J'avais dit la suite au pire en septembre c'est ça ? Je n'ai vraiment aucune parole… Mais non, même si j'ai mis pas loin de six mois pour m'y remettre, je n'abandonne pas cette fic. Et la suite devrait venir plus vite, même si je vais maintenant éviter de faire des pronostics sur la date de postage du chapitre suivant.

A nouveau, merci pour les très gentilles reviews.

Chapitre 4 : Dure journée de septembre

Les jours qui suivirent ne furent guère plus joyeux pour les Gryffondors de première année. En fait de mémoire d'élève, on avait rarement vu une nouvelle promotion aussi maussade. Chez les garçons, Sirius Black avait de bonnes raisons de ne pas rayonner de joie. Quant à Remus Lupin, il s'enfuyait systématiquement chaque fois que quelqu'un parvenait à lui arracher plus de trois mots. James Potter ne digérait toujours pas l'admission de son ennemi dans sa maison, et Peter Pettigrow, passée la première nuit, semblait avoir décidé qu'il n'était pas prudent de dormir à points fermés dans la chambre d'un mage noir en puissance. Il arborait maintenant des cernes impressionnants, qui rivalisaient avec ceux de Lupin. La situation était un peu moins dramatique chez les filles, bien qu'occasionnellement tendue entre les « éventreuses de gourdes » et les gourdes en question.

Les cours suivant ressemblèrent singulièrement aux premiers. A chaque nouvelle matière qu'ils découvraient, Black et Potter semblaient être aussi doués l'un que l'autre, surpassant largement leurs camarades. Par un accord tacite, si dans le dortoir ou les couloirs il n'était pas rare de les entendre s'insulter, leur guerre passait pendant les cours sur le plan scolaire. Ainsi, ils limitaient les risques de retenue. La perspective de celle à venir était bien trop présente dans leur esprit. A chaque cours, ils s'évertuaient à maîtriser les sortilèges le premier. Lors du cours de botanique, ils mirent chacun une telle énergie à mémoriser les quantités exactes d'eau nécessaire et les types d'engrais qui favorisaient la pousse d'une plante qui guérissait l'acné qu'on aurait pu les croire terriblement préoccupés par les boutons qu'ils n'avaient pas encore. Au départ, ils avaient même été jusqu'à écouter le cours du professeur Binns, le fantôme qui leur enseignait l'histoire de la magie, pour répondre au plus de questions possibles. Mais devant l'ennui mortel des cours et les moqueries de quelques deuxièmes années qui avaient entendu parlé de leurs exploits, ils renoncèrent tous deux bien vite.

Les professeurs hésitaient entre l'émerveillement devant les capacités des nouvelles recrues -d'autant qu'avec Remus et Lily, le reste de la promotion n'était pas mal non plus – et l'agacement devant leurs conflits puérils. McGonagall répétait sans cesse qu'avec de telles capacités, s'ils s'aidaient mutuellement, ils pourraient sans doute accomplir de vrais prodiges. Elle ne s'attendait pas alors à regretter ces conseils par la suite.

Plusieurs cours se succédèrent sans qu'aucun ne puisse prétendre surpasser l'autre quelque part. Mais ils ne se déroulaient pas sans imprévus pour autant. Si le troisième jour après la rentrée fut un jour ordinaire pour tous, il ne le fut pas pour Remus Lupin. Ce jour là, ils avaient cours de défense contre les forces du mal le matin, et de potion l'après-midi.

Le petit déjeuner s'était déroulé sans incident notable… c'est-à-dire que Judith Watson avait sans succès tenté d'étrangler Ophélie Adams avec sa serviette. Malheureusement les beuglements de son amie Lena Parker avaient alerté le corps professoral qui n'avait pu cautionner un tel acte… bien que de nombreux professeurs auraient certainement été ravis d'être débarrassés des gloussements intempestifs de Miss Adams. Par ailleurs, James, qui avait consciencieusement décidé de profiter du petit déjeuner pour s'entraîner à ses sortilèges, avait failli faire léviter sa fourchette dans l'œil de Black. Mais comme le combat de couteaux et fourchettes qui s'ensuivit se déroula uniquement sous la table, l'incident fit moins de bruit. La matinée commençait donc relativement tranquillement, et Remus, pour qui les deux premiers jours s'étaient déroulés sans problème notoire, allait en cours presque sereinement. Les autres enseignants ayant été parfaitement corrects avec lui, il avait oublié que l'équipe pédagogique était nécessairement au courant de ses soucis mensuels. La réalité le rattrapa avec brutalité.

