NB : Ce qui est en italique, à part les titres, a été pris directement dans les livres, donc appartient à JRR Tolkien…

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Chapitre 4 : Le début d'un nouveau cycle

Minas Tirith, aube du 1er mai

Le bruit des cloches de la ville sonnant à toute volée réveille Eldarion. Le jour est presque levé, éclairant de sa lumière pâle la ville de Minas Tirith…

Le prince se lève, approche de sa fenêtre et reste un long moment à regarder la ville qui s'étend en dessous de lui. Soudain, les premiers rayons du soleil font leur apparition, donnant à la ville blanche des teintes sang et rose s'ajoutant aux couleurs vives des bannières flottant dans le vent.

Se détournant de la fenêtre, le regard d'Eldarion tombe sur son costume de cérémonie préparé soigneusement sur une chaise. Tout à l'heure, il accompagnera son père, et se sent mal à l'aise rien qu'à cette idée, mais il ne veut pas qu'on dise de lui qu'il est couard. Il fait sa toilette et enfile lentement ses vêtements de velours noir et argent. Les sept étoiles brodées sur sa tunique brillent car Eladiel y a ajouté des gemmes, et elle a brodé la couronne qui les surmonte de fils d'argent. Il se regarde ensuite dans le miroir : avec ses cheveux bruns mi-longs qui frisent sur ses épaules, ses yeux bleus, il ressemble à son père de façon frappante, tel que sa mère l'a rencontré il y a bien longtemps, dans le jardin de Rivendell…

Eldarion s'approche alors de la fenêtre et regarde pensivement vers l'Ithilien…sa mère lui a dit la veille qu'il ouvrirait le bal avec Eolain d'Ithilien, ce qui l'a plongé à la fois dans le plus grand ravissement mais aussi dans la plus grande panique. Ravissement, parce qu'il déborde de joie à l'idée de la revoir, panique parce qu'il ne veut pas démériter à ses yeux, il ne danse pas très bien et il le sait. Comment aussi lui faire comprendre qu'il l'aime sans avoir à le lui dire, car cette simple perspective le rend malade ?

Il serre les poings : comment être un prince digne quand on n'est même pas capable de dire à la dame de ses pensées ses sentiments ? Cela lui semble absolument insurmontable, et il se demande comment son père, assez réservé, a bien pu réussir à le faire…il retourne à son lit, s'y laisse tomber et reste là dans la position du penseur, perdu dans ses pensées qui se bousculent dans sa tête…

            Elessar, aidé de son valet, met la dernière main à sa tenue royale, exactement la même que celle qu'il portait dix-neuf ans auparavant. N'y manque que la couronne, et Anduril, qui sera apportée pendant la cérémonie. Son manteau bleu foncé muni d'un galon argenté attend sur une chaise d'être posé sur ses épaules, ainsi que les pièces d'armures, qui seront mises juste avant la cérémonie.

Entre alors Arwen, magnifique dans sa robe bleue et argent. Elle porte certains des joyaux qui appartiennent à la famille de Gondor depuis des temps immémoriaux, et elle non plus n'a pas encore sa couronne royale…

Elessar se retourne, l'embrasse et demande :

« Tout le monde est prêt ? »

Arwen secoue la tête :

« Non, pas encore, il est encore tôt et je viens de réveiller les filles, Eldarion est déjà lev »

Soudain Elessar réalise qu'il est seulement sept heures du matin et que les cérémonies ne commenceront pas avant onze heures. Arwen sourit légèrement et dit :

« Tu es nerveux, mon cher époux, calme-toi…va prendre un petit déjeuner, tu en as besoin. »

Mais Elessar n'a pas faim, il se sent revenu dix-neuf ans plus tôt…il était pareillement nerveux, et faisait les cent pas dans son appartement sous l'œil goguenard de Gandalf mais, une fois la cérémonie de couronnement commencée, il s'était senti calme, désincarné et si posé, comme si l'esprit des grands rois de jadis avait soudain investi son corps. Ce sera sans doute pareil cette fois…

Son regard tombe alors sur la couronne de prince héritier toujours posée sur son coussin de velours rouge, qu'il posera tout à l'heure sur la tête d'Eldarion, avant la cérémonie, le consacrant ainsi officiellement aux yeux de tous comme son héritier. Ce genre de cérémonie est d'ordinaire public, mais il n'a pas envie d'en rajouter à la nervosité de son fils…

