Et maintenant, le troisième chapitre !
A l'aube, alors que le soleil automnal s'extirpait difficilement de l'horizon, les bruits furtifs et mystérieux de la nuit s'évanouirent pour céder leur place à ceux du jour, plus vifs et percutants. Les chardonnerets furent les premiers à se manifester avec leurs chants discordants et rythmés, suivirent les aigrettes tout justes sorties de leur nid dans un croassement rauque, puis peu à peu, les cerfs, blaireaux, tous, vinrent reprendre possession des illustres forêts.
Plus discrets et furtifs, les pillywiggins* batifolèrent de plantes en plantes, récoltant la divine rosée tant attendue, tandis qu'un twrsh trwyth* retournait de la terre avec véhémence à la recherche de quelques odeurs alléchantes.
Au milieu de cet éveil général cadencé par une musique propre à chacun, une silhouette silencieuse s'hasarda sans but précis.
La peau rugueuse et cornée de ses pieds effleura à peine la mousse touffue des racines s'échappant de la terre. Son passage n'affectait en rien l'harmonisation générale du lieu. Les feuilles d'automne périssant sur le sol ne frémirent pas sous ses pas, les escargots venus profiter de l'humidité environnante ne cherchèrent point à se camoufler. En vérité, ni la faune, ni la flore ne tint rigueur aux déambulations clandestines du vieil homme.
Si certains notèrent sa présence, nul ne parut perturbé par cette apparition humaine. Au contraire, tous semblaient habitués aux promenades régulières de celui qu'on appelait Dagda, Derw ou encore Wyltt. Il n'était pas inaccoutumé de croiser sa route au détour d'un if ou d'un cyprès et ses interventions s'accordaient tellement avec celles des autres occupants des lieux que ses venues demeuraient aussi invisibles que celles des Tylwyth Teg*. Et toutes aussi mystérieuses...
Stoppant un instant sa marche, le druide contempla l'ossature dénudée des arbres s'affaiblissant face à l'approche du grand froid. Et bien que les couleurs rougeoyantes des quelques rares feuilles encore survivantes viennent égayer l'ensemble, les branches longilignes s'apparentaient plus à des squelettes vacillants sous le vent.
Le rude hiver n'avait pas encore déposé son épais manteau givré mais déjà l'atmosphère se préparait à cette période austère et difficile. Si pour l'heure, les mélodies des oiseaux persistaient, il en serait bientôt fini de cette douce insouciance. D'ailleurs peut-être était-ce pour cette raison que l'automne offrait tant de couleurs, d'odeurs et d'éléments stimulants pour les sens. Avant que le long sommeil qui allait suivre s'abatte sur eux.
Pourtant, il était infondé de croire que Celyddon* s'endorme lors de ces longues ères frileuses. Bien que la forêt perde peu à peu ses plus beaux apparats, une ambiance valeureuse gagnait ses racines solidement ancrées au sol. L'armature de ses arbres et arbustes avait beau se désemplumer irrévocablement, la sève ne disparaissait pas et se concentrait inlassablement dans le ventre subreptice de ses souterrains.
Abandonnant une partie de soi pour mieux contrer la puissance des intempéries.
Cet état quelque peu catatonique ne se résumait pas à un simple assoupissement, mais offrait un véritable combat pour la survie. Un duel acharné opposant la rigueur atmosphérique et la persistance de tout être vivant. Une lutte sans merci qui obligeait les deux adversaires à déployer toute leur vigueur et leur volonté.
Certaines rumeurs se plaisaient à supposer que la présence de Wyltt nourrissait cette énergie, prodiguant à Celyddon force et entrain. Peu savait qu'en vérité c'était tout le contraire.
Lors de cette saison figée, et parfois même meurtrière, le vieil homme prenait toute la mesure de la grandeur et du pouvoir qu'abritaient ces bois. Il réalisait combien, dans les moments difficiles, la nature excellait dans l'art de contourner les lois, de bafouer les règles universelles et de démontrer toute sa capacité à affronter le pire. Et pour le shaman, là était toute la beauté de la chose. Là était la source même de la magie.
Nul ne connaissait vraiment les liens étroits qui unissaient cette science mystérieuse et les sacerdoces, mais tous supposaient que la flore n'y était pas étrangère.
Tout comme la faune.
Comme si leur manière de vivre et de s'acclimater au monde offrait de toutes autres perspectives et mettait en lumière des vérités jusque-là secrètes.
De nombreux hommes et femmes tentaient d'arpenter cette voie fragile et déséquilibrée, se targuant d'être Dagda ou Bansidh*, mais rares étaient les élus qui trouvaient réellement cette corrélation dite onirique et spirituelle.
Myrddin, lui-même, ignorait quel parcours l'avait guidé vers cette symbiose peu commune et vers cet isolement dont il était l'objet. Il sillonnait toujours à tâtons ce dessein singulier, apprenant et découvrant continuellement de nouveaux aspects dans cette discipline. Discipline qu'il n'avait pas choisie, mais qui s'était présentée à lui comme une évidence.
Et ce, dès les premières lueurs de son existence.
Petite halte en forêt -préparez-vous, vous allez en bouffer de la forêt- où Myrddin alias Merlin déambule d'un air rêveur. Quelques petits clins d'œil à la magie, et particulièrement à nos amis les animaux. Plutôt que de partir sur ceux inventés par notre chère JKR, j'ai décidé de me pencher sur les contes et légendes urbaines de la culture celtique. En découvrant certaine 'espèce', j'ai réalisé que des points de similitudes pouvaient être donnés avec les animaux fantastiques présents dans l'oeuvre de JKR.
Inspiration, coïncidence ? M'est avis que c'est un peu des deux.
Ci-dessous, de petites informations sur ces créatures celtiques. Pour plus d'information, je vous invite à utiliser la magie d'internet pour obtenir une idée visuelle plus approfondie. Certains referont peut-être surface dans l'histoire, d'autres non...
Pillywiggins : minuscules fées gardiennes de la flore, connues du folklore anglais et représentées avec des antennes et des ailes de papillon ou de libellule -proches des Billywigs de JKR.
Twrsh Trwyth : sanglier blanc, connu des légendes galloises pour ses propriétés magiques et sa peau empoisonnée
Tylwyth Teg : peuple surnaturel lié à la mythologie celtique -proches des Elfes de Tolkien
Celyddon : dense forêt primitive d'Ecosse et ancien nom de la forêt Calédonienne, celydd signifiant 'lieu couvert'
Bansidh : messagère de(s) dieu(x), Sidh signifiant 'l'Autre-Monde' / féminin de Dagda