Malgré les rumeurs qui disaient que le professeur de défense était une brute, les premières années de Gryffondor et Serpentard étaient plutôt excités. Cette matière était celle qui s'annonçait la plus intéressante. Ils allaient apprendre à combattre des créatures maléfiques, et ils pourraient ensuite libérer des princesses captives de monstres sanguinaires, se transformer en princes charmants, se marier, vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Mais pour l'instant ce n'était pas une charmante princesse qu'ils avaient devant les yeux mais le professeur Andreas Hargreaves, et ils eurent vite l'occasion de comprendre que les rumeurs ont parfois un fond de vérité. Hargreaves était un homme plutôt petit, blond, avec une figure rosâtre qui lui donnait un air bon enfant, si bien que deux élèves de Serpentard se crurent permis de continuer leur conversation à voix basse une fois assis. Sans un avertissement, un jais de lumière s'échappa de la baguette de l'enseignant et heurta successivement les deux infortunés. Il fallut quelques secondes à tous pour réaliser que leurs deux camarades n'avaient plus de bouches. Hargreaves conservait une expression parfaitement neutre et ne s'embarrassa pas de donner le moindre commentaire. Il se contenta de commencer l'appel. Dans sa malchance, Sirius était premier de la liste.

- Black ?

Comme ses camarades, Sirius était trop pétrifié par le spectacle de deux de ses camarades défigurés, même si c'était des Serpentards, pour être capable de prononcer le moindre son.

- Black n'est pas là ? Vous lui direz que je ne tolère pas les absences à mon cours. Il a intérêt à revenir avec une très bonne raison s'il ne veut pas subir mon… courroux.

Il était pourtant évident que le professeur savait que Sirius Black se trouvait en face de lui. Sa répartition avait fait suffisamment de bruit pour que l'ensemble de l'école, élèves et professeurs confondus, sachent quel visage mettre sur ce nom. Ce fut après un long silence que Sirius intervint enfin.

- Je suis là…

- Eh bien vous faites preuve d'une lenteur de réaction assez stupéfiante monsieur Black.

A ces mots, James dut sortir de son ahurissement car il ricana. Hargreaves ne s'en offusqua pas. Il reprit son appel. Lorsque les deux malheureux Sepentards furent appelés, il considéra leurs gestes désespérés pour montrer qu'ils ne pouvaient pas parler comme des réponses adaptées, et il continua imperturbablement, jusqu'à ce que…

- Lupin...

Le nom avait été craché avec tellement de haine que tous les élèves levèrent vers le professeur des yeux effrayés. L'intéressé leva une main tremblante, que l'enseignant ne sembla pas remarquer. Il se contentait de fixer son élève avec un dégoût évident. Mais il n'ajouta rien, et après une pause qui sembla durer une éternité, l'appel repris.

Pourtant, Sirius, assis à côté de Remus, put constater qu'il continuait à trembler. Un claquement lorsque Hargreaves ferma son carnet indiqua que l'appel était terminé.

- Bonjour à tous. C'est votre première année d'étude, et votre premier cours de défense contre les forces du mal. Je m'attends donc à ce que vous ayez une vision assez rocambolesque de la chose, incluant des mages noirs diaboliques et des dragons sanguinaires. Oubliez ! Des menaces bien plus concrètes pèsent sur vous, desquelles il est vital que vous appreniez à vous défendre. Il existe des créatures bien moins impressionnantes mais plus traîtresses que les dragons. Les loups-garous par exemple, qu'on peut aisément prendre pour des humains normaux jusqu'à ce qu'une nuit… C'est valable pour les vampires aussi. On va commencer par quelques leçons de base sur ce genre de créatures, même s'il s'agit d'êtres trop complexes pour que vous puissiez dès maintenant appréhender toute leur noirceur. La défense contre les mauvais sorts ne commencera pas avant la deuxième année.

Il avait dit cela d'un ton presque jovial, comme si le fait que des menaces concrètes pèsent sur ses élèves lui faisait plaisir. Seule la partie sure les loups-garous avait été dite d'une voix empreinte de mystère. Et personne n'avait remarqué que Remus Lupin s'était étrangement tassé sur sa chaise pendant ce discours. Un sourire fugace passa sur les lèvres du professeur, sans que qui que ce soit ait eu le temps de s'en apercevoir. L'instant suivant, il s'adressait à Remus, d'une voix sèche

- Lupin, comment peut-on reconnaître un loup-garou s'il est sous sa forme humaine?

