Mercredi 4 Septembre
Rien de tel qu'une bonne nuit de sommeil pour prendre une bonne vengeance. Il est hors de question que je me laisse faire toute l'année par des oreillers enragés. On ne s'attaque pas à Molly Weasley sans conséquences. Je me suis levée encore plus tôt que d'habitude pour mettre en place mon plan. Hier, avant d'aller dormir, j'ai piqué dans le dortoir des premières années des oreillers. Oh, elles se débrouilleront bien, elles sont grandes, ces petites. D'un coup de baguette, j'ensorcelle les coussins et je soupire de bonheur, ma vengeance va enfin être accomplie.
Pouf. Splash. Pif. Paf.
Une telle mélodie mêlée à des cris de surprise et d'angoisse. Mes amies regrettent déjà de m'avoir fait ce qu'elles ont fait hier, je le sais. Pendant qu'elle se débattent et se plaignent, je sors discrètement de la chambre avec un sourire machiavélique.
En descendant dans la salle commune, je fais bien attention où je mets les pieds, pas question de me ridiculiser un peu plus. Je dois inspirer le respect, même si le destin me maltraite, je trouverais un moyen pour y arriver. C'est le principal objectif de ma journée.
Je vais prendre dignement mon petit-déjeuner. Seule parce que mes amis, soit ils dorment, soit ils sont vexés de ce réveil un peu brutal. Roxanne et Johanna se sont installées à l'autre bout de la table, ça m'amuse de les voir ruminer ainsi. Elles ressentent enfin ce que je vis chaque matin depuis des années.
Au bout d'un moment d'ennui assez extrême à tourner mon thé dans mon bol, un groupe de première année me distrait et investit les places à côté de moi. Elles n'ont peur de rien, des vraies Gryffondor. Je ne peux de ce fait pas m'empêcher d'écouter la conversation de mini-blondinette et tout le petit groupe de petite taille.
« J'ai vraiment mal dormi cette nuit, je suis sûre que ce sont les garçons qui ont volés nos oreillers ! Ils sont vraiment trop méchants, s'exclame l'une d'entre elle.
– Ils vont le regretter, on va leur faire payer !
– Regardez, il y en a justement un, là ! Venez, il faut qu'on aille récupérer nos oreillers. »
Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire relativement peu discrètement. Elles parlent de moi. J'affiche un petit rictus mi-moqueur, mi-fier. Une des filles, pas la blondinette, elle n'oserait pas, non c'est la brune farouche qui se tourne vers moi en fronçant les sourcils :
« Euh, c'est pas parce que tu es grande que tu peux te moquer de nous, tu sais ? »
Les jeunes de nos jours, ils se permettent vraiment tout. Je ne suis pas que grande, je suis aussi Préfète-en-chef. Brune-farouche risque de regretter amèrement ce qu'elle vient de me dire d'un ton insolent. Je prends un regard supérieur, un de ceux de ma collection Intimidation. Je lui réponds, faussement très agacée alors que je suis morte de rire à l'intérieur :
« Non mais ça va pas, j'ai rien fait. Et je te le dis tout de suite, c'est pas parce que tu es petite que tu peux te permettre de me parler comme ça. Je te signale qu'il m'arrive de coller autant les premières années que les autres. »
Là, la brune farouche me lance un regard sceptique, j'aurais peut-être dû mettre plus en évidence mon insigne de Préfète-en-chef. Je le fais légèrement miroiter à la lumière de ses yeux qui comprennent enfin. Elle avait ouvert la bouche pour répliquer quelque chose mais la referme d'un coup. Bien fait. Soudain, la blondinette semble avoir une idée. Ça m'étonne toujours de la part des petits mais il faut bien avouer qu'à Gryffondor, tout le monde n'est pas si attardé que ça. Elle me demande d'un ton hésitant :
« Est-ce que tu pourrais nous aider à retrouver celui qui nous a volé nos oreillers ? On ne peut plus dormir, c'est vraiment pas cool. »
Je me retiens de rire en faisant mine d'avoir l'air compréhensive. Je hoche la tête en respirant profondément pour rester calme et je sors d'un ton un peu étranglé :
« Oui, bien sûr, dis-je avent de reprendre avec une voix normale. Je peux faire ça, si ça peut aider. »
Je m'en veux un peu d'avoir soutirer du sommeil à ses jeunes filles juste pour ma vengeance personnelle. Ça valait le coup rien que pour voir la tête de Roxanne énervée au petit matin mais c'était méchant pour elles. Je me demande bien comment je vais faire pour accuser quelqu'un d'autre alors que la seule coupable est celle qui doit les aider, c'est-à-dire moi. J'adresse un sourire rassurant à ces fillettes qui sont visiblement contentes de recevoir de l'aide. À l'exception peut-être de la Brune farouche qui garde une petite grimace contrariée aux lèvres.
