Titre : Premières Rencontres (Epiloque)
Je suis vraiment désolée pour ce retard !
Merci à toutes celles qui ont suivi les aventures de notre cher petit Byakuya !
Le rating de cette fic est K, mais je préviens qu'il y a une légère allusion yaoi et la fin est peut-être un peu triste. ^^
Petite précision: j'utilise les années de vie humaines même pour les shinigamis.
Bonne lecture !
« Grand-père, le capitaine mal rasé a raison : vous êtes vieux ! »
La voix encore ensommeillée de Byakuya semblait étonnée par cette soudaine constatation. Eiri ne put s'empêcher d'émettre un léger rire sous le regard noir de Ginrei qui songea qu'une discussion avec le capitaine Kyoraku s'imposait... Personne n'avait jamais osé traiter le noble Kuchiki Ginrei de 'vieux' et il comptait bien lui faire passer l'envie de recommencer! Foi de Kuchiki!
Hanami, dans le Bleach « actuel »
« Et donc, le vieux Kuchiki était tellement énervé que Kuchiki-kun lui dise ceci qu'il m'a incendié le lendemain ! Il m'a accusé de vouloir donner des mauvaises idées à son petit fils ! » S'exclama Shunsui en riant.
« En tout cas, de son vivant, il n'a jamais laissé Byakuya te fréquenter ! » Ajouta Jûshiro avec un sourire aux lèvres.
« Oh oui ! Et tu te souviens aussi de la tête de Kenpachi-taichô quand il nous a montré son haori après que Kuchiki-kun lui ait vomi dessus ? » Demanda Kyoraku en pouffant.
Les deux shinigamis se mirent à rire franchement sous le regard blasé de Byakuya qui serra le paquet qu'il tenait dans ses mains. Tous les ans, à Hanami, c'était la même chose : les deux hommes en profitaient pour se rappeler cette histoire peu glorieuse dans la vie du noble et ne manquaient pas d'en faire profiter les autres… Ainsi, presque tout le Sereitei était au courant et riait de lui en cette occasion. Même Kenpachi, qui d'ordinaire avait plus envie de le combattre qu'autre chose, lui rappelait chaque année qu'il lui devait un haori… D'ailleurs en parlant du loup…
« Hey ! Kuchiki ! Tu t'souviens qu'tu m'dois un hao… »
Paf ! Byakuya lança en plein visage de Kenpachi le paquet qu'il avait dans les mains en évitant Yachiru de justesse qui se mit à piailler :
« Waouh ! Bya-kun sait bien viser ! »
Zaraki porta la main sur son Zanpakutô, prêt à dégainer, mais fut intrigué par le tissu blanc qui dépassait de l'emballage. Se doutant qu'il lui était adressé, il ramassa le paquet et le déballa.
« Comme cela, vous cesserez peut-être de rappeler à tout le monde que je vous dois un haori… » Expliqua Byakuya quand Kenpachi déplia son nouveau haori. Mais Zaraki constata que le tissu était de bien meilleure qualité que celui que Byakuya avait abimé…
Kenpachi, ainsi que les autres shinigamis présents se mirent à rire. Byakuya, lui, s'en alla en silence suivi discrètement par Jûshiro.
Byakuya s'assit sous un cerisier et s'adossa au tronc. Il ne bougea pas quand Jûshiro s'installa à côté de lui.
« Les années passent vite ! » Se lamenta Ukitake. « Hier encore tu étais un tout petit garçon et te voilà maintenant un homme ! »
« Vous n'allez pas recommencer Ukitake-senpai ! » S'indigna Byakuya en lançant à regard glacial à Jûshiro.
« C'est juste que je me fais vieux maintenant ! » Déclara Jûshiro tristement.
« Oui, tellement qu'on parle de vous en disant 'le vieux Ukitake', » ironisa Byakuya.
Jûshiro esquissa un sourire triste et regarda les fleurs.
« Ce que je voulais dire c'est que j'ai vu beaucoup de chose changer dans ma vie. J'ai vu la plupart de l'ancienne génération des capitaines, dont je fais parti, disparaître pour laisser place à de jeunes capitaines comme toi… D'ailleurs, je t'ai vu grandir, intégrer l'Académie des Shinigami puis le Gotei 13… Idem pour Rukia et bien d'autres… Tout le monde autour de moi semble avoir évolué… Sauf moi. Je resterai toujours le gentil capitaine Ukitake, le pauvre Shinigami malade qui n'a toujours pas remplacé son vice capitaine décédé, » expliqua Jûshiro en conservant son étrange sourire mélancolique.