Remus restait figé, fixant son professeur, en proie à une terreur visible. Sirius, à côté de lui, crut qu'il avait peur de la réaction de l'enseignant parce qu'il ne connaissait pas la réponse. Bien qu'il n'appréciât pas particulièrement son camarade Gryffondor, il eut un peu pitié de lui. C'est vrai que ce professeur faisait un peu peur. En plus, Remus s'était assis de lui-même à côté de lui… parce que James était à côté de Peter et qu'il n'avait eu le choix qu'entre lui et des Serpentards sans doute, mais il n'avait rien laissé paraître de son ennui à l'avoir pour voisin. Et il l'avait ainsi sauvé de Parker, qui avait semblée déçue de ne pas pouvoir s'asseoir à côté de lui.

Bien sûr, il ne connaissait lui-même pas grand-chose aux loups-garous, si ce n'est que ses parents ne les aimaient pas, comme quasiment tout ce qui avait le malheur de respirer. Mais il n'était pas bien difficile d'improviser un début de réponse cependant. Après un instant de réflexion, Sirius se pencha légèrement vers son voisin.

- Ils disparaissent sûrement pendant la pleine lune. Murmura-t-il.

Il n'avait pas prévu qu'à sa tentative d'aide, son camarade se crisperait encore davantage. Remus s'éloigna un peu plus de lui tout en tremblant encore davantage.

'Pfff… Même quand j'essaie d'aider on me fuit. Je suis vraiment entouré de mauviettes… 'songea amèrement Sirius, interprétant logiquement la réaction hostile de son camarade comme une peur à son égard. Il se réinstalla mieux sur sa chaise, et se mit à se balancer avec désinvolture, laissant soin à son camarade de se débrouiller. En croisant le regard du professeur, il constata avec surprise que celui-ci lui souriait de toutes ses dents.

- Monsieur Black, vous avez une réponse à nous proposer ?

- Euh… ben si ils essaient de passer pour des humains, ils doivent sûrement disparaître pendant la pleine lune.

- En effet…

L'enseignant avait dit cela d'un ton réjoui, et il laissa passer quelques secondes, comme pour être sûr que cette idée allait bien s'imprégner dans la tête de ses élèves, avant de reprendre.

- Cinq points pour Gryffondor. Bonne intuition Monsieur Black…

Cette phrase, non seulement était le premier compliment qu'ils entendaient de la bouche de leur enseignant, et ils n'auraient certainement pas l'occasion d'en entendre à nouveau avant longtemps, mais surtout relançait les hostilités chez les Gryffondor. Les deux premiers jours James et Sirius avait gagné autant de points l'un que l'autre. Et Sirius venait de gagner les premiers points de la journée, il avait l'avantage.

Hargreaves, ayant de toute évidence dépassé son quota d'amabilité pour au moins une année entière, choisit ce moment pour s'en prendre à nouveau à Remus.

- Lupin, est-ce qu'on peut espérer tirer de vous une réponse sans que votre voisin ait besoin de vous la souffler ?

Sirius parcourut la salle du regard avec fierté. Pour une fois il avait l'occasion de passer non seulement pour un gars super intelligent qui avait deviné la réponse sans avoir rien appris, mais en plus pour quelqu'un de suffisamment sympathique pour la souffler généreusement à son voisin. Et puis c'était quand même pas de sa faute si ce bon à rien de Lupin n'avait pas été foutu de répéter ce qu'il avait dit. Malheureusement il ne croisa que des regards haineux des Serpentard qui considéraient sans doute que ces points auraient du leur revenir, un regard non moins haineux de James Potter furieux de se faire piquer la vedette, et surtout, surtout… un regard d'adoration de Lena Parker qui semblait trouver sa conduite absolument héroïque.