« Alors, j'ai cru comprendre que vous accusiez les garçons. Je ne pense pas que ce soit eux, ils ne peuvent pas entrer dans le dortoir des filles. Déjà, demandez à vos camarades de deuxième et troisième année, je m'occuperais des plus grandes si vous voulez.
– Merci beaucoup, me dit la blondinette. Par contre, on a un cours de métamorphose dans quelques instants ...
– Évidemment, on fera ça ce soir. Soyez tranquilles, vous pourrez dormir sur vos deux oreill...ers. »
La petite blonde esquisse un sourire et elles partent se préparer. Je peux enfin libérer tout le rire que j'avais accumulé au fur et à mesure de cette conversation. Je vois Fred qui s'assoit à côté de moi, encore endormi, il s'est réveillé un peu en retard. Il me regarde avec surprise mais ne commente pas mon fou-rire. Ce qui est bien, c'est qu'il me connaît suffisamment pour savoir que c'est tout à fait normal de me voir rire, seule, au petit déjeuner.
Les cours passent, le temps passe. Pas très vite. C'est sans doute parce les cours ne sont pas encore entrés dans le vif du sujet. C'est toujours ce charabia explicatif de la première semaine, à propos du programme, des examens très durs de la fin d'année et combien d'entre nous échouerons lamentablement. Je préfère autant les cours pratiques, voire les cours tout court, ceux qui ont un minimum d'intérêt autre que nous faire mourir de peur.
Quand le soir arrive finalement, une fois fini le cours d'Étude des Moldus avec Victoire qui nous lançait des petits sourires et des coucous de la main à Roxanne et à moi. Ce qui me faisait rire plus qu'autre chose et Roxanne avait beaucoup de mal à se retenir. Même Victor, mon voisin de classe, passait d'une cousine à l'autre avec un petit sourire amusé.
Malgré tout, il est grand temps de me mettre enfin à la recherche de ces oreillers. Je me demande bien où ils peuvent être. J'en ai parlé avec Roxanne, qui a eu la même réaction de moi et a eu un fou rire pendant au moins un quart d'heure, me pardonnant tout au passage. La situation est bien trop ridicule. Ma bouclée et brune cousine a donc accepté de me donner un coup de main pour changer de places les oreillers et les remettre discrètement dans la chambre de blondinette, la farouche et les autres petites pendant que je me m'occupais de faire innocemment le tour des tous les dortoirs. Les Première année étaient dans le couloir en train de chuchoter ce qui semblait être un plan, comme si elles organisaient une battue pour retrouver les pauvres oreillers. Je les ai envoyé chez les Deuxième année et d'y allez, c'est le plus important, toutes ensemble. Si jamais il fallait les récupérer par la force, la nombre comptait énormément.
