. En un instant, la douleur disparut comme elle était venue. Le serveur rit un bon moment avant de lui préciser que le « Chicken Vindaloo » était le plat indien le plus épicé qui soit. Sur ces mots, il repartit vers son comptoir, toujours secoué d'éclats de rire. Quand Drago se tourna vers les autres, il vit que Harry se retenait comme il pouvait de ne pas trop rire, Hermione était cachée derrière sa serviette et Ron regardait ses pieds, réprimant un fou rire qui montait inexorablement. Il le laissa s'échapper malgré lui quand Drago se mit à rire à son tour. Ils rirent ainsi pendant un bon quart d'heure, Hermione avait abaissé sa serviette et pleurait à présent de rire. Quand Harry voulut à son tour boire pour détendre sa gorge, il se souvint de la tête qu'avait eu Drago lorsqu'il avait englouti son litre et demie et repartit de plus belle. Dans ce fou rire général, toutes les anciennes rivalités étaient comme oubliées. Personne ne pensait plus aux moqueries de l'ancien temps, comme si elles n'avaient jamais existé tout le monde se fut calmé,Drago regarda sa montre

—Par la barbe de Merlin ! s'exclama-t-il, il est déjà une heure et demie, il faudrait rentrer, non ?

—Oh la ! fit Harry, du calme, c'est moi le patron, et je t'autorise à arriver en retard.

Et ils repartirent de plus belle dans leurs discussions, leurs blagues et leurs anecdotes et Ron, qui avait étéauparavant prévenu par Hermione, faisait de son mieux pour paraître agréable et chaleureux et, pour l'instant, ne s'en sortait pas trop mal. Il découvrait petit à petit le nouveau Drago Malefoy, venu remplacer l'ancien Serpentard orgueilleux. A vrai dire, il commençait même à l'apprécier. Vers deux heures de l'après-midi, ils se décidèrent enfin à rentrer au 12, Square Grimmauld.

En arrivant, ils entendirent des éclats de voix venants du bureau :

—Tu n'avais pas le droit ! faisait la première.

—Si ! Rappelle-toi ! C'est à cause de lui que tout cela est arrivé ! répondait une deuxième, totalement identique à la première.

—Les filles ! Calmez-vous ! lançait une troisième, plus masculine.

Les quatre sorciers accoururent dans la salle, ils y virent Astoria assise à son bureau, imperturbable, Daphné, penchée sur elle et Seamus, entre les deux, essayant de calmer le jeu.

—Que se passe-t-il ici ? demanda Ron, effaré.

— Rien, répondit immédiatement Daphnée, reprenant son expression habituelle.

—On a pourtant entendu une dispute, insista-t-il.

—Je te dis qu'il n'y avait rien, Ron.

Il se résigna. Daphnée alla se rasseoir, sans un regard en arrière. Astoria la regarda partir, de la tristesse dans le regard. Hermione le sentit, Astoria était mal, malheureuse.

A quinze heures, la cheminée du grand bureau s'activa sans que personne ne lui ait rien demandée. Des flammes vertes apparurent, sorties de nulle part. Dans ce feu, un petit homme rond se dessina. Il portait une longue robe rouge bordeaux, un chapeau de la même couleur, un dossier noir plein à craquer et une mallette toute aussi pleine. En sortant de la cheminée, il se dirigea précipitamment vers le bureau de Harry, sans prendre garde aux autres.

—Monsieur Bridge, le salua Harry.

—Nous avons perdu le procès, lui répondit-il immédiatement, l'avocat de la défense a réussi à obtenir à obtenir gain de cause, Edouard Hivert est libre.

—Comment ? fit Daphné, ce n'est pas possible…

Puis, devant les regards interrogateurs de ses collègues, elle déclara :

—J'avais oublié mon bloc-notes au bureau, quand je suis retourné à l'audience, le procès était terminé. C'est pour ça que je ne connais pas la décision du jury.

—La défense a mis en avant la conduite exemplaire que Mr Hivert a adopté durant toute sa vie, ils ont plaidé qu'elle témoignait de son innocence dans cette affaire. Il a aussi été ajouté que sa famille était composée de nombreux mages noirs ou escrocs. Dans ces circonstances, il n'était pas étonnant que la maison qu'il avait reçue en héritage soit remplie d'objets relevant de la magie noire.

—Mais il a essayé de s'enfuir !rétorqua Harry avec force, ils ne peuvent pas passer à côté de ça ! Surtout qu'Edouard Hivert vit depuis longtemps dans cette maison, il devait obligatoirement savoir qu'il y avait quelque chose à cacher ! En plus, Astoria a trouvé assez rapidement la relique !

—J'ai bien essayé de leur faire entendre raison Mr Potter. Je leur ai rappelés les longues minutes d'attentes avant qu'il ne vous ouvre et son manque de coopération après avoir trouvé les objets. Mais Mr Tripot, l'avocat de la défense, a prétexté que vous aviez agi avec précipitation, sans lui laisser le temps de s'expliquer. Je sais bien que votre version des faits ne correspond pas, et que c'est lui qui a attaqué le premier, mais il faut croire que la parole d'un parvenu est plus convaincante que celle d'un héros…

—Et le jury a cru à ces sornettes ? interrogea Drago avec incrédulité.

—Apparemment oui, vu qu'il va être libéré dans une demi-heure. Je suis désolé, j'ai fait tout ce que j'ai leur ai même montré les dossiers grâces auxquels Mrs Greengrass a réussi à remonter à Hivert, mais ils m'ont dit qu'ils ne voyaient dans ces documents aucune preuve tangible contre l'accusé…

—Ce n'est pas grave, lui assura Hermione, nous l'aurons, un jour ou l'autre il dérapera.