Sans conviction, il mange le petit déjeuner que l'on vient de lui amener, plongé dans ses pensées…

Dans la pièce commune des princesses, une effervescence extraordinaire règne. Arwen tente d'y mettre bon ordre, du mieux qu'elle peut vu que ses filles sont gagnées par l'excitation et donc plus ou moins incontrôlables. Eladiel, déjà prête, aide Elsea à enfiler sa robe alors qu'Eowyn en est encore à choisir soigneusement ses bijoux,  et Elya peste contre les plis de sa robe qui ne retombent pas comme elle le veut…

Sur une table, les quatre couronnes sont posées sur des coussins de velours rouges, attendant leurs royales porteuses fort occupées à se rendre présentables. Toutes ont leurs robes de cérémonies noir et argent en velours, réservées à ce genre de cérémonies, et arborent leur médaillon frappé des armes de la famille Telcontar (='Grands-Pas' en Haute Langue. Nom donné par Aragorn à sa lignée en souvenir de son passé de Ranger) de Gondor, l'arbre et les sept étoiles. Dans cette tenue presque identique, les princesses se ressemblent toutes, et ont une prestance inégalable qui rappelle quelque peu leurs ascendandes elfiques. Lorsqu'elles sont toutes enfin prêtes, Arwen les fait ranger devant elle en ordre d'âge, puis pose les couronnes correspondantes sur les têtes de chacune de ses filles. Toutes sont des objets précieux qui datent de temps reculés, certains disent de Numénor même, amenées par Elendil…

Arwen regarde alors ses filles et dit :

« Je suis fière de vous, vous honorez votre père… »

Les princesses savaient qu'elles devraient, en public, s'adresser à leurs parents en les vouvoyant, mais Arwen le leur rappela dans le petit discours récapitulatif qu'elle leur fit ensuite, mieux valait prévenir que guérir.

Laissant là ses filles, Arwen s'en va frapper doucement à la porte de son fils. Quand elle entre, Eldarion est assis près de la fenêtre, l'air préoccupé et grave, comme miné par les responsabilités. Eärendil, son épée elfique, pend à son côté.

Arwen s'approche doucement de lui, et lui demande :

« Es-tu prêt, Eldarion ? »

L'adolescent tourne la tête vers sa mère, et hoche la tête. Arwen l'embrasse alors sur le front et dit :

« Tout se passera bien… »

On frappe alors à la porte, et entre Elessar, apportant la couronne de prince héritier. Arwen s'éclipse discrètement, ce qui va se passer là doit se faire uniquement entre le père et le fils…

Elessar pose le coussin rouge sur une table pendant qu'Eldarion s'incline, comme il sera désormais censé le faire, puis il dit :

« A genoux, mon fils… »

De plus en plus surpris, Eldarion s'exécute. Le roi prend alors la couronne ancienne en main et la pose sur la tête de son fils en disant en Haute Langue :

« En ce jour je te déclare, toi mon fils Eldarion Arathorn Elrond, issu de mon sang et de ma lignée, comme mon héritier légitime, issu de la lignée de Valandil et qui règnera après moi sur les royaumes réunis de Gondor et d'Arnor… »

Eldarion reste coi, sous le choc, puis ose timidement relever la tête. Son père lui sourit de façon bienveillante et lui tend la main :

« Allons, debout, Eldarion… »

L'adolescent, s'efforçant de conserver la tête bien droite, demande alors :

« Mais, père…cette cérémonie ne se fait-elle pas en public normalement ? Et pourquoi l'avoir faite alors que vous m'aviez déjà déclaré votre héritier officiellement ?»

Elessar rit alors de bon cœur et répond :

« Justement…tu es assez nerveux comme cela, il me semble, je ne pense pas que tu aurais apprécié si je l'avais fait devant tous. Mais chacun comprendra le sens de la couronne que tu portes sur ta tête, mon fils, et cela viendra confirmer l'annonce officielle. Viens maintenant… »

Et tous deux sortent…

            Eomer, roi de Rohan, finit de s'apprêter dans ses appartements, la cérémonie commencera maintenant dans moins d'une heure. Lothiriel, son épouse, met elle aussi la dernière main à sa tenue royale.