Byakuya fut estomaqué par les paroles de son ancien professeur. Lui, qui donnait toujours l'impression d'être calme et serein, se posait des questions sur la vie ! Le noble pensait naïvement de Jûshiro faisait parti des gens qui étaient toujours heureux car c'était cela qu'il laissait paraître. Mais enfin de compte, lui aussi était tourmenté par la tournure que prenait sa vie.
« Vous savez, nous nous apercevons jamais quand nous changeons, ce sont les autres qui s'en chargent pour nous… Vous avez évolué, c'est certain. Et je peux vous dire que personne ne vous plaint à cause de votre maladie. En fait, vous être plutôt le 'courageux capitaine Ukitake qui, même malade, continue dans ses fonctions', » déclara Byakuya d'un ton neutre en regardant droit devant lui.
« Tu as peut-être raison, petit Byakuya… » Conclut finalement Jûshiro qui ne voulait pas s'attarder sur le sujet.
« Ne m'appelez pas comme ça ! » Protesta le noble froidement.
« Pour moi, tu seras toujours 'petit Byakuya'. J'ai en moi la grande fierté d'avoir été le premier et peut-être le seul homme à avoir dénoué ton obi ! » Plaisanta Jûshiro en se souvenant avec amusement de la petite bouille gênée du noble quand enfant il lui avait fait savoir qu'il avait un besoin urgent....
« Taisez-vous ! Ils vont vous entendre ! » S'offusqua Byakuya en regardant un groupe de shinigamis s'arrêter devant eux, surpris. Les officiers prirent un air gêné et accélérèrent le pas tout en faisant mine de n'avoir rien entendu.
'En fait, ils ont déjà entendu…'
« Tu étais tellement mignon quand tu es venu me voir pour que je t'aide à… »
« C'est embarrassant… » Marmonna Byakuya en constatant que sa dignité s'envolait. Le noble se leva en lançant un regard réprobateur à Jûshiro avant de partir rapidement.
« Nii-sama ? » Appela Rukia. Le noble détourna ses yeux du cerisier en fleur et regarda sa sœur adoptive d'un air interrogatif. « C'est vrai que Ukitake-taichô a… que vous… heu… qu'il est votre premier… heu… »
Rukia prit une teinte rouge, comme les cheveux de Renji, tandis que Byakuya devint aussi pâle que son haori.
« Qu'est-ce que tu racontes… » Fit dangereusement Byakuya en se doutant bien de ce qu'elle pensait.
« Heu…Et bien 'quelqu'un' aurait entendu 'quelqu'un d'autre' dire qu'il avait entendu dire que le capitaine Ukitake était le premier à avoir… avec vous… Vous comprenez ? » Fit Rukia d'une petite voix.
« Je comprends surtout que tu racontes n'importe quoi… » Répliqua Byakuya d'une voix glaciale.
« Alors vous n'êtes pas gay capitaine ? » Demanda, ou plutôt cria, Renji derrière lui.
Byakuya se retourna vivement vers son lieutenant et le fusilla du regard, maudissant sa façon d'aller 'droit au but'. A quelques pas du noble, Jûshiro se tordait de rire et dut se tenir à son meilleur ami pour ne pas se courber.
« Je suis autant homosexuel que toi tu es intelligent… » Déclara vaguement le noble en regardant froidement les curieux qui le fixaient. Il se mit à maudire Jûshiro qui, par ses paroles stupides, avait semé le doute dans les esprits 'pervers' des shinigamis.
« Ça veut dire pas du tout ? » Devina Renji en ayant tout de même le 'réflexe' de formuler sa réponse en question.