—Et je serais là pour le procès ! conclut l'avocat.

Sur ces mots, il se replaça dans la cheminée. Les membres de l'Ordre regardèrent Mr Bridge disparaître dans le feu magique. Quand les flammes disparurent, Harry retourna à son bureau en marmonnant :

—C'est impossible, toutes les preuves étaient là, ils ne pouvaient pas passer à côté de ça !

—Ne t'en fais pas, Harry, le rassura Hermione, Mr Bridge connait son métier, ca fait maintenant deux ans qu'il travaille pour nous et jamais il n'a perdu de procès, fais-lui confiance.

—Je n'arrive tout de même pas à comprendre comment Hivert a pu être relâché !

Hermione décida de le laisser ruminer ses pensées tout seul. Elle repartit vers son bureau, plongée dans le désarroi le plus total. Quand elle s'assit, avant de se replonger dans son dossier, elle regarda la pendule, il était quinze heures trente. Quand elle releva ses yeux fatigués par la lecture, il faisait nuit dehors et il était dix sept heures. Drago et Astoria étaient déjà partis, ne restaient plus que Harry, Ron et elle. Extenuée, elle ferma sa pochette et annonça qu'elle rentrait. Ron la suivit sans hésiter. Dix minutes plus tard, Harry les imita.

Vers dix sept heures trente, Astoria quitta le logis familial pour aller faire les courses, affirmant qu'elle devait s'aérer l'esprit après l'annonce de la relaxe d'Hivert. Elle supportait difficilement que sa première arrestation n'aboutisse pas en une condamnation. Au même moment sa sœur quittait sa maison pour se rendre chez son amant, Seamus.

Hermione sortit promener son chien tandis que Ron regardait un match de Quidditch à la télé, qu'il avait trafiqué, pour recevoir les chaînes magiques. Le match devait avoir commencé depuis environ deux heures et demie et le score était de dix à dix.

A dix-huit heures cinq, Astoria refranchissait la porte de sa maison, les bras chargés de briques de lait, de filets de légumes et d'autres choses encore. L'elfe de maison l'accueillit et elle se déchargea immédiatement de ses sacs sur le dos de la pauvre créature avant de rentrer paisiblement dans le manoir. Daphné était encore chez Seamus.

Hermione ramassa une belle crotte sur le trottoir abandonnée par Tenn, le chien. Le match de Ron était terminé. La Bulgarie avait écrasé l'Irlande deux cent soixante-dix à dix.

Edouard Hivert n'en croyait pas ses oreilles, il était libre. Il avait cru qu'il resterait à Azkaban pour le restant de ses jours. Il s'autorisa à pousser un soupir.

A quinze heures trente, il regagnait son logis, son sac d'affaires en main. Il repassa la porte de chez lui, mis la machine à laver en route, s'affala dans le canapé et alluma la télé, juste au bon moment pour voir le début du match Bulgarie-Irlande.

Il assista au but de Landro Bervotchev et de James Allandrez.

Au moment où la Bulgarie allait marquer son deuxième but, la sonnerie du téléphone retentit. Hivert se leva bien promptement du canapé et décrocha :

—Allô ?

—Edouard ?

Il reconnut sa voix dès la première syllabe prononcée. Cette voix, résonnant dans sa tête tous les jours tant il aimait l'entendre, fit manquer un battement à son cœur. Son sang ne fit qu'un tour.

—Ne dis rien, dit précipitamment la voix féminine, j'ai appris que tu avais été libéré. Je suis contente pour toi. Mais il faut que tu viennes chez moi, voilàl'adresse.

Edouard Hivert se saisit précipitamment du stylo et du bloc-notes à coté du combiné et écrivit le numéro et le nom de la rue que son interlocutrice lui dictait. Son cœur battait frénétiquement, ses lèvres frémissaient d'excitation, ses mains tremblaient, son souffle était court. Mille et unes questions lui brûlaient la gorge et lorsqu'il voulut parler, la voix repris sans tarder :

—Ne tarde pas trop, j'ai quelque chose de très important à te dire !

Et elle raccrocha immédiatement.

Il regarda la pendule au mur : dix-huit heures.

Edouard observa ensuite le papier sur lequel il avait noté l'adresse de son interlocutrice. Il eût un grand sourire. Il éteignit la télé, prit son pardessus et s'en alla aussi si vite qu'il pût.

—Qui êtes-vous ? fit l'homme en pointant sa baguette magique sur le torse de l'étranger.

—Moi, je ne suis personne, répondit l'étranger.

—Ce n'est pas une réponse, rétorqua l'homme, pourquoi ai-je entendu des cris ?

—Ce n'était rien vieillard, retourne te coucher !

—Je ne suis pas vieux, vociféra l'homme en redressant sa baguette, je répète donc ma question, pourquoi ai-je entendu des cris ?

—Ne t'occupe pas de ce qui ne te regarde pas !

Il y eut alors un grand coup de vent dans la rue. La porte de la maison devant laquelle se tenait l'étranger s'ouvrit doucement. L'homme qui le pointait du bout de sa baguette magique eut la réponse à sa question. Sur le sol, au bout d'un court couloir, se trouvait deux corps. Un homme et une femme, qui gisaient, leurs figures étaient déformées par l'horreur et leurs yeux étaient écarquillés par la surprise.

L'homme réagit sans perdre un instant. Le sortilège partit de lui-même de sa baguette et percuta l'étranger. Il vola et s'écrasa contre le mur, immobile.