Les hurlements de Bellatrix Lestranges s'arrêtèrent d'un seul coup. Hermione n'entendait plus que le vent qui lui soufflait dans les cheveux, et le bruit des vagues qui s'écrasaient sur la plage. Le sol, rocheux, n'était pas du tout confortable. Elle souffrait terriblement. La jeune femme essaya de se lever, mais ses muscles protestaient à chaque mouvement. Tant bien que mal, elle réussi à se mettre à genoux. Son regard se porta alors sur ce qui l'entourait.

Ils avaient réussi à atteindre la chaumière aux coquillages. Hermione était un peu perdue, la douleur annihilait en partie ses sens, et tout lui semblait flou. Mais elle entendait Harry, de plus en plus nettement. Sa voix semblait paniquée, ce qui la réveilla un peu plus. Il ne cessait de répéter le nom de Dobby, comme une litanie. Une tâche sombre s'élargissait sur le petit corps de celui qui les avait sauvés.

Elle vit Ron arriver près d'elle. Il lui tendit les bras, pour l'aider à se relever. Ses jambes tremblaient tellement qu'elle ne tenait pas debout. Ron lui passa un bras autour de la taille, et elle s'appuya sur lui.

En voyant Harry, penché sur le corps de l'elfe sans qui ils seraient encore tous dans l'enfer du manoir Malfoy, elle compris en un instant qu'il y avait un problème. La réaction d'Harry était un très mauvais signe. Elle avait le cœur au bord des lèvres. Elle redoutait cet instant depuis le début de leur cavale. Un de leur compagnon de toujours venait de mourir, sous leurs yeux, et en les sauvant. Cette guerre était tellement injuste. Tellement compliquée. Faire face devenait de plus en plus dur, et pendant ce temps, Voldemort gagnait du terrain.

Les larmes lui montèrent aux yeux. C'est Ron qui la coupa de ses sombres pensées.

- Hermione, rentrons, tu as besoin de soins. S'il te plaît.

- Je… Ron. J'arrive, j'arrive.

Sa voix était rauque, enrayée par les trop nombreux cris qu'elle avait poussés auparavant. Tous deux se dirigèrent vers la chaumière. Sur leur chemin, ils croisèrent Bill et Fleur, qui avaient un air affolé et leurs baguettes à la main. Ron pris les devants, et expliqua à Fleur la situation.

- On était prisonnier au manoir des Malfoy. Harry et les autres sont sur la plage. Je ramène Hermione à l'intérieur.

- Bien sûr, bien sûr! J'arrive tout de suite.

Quelques heures plus tard, las de tout, Hermione était allongée dans une chambre. Fleur avait eu la bonté de lui prêter des vêtements, et de l'aider à se changer, après un bain. Elles avaient été obligées de changer l'eau, deux fois, car celle-ci était devenue tellement sale, teintée d'une couleur entre le brun et le rouge, entre la terre, la crasse et le sang.

Les potions qu'elle avait bues commençaient à faire effet, et la douleur disparaissait peu à peu. Ce qui la traumatisait vraiment, c'était son avant-bras. Elle avait encore mal, et elle savait que la dague que Bellatrix avait utilisée devait être spéciale. La mangemorte n'aurait jamais utilisé un simple objet, moldu qui plus est. La cicatrice était encore présente, rougeoyante, malgré les potions et crèmes que Fleur lui avait passées. Hermione commençait à penser que jamais cette marque ne disparaîtrait. Seul le temps lui dirait.

Le silence qui l'entourait était écrasant. Elle savait que Harry et Ron étaient en train de creuser un trou, près de plage. Ce trou, ça allait être la tombe de Dobby. Harry avait souhaité qu'on lui rende les hommages qui lui étaient dus, et ainsi, son enterrement allait être réalisé dans les règles. La cérémonie allait bientôt débuter, et la jeune femme voulait se trouver avec les autres, en bas, dehors, pour rendre hommage à celui qui les avait sauvés.

