Point de vue de Laureen :

C'était aujourd'hui, maintenant ! Il ne nous restait que quelques minutes avant de descendre du taxi qui nous déposait à la gare de King Cross. L'ambiance dans la voiture était silencieuse, le chauffeur nous regardait avec inquiétude depuis qu'il nous avait vu charger deux grosses malles, deux cage avec des hiboux, dans son immense coffre alors que nous disions partir simplement pour de petites vacances. Je trouvais son regard paniqué à chaque fois que Nathan respirait un peu trop fort assez amusant et je devais me retenir de ne pas rire trop ostensiblement. Ce n'était, cependant, pas trop difficile : je n'avais qu'à me rappeler que je me rendais à Poudlard. Je ne voulais pas commencer cette année dans cet univers inconnu. Je n'avais jamais été très douée pour me faire des amis et je savais que les anglais étaient plutôt sélectifs dans leurs amitiés. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils m'accueillent à bras ouverts mais j'espérais juste qu'ils me laisseraient tranquille sans se soucier de moi, que je puisse profiter enfin de la découverte d'un endroit mythique rempli d'Histoire.

« -Ça va Laureen, me demanda discrètement Nathan en me faisant un clin d'œil. »

Pour toute réponse, je haussai les épaules. Que voulait-il que je lui dise de plus ? Il savait très bien ce que je pensais. Mais c'était quand même gentil de montrer qu'il était avec moi. C'était rassurant de se dire que Nathan sera dans le coin si vraiment j'en ai besoin. Le taxi se gara enfin devant la gare et nous aida rapidement à sortir nos malles de son coffre. Devant le nombre de famille amenant des enfants portant les même malles que nous, il s'inquiéta et ne prit même pas le temps de rendre la monnaie à mon père qui ne protesta pas.

« -Pour le peu qu'il nous doit ! Je crois qu'on ne le reverra pas de si tôt, lui ! Soupira-t-il avant de continuer. Oh ! Ça me fait tout drôle de revenir ici… Suivez-moi, j'espère que je me souviens bien du chemin vers le quai !

-Papa, si on a un doute, on n'a qu'à suivre tous les enfants avec une malle énorme qui fait peur aux chauffeurs de taxi moldus. Soulignai-je.

-Ah ! Laureen et ses remarques toujours aussi pertinentes ! Remarqua mon père en empoignant ma malle. Allez, direction le quai 93/4 ! »

Nathan le suivit avec ses affaires tandis que je me démenais avec les deux cages. Pourquoi mon frère et mon père avaient-ils décidé de se passer de charriots à bagages ?

Nous arrivâmes enfin devant le mur qui séparait la voie 9 de la 10 et suivîmes sans broncher les nombreux élèves qui s'élançaient dans ce dernier. C'était une sensation peu habituelle de traverser ce mur, j'avais eu à la fois froid et chaud et un sentiment de passage d'un monde à un autre. Je pensai aux nés-moldus qui devaient halluciner lors de leur premier passage.

Je n'avais pas eu le temps de reprendre mes esprits que mon père débarqua derrière moi.

« -C'est impressionnant, non ? Me chuchota-t-il à l'oreille. »

Et il avait raison. Les élèves, tous âges confondus, grouillaient sur le quai, allant de leurs parents qui les serraient fort dans leurs bras à leurs amis qu'ils serraient à leur tour. Les groupes de parents amis profitaient de ce retour sur le quai pour partager les souvenirs de leurs années d'étude à Poudlard, certains ne pouvaient s'empêcher de verser quelques larmes : laisser partir leurs enfants vers un endroit qui semblait compter pour eux. J'avais l'impression d'assister à une scène de l'extérieur, sans vraiment y prendre part. Je n'avais pas d'amis à retrouver, de parents d'amis à saluer poliment, d'amis de parents à rassurer quant à la sûreté de leurs propres enfants, plus jeunes. Je sentais cependant l'importance de ce moment pour toutes les familles présentes, et cela me touchait, je compris enfin ce que mon père voulait me dire sur ce Poudlard express et cette gare qui avait marqué son enfance.

« -On m'a toujours dit qu'on devenait vraiment un adulte accompli quand on venait sur le quai du Poudlard express sans prendre le train, juste en accompagnant des enfants, ou des amis, et en acceptant de les voir partir pour être heureux sans vous ! Soupira son père.

-Ce n'est pas un peu exagéré… Soupirai-je.

