Suite de la fic ! Un chapitre un peu long car à la base, il devait être scindé en deux chapitres distincts, mais pour éviter d'avoir deux fois d'affilé le moins POV personnage, je les ai regroupé.
Merci encore à toutes les personnes qui m'ont laissée des commentaires et des messages privés. Ça fait chaud au coeur et puis j'ai pu apprendre plein de choses;) . Pour les invités, comme d'hab, je répondrai à leur message en fin de fic. Bonne lecture !
Disclamer : les personnages sont la propriété de Quantic dream et sont issus du jeu Detroit become human.
Chapitre 3 : Sur le ring
L'orage semblait éclater de toute sa violence sur la ville, telle une tempête rageuse voulant faire sombrer dans ses flots Detroit tout entière... les éclairs fusaient dans le ciel, allumant l'horizon d'un flash blanc éblouissant, alors que la terre entière grondait de colère.
Bref... un temps de merde...
Pourtant, mes pensées étaient occupées par toute autre chose que la météo, et je crois même que l'eau aurait pu s'infiltrer par toutes les ouvertures de la maison et la remplir comme un aquarium que je n'aurais même pas réaliser, tant j'étais perdu dans mes pensées et dans le fond de ma bouteille, je dois bien l'avouer...
J ne pouvais en effet m'empêcher de revivre cette scène, encore, et encore, juste un peu plus tôt, ce soir là... Lorsqu'il avait frappé violemment sur le bois de ma porte d'entrée. A peine avais-je ouvert que Connor avait pénétré soudainement dans le salon, trempé jusqu'au... circuits imprimés, tremblant et extrêmement agité. Je ne l'avais encore jamais vu comme ça. Même chez Kamski. Même quand il m'avait supplié de lui donner du temps ce jour là au commissariat pour éviter que Cyberlife ne le démantèle pièces par pièces... Je sus de suite qu'il s'était passé quelque chose d'extrêmement grave, bien plus grave que toutes les tempêtes apocalyptiques du monde.
« je les ai tués Hank, jes les ai tués... »
Je ne compris pas alors. Toute mon attention était focalisée sur la nécessité de calmer l'androide dont la diode clignotait frénétiquement d'une lueur rouge sang.
« J'ai beau les laver, mes mains, elles... elles restent bleues... elles... »
Il les leva devant lui, mais j'eus beau les regarder, je ne voyais rien. Mais je devais avouer que l'attitude du RK800 commençait sérieusement à me faire flipper.
« Connor, calme toi, gamin, je ne comprends rien à ce que tu dis... alors commence par arrêter de jouer au sapin de noel avec ta diode là et essaies de t'exprimer de façon à ce qu'un vieux con d'humain comme moi comprenne quelque chose... »
J'essayais de rester le plus serein possible, pour ne pas ajouter mon propre stress à la panique du jeune homme. Pourtant, un très mauvais pressentiment naquit en moi et remonta le long de ma colonne vertébrale, me faisant frisonner. En face de moi, Connor ne semblait pas du tout regagner son calme, bien au contraire ! Il baissa les mains dans une attitude despérée avant d'ajouter dans un rire ironique et abattu... :
« ah, mais bien sûr, vous ne voyez rien lieutenant... Le Thirium disparaît à la vue des humains en à peine quelques instants... mais moi, je le vois toujours... c'est ça, d'être le limier de cyberlife... je peux le voir longtemps après encore, le sang bleu... Hank, je les ai tués... je ne sais pas je... »
Il repartait... Il ne m'écoutait pas le moins du monde dans sa panique. Il fallait que j'agisse. Mais je n'étais pas le plus doué au monde pour réconforter les gens. Mon truc à moi, d'habitude, c'était plutôt de leur foutre mon poing dans la gueule ou de les insulter copieusement pour avoir la paix...
« Elle a gagné Hank... elle gagne... je vais le redevenir je.. je ne suis qu'une machine, UNE PUTAIN DE MACHINE, JE REDEVIENS UNE MACHINE !»
Je ne l'avais jamais vu comme ça. Jamais Connor n'avait élevé le ton ainsi, sauf lorsqu'il simulait une quelconque colère toute programmée dans son petit code afin de susciter une réaction chez un déviant. Mais cette fois, c'était différent. Il y avait une réelle détresse en lui, un tel déchirement, que pour moi, ces mots n'avaient aucun sens. Une machine ne pouvait pas ressentir un désespoir aussi violent. Au contraire jamais Connor ne m'avait paru aussi vivant, aussi fragile, aussi... humain ?
Je fis un pas vers lui lentement, comme pour approcher un animal apeuré prêt à mordre à tout instant la main qui ne veut que l'apaiser. Doucement, étape par étape...
« -hé Connor, hé, doucement mon grand... »
Instinctivement je posais mes mains de chaque côté de son visage, pour forcer son regard troublé et virevoltant à s'ancrer au mien. Le plus tendrement possible, je lui souris. Et l'espace d'un instant, je revis le père que j'étais avant faire ce même geste sur un enfant de six ans en larmes... ça avait toujours apaiser Cole, lorsque je me mettais à sa hauteur et le regardait ainsi. Même ce jour là où il avait tellement pleuré qu'il en était devenu rouge comme le cercle lumineux sur la tempe de Connor. Il avait été si triste... je l'avais consolé... puis, je l'avais attaché dans la voiture...