« Tu n'es finalement pas si stupide que cela… » Fit le noble en soupirant. Décidément, cette année était bien pire que les précédentes…
Dix ans plus tard…
« Oncle Byakuya ! »
Byakuya soupira quand il vit sa nièce, Akiko, accourir vers lui en tendant ses petits bras couverts de boue. La petite fit mine de l'enlacer ce qui força le noble à se reculer vivement pour ne pas qu'elle salisse ses vêtements. Il crut inutile de lui demander ce qu'elle avait été faire puisqu'il s'en doutait déjà. Akiko était un savant mélange de ses parents : elle possédait le caractère bien trempé de Rukia, qui lui permettait de s'imposer auprès de ses camarades essentiellement masculins, mais aussi l'impulsivité de Renji… Sauf que chez son lieutenant, Byakuya appelait ce trait de caractère 'stupidité'…
« Ne me dis pas que tu as encore taquiné tes camarades en leur lançant de la boue… » Commença Byakuya d'un air sévère.
La petite fille se mit à sourire joyeusement tout en regardant son oncle d'un air innocent. Byakuya la trouvait adorable. Il ne l'aurait jamais avoué mais cette petite faisait fondre la glace autour de son cœur. Mais il fallait qu'il conserve le semblant d'autorité qu'il avait sur elle afin de compenser le laxisme de Renji qui lui montrait souvent de nouvelles bêtises à faire au manoir Kuchiki… Byakuya accusait son beau frère de tester son légendaire calme apparent… Ou alors c'était l'audace de sa jeune fille de six ans(1) qu'il évaluait… En tout cas, elle n'en manquait pas puisqu'elle osait nier sa bêtise en hochant négativement de la tête…
« Non, ce n'est pas ça, Oncle Byakuya, » déclara-t-elle un peu embarrassée.
« Alors de quoi s'agit-il cette fois ? » Demanda Byakuya, méfiant.
« Je m'entraînais, » avoua-t-elle.
« Tu t'entrainais ? » Répéta-t-il en arquant un sourcil interrogatif. La petite acquiesça doucement. Le noble, remarquant qu'elle n'en disait pas plus, lui demanda quel genre d'entrainement elle pratiquait.
« Je peux vous montrer, » murmura Akiko avec entrain.
Curieux, Byakuya pencha la tête pour exprimer son accord et suivit la petite fille jusqu'à l'extérieur du manoir. Cependant, la petite Akiko jugea que son oncle n'était pas assez rapide et le prit par la main pour qu'il avance plus vite. Le noble réprima une grimace quand il sentit dans sa main la texture épaisse de la boue que la petite n'avait pas osé essuyer sur son kimono. Byakuya songea qu'elle avait au moins la décence de ne pas salir ses vêtements mais aussi qu'elle avait une drôle d'allure avec ses manches retroussées. Ce n'était vraiment pas digne d'une Kuchiki mais qu'importait ?
« Où m'emmènes-tu ? » Demanda Byakuya, suspicieux.
« Près du lac, » indiqua calmement la petite.
« Près du lac ? Ne serais-tu pas encore sortie sans permission ? » Interrogea le noble sévèrement.
« Heu… » Fit la petite en se grattant la tête pour cacher son embarras. Byakuya soupira face à tant d'intrépidité. Il était sûr qu'à son âge, elle n'était pas consciente du danger… Mais de toute façon, ce n'était pas à lui de la gronder ni de faire son éducation ! Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de s'en mêler de temps en temps…
« Que voulais-tu me montrer ? »
Byakuya décida, pour une fois, d'ignorer la bêtise de sa nièce mais ne se priverait pas de réprimander la nourrice qui était supposée la surveiller pendant l'absence de Renji et Rukia…
Akiko se mit à courir vers le bord de l'eau ce qui inquiéta légèrement Byakuya mais il se détendit quand il la vit s'arrêter. Il observa avec curiosité sa nièce relever innocemment son kimono jusqu'à son bassin avant de s'asseoir en tailleur sur le sol boueux. Byakuya venait de voir pour la première fois la technique de sa nièce pour ne pas salir son kimono.
Le noble s'approcha prudemment pour ne pas glisser et s'accroupit lentement en veillant à ce que son haori ne traine pas par terre.
Akiko enfonça son doigt dans la terre boueuse et se mit à tracer des traits avec soin. Quand elle eut terminé, elle regarda son oncle avec fierté. Celui-ci se pencha vers les symboles dessinés par sa nièce et reconnu le kanji 'enfant'. Cependant, le kanji précédent n'était pas tracé correctement.