Détournant automatiquement son regard de la jeune fille, ses yeux se posèrent sur son voisin, qui se taisait toujours. Il semblait en proie à une panique indescriptible…

Et il l'était vraiment. Pire encore que lorsqu'il avait du s'avancer devant tout le monde pour enfiler le choixpeau. Il avait plaqué ses mains contre la table en espérant les empêcher de trembler, mais c'était peine perdue. Il lui était difficile de savoir ce qui lui faisait le plus peur : la haine visible de Hargreaves à son égard, les regards braqués sur lui, attendant une réponse qu'il ne pouvait donner sans rendre sa situation encore plus périlleuse, ou le fait qu'après la brillante réflexion de Black, tous les élèves allaient certainement se munir d'un calendrier lunaire et noter scrupuleusement tous les absents des soirs de pleine lune. Auquel cas il en revenait à ses préoccupations habituelles, il allait soit être enfermé à vie, soit se faire lyncher par tous les élèves de l'école réunis. Il eut un sourire amer en pensant que peut-être pour une fois Black et Potter serait d'accord pour le lyncher. Au moins sa triste existence aurait aidé à élaborer la paix entre les Gryffondor.

Ses réflexions morbides furent interrompues par la voix de James venu à sa rescousse pour briser le silence pesant… et un peu aussi pour se faire remarquer.

-Ils sont peut-être plus poilus que la normale ? Ou alors ils ont déjà des dents pointues ? proposa-t-il.

-Bien essayé Monsieur Potter mais ces deux propositions sont fausses.

Ce fut au tour de Sirius de ricaner, et James oublia bien vite le désarroi de Remus, tout occupé à sa haine pour Sirius.

- C'est là toute la perversité de ces créatures, elles ont une apparence parfaitement normale. Les loups-garous sont des créatures qui ne vivent que par le mensonge, en trompant les humains. Bien souvent, ce n'est qu'en les piégeant qu'on peut s'assurer de leur identité véritable.

Il marchait entre les tables tout en parlant, et se trouva comme par hasard devant la table de Remus Lupin, devant laquelle il s'arrêta.

- Vous ne prenez pas de notes monsieur Lupin ? Vous ne semblez pourtant pas briller ni par vos connaissances ni par l'intelligence. J'enlève cinq points à Gryffondor.

A ces mots, les Serpentards sourirent, mais aucun Gryffondor, pas même Sirius, n'aurait osé faire le moindre reproche à Remus. Chacun prit sa plume et pour noter la diatribe de Hargreaves contre « les répugnantes créatures obscures et malveillantes que sont les loups-garous », et James adressa à son professeur un regard aussi noir que ceux qu'il réservait habituellement à Black.

Lorsque la cloche retentit, tous les élèves se précipitèrent en bloc vers la sortie. Tous sauf trois. Remus Lupin tremblait tellement qu'il avait du mal à ranger ses affaires, Sirius Black était, bien malgré lui, préoccupé par l'état de son voisin, et James n'avait aucune intention d'abandonner Remus aux mains de Black ET Hargreaves.

Dans un geste salutaire, Sirius attrapa toutes les affaires que Remus n'avait pas encore rangées, c'est-à-dire un encrier ouvert et un quelques parchemins et se rua vers la sortie. James lui courut après, et Remus, n'ayant aucune envie de rester en tête à tête avec Hargreaves, les suivit.

La voix de James résonna dans le couloir.

- Blaaaaaaaaaaack ! Rend lui immédiatement ses affaires ! Arrête de t'enfuir comme un lâche et rend lui ses affaires espèce de voleur.

Naturellement, Sirius en avait eut tout d'abord l'intention. Il ne les avait prises que pour éviter à Remus de trop traîner sous le regard narquois du professeur. Mais maintenant que Potter le provoquait il avait bien envie de l'agacer davantage.

- Reprend les moi si tu peux. Et puis quoi, il a pas le cran de se défendre tout seul ton copain ? Petit Potter à son papa ne sait pas s'entourer ?

- Ta gueule ! Au moins je suis entouré moi !

Sirius avait sorti sa baguette, menaçant son camarade d'un sort qu'il aurait été bien incapable de jeter, lorsqu'ils furent interrompus par la voix monocorde de Remus qui les avait rattrapés.

- Tu peux les garder si tu veux je m'en fiche. Dit-il en haussant les épaules.

Les belligérants s'arrêtèrent, interloqués. A se chercher des noises, ils avaient presque oublié le triste état de leur camarade, et son ton las les fit presque culpabiliser.

- Mais… mais pas du tout… je plaisantais, je vais pas te prendre tes affaires voyons. S'empressa de dire Sirius tout en lui tendant l'encrier qui s'était un peu vidé de son contenu pendant la course, et son parchemin.

Il regarda James avec incompréhension, une question muette dans le regard. Qu'est-ce qui n'allait pas chez Remus ? Et pour la première fois, ce ne fut pas un regard haineux qui lui répondit, mais un regard chargé de la même incompréhension.