-C'est ce que je pensais aussi, mais aujourd'hui je comprend… Votre mère m'avait dit la même chose quand elle m'avait accompagné pour ma dernière année alors qu'elle avait quitté Poudlard deux ans plus tôt !

-Quoi qu'il en soit, je trouve cet endroit magique, dans tous les sens du terme ! Conclut mon frère, toujours aussi émerveillé par la vie.»

Nous nous décidâmes à avancer parmi la foule pour se rapprocher du train. Papa nous prit dans les bras avec plus d'intensité qu'il ne l'avait jamais fait lors des cinq dernières années alors que notre départ à Poudlard ne devait pas être très différent pour lui que nos départs pour Salem en Amérique. Je l'embrassai une dernière fois. Même si je lui en voulais d'être forcée à prendre ce train, je ne pouvais m'empêcher d'être touchée par la magie du lieu, de l'instant et par l'éternelle reconnaissance que j'ai envers mon père de nous éduquer et d'être toujours là pour nous malgré toutes les difficultés qu'il peut traverser. Nathan prit nos bagages et les monta dans le Poudlard express. Je montai à mon tour sur les marches qui séparaient le quai du train. Je m'étais apprêtée à jeter un dernier regard à mon père mais mes yeux furent attirés par une couleur peu commune : au bout du quai, dans la discrétion, une tribu de têtes rousses accompagnées d'autres se disait eux aussi au revoir entre eux. Je ne les distinguait pas précisément mais n'en avait pas besoin pour les reconnaître. Il n'y avait qu'une famille de sorciers en Angleterre aussi nombreuse et aussi connue pour se préserver du regard des curieux. Papa remarqua mon étonnement et quand je lui adressai un regard interrogateur, il acquiesça, comprenant ma question silencieuse. J'avais bien, à quelques mètres de moi, une bonne partie de la famille Weasley, la famille la plus importante de la guerre, celle sans laquelle on ne serait sûrement pas là à attendre le départ du Poudlard Express. Un élève me pressa à dégager l'entrée dans le wagon et je fus obligée de couper mon observation, non sans avoir remarquer une mère, la seule mère rousse, et son mari embrasser un fils avant que celui-ci ne rejoigne une autre fille et qu'ils se dirigent vers le train.

Je rejoignis mon frère dans un compartiment et je m'assis silencieusement, repensant à ce que je venais de voir. L'homme et l'adolescent qui devait être son fils se ressemblaient, les mêmes cheveux bruns, presque noirs, la même silhouette. Je réalisai que je ne connaissais pas les noms et âges des enfants des Weasley, alors que toutes les filles de Salem ne savaient de la guerre que les potins de ce genre qui arrivaient jusqu'à nous. Seulement, je savais que Mrs Weasley n'avait eu qu'une fille. La femme rousse ne pouvait donc être qu'elle et l'homme son mari… Je réalisai alors que j'avais aperçu le célèbre Harry Potter…

Point de vue de Nathan :

Laureen, en face de moi, faisait une tête étrange. Qu'avait-elle vu qui pouvait la perturber si tôt ? Parfois, j'avais un peu peur des réactions de ma sœur. Elle était tellement imprévisible dans ses conversations et pouvait passer de la fille la plus agréable à la pire des garces en quelques secondes sans que personne, (et même elle commençais-je à penser…) N'en comprenne la raison.

Depuis l'annonce du déménagement, elle n'avait cessé de bougonner et de nous faire part de sa mauvaise humeur alors que nous voulions simplement profiter, mon père et moi, de la fin de vacances en famille. Et puis, Poudlard ne devait pas être aussi horrible. Si Papa y avait vécu tant de beaux moments, c'était bien pour une raison, non ?

Je savais bien que Laureen n'était pas faite pour une socialisation rapide et souvent éphémère alors que j'avais toujours aimé parler à des inconnus, même pour quelques heures. Laureen, elle, ne supportait pas les conversations générales, sans réel but ou intérêt. Elle avait toujours eu besoin de sentir que son interlocuteur voulait lui parler à elle et pas à n'importe qui passant par là.