« Regarde, » commença Byakuya en posant son doigt sur la surface boueuse. Il commença à tracer le premier kanji. « Aki 'automne' se trace comme ceci. » Il traça ensuite le second kanji en poursuivant : « Et ko, 'enfant', s'écrit ainsi. Il y a un ordre pour tracer chaque trait du kanji. Vas-y, réessaie. »
La petite s'exécuta avec une grande concentration sous l'œil observateur de son oncle. Elle attendit ensuite le verdict.
« Ce n'est pas tout à fait cela, » avoua Byakuya.
Il prit alors la main de la petite fille et replia ses doigts sauf son index. Il guida alors la main d'Akiko pour tracer correctement les kanji de son prénom.
« Tu as compris ? » Demanda Byakuya. La fillette acquiesça et recommença, seule cette fois ci. « Oui, c'est bien, » commenta le noble.
Akiko afficha un sourire fier et recommença inlassablement à tracer son prénom dans la boue. Byakuya dut s'avouer vaincu : il était attendri et cela, depuis la naissance de la petite. Il se souvenait comme hier du jour d'automne où Renji lui avait présenté fièrement sa fille récemment née. Byakuya avait pris le nourrisson dans ses bras et s'était autorisé pour la première fois autorisé à sourire franchement. Il ne peut s'empêcher de penser que lui aussi aurait pu vivre ce bonheur d'être père si Hisana avait vécu…
« Que dirais-tu d'essayer sur du papier ? » Proposa alors Byakuya en se levant.
Akiko parut ravie de la proposition et se mit à bondir sur ses jambes. Le noble se pencha vers le lac et plongea ses mains dedans pour les nettoyer. La petite l'imita et ensemble retournèrent au manoir Kuchiki.
Byakuya observa sa nièce tracer son prénom avec perplexité. Quand il remarqua le soin qu'elle prenait à tracer les kanji, il songea qu'il y avait sûrement une erreur : elle ne pouvait être la fille de Renji ! Son lieutenant écrivait si mal ! Mais la chevelure rousse de la petite ramenait à la réalité 'biologique'… Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Byakuya n'était pas jaloux de la paternité de Renji car après tout, il aurait très bien pu avoir une seconde épouse et concevoir un enfant… Son rôle d'oncle lui convenait parfaitement : il pourrait voir la petite grandir mais sans avoir la lourde tâche des parents. Peut-être qu'il aurait pu vivre ce bonheur mais il savait au fond de lui-même qu'il aurait fait un mauvais père. Les Kuchiki mâles étaient de mauvais pères car peu affectueux. Rigueur, noblesse, prestige… Aucune place pour l'amour. Les rares preuves d'affection qu'il avait reçues dans son enfance venaient essentiellement de sa nourrice et encore, elle n'avait normalement pas le droit de les lui donner…
« Oncle Byakuya ? » Demanda Akiko en reposant délicatement son pinceau.
« Oui ? » Demanda Byakuya en détachant son regard des kanji parfaitement tracés.
« C'est bientôt Hanami. Vous m'emmènerez à la fête ? »
« Tu ne préfères pas y aller avec ton père et ta mère ? » Demanda Byakuya.
« Hummm. En fait, j'aimerais avoir un petit frère ou une petite sœur alors je pensais que laisser Otôsan et Okaasan seuls à Hanami serait une bonne idée, » expliqua la petite fille avec innocence.
« Ah oui ? » Fit le noble en manquant de s'étouffer avec son thé.
« Otôsan m'a dit que j'étais trop jeune pour savoir comment 'ça' ce faisait mais m'a quand même dit qu'il fallait qu'il soit seul avec Okaasan. Il m'a dit que c'était l'ati…l'iti… mité… »
« L'intimité, » corrigea Byakuya en songeant que Renji n'était pas si immature que ça. « Et il a raison. »
« Tu es d'accord avec Otôsan ?! » Fit la petite avec des yeux ronds, comme s'il s'agissait de la chose la plus incroyable au monde.
« Pour une fois, oui, » admit le noble avec un demi-sourire.
« Alors vous m'emmènerez ? » Insista Akiko en tirant sur le haori de son oncle.
« Oui, si tu me promets d'être sage, » déclara Byakuya.
« Je vais essayer… »
Byakuya réprima un sourire avant d'encourager sa nièce à continuer la calligraphie. Elle déclara alors fièrement qu'elle pourrait le montrer à sa mère ensuite. Quand elle fut lassée de n'écrire que son prénom, Byakuya lui montra comment écrire 'Abarai' puis les prénoms de Renji et Rukia même s'il se doutait qu'elle ne les retiendrait pas tous aujourd'hui. Le noble trouvait cela déjà bien qu'elle retienne son prénom et surtout, qu'elle s'intéresse à la calligraphie car il se souvenait que lui détestait cela quand il était enfant.
« Baka ! » Fit la voix de Rukia au loin.
Byakuya fronça les sourcils tandis qu'Akiko se redressa et déclara naturellement :
« Otôsan et Okaasan arrivent. »
En effet, la porte des appartements de Byakuya ne tarda pas à s'ouvrir et la domestique annonça le retour de Rukia et de son époux. La petite Akiko se leva d'un air joyeux et courut hors de la pièce pour retrouver ses parents au plus vite. Byakuya la suivit après avoir pris le papier sur lequel Akiko s'était exercée.
« Bonsoir Rukia, Renji ! » Fit Byakuya d'une voix neutre quand il entra dans le vaste salon.
Rukia s'inclina devant son frère (Renji, lui, avait un peu plus de mal puisqu'il tenait sa fille dans ses bras). Byakuya agita le papier devant eux et si le couple n'avait pas compris pourquoi, la petite, elle se mit à bondir des bras de Renji pour aller chercher sa précieuse feuille. Elle se mit à brandir fièrement son trésor devant ses parents avant de déclarer :
« C'est moi qui l'ai fait ! Mais oncle Byakuya m'a montré comment bien faire. »
Renji et Rukia félicitèrent longuement leur fille et Byakuya songea que c'était le moment pour lui de s'effacer afin de laisser cette petite famille s'épanouir en paix. Cependant, arrivé au bout du couloir une voix l'interrompit.
« Kuchiki-taichô ! » S'exclama Renji en rejoignant le noble. Celui-ci se retourna et fut étonné de l'air sérieux qu'adoptait Renji.
« Je voulais vous remercier pour tout ça. Enfin, je veux dire… De lui apprendre toutes ces choses. Moi je n'ai aucune éducation, c'est à peine si je sais écrire… »
En général, Renji n'écrivait qu'en hiragana puisque c'était le seul syllabaire qu'il maitrisait parfaitement. Et même si au fil des années il avait acquis des connaissances en Kanji, il avait encore quelques lacunes étant donné qu'il avait appris assez tard. Mais il avait le mérite d'avoir appris seul sans solliciter aucune aide. Rukia, elle, avait eu plus de chance puisqu'à son arrivée chez les Kuchiki elle avait été encadrée par des précepteurs. « Alors j'apprécie beaucoup que vous lui transmettiez vos connaissances… »
« Pourquoi es-tu toujours en train de te sous-estimer, Renji ? Ce que toi tu lui apprends est beaucoup plus important que de savoir écrire un nom… » Répliqua le noble presque froidement.
Byakuya devait bien avouer que son lieutenant avait beaucoup murit ces dernières années, peut-être était-ce dû à la naissance de sa fille. « Et je pense aussi que tu es tout à fait capable de postuler pour le poste de Capitaine de la troisième division… »
« Euh je ne vois pas trop le rapport, taichô… » Avoua Renji en fronçant ses sourcils.
« Le rapport ? C'est que tu es persuadé que ton manque d'éducation t'empêcherait d'être un bon Capitaine. Mais regarde Kenpachi-taichô par exemple, il n'a aucune éducation et… non, Kenpachi est un mauvais exemple… Mais il est quand même Capitaine… » Indiqua le noble.
« Je ne sais pas trop… » Fit Renji un peu embarrassé que son capitaine ait deviné sur quoi reposaient ses doutes…
« De toute manière, tu n'as pas vraiment le choix puisque je t'ai recommandé hier, » informa Byakuya. « Tu passes l'examen après-demain. »
« Quoi ? Mais je n'aurais jamais le temps de me préparer ! » S'affola le vice-capitaine.
« Te préparer ? Tu n'en as pas besoin Renji ! Tu as le niveau de capitaine depuis pas mal de temps… » Remarqua le noble d'un ton légèrement agacé.
« Les formalités administratives ! Je ne pourrai jamais gérer cela ! » Argumenta le roux.