Il demande alors à son épouse, alors qu'il ajuste sa tunique de velours rouge et noire brodée du cheval courant de la maison d'Eorl :

« Où est Elfwine ? Je ne l'ai pas encore vu, ce matin… »

Lothiriel lui répond, finissant d'arranger sa couronne sur sa tête :

« Il était prêt et commençait à s'agiter, je l'ai envoyé attendre ses cousins, ils ne devraient plus tarder à arriver maintenant… »

Elfwine est le seul enfant du couple royal de Rohan, il a treize ans et Eomer ne s'étonnerait guère que son chenapan de fils n'ait profité de la liberté accordée par sa mère pour aller essayer de rejoindre les princesses royales. Il sourit doucement, mais se promet de le reprimander sévèrement s'il apprend la moindre mauvaise action de sa part. Elfwine doit apprendre à se conduire dignement, comme le prince héritier qu'il est, il en a l'âge…

Eomer pose sa couronne sur ses cheveux blonds, puis se lève. Lothiriel l'observe avec de l'admiration dans les yeux et dit :

« Tu éclipseras le Roi de Gondor ainsi, mon époux… »

Eomer rit et répond :

« Oh non, je ne le pense pas, je n'en aurais nulle envie, d'ailleurs…lui et moi nous connaissons depuis tellement de temps que je ne pourrais le faire sans me sentir mal à l'aise. »

« Vingt ans, déj », se dit-il rêveusement. Déjà vingt ans qu'ils ont combattu côte à côte, qu'ils ont été couronnés rois dans des circonstances douloureuses…tous deux ont entretenu des relations de franche amitié pendant tout ce temps, maintenant les relations diplomatiques entre le Rohan et le Gondor dans le meilleur état qu'elles eussent jamais été. Son union avec une princesse de Dol Amroth, Lothiriel, y avait aussi contribué. Ils s'étaient rencontrés lors des épousailles de Faramir et d'Eowyn, et le roi de Rohan avait été immédiatement conquis par les yeux noisette et les cheveux châtains, ainsi que par le caractère bien trempé de la jeune princesse de Dol Amroth. Décider Imrahil de la lui donner comme épouse avait été quelque peu difficile, mais il avait résisté et tenu bon pendant un an avant que Lothiriel ne puisse enfin devenir son épouse officielle et l'heureuse reine de Rohan.

Il embrassa son épouse et dit :

« Allons-y, il va être temps… »

Faramir vient d'arriver d'Ithilien avec toute sa famille, à l'exception de Boromir Eomer, trop jeune encore pour assister à la cérémonie. Il porte son armure de cérémonie, tient sa verge blanche, insigne de sa charge, en main, et toute sa famille a revêtu ses atours cérémoniels. Eowyn porte une robe bleue qui met en valeur sa peau blanche et ses cheveux blonds, et arbore le diadème de princesse de Rohan, cadeau de la reine Arwen pour son mariage, ainsi que quelques bijoux, pour la plupart cadeaux de son époux à la naissance des enfants mais aussi héritage de sa famille. A côté d'elle, Aragorn Theoden a discipliné ses mèches châtaines si souvent en désordre, est vêtu lui aussi d'une tunique de velours et porte son médaillon aux armes de la maison d'Ithilien. Puis viennent les deux filles, Eolain et Arwen. Si Arwen est belle et élégante, dans sa robe de cendal blanc et son collier de turquoises ainsi que son petit diadème qui maintient ses cheveux châtains en place, Eolain est franchement éblouissante, éthérée comme une apparition dans sa robe blanche seulement agrémentée de quelques dentelles. Elle aussi porte un petit diadème qui maintient ses cheveux, mais n'a pas voulu de bijou à l'exception de son médaillon de famille…et pourtant, dans cette simple vêture, elle éclipse sa sœur. Faramir, en la voyant sortir de sa chambre un peu plus tôt, a cru revoir sa mère autrefois…il s'est approché d'elle, et l'a embrassé sur le front sans dire un mot, juste avec un sourire…

Soudain, un cri :

« Tante Eowyn ! Oncle Faramir ! »

Les deux intéressés se retournent, et reconnaissent leur neveu, Elfwine de Rohan, dont l'arrivée provoque des sourires sur les visages guindés et sérieux des enfants.

Tous se saluent, et Eowyn demande :

« Tes parents ne sont-ils pas l ? »

Mais c'est la voix gaie d'Eomer qui répond :

« Je suis là, chère sœur… »

Il salue son beau-frère et embrasse sa sœur ainsi que ses neveux et nièces, puis il dit :

« Vous arrivez juste à temps, la cérémonie va commencer dans un quart d'heure… »

Un autre cri, cette fois d'une voix adulte, vient alors de l'autre bout du couloir :

« Faramir ! Je suis si content ! »

L'intéressé se retourne, et reconnaît immédiatement, dans sa tenue de la Garde de la Citadelle, Peregrin Touque. A côté de lui, Meriadoc Brandebouc, dans sa tenue de Grand Ecuyer de Rohan, et, derrière eux, Frodo Gardner, le fils aîné de Samwise Gamegie, adolescent timide qui n'ose dire un mot en la présence d'une si brillante compagnie.

L'Intendant sourit et dit :

« Quelle surprise ! J'ignorais si vous viendriez finalement… »

Pippin répond de son ton gouailleur :

« Je n'aurais manqué cela pour rien au monde… »

Merry salue courtoisement Eowyn ainsi que toute l'assemblée et dit :

« Il n'est pas temps pour les présentations, messeigneurs, ou nous serons en retard… »

Eomer acquiesce, et tous se mettent en route pour l'esplanade où aura lieu la cérémonie…

La cérémonie

Sur l'esplanade, près du Rath Dinen, la foule venue de tout le Gondor s'est rassemblée, et les hérauts attendent de clamer la venue de la famille royale et des invités de marque.

Six trônes royaux ont été installés, chacun comportant une bannière : le cygne bleu de Dol Amroth, le cheval courant sur fond vert et blanc du Rohan, et l'arbre blanc, la couronne et les sept étoiles pour le Gondor.

Dans la salle qui jouxte, Elessar attend, avec sa famille et Imrahil de Dol Amroth, il n'est pas encore l'heure. Entrent alors le reste de ses invités de marque, accompagnés de Legolas et Gimli.

La gorge nouée, Eolain s'installe derrière la traîne de la reine, avec les deux jumelles et Ayaelas de Dol Amroth. Faramir, lui, se prépare à sortir pour annoncer le roi, comme il fait partir de ses attributions de le faire. L'Intendant est habillé du costume qu'il portait lors du couronnement, une armure de cérémonie sur laquelle est posée un manteau de velours bleu nuit pourvu d'un galon.

Eolain se concentre, ne faisant nulle attention à Eldarion et tentant désespérément d'oublier sa présence. Eldarion ne fait pas non plus attention à elle, même s'il l'a vue et que cela lui a fait un coup au cœur, il se concentre lui aussi sur tout ce qu'il a à faire.

Entrent alors les invités de marque, et les hérauts clament :

« Legolas, prince de la Forêt Noire ! Gimli fils de Gloin, prince des Nains ! Meriadoc Brandebouc, Grand Ecuyer de Rohan ! Peregrin Touque, Garde de la Citadelle et Ami du Roi ! Elladan et Elrohir, princes de Rivendell !»

Puis ensuite les princes et rois :

« Sa Majesté Eomer, Roi de Rohan et de la Marche, Sa Majesté Lothiriel, Reine de Rohan! Son Altesse Imrahil, prince de Dol Amroth ! Son Altesse la princesse Eowyn d'Ithilien !»

Et la famille royale :

« Sa Majesté la reine Arwen, Leurs Altesses Royales les princesses Eladiel Undomiel, Eowyn Gilraen, Elsea Celebrian et Elya Galadriel ! »

Alors Faramir entra et annonça de sa voix claire :

« Hommes de Gondor ! Voici Aragorn fils d'Arathorn, chef des Dunedain d'Arnor, Capitaine de l'armée de l'Ouest, Porteur de l'Etoile du Nord, manieur de l'Epée Reforgée Anduril, dont les mains apportent la guérison, la Pierre Elfique, Elessar de la lignée de Valandil, fils d'Isildur, fils d'Elendil de Numenor… »

Aragorn s'avance alors, suivi d'Eldarion, sous la clameur de la foule…il met sa main sur l'épaule de son fils et dit :

« Peuple de Gondor ! En ce jour festif je consacre mon fils et héritier légitime Eldarion comme prince héritier, qu'il soit après moi l'Héritier d'Isildur, roi de Gondor et d'Arnor ! »

Une clameur s'élève alors, encore plus forte que la précédente, prouvant à quel point le prince est apprécié dans la cité. Elessar regarde son fils, qui tente de sourire et sourit lui-même…

S'avance alors à son côté la reine Arwen, et Eolain fait bien attention de ne pas trébucher en portant la traîne en tissu si lourd. Eladiel, aidée de son frère qui tremble légèrement, élève l'eau sacrée et la verse sur les mains de ses parents, qu'on essuie ensuite avec des linges rituels soigneusement brodés.

Elessar prend alors, sur le coussin où elle repose, la couronne de reine, et la pose sur la tête d'Arwen, agenouillée devant lui, comme il l'a fait le jour de ses épousailles. Les princesses et Eldarion font alors la révérence devant leur mère, signe de leur dévouement et de leur amour pour elle.

Elessar fait alors face à tous, et, élevant la couronne royale de Gondor, il chante :

« Et Eärello Endorenna utulien. Sinoma Maruvan ar Hildinyan tenn'Ambar-metta ! »

Ces mots qu'il a prononcés le jour de son couronnement sont ceux d'Elendil quand il vint se fixer en Gondor, ils signifient : « De la Grande Mer en Terre du Milieu, je suis venu. En ce lieu, je me fixerai moi et mes héritiers, jusqu'à la fin du monde… »

Il regarde autour de lui, et fait signe à ses enfants de venir, puis il dit :

« Voici mes héritiers, je vous les confie, à vous Hommes et Femmes du Gondor, ainsi que mon épouse bien-aimée, qu'ils trouvent aide et soutien auprès de vous le jour où le crépuscule viendra pour moi. »

Puis il pose la couronne sur sa tête. Rituellement, Faramir dit les mots qui furent prononcés par Gandalf le jour du couronnement :

« Maintenant viennent les jours du Roi et puissent-ils être bénis tant que dureront les trônes du Valar ! »

Eldarion apporte alors le sceptre d'Annuminas, Eladiel Anduril et Elsea l'anneau de Barahir, posés sur des coussins de velours. La princesse aînée s'incline devant son père, sourit et lui tend le sceptre, Elsea passe l'anneau au doigt de son père et, en dernier, arrive Eldarion qui lui ceint l'épée Reforgée.

Faramir s'écrie alors rituellement :

« Voici le Roi ! »

Les trompettes sonnent, et tous s'inclinent devant Elessar, y compris la famille royale. Puis une grande clameur monte de la cité, et les Hommes acclament leur roi qui les défendit et les défend encore au péril de sa vie tout en les dirigeant avec sagesse et discernement. Derrière lui, Eldarion se tient droit, aussi digne qu'il le peut et il regarde le peuple, ce peuple qu'il devra lui aussi diriger et défendre…il sent tout l'amour qui s'exhale d'eux, tout le respect qu'ils ont envers leur souverain, et il prend la ferme résolution d'être un dirigeant juste et magnanime envers lui…

            Tous les invités de marque se retirent maintenant pour festoyer, mais le peuple n'est pas oublié et des quartiers de viande rôtissent déjà dans la ville pour le régaler. Le roi réunit alors ses enfants autour de lui et leur dit :

« Vous avez été formidables, tous, et je suis fier de vous… »

Et il posa la main sur l'épaule des jumelles, indiquant par là qu'il était particulièrement fier d'elles qui s'étaient bien comportées.

Puis son père s'approcha d'Eldarion, et lui dit :

« Tu vois, tout s'est bien passé, tu n'avais pas à t'inquiéter… »

Mais il n'en dit pas plus, ce n'est ni l'endroit ni le moment…de plus, on les attend dans la salle de banquet.

Mais Eldarion est nerveux. Il est de tradition que le prince héritier ouvre le bal juste après ses parents, mais il ne danse pas bien, malgré les efforts d'un professeur qui lui a donné quelques cours. Il a aussi peur de perdre ses moyens, Eolain est si belle, mais c'est surtout la peur d'être ridicule devant elle qui le paralyse…

Soudain, sa couronne se fait plus lourde, comme elle voulait lui rappeler son devoir de prince, mais ce n'est en fait que la fatigue de cette longue journée…il porte la main à son front, et soupire.

Il redresse encore la tête, et son regard tombe sur Eolain, en face de lui. Eolain l'a vu elle aussi, et elle rougit, au grand amusement de sa mère. Son père aussi a remarqué le regard d'Eldarion, mais il feint de n'en avoir rien vu, ayant conscience d'avoir été un père abusif ces derniers temps…cependant, il surveille tout de même sa fille du coin de l'œil.

L'échange de regards n'a pas non plus échappé à Arwen, qui feint de n'en avoir rien vu également, Eldarion doit se débrouiller seul pour ça…

La salle de banquet résonne joyeusement des chants, de la musique et de la discussion…Elfwine de Rohan s'entretient avec Elya, qui rit joyeusement de ses blagues, Eladiel parle en elfique avec ses oncles, Elsea et Eowyn parlent chiffons avec Arwen d'Ithilien. Au dessus de tout cela, la grosse voix de Gimli et son rire tonitruant résonnent alors qu'il raconte quelques-unes des aventures qui lui sont arrivées au cours de ces longues années qu'il a passées à parcourir la Terre du Milieu avec son ami Legolas. Eomer et Elessar s'entretiennent ensemble, et Arwen est ravie de pouvoir parler elfique et avoir des nouvelles par l'intermédiaire de Legolas. Lothiriel et Eowyn s'entretiennent ensemble également…

Mais Eldarion est seul, plongé dans ses pensées, comme étranger à tout ce qui se passe autour de lui. En ce jour de liesse, il est le seul à être grave…Eolain aussi est grave, et elle feint de s'intéresser à la conversation de sa sœur avec les princesses royales pour se donner une contenance et oublier sa présence, elle n'est que trop consciente de la présence du prince et de l'effet qu'il produit sur elle. Mais elle n'y peut rien, tout cela est arrivé sans qu'elle le veuille, qu'elle y soit préparée, elle a senti son regard sur elle tout à l'heure, comme si une douce chaleur se diffusait dans tout son corps, mais elle ignore comment réagir, ce qui la panique un peu. De plus, tout à l'heure, elle devra danser avec lui devant tous, ce qui la panique encore plus…comment y arrivera-t-elle ? Elle aussi a eu des cours, mais elle est loin d'être une bonne danseuse, et elle craint par-dessus tout qu'il se moque d'elle, elle ne le supporterait pas…

Merry et Pippin ont remarqué le trouble du jeune prince, et Merry dit à son compère :

« Eh, ce petit-là est triste ou je ne m'y connais pas… il faut le distraire, vite ! »

Merry attrape Frodo qui se trouve là et l'emmène manu militari au prince. L'adolescent, impressionné, s'incline mais Eldarion, touché de sa timidité, le relève et lui dit :

« Venez vous asseoir près de moi, vous me parlerez de la Comt »

Bientôt, une conversation animée se déroule entre les deux adolescents, Eldarion ayant toujours été curieux de nature, et il se fait aussi un plaisir de répondre aux questions de Frodo sur les coutumes de Gondor.

L'après-midi passe ainsi, et arrive le soir, où un ménestrel vient chanter les exploits éternels des grands rois de jadis, ainsi que ceux d'Elessar qui alla jusqu'à la Porte Noire et contribua à défaire Sauron. Malgré l'intérêt qu'il porte à sa conversation avec Frodo Gardner, Eldarion se sent de nouveau nerveux, et l'est encore plus quand l'orchestre commence à jouer, annonçant que le bal va être ouvert…

Elessar se lève alors et, en souriant, tend sa main à Arwen qui la prend et se lève aussi, puis il la conduit au centre de la pièce et, au son de l'orchestre, commence à danser. Eldarion sait que ce sera bientôt à lui, aussi se concentre-t-il…

De son côté, Eolain en fait autant, mais seul le tremblement de ses mains trahit son anxiété. Au moment voulu, Eldarion se lève, fait lentement le tour de la table et vient s'incliner très poliment en souriant devant Eolain, soudain tétanisée. Respectant la tradition, elle met sa main dans la sienne et le suit, les jambes légèrement flageolantes…Eldarion, soudain assez sûr de lui, l'emmène au centre de la pièce et commence à suivre la musique. Il sent Eolain agitée, et lui dit doucement, en plongeant ses yeux dans les siens et en faisant tous les efforts possibles pour dissimuler ce qu'il ressent vraiment :

« Tout va bien aller… »

Comme il aimerait s'en convaincre lui-même ! Mais il veut éviter de paniquer pour éviter qu'Eolain le soit aussi, il sait qu'il est de sa responsabilité que tout se passe bien. Il n'ose pas non plus resserrer son étreinte, de peur de l'effrayer, mais elle semble se calmer, lève la tête et son regard gris rencontre le sien. Eldarion, conquis par ce regard qui a hanté dernièrement ses rêves, a le souffle coupé mais continue tout de même à danser, il en va de leur réputation…Eolain sait qu'elle devrait baisser les yeux, mais elle ne peut les enlever du regard bleu sombre du jeune prince, plein de bonté et de gentillesse envers elle.

Elle se détend, et il sent son corps s'amollir sous sa main, ce qui a pour effet de lui faire bouillir le sang, mais il se contrôle, ce n'est pas l'endroit ni le moment, surtout sous les yeux de tous ! Pourtant, tous deux restent là, les yeux dans les yeux, ayant presque oublié tous ceux qui les entourent.

Eolain, surprise par la bonté du prince, se sent étrangement calmée, désincarnée, elle ne sait pourquoi. La main d'Eldarion sur le bas de son dos lui fait aussi un drôle d'effet, qu'elle ne sait vraiment à quoi attribuer mais elle est sûre d'une chose : elle se sent bien entre ses bras…soudain rembrunie, elle n'ose pousser plus loin sa réflexion.

La valse s'achève, et le prince, en s'inclinant, libère sa cavalière en disant :

« Je suis ravi d'avoir dansé avec vous, vous êtes une bonne danseuse… »

Devant un mensonge aussi évident, Eolain ne peut s'empêcher de rire et, faisant soudain une révérence sous le regard étonné d'Eldarion, dit alors :

« Je vous devais cette révérence depuis que nous avions été fait prisonniers par les brigands, Altesse… et je ne suis pas une bonne danseuse.»

Eldarion rit alors franchement, et dit :

« Je ne l'attendais pas…mais moi je trouve que vous dansez bien. »

Eolain le regarde, mais se sent de plus en plus mal, ne parvenant plus à dissimuler ses tremblements nerveux, signal que ses muscles tendus à l'extrême ne peuvent plus soutenir cette tension. Elle fait une révérence, bredouille :

« Si vous voulez bien m'excuser… »

Et court vers le balcon le plus proche en quête d'air frais. Eldarion, inquiet, la suit et la trouve à genoux, pleurant à fendre l'âme, ne supportant plus la tension qu'elle s'impose pour rester calme et posée. N'écoutant que son cœur, il s'agenouille près d'elle et demande :

« Qu'avez-vous ? Est-ce moi qui vous ai fait de la peine ? »

Son cœur se brise à cette idée…mais Eolain renifle, et lève les yeux vers lui sans dire un mot, en secouant juste la tête…Eldarion plonge alors de nouveau les yeux dans son regard gris triste et résigné, et, doucement, pose ses lèvres sur les siennes, mû par le désir de sécher ses larmes. Eolain le regarde, ses yeux encore humides exprimant enfin ses vrais sentiments, sans qu'elle puisse rien y faire. Eldarion s'écarte alors d'elle et dit :

« Je…euh…je vous prie de m'excuser, je ne voulais pas…euh… »

Et il lui tend la main pour l'aider à se relever, puis rentre précipitamment dans la pièce de bal, rougissant et gêné. Eolain reste seule sous le ciel étoilé, le sourire revenu sur son visage, son cœur prêt à éclater et indifférente pendant que la fête se poursuit à l'intérieur…

A suivre…