Ils regardèrent tous deux Remus ranger ses affaires. Il semblait avoir retrouvé un peu de calme, mais il était toujours excessivement pâle.

- Euh… Remus… Tu viens on va manger. Il faut reprendre des forces avant le cours de potion. Proposa James.

- Hein ? Non, non merci… pas faim… Je vais aller me reposer un peu au dortoir. Je vous rejoins en cours.

Sirius trouvait ses réactions tellement bizarres qu'il ne remarqua même pas qu'il était inclus dans le « vous ». Et James lui-même ne sembla pas s'en offusquer.

- On ne tient pas une après-midi sans manger. Dit sagement Sirius qui en savait quelque chose. Il avait plusieurs fois appliqué la méthode « monter bouder dans sa chambre pendant le déjeuner » quand ses parents l'agaçaient trop. Ses parents s'arrangeaient dans ces cas-là pour qu'il ne puisse rien manger de l'après-midi. Ces après-midi là étaient souvent effroyablement longs, et il oubliait généralement tout grief envers ses géniteurs pour le dîner. Si tu veux on t'apporte à manger au dortoir si t'as envie d'aller te reposer. Proposa-t-il dans un accès de générosité qui le surprit lui-même…

Et qui surprit James plus encore. Celui-ci le regarda avec méfiance, se demandant peut-être s'il n'avait pas l'intention d'empoisonner ce qu'il apporterait. Mais de toute façon lui serait là pour le surveiller.

- Oui, on peut faire ça… approuva-t-il.

Mais celui qui fut le plus surpris, ce fut bien Remus. Perdu dans un monde où tous ne pouvaient que le haïr, il ne s'attendait pas à une telle attention. Encore moins de la part de Sirius Black, qui était quand même censé être un apprenti mage noir.

- Je… non non merci, je vais juste dormir, c'est très gentil… dit-il avait de prendre la fuite vers la tour des Gryffondor.

Les deux ennemis se regardèrent à nouveau avec la même incompréhension, puis partirent en direction de la grande salle… côte à côte… sans s'insulter, sans se jeter de mauvais sorts… certes, aussi, sans se parler, mais l'amélioration était tout de même notable. L'accalmie pourtant ne devait pas durer.

A peine furent-ils installés à la table des Gryffondor, face à face, James à côté de Peter, que Sirius eut droit à un spectacle consternant. Sa cousine, assise à la table des Serpentard, lui faisait de grands signes de la main et lui envoyait des baisers du bout des doigts. Non seulement ce spectacle était particulièrement déprimant en lui-même, mais James trouva sembla-t-il que c'était une excellent raison de se souvenir de qui était Sirius Black, et retrouva toute son animosité à son égard, qu'il n'avait pas vraiment perdue du reste.

- Et bien… Pourquoi tu ne vas pas faire des mamours à ta cousine. Et puis après vous pouvez vous marier ensemble, comme ça vous resterez entre parfaits sangs purs, et vous nous ferez pleins de petits dégénérés, et avec un peu de chance d'ici quelques générations on entendra plus parler de vous.

Heurk, heurk, heurk…Se marier avec Bella… Peut-être qu'il méritait certaines des attaques de Potter … Peut-être même qu'il était un sang pur bourré de préjugés comme Potter semblait le croire. Mais une chose était sûre, il ne méritait pas d'être comparé à elle. Pour la forme, il fallait bien qu'il réplique… histoire de garder la face, au moins. Aussi entrouvrit-il les lèvres pour laisser échapper un :

- Sois pas jaloux Potter… Si tu flashes sur ma cousine je peux t'arranger un coup. Vous serez mignons tout plein tous les deux…

Mais sa réplique manquait singulièrement de vigueur. En réalité, au bout de seulement trois jours, Sirius Black était fatigué… fatigué d'être pris entre deux feux, de se battre contre tous sans vraiment savoir pourquoi. Après tout il se fichait éperdument des Sangs-de-bourbe, et il n'avait jamais rien fait à Potter, alors ses cours de morale, il pouvait bien se les garder.

- Beurk… non merci, je préfère vous laisser entre gens répugnants… répondit Potter avec une grimace de dégoût.

Ils parlaient de quoi déjà ? Sirius avait déjà oublié le sujet de leur querelle. Et il ne prit cette fois même pas la peine de relever. Devant son absence de répartie, Potter ricana et se mit à discuter avec son voisin, Peter Pettigrew. Une discussion banale… quelque chose qui parlait de génétique, de familles qu'on devrait éliminer, de gens dont la pourriture est inscrite jusque dans leur nom… Mais tout ça Sirius n'y faisait plus attention. Il regardait vaguement vers la table des Serpentard… ceux qui auraient pu l'accueillir, le respecter, si il l'avait seulement voulu. Et il trouva cela parfaitement ridicule. On disait les Serpentards cruels et pleins de préjugés… mais ce n'était pas eux qui le harcelait tous les jours alors qu'il n'avait rien demandé à personne. Non, c'était bien James Potter, le parfait petit Gryffondor, héroïque et fils d'un grand auror. Les Gryffondors pouvaient bien se flatter d'être tellement plus tolérants, plus ouverts, plus intelligents…Désormais il savait qu'il n'en était rien. Déçu par les Gryffondor il irait donc faire un tour chez les Serpentard. Ça tombait bien ils avaient justement encore cours ensembles cette après-midi en potion. Naturellement ce ne serait pas facile de s'imposer au sein de la maison ennemie… mais au moins les Serpentards avaient un certain respect pour lui… ou du moins ils en avaient eu…

Alors que chacun mangeait tranquillement, que James déballait toute sa rancœur en racontant à Peter différentes anecdotes où des mages noirs au sang pur étaient ridiculisés, et que Sirius prenait les décisions les plus regrettables possibles, Remus Lupin, seul dans le dortoir, luttait contre les larmes, espérant vivement que personne ne viendrait le déranger pour lui apporter un repas qu'il ne pourrait de toute façon pas avaler.

Il n'avait jamais vraiment cru que ce soit possible, pourquoi donc se sentait-il si terriblement déçu. En fait si, il y avait cru… du moins il l'avait rêvé. Rêvé qu'il pourrait vivre au milieu des autres comme si de rien n'était. Pas avoir des amis certes, car des amis ça pose pleins de questions et tout. Mais au moins vivre au milieu de gens qui ne le détestaient pas… et apprendre pleins de choses à l'école comme tous les enfants. Mais Hargreaves l'avait ramené à la réalité. Quiconque savait qui il était ne pouvait que le haïr. Il n'était aux yeux de tous qu'une répugnante créature, et toute relation qu'il pouvait construire serait automatiquement fondée sur le mensonge. En ce sens, Hargreaves avait sans doute raison de dire que les loups-garous étaient des êtres pervers qui mentaient aux gens pour mieux les piéger… sauf qu'il ne voulait de mal à personne… mais qu'est-ce que ça changeait ? Il n'avait plus qu'une envie, celle d'écrire à ses parents pour leur dire que cette histoire ridicule devait s'arrêter là, et qu'il rentrait de suite à la maison. Pourtant quelque chose le retenait. Le sourire de sa mère lorsqu'elle avait annoncé qu'il allait pouvoir étudier à Poudlard. Et le regard fier de son père… c'était tellement rare que son père le regarde avec cette fierté… tellement rare qu'il le regarde tout simplement d'ailleurs. Pour eux il ne pouvait pas partir. Mais qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ici ? Est-ce qu'il pourrait faire semblant d'être à sa place dans cette école ? Pendant sept longues années ? En supportant les discours du prof de défense contre les forces du mal ?

Son réveil sonna. Il était l'heure d'aller en cours de potion. Finalement, il eut presque un pincement au cœur en constatant que personne n'était venu lui apporter quoi que ce soit à manger. Certes, il avait refusé, il n'aurait de toute façon rien pu avaler, et il aurait détesté qu'on lui pose des questions sur son triste état. Mais il avait presque cru que James s'inquiétait vraiment pour lui, et qu'il viendrait vérifier que tout aille bien, malgré son refus. Pendant un instant, il avait même eut la pensée ridicule que Black s'inquiétait pour lui.

Un quart d'heure plus tard tous étaient assis en salle de potion. Pour le plus grand désespoir de Lena Parker, elle n'était une fois de plus pas arrivée suffisamment tôt pour s'asseoir à côté de Sirius, car celui-ci s'était installé à côté de… nul autre que Severus Rogue, le Serpentard au nez crochu avec qui il avait traversé le lac.

- Je vous l'avais bien dit que ce type était pas un vrai Gryffondor, fit James en baissant un peu la voix, mais assez fort pour être sûr que Sirius l'entende.