« A ton avis, pourquoi je te faisais toujours remplir les papiers ? » Répliqua Byakuya.
Un léger silence s'installa entre les deux hommes et Renji se douta que son capitaine avait une autre idée derrière la tête, et que sa nomination au poste de capitaine n'était pas sa seule motivation.
« Vous avez déjà choisi un nouveau vice-capitaine, pas vrai ? » Supposa Renji avec un demi-sourire.
« Et bien… Si tu es choisi, j'aimerais que Rukia devienne vice-capitaine de ma division. Comme tu le sais, la sixième division est dirigée par les Kuchiki depuis des générations. Il est donc normal que Rukia prenne la relève, » expliqua le noble.
« Donc en gros, si je réussis le test, Rukia aura une promotion, » résuma Renji légèrement plus pâle que d'habitude.
« Tu as tout compris, » répondit Byakuya qui se retint de sourire face à l'inquiétude de son beau-frère.
« Tout dépend de moi alors… » Fit le Shinigami avec un rire nerveux.
« Oui, mais ne parle pas à Rukia de sa possible promotion, » ordonna Byakuya. « Bonne chance Renji. »
Une semaine après...
« Vous voyez Oncle Byakuya, je suis sage ! » Déclara fièrement Akiko en regardant les fleurs de cerisiers. Byakuya acquiesça en silence sans détourner son regard des arbres.
« Je pense que mon plan va marcher. Okaasan et Otôsan étaient de bonne humeur ce matin, » ajouta la petite d'un air radieux.
« Tu sais Akiko, il ne faut pas que tu sois déçue si tu n'as pas de petit frère ou de petite sœur maintenant. Cela peut parfois prendre du temps… » Informa prudemment Byakuya.
« Je sais, » répondit simplement la petite. « Ça me laissera le temps d'apprendre à être une bonne grande sœur. »
Byakuya retint un sourire devant l'élan de maturité de la petite. Il se souvint qu'à son âge, l'idée même de partager ses jouets avec un potentiel frère ou sœur l'horrifiait. Mais la situation n'était pas la même car Renji et Rukia auraient assez d'amour à donner à deux enfants pour qu'aucun d'entre eux ne se sente délaissé.
Pour une petite noble, elle n'était pas égoïste comme Byakuya l'était à son âge pour la simple raison que ses parents lui avaient toujours appris à partager ce qu'elle avait. Dans un sens, le noble enviait la petite d'avoir des parents aussi aimants et justes car malgré son indifférence apparente, Byakuya avait beaucoup souffert du manque d'affection de sa famille. C'était comme s'il était né uniquement pour les besoins de succession, ce qui était sûrement le cas. C'était en parti pour cela, outre le fait de vouloir rester fidèle à Hisana, qu'il avait refusé de se remarier car cela aurait impliqué la conception d'un enfant. Byakuya ne voulait pas qu'un enfant connaisse la même enfance que lui, une enfance où la joie n'est qu'anecdotique. Quand il voyait Akiko rire, cela renforçait sa conviction et le rendait heureux.
« Kuchiki-kun ! » Appela une voix au loin.
Akiko fronça les sourcils en se demandant qui pouvait bien avoir l'audace d'appeler son oncle de façon si familière tandis que le noble semblait partagé entre la colère et l'embarras. Byakuya et Akiko se tournèrent en direction de la voix et les yeux de la petite s'arrondirent de surprise devant les deux hommes.
« Ils portent le même haori qu'Otôsan et vous! » Fit remarquer la petite, toute excitée à l'idée de rencontrer d'autres capitaines.
« Voici Ukitake-taichô et son fidèle acolyte, Kyoraku-taichô, » déclara Byakuya en regardant avec méfiance les shinigamis s'avancer.
« Bonjour ! » Clama Akiko quand les deux hommes furent arrivés à leurs côtés.
« Bonjour, demoiselle ! » Fit Kyoraku. « Et bien, elle est beaucoup moins timide que toi à son âge ! »
« La première fois que Byakuya nous a vu il a eu si peur qu'il s'est caché derrière son grand-père, » expliqua Jûshiro à Akiko qui se mit à rire.
« C'est vrai Oncle Byakuya ? » Demanda la petite en regardant le noble d'un air moqueur.
« Et bien, il semblerait… » Répondit Byakuya en fusillant du regard les deux capitaines.
« Si tu veux, Jû-chan peut te raconter plein de choses amusantes sur ton oncle, » proposa Shunsui en riant.
« Une prochaine fois car nous devons y aller, » s'empressa de répondre Byakuya en prenant la main de sa nièce pour l'emmener rapidement. Même trente ans après les faits, cette histoire continuait de le poursuivre !
« Mais oncle Byakuya ! On vient juste d'arriver ! » Protesta Akiko en refusant d'avancer. « Et puis, je veux entendre l'histoire de…heu… » La petite se mit à froncer les sourcils en songeant que certains noms étaient bien compliqués à retenir ! «… Jû-taichô ? » Fit-elle en se souvenant de la façon dont Shunsui avait appelé son ami.
Les trois capitaines se mirent à sourire. Oui, les trois, même Byakuya ! Jûshiro observa un instant la fillette et songea qu'elle lui rappelait Byakuya quand il était petit. Bien sûr, il n'y avait aucune ressemblance physique mais elle avait autant de répartie, voire plus, que son oncle à son âge, mais la timidité en moins. Le 'Jû-taichô' prononcé avec hésitation le ramena à l'époque où Byakuya était enfant. Plus les années passaient et plus la comparaison entre le Byakuya enfant et le Byakuya adulte était facile à faire. Le noble avait maintenant quelques rides naissantes aux coins des yeux et quelques cheveux blancs près des tempes.
Il était bien loin le Byakuya de cinq ans qui pleurait à chaudes larmes après s'être perdu et qui demandait avec embarras de l'aide pour dénouer son obi !
Le temps filait à une vitesse inimaginable ! Et voilà que bien des années plus tard, Ukitake Jûshiro s'éteignit paisiblement un beau matin d'été en emportant avec lui ses souvenirs et son sourire. Kyoraku Shunsui resta à ses côtés jusqu'au bout et imposa, grâce à son statu de commandant, trois jours de deuil pour la perte de son ami. Cette même année, Abarai Akiko, 25 ans, se maria avec Kurosaki Hiroshi, fils de Kurosaki Ichigo et Inoue Orihime, au grand dam de Byakuya qui, même s'il n'avait rien montré, n'approuvait pas tellement cette union. Mais l'essentiel était l'amour n'est-ce pas ? L'amour qui unit un mari et une femme, une sœur et un frère…
Byakuya, à l'instar de Jûshiro trente ans auparavant, avait l'impression que tous avaient évolué sauf lui. Sa sœur était une femme accomplie qui jonglait à merveille entre son devoir d'épouse et son rôle de vice-capitaine alors que son mari était un capitaine compétent et apprécié de ses hommes. Leur fille, elle, était shinigami depuis quelques années et était bien partie pour devenir un jour vice-capitaine tandis que son frère cadet venait d'entrer à l'Académie des Shinigamis. Byakuya était heureux de l'évolution de sa 'petite famille' même si, comme depuis toujours il ne montrait aucun signe d'affection ni de contentement. Car lui n'avait pas changé depuis toutes ces années : il était resté le froid et antipathique Kuchiki Byakuya, l'homme qui ne montrait jamais ses sentiments. Cependant, il n'avait aucun regret car il avait toujours fait ce qu'il croyait être juste.
La vie de Byakuya fut peuplée de premières rencontres mais la plus marquante pour lui fut celle d'Ukitake Jûshiro, cet homme qui fut son mentor et ami et qui un jour s'était confié à lui. Mais maintenant qu'il était mort, tous les Hanami étaient bien vides et ce jour, qui pour Byakuya était autrefois joyeux, semblait être empli de tristesse.
Cependant, des années plus tard, Byakuya fit une nouvelle rencontre qui fut toute aussi marquante. Car celle-ci, personne ne pouvait l'éviter ni la refuser. Elle était l'amie commune de tous, mais aussi l'ennemie universelle. En ce beau jour d'Hanami, soixante ans après sa première rencontre avec Jûshiro, Kuchiki Byakuya rendit son dernier soupir en affichant un léger sourire, heureux de rejoindre Hisana. Cette année là, Byakuya avait rencontré la mort et l'avait suivi car même s'il ne ferait pas de nouvelles rencontres, il retrouverait les êtres chers qu'il avait perdu…