Harry était monté lui parler, quand elle s'était rhabillée. Il avait demandé à lui parler, plus tard, mais il fallait que cette discussion ai lieu. Manifestement, c'était assez important. Maintenant au calme, et loin de toute violence, Hermione arrivait mieux à réfléchir. Et par Merlin, sont esprit était plein de diverses réflexions.

La première concernait l'épée. Comment se faisait-il que Bellatrix Lestrange soit la propriétaire ? Certes, ils avaient déjà appris que l'épée avait le pouvoir de détruire les horcruxes, mais la réaction qu'avait eu Bellatrix impliquait autre chose. Cependant, la question demeurait : comment cette épée était apparue ? Hermione s'était déjà posé la question, mais la réponse lui manquait encore.

La deuxième réflexion qu'Hermione se faisait portait sur le fait que Bellatrix pensait qu'ils étaient entrés dans son coffre. Il devait s'y trouver un objet de la plus grande importance, pour qu'elle panique à ce point. Quelque chose d'autre que l'épée, qui appartenait à Lord Voldemort et que sa fidèle devait conserver en sécurité. C'était la seule raison qu'Hermione voyait, à ce moment. Oui, après tout, une arme ou un objet de grande valeur aurait pu être confié à Bellatrix. Un horcruxe ? Peut-être. Rien n'était certain et tout était possible. C'était une mangemorte de la première heure, fanatique, et probablement amoureuse de Voldemort. Et il était également logique qu'elle panique à l'idée que le trio ai pu voler cet objet. Et alors, il fallait à tout prix cacher son échec à son Maître. Tout cela était probable, mais il fallait maintenant exposer sa théorie aux garçons.

La dernière chose à laquelle pensait Hermione, c'était Malfoy. Elle qui trouvait habituellement des réponses plutôt rapidement, son esprit n'arrivait à aucune solution plausible. Il avait fait semblant de ne pas les reconnaître. Hermione savait pertinemment qu'il les avait reconnus, parce que Ron était si unique, avec ses cheveux, que n'importe qui l'ayant cotoyé, même peu de temps, l'aurait identifié. Et puis, il connaissait Hermione. Il savait à quoi elle ressemblait. Par Merlin, il arrivait à la reconnaître de dos ! De nombreuses fois, à Poudlard, il l'avait insulté, de loin, quand il se trouvait derrière elle.

Il avait menti à sa propre famille. Certes, une famille de mangemorts, mais sa famille quand même. Elle devait en discuter avec les garçons. Elle devait prévenir l'Ordre du Phoenix. Severus Rogue était un espion, elle le savait, tout l'ordre le savait. Après tout, les jumeaux ne se faisaient pas prier, quand il s'agissait d'aller espionner les réunions secrètes. Et puis, elle avait croisé son professeur de potion dans les lugubres couloirs du 12 square Grimmaurd. Il devait être mis au courant. C'était primordial. Elle faisait partie des rares à savoir que Rogue était son parrain. Elle l'avait entendu parler avec Sirius. Bon, « parler » était un grand mot, chacune de leur discussion se terminant par des éclats de voix. Bref, il était peut être encore temps de convaincre Malfoy de les rejoindre.

Elle était surprise de le voir rester. Il l'avait regardé souffrir, un air possédé sur le visage. Il semblait tellement perturbé, enragé même, parfois. Ses souvenirs étaient flous, mais elle était surprise du regard fou de douleurs qu'il lui portait. Ses pensées dérivèrent, et elle se demanda si Malfoy avait eu une enfance heureuse. Certes, la demeure était superbe, et Hermione aurait adoré la visiter et l'étudier, dans d'autres circonstances, mais tout était si lugubre ! Etait-ce la bâtisse en elle-même, ou la magie noire qui régnait sur les lieux ? En tout cas, c'était un repère de mangemorts, et elle espérait ne jamais y remettre les pieds.

Elle reconnu les pas lourds de Ron, qui montait les escaliers, suivis de ceux de Fleurs, plus légers. Il toqua à la porte.

- Hermione, c'est l'heure. Harry veut enterrer Dobby maintenant. Tu veux venir ?

- Bien sur que je vais venir, Ron. Juste, Fleur, est-ce que tu aurais quelque chose de chaud que je puisse mettre ? Je n'arrive pas à me réchauffer, alors dehors...

- Oui, oui, Hermione. Je vais chercher une robe de chambre. Je reviens.

La robe de chambre enfilée, Fleur et Ron l'aidèrent à descendre. Ils se dirigèrent tous les trois vers la plage, où Harry souhaitait enterrer Dobby. La cérémonie était émouvante, et l'inscription sur la pierre tombale eut l'effet d'un électrochoc sur Hermione. Voilà pourquoi elle était là, à se battre. Pour la liberté de tous, pour l'égalité. Parce que personne ne valait plus qu'un autre, et que chacun avait le droit dans le respect et la dignité. Et elle allait continuer. Pour la liberté de tous.

Pendant quelques jours, Harry l'ignorait délibérément. Elle savait qu'il s'en voulait, pour la mort de Dobby, et pour ce qu'elle avait vécue. Hermione trouvait cela ridicule. Cette guerre n'était là à cause d'Harry, mais à cause de Voldemort. Certes, être l'amie d'Harry Potter faisait d'elle une cible privilégiée, mais elle l'avait suivi de son plein gré. Personne ne l'avait forcée à être là.

Elle voulait parler aux garçons. Ils devaient lui expliquer ce qu'il s'était passé en bas, dans les cachots, et elle devait leur exposer sa théorie. Enfin, ses théories.

Elle réussit finalement à parler à Harry, un soir, après qu'elle l'ai attendu devant la porte de la salle bain, pendant qu'il prenait sa douche. Et il était clair qu'Hermione n'avait pas du tout aimé la manière dont il l'avait évitée toutes ces longues journées.

- Hermione ! Tu m'as fait peur !

- Ah bon ? Moi, je te fais peur ?

- Et bien... Ecoute, je vais me coucher. A demain ?

Son air hésitant n'aidait en rien à calmer Hermione. Ils devaient parler, ce n'était plus possible. Il fallait avancer, progresser. Ils stagnaient, et les possibilités étaient réduites. Il fallait savoir ce qu'il se trouvait dans le coffre des Lestranges. C'était si facile à dire, mais tellement plus compliqué à planifier ! Tellement d'obstacles, et si peu de marge de manœuvre !

- Non, Harry. On doit parler. Le plus vite possible!

- Hermione... Je sais. Je suis désolé, je t'ai évité un peu, j'avoue.

- Je peux comprendre, tu sais ?

- Oui, oui, je sais. Mais, après ce qu'il s'est passé, j'ai pas envie de te brusquer.

- Me brusquer ? Sérieusement ? Par Merlin ! Je ne suis pas en sucre ! Ecoute, essaie de ne pas y penser. On a autre chose à faire.

- J'en suis conscient, mais j'arrive pas à l'oublier ! Je te promet d'essayer, ok ?

- Ça me va, pour l'instant. Et, j'ai quelque chose à te dire. J'ai trouvé des cheveux sur mes vêtements. Ils sont dans une fiole, dans mon sac. Ils sont à Bellatrix, bouclés et noirs. J'ai préféré les garder, ça peut toujours être utile.

- T'as bien fait. Très bonne idée. Comme toujours, non ?

- Exactement Harry. Comme d'habitude. Je suis Hermione Granger, après tout, non ?

Elle riait doucement. Il savait qu'elle était ironique. Ensemble, ils s'amusaient de la réputation qu'elle avait, « la sorcière la plus intelligente de son âge ». Quand ils étaient encore à Poudlard, pour la flatter, Harry et Ron disaient souvent qu'elle était la sorcière la plus intelligente qu'ils aient jamais rencontrée, peu importe l'âge. Elle était consciente qu'ils en rajoutaient, pour lui faire plaisir, et souvent lorsqu'ils avaient besoin d'aide. C'était une période d'innocence, remplie de petits plaisirs de la vie. Les bon repas, l'odeur des draps propres, les soirées entre filles, les dimanches après-midi dans le parc, le goût douteux des cookies d'Hagrid, tous ces petits bonheurs resteraient des souvenirs incroyables.