- Comme si j'en avais envie, répliqua l'intéressé sur le même ton.

Il constata avec satisfaction que les Serpentards le regardaient avec un intérêt renouvelé. L'enseignant lui-même observait les deux jeunes garçons avec curiosité.

Angelo Gray un homme plutôt grand, au teint cireux, d'une maigreur à faire pâlir d'envie la plus extrémiste des mannequins, mais que tout individu raisonnable aurait qualifiée de maladive. Sa réputation était aussi engageante que celle d'Andreas Hargreaves. Il ne s'attarda pas à saluer ses élèves, et lorsque tous furent installés, et que les deux Gryffondors se furent tus, il s'adressa à tous d'une voix caverneuse.

-Avant de vous laisser préparer votre première potion, je vais voir un peu le niveau de cette classe. L'art subtil des potions ne laisse rien au hasard, et il n'est pas envisageable de laisser une bande de guignols ignorants manipuler des ingrédients qui peuvent être… aussi sublimes que dangereux.

Il balaya la salle du regard, et s'arrêta sur Remus.

- Lupin, que pouvez-vous nous dire sur le napel ? demanda-t-il d'une voix apparemment tout ce qu'il y a de plus neutre.

L'intéressé pâlit à vue d'œil, et resta silencieux. Sirius haussa les épaules. Il avait eut tort de s'inquiéter, ce type ne valait rien de toute évidence. Ce matin, passe encore, le professeur avait été plutôt agressif à son égard. Mais là, même si l'apparence de Gray n'était pas très chaleureuse, il n'y avait vraiment pas de quoi se mettre dans un état pareil.

- Je vois… De toute évidence, le niveau de cette classe est encore pire que celui des années précédentes. Nous allons donc commencer par une potion que même un gamin de deux ans saurait faire. Continua Gray.

Ce fut à ce moment là qu'ils entendirent pour la première fois le son de la voix de Severus Rogue… presque aussi caverneuse que celle de l'enseignant.

- Excusez moi monsieur, mais ce n'est pas parce que Lupin ne connaît pas la réponse à une question enfantine que c'est le cas de tous. Pourquoi pénaliser toute la classe ?

A la surprise générale, le professeur sourit.

- Croyez bien que j'en suis navré monsieur Rogue. Mais la politique imposée par le directeur est que chacun puisse suivre les cours, il me faut donc m'adapter aux individus les plus faibles. Dit-il avec une grimace de mépris.

Spontanément, Sirius se sentit un peu désolé pour Remus qui décidément devait passer une sale journée. Mais il chassa bien vite ce sentiment. Remus était un Gryffondor, les Gryffondor le détestaient. C'était un ami de Potter, or Potter était un parfait crétin. Conclusion, ça ne valait pas bien la peine de s'inquiéter pour lui. Il valait bien mieux s'inquiéter de ses relations avec les Serpentards.

- Te plains pas, tu n'as que défense et potion comme cours avec ces sous-doués. Moi je les ai à tous les cours. Dit-il à son voisin, assez fort pour que tous l'entendent.

Severus Rogue lui fit un sourire un peu étonné, et presque chaleureux. Prox et Mirkis, les deux Serpentards dont la bouche avait retrouvé sa forme normale entre temps, sans doute après une intervention de l'infirmière, le regardaient à nouveau avec un certain respect, mais sans sourire cependant. De toute évidence, ça devait les arranger de ne pas avoir à être ennemi du fils de la famille Black, et ils ne savaient plus bien quelle attitude adopter. Le professeur ne sembla pas juger bon d'intervenir. Potter le regardait avec dégoût et colère, comme à son habitude, mais il ne dit rien, sentant probablement que l'enseignant et directeur des Serpentards ne laisserait pas aussi bien passer ses provocations à lui. Les autres Gryffondors semblaient outrés et Lena Parker laissa échapper une série de petits « Oh » indignés. Seule la réaction de Remus fit naître chez Sirius un début de regret. Il n'avait pas l'air en colère non. Pas non plus aussi faible et terrifié qu'il l'était quelques instants plus tôt. Non, il le regardait avec tristesse… Il y avait tellement de détresse dans ces yeux là que Sirius eut presque envie de s'excuser. Mais il ne le fit pas, et c'est la voix d'Angelo Gray qui rompit le silence.

- Potion numéro 1 : vous allez préparer un fortifiant bas de gamme, à peine mieux que les vitamines moldues, mais au moins c'est facile à faire. Vous restez par binômes avec votre voisin. Vous avez deux heures. La recette est au tableau. dit-il en dévoilant la recette d'un coup de baguette.

La potion étant effectivement d'une simplicité enfantine, la suite du cours se déroula assez calmement, bien que ponctuée par quelques réflexions de Gray qui devait s'ennuyer à son bureau, comme « Potter, je sais que votre voisin est stupide, mais ne faites pas tout tout seul s'il vous plait », ou « attention monsieur Lupin, un couteau se tient par le manche, pas par la lame. Le directeur m'en voudrait si vous vous coupiez un doigt », auxquelles les Serpentards ricanaient allègrement, et Sirius avec eux.

Deux heures plus tard, ils étaient dans la salle commune des Gryffondor, et James tenait Sirius par le col.

- Traître ! Tu pactises avec les Serpents ! cracha James.

- Tu l'as dit toi-même, je ne suis pas des vôtres ! répliqua l'autre sèchement, avant de quitter la salle d'un pas fier.

D'un pas seulement, car il se sentait tout sauf fier. Il avait même terriblement honte de sa conduite pour le moins mesquine. Mais est-ce qu'on lui avait laissé d'autres options ? C'était de leur faute à tous s'il lui fallait ricaner à des blagues débiles et enfoncer un pauvre garçon qui ne lui avait rien fait pour se faire sa place.

La nuit qui suivit cette journée déplorable fut tout sauf reposante pour trois de nos héros.

Sirius se tournait et se retournait dans son lit, incapable de trouver le sommeil. Il en voulait au monde entier d'être ce qu'il était, à lui-même d'être incapable de faire face à sa situation, et de ne pas savoir ce qu'il voulait. Par moment, il pensait qu'il lui fallait à tout pris gagner le respect des Serpentards, l'instant suivant il les trouvait absolument méprisables, et se méprisait lui-même plus encore de sa façon de faire.

Quant à Remus Lupin, il se repassait en boucle chaque moment de la terrible journée qui venait de s'achever. De toute évidence, Gray le détestait à peu près autant que Hargreaves, et tous deux allaient lui en faire baver. Les événements de l'après-midi montraient bien à quel point l'idée que Sirius ait pu s'inquiéter pour lui était grotesque, et James était bien trop occupé à détester Sirius pour se soucier de lui. Ce qu'il ne pouvait absolument pas lui reprocher, qui pourrait s'intéresser lui ? Il n'avait plus qu'une envie, que le réveil ne sonne jamais le lendemain et qu'il puisse rester éternellement calfeutré sous sa couette, protégé du monde extérieur.

Peter Pettigrow, conforté dans son idée que Sirius était un apprenti mage noir par son comportement de l'après-midi, dormit une fois de plus très mal.

De son côté, James Potter passait une nuit excellente. Le lendemain avait lieu le premier cours de Quidditch. Son père lui avait déjà appris un peu à voler, et non seulement il adorait ça, mais en plus il savait qu'il volait très bien. La journée à venir s'annonçait donc excellente et il fit une succession de rêves tous plus agréables les uns que les autres, dans lesquels il finissait invariablement par être sacré meilleur joueur de Quidditch de Poudlard.

RAR :

Royale-de-luxe : Ah ben s'il te va très bien je le laisse comme ça alors mon rythme. Mais je te préviens, à ce compte là, le pauvre petit Sirius que t'as envie de câliner pour compenser son manque d'affection, il est pas tiré d'affaire.

Pour la retenue, et ben… va falloir attendre jusqu'à la prochaine fois pour le savoir, j'ai décidé de faire durer un peu :p.

Quant aux réactions de gamins… et ben j'étais pas sûre que ce soit tout à fait ça, mais en tous cas t'as très bien compris l'intention.

La suite, et bien, la voilà. Désolée d'avoir fait autant attendre, je vais vraiment essayer de faire plus vite cette fois-ci.

Bisous miss, et merci beaucoup pour ta review encourageante.

Ladybird : Merci beaucoup aussi pour tes reviews . En avoir marre ? Y'a rien de plus encourageants que de savoir que quelques personnes ont lu et ont aimé ! Désolée d'avoir fait attendre par contre.

Debby Black : Je vais te faire une confidence… Moi aussi j'adore Sirius… Et Remus… C'est pour ça qu'ils vont morfler, hihihi. Merci à toi aussi !