Laureen sembla sortir de sa rêverie et sortit d'un sac un livre pour s'occuper. Nous avions déjà quitté Londres depuis longtemps et les couloirs s'étaient peu à peu vidés des élèves qui s'étaient trouver un compartiment. Ce Poudlard Express m'intriguait. Il y régnait une ambiance chaleureuse et prometteuse de tellement de moments forts pour tous les élèves qui avaient la chance d'y passer. J'avais du mal à réaliser que mes parents avaient marché dans ce couloir. Je sortis pour essayer de comprendre cet état d'esprit. C'était incroyable d'imaginer le nombre de personnes qui s'étaient rencontrés dans ces compartiments, le nombre d'amitié qui avait débuté sur ces bancs. Je passai devant le chariot de confiserie et lui payai quelques suçacides (je savais que Laureen les appréciait particulièrement) avant de continuer mon exploration. À mesure que je m'éloignais de la locomotive, je constatai que l'âge des élèves augmentait. J'imaginais maintenant mes parents profiter d'un compartiment isolé pour se retrouver après des vacances qui les avaient séparés trop longtemps pour eux, ou, au contraire, revenir lors de la septième année de sa mère, profitant des derniers instants en tant qu'élève.

Le train prit un virage un peu serré et je me retrouvai projeté contre un mur, je n'eus pas le temps de me relever qu'une tête rousse ouvrit une porte sans me voir et s'éloigna de moi rapidement entrainant une autre fille derrière elle. Elles n'avaient pas du remarquer que cette porte m'avait presque écrasé puisque la première ne cessait de répéter :

« -Comment a-t-on pu oublier la réunion des préfets, Rox ?

-Ne t'inquiète pas ! Ils nous attendent de toute façons, Domi ! Soupirait la fameuse ''Rox'' »

La porte se referma et je ne pus qu'apercevoir les cheveux bruns de la dernière fille voler au rythme de sa course, révélant des reflets roux à chaque nouveau passage devant une fenêtre.

Les deux filles avaient piqué ma curiosité. Je me mis discrètement sur la pointe des pieds pour observer le compartiment. Je fus immédiatement surpris par le nombre d'élèves qui s'y trouvaient. Ils étaient déjà trop pour remplir les six sièges du compartiment alors que deux filles venaient de les quitter. Ensuite, plus de la moitié d'entre eux arboraient la même chevelure rousse que la première fille qu'il avait vu, alors que les autres, deux garçons bruns seulement, n'avaient pas les mêmes cheveux intriguant que la fille qui courrait quelques instants auparavant. Un des plus âgés du groupe se leva alors et sortit d'une des nombreuses malles un uniforme rouge et or et l'enfila rapidement. Je compris vite qu'il s'agissait d'un uniforme de quidditch, sans doute un nouveau qu'il présentait aux autres. Il se retourna et, en voyant sur son dos inscrit son nom, je réalisai alors qui étaient tous ces gens, une grande famille et le joueur de quidditch si fier de lui n'était autre que le fils de Harry Potter. Quand Laureen allait savoir ça, elle…

Je devinai alors que c'était cette découverte qui avait rendu ma sœur si muette au début du voyage. Je soupirai : j'espérais juste que ma sœur ne serait pas trop passionnée et leur poserait pas trop de questions bizarres.

Je m'éloignai enfin du compartiment. Je culpabilisai un peu d'avoir espionné ainsi une famille. Ils avaient l'air si unis et si heureux d'être ensemble qu'ils ne méritaient pas qu'un inconnu les observe comme je l'avais fait. Ma curiosité avait été trop forte… Mais bon, ils devaient avoir l'habitude de ce genre de comportement de la part des autres élèves. C'était d'ailleurs cela qui me dérangeait, je ne voulais pas me comporter comme un curieux incapable de se maitriser. Je ferais plus attention dorénavant.

Je remontai le couloir pour retrouver Laureen. Elle n'avait pas bougé et continuait impassiblement de lire son livre sans montrer la moindre émotion sur son visage.

« -Tiens ! Lui dis-je en tendant la moitié de suçacides. Je me suis dit que tu n'avais pas vu le chariot passer !

-Merci ! Me répondit-elle simplement. »

Elle cessa sa lecture et saisit les confiseries en souriant. Elle jeta un regard un peu triste à la fenêtre puis haussa les épaules :

« -Alors on va vraiment à Poudlard… »

J'acquiesçai simplement, cette petite phrase si évidente résumait bien notre état d'esprits : curieux, anxieux, mai, quoi qu'il arrive, on savait que notre vie serait différente.

Et voilà, j'espère que vous avez aimé... Je ne serai malheureusement pas aussi fréquente en publication tout le temps, mais je vais essayer de faire mon maximum!

Merci d'avoir lu