Pendant qu'elles fouillaient ce dortoir-ci, Roxanne est partie remplir discrètement remplir sa mission. Je partais voir les Cinquième année pour qu'elles puissent confirmer mon passage, ça ne fait pas réaliste sinon. Une d'entre elle m'a demandée anxieusement :
« Mais ça veut dire qu'il y a un voleur d'oreillers ?
– Non, c'est juste une mauvaise blague mais mettez un cadenas sur le vôtre au cas où ... »
Elle a hoché la tête, comprenant la gravité de la situation. Non, elle n'a pas du tout compris que c'était une plaisanterie et qu'étant moi-même la voleuse en question, elle n'avait pas beaucoup de risques de se faire piquer son cher oreiller. Quoi que ça aurait pu donner des idées à certaines.
En allant voir les Sixième année qui n'étaient pas très nombreuses dans leur dortoir, il n'y avait même que Jeanne, la préfète et une autre fille, j'ai croisé Roxanne qui m'a adressé un clin d'œil. Tout était en place. J'ai rapidement prévenu Jeanne du vol d'oreiller mais elle ne s'est pas inquiétée. Je n'avais pas en effet l'air très angoissée par ce terrible événements au cœur de la communauté féminine des Gryffondor. Elle a rapidement compris que ce n'était qu'une farce. Avant de partir de son dortoir, j'ai tout de même osé lui poser une question qui me taraudait depuis un moment !
« Jeanne Cannelle ? C'est ... ?
– Un nom français, dit-elle en souriant et comprenant où je voulais en venir. Mes grands-parents paternels viennent de Paris.
– Tu as de la chance, c'est une chouette ville. »
Je lui fais un grand sourire en partant vers le dortoir des Quatrième année, où se trouvait Rose. Elle était avec ses amies, en train de parler Astronomie quand je suis arrivée. J'avais dans l'idée de me venger quelque peu de la balade vers l'Infirmerie, quelle belle occasion ! Les petites avaient fini leur tour et s'étaient attroupées derrière moi. Rose et ses amies étaient pour le moins étonnées de nous voir débarquer en force. Je m'exclame théâtralement :
« Rendez les oreillers ! »
Rose me regarde avec circonspection et se met à rire doucement en secouant la tête. Je me tourne vers elle, l'air d'être vraiment en colère. Je lui lance un regard noir et d'une voix tragique :
« Rose Weasley ! Tu n'aurais pas fait ça ? Pas toi ?
– Quoi, voler des oreillers ? Tu me prends pour qui ?
– Je te connais et je connais tes parents, si jamais c'est toi, ils en entendront parler ! »
J'entends des murmures impressionnés de la part des fillettes, même la brune farouche a l'air d'accord avec moi. Rose est la cible parfaite. Alors que j'allais continuer à m'acharner contre ma cousine, quelqu'un d'autre crie dans le couloir :
« Mais c'est une blague ! Vos oreillers sont là les filles. Faut pas exagérer, y en a marre des petits, ils en font toujours tout un plat alors que leurs oreillers sont juste sous leur lit ... »
C'est Roxanne. Je l'adore. Avec un certain énervement, je me retourne vers les Première année avec un regard interrogateur. Elles n'ont pas l'air de comprendre et Roxanne arrive en disant, affligée :
« Vous devriez arrêter de prendre Molly pour une idiote. D'ailleurs, elle aurait dû vérifier chez vous avant de faire tout ce boucan pour rien ...
– Comme si c'était ma faute ! Bravo les filles, vous m'avez fait perdre mon temps ! »
Je lance un regard agacé à mes chères petites camarades qui courent toutes vers leur dortoir où elles retrouvent avec joie et perplexité tous les oreillers rendus. Dès qu'elles sont éloignées, Roxanne arrête de se retenir de rire à en pleurer et je m'excuse rapidement pour le dérangement. Rose me regarde avec un air contrarié et on fuit mourir de rire à l'abri des regards, dans notre dortoir à nous. Ah, ce que j'aime les Première année quand ils sont assez stupides pour croire n'importe quoi ...