Je chassais ce souvenir de ma mémoire en fermant brièvement les yeux, mais je les rouvris bien vite pour les planter dans ceux de mon partenaire. Sa Led clignota plus lentement et vira doucement au jaune. Il se calmait. Je le sentais. Il se calmait... comme Cole s'était autrefois apaisé... Bon sang, ce qu'il lui ressemblerait sans doute, s'il était encore là.. .rouge, jaune, puis bleu... La lueur de son front cessa son papillonnement incessant...
« chut... calme toi petit... tu ne peux pas redevenir ce que tu n'as jamais été. Tu n'étais pas une simple machine et ce, depuis le début, y'avait que toi pour ne pas t'en rendre compte. Kamski avait compris que tu étais un déviant avant même que tu ne choisisses de te rebeller, et même un vieux bougre d'âne comme moi avait fini par sentir que t'étais plus vivant que ce que tu voulais bien l'admettre... au fond, le seul imbécile qui n'a jamais pigé, c'était toi... Alors raconte moi tout Connor... parce que le coup de la machine là... j'y crois pas un seul instant... »
dis-je doucement. De nouveau, un léger flash écarlate fit une brève apparition, mais il s'interrompit aussitôt. Connor se recula et alla s'assoir sur le canapé, la tête dans ses mains. Lorsqu'il la releva, je perçus tout son désarroi sur son visage. Il n'y avait pas de sillons de larmes, rien de tout ça, mais son regard était un hurlement. Il aurait été humain, je lui en aurais même filer tout mon stock de Whisky. Il ferma un instant les yeux... puis baissa la tête, honteux. Et ça me fit mal de le voir ainsi. Putain de merde ce que ça faisait mal...
« je... je ne me souviens plus... Je me suis retrouvé là bas... je... »
« Connor, l'interrompis-je doucement. Depuis le début... j'ai pas un processeur dernier cri dans la tronche moi... »
l'androide hocha la tête. Puis, calmement, comme s'il exposait des faits lors d'une enquête, il enchaîna les évènements d'un ton neutre, presque mécanique. La réunion... le froid, seul, dans cette vieille église abandonnée... le jardin... son réveil au milieu des corps. Il avait beau rester le plus distant possible avec la situation, chacune de ses paroles me plongeait un peu plus dans le tourment. Je ne pouvais pas y croire. Je ne devais pas y croire... J'espèrais vraiment être en train de faire un cauchemar lors d'un coma éthylique...
mais je savais que ce n'était pas le cas...
« je... je dois aller me rendre. Je suis désolé je n'aurai pas dû venir ici mais... »
« mais c'était le seul endroit où tu pouvais aller. » ajoutais-je, tout en réfléchissant à toute allure. Toutes les preuves étaient contre Connor, même les plus petits détails, comme le fait que l'idée même d'envoyer ces androides en ce lieu précis venait de lui. Tout concordait parfaitement, si ce n'était son absence de quelques heures. Les avait-il tués ? Et pourquoi ? Comment ? Si j'avais dû mener cette enquête, je savais que je l'aurai bouclée sur le champs avec un sentiment de travail accompli. Mais là, je ne pouvais pas. Ce n'était pas un vulgaire criminel de bas étage.
C'était Connor...
Et ce n'était pas une machine...
Putain mais qu'est-ce qu'il avait foutu !
« je devrais partir, Markus saura que je suis ici dès l'instant où il aura découvert les corps. Je dois me rendre... »
« Non », le coupais-je d'un ton sec. Se rendre ? Ils le tueraient. Il n'y avait pas d'autres possibilités, ils ne le laisseraient pas parmi eux après un crime aussi atroce... Il venait de trahir son peuple. Je ne pouvais pas le laisser se sacrifier, quoiqu'il ait fait et... et merde ! Voilà que je parlais comme s'il était coupable ! Je ne devais pas... Jamais Connor n'aurait pu faire ça. Je devais me persuader de croire en lui. C'était foutrement difficile, mais je le devais...
« Hank, je n'ai pas le choix. Je dois assumer mes actes... c'est ça aussi, être libre... »
La gifle partit toute seule, violente. Connor l'encaissa presque sans broncher, et ne prit même pas la peine de réagir. De toute évidence il paraissait croire qu'il la méritait. Et moi, j'étais tellement désespéré et en colère que je n'avais trouvé que cette réaction là à adopter. Saloperie de spontanéité de mes deux! En plus il avait la mâchoire sacrément solide cette idiot, mon poignet et mon amour propre étaient encore douloureux de ce geste. Trop impulsif... on me l'avait toujours dit... mais force était de reconnaître qu'il mettait mes nerfs à l'épreuve ce sale gamin ! D'ailleurs, je ne parvins pas non plus à m'empêcher de lui hurler dessus :
« Alors, explique moi pourquoi t'es venu espèce d'idiot ! C'était pas la peine de te fatiguer, si c'était juste pour dire que tu comptais aller tranquillement te prendre une balle dans la tête ! Puis t'aurais pu au moins amener une bouteille pour fêter ça... et tant qu'à faire, au lieu de nous faire chier à nous dire haut et fort que t'étais vivant jusqu'à nous filer une migraine colossale, t'aurai pu gentilement laisser Reed te mettre une bonne fois pour toute du plomb dans ton joli programme ! Mais non monsieur préfère attendre que les gens s'attachent à lui. Mais merde à la fin Connor, merde à toi, à tes potes androïdes, et merde à cyberlife... vous me faites tous chier ! Félicitations ! Alors maintenant, dis moi enfoiré, pourquoi tu t'es décidé à ramener tes petites fesses ici, hein ? Pourquoi si c'est pour me dire de laisser tomber ? Pourquoi Connor ? »
Il leva la tête vers moi, étrangement calme, ce qui contrastait totalement avec la violence de ma colère. Il me sourit d'un air attristé, si paisible, et se contenta de dire d'une voix douce, en plantant son regard sincère dans le mien :
« parce que je voulais simplement vous dire merci pour tout, lieutenant... »
Connor... En cet instant, il y avait quelque chose de tellement candide dans ton regard que toute ma colère, toutes mes peurs et mon déséspoir s'envolèrent pour ne laisser place qu'à deux choses : un grand vide et la nécessité absolue de trouver une solution. Je ne pouvais pas me résigner à te dire au revoir. Je ne pouvais pas accepter qu'une nouvelle tombe vienne assombrir encore un peu ce qui me restait de vie.
Lentement l'androide se leva et réajusta son costume que ma crise de violence un peu plus tôt avait quelque peu froissé. Puis, sans ajouter un mot, il se dirigea vers la sortie. Pendant un instant, dans ces quelques gestes pourtant si simples, je retrouvais en lui la machine qu'il avait si violemment combattu. Et je sus alors que ma réaction l'avait encore bien plus tué que ce que ses compères auraient pu le faire en lui mettant proprement une balle dans la tête.
Je ne pouvais pas...
je ne pouvais pas le laisser partir comme ça. Et je pouvais encore moins l'abandonner.
« tu ne les as pas tués, Connor. J'en suis persuadé, c'était pas toi... »
Connor suspendit son geste alors que sa main touchait presque la poignée de la porte. Il se tourna vers moi avec un air mélangeant incompréhension et déséspoir.
« Hank, j'étais là, dans cette pièce... »
« j'ai entendu Connor... Mais tu ne les as pas tués. »
« Hank, ce serait une affaire, elle serait déjà bouclée... »
Il avait raison. Mais je ne pouvais pas abandonner. Je ne croyais pas une seule seconde à son innocence, mais le laisser sortir, c'était impossible. Franchir cette porte serait comme le voir passer de l'autre côté. Quand elle se fermerait, il ne reviendrait plus. Elle claquerait sur sa vie comme la lame d'une guillotine. Et ça, c'était juste inimaginable.
« Mais ce n'est pas une affaire et quand bien même, elle n'aurait pas été bouclée. Tu as des faits, des gadgets dignes d'un vieux james bond pour analyser les scènes de crime, mais moi, j'ai mon expérience et mon intuition de vieux con de flic. Et toutes deux me disent qu'un truc cloche. Ça m'a jamais trompé, ça commencera pas aujourd'hui. Tu les as pas tués Connor, j'y crois pas. Déjà, ça concorde trop parfaitement... ensuite, j'ai l'oreille droite qui me démange et c'est signe que mon intuition ne croit pas du tout ta version. Alors, avant que tu ailles faire une chose d'une imbécillité incroyable qui ramènerait ton QI au niveau de celui de l'inspecteur Reed... et crois moi sur parole, s'il avait du être une lumière, ce type serait une putain d'ampoule à économie d'énergie dans les années 90... alors avant que tu ailles gâcher ta toute nouvelle existence, laisse-moi mettre mon grain de sel la dedans. T'es innocent Connor. J'en suis sûr. Et ensemble, on va le prouver... »
Il se tut, comme abasourdi. Je voyais de nouveau son implant jaunir et tourner à toute allure. Il réfléchissait. Puis, il posa sur moi un regard brillant d'espoir. Putain, ce que ça faisait mal... j'étais vraiment un salaud.
« vous pensez vraiment que ça aurait pu être une sorte de... piège ? Que j'ai une chance d'être innocent... »
Mon ex-femme me disait toujours que j'étais un très bon menteur. Cacher des bouteilles d'alcool m'avait au moins appris ça. J'avais alors planté le plus franchement possible mes yeux dans ceux de Connor, et avec un aplomb à en faire rougir tout politicien véreux, j'affirmais à l'androide :
« J'en suis certain, Connor. »
Fort heureusement pour moi le RK800 n'était pas équipé d'un truc bidule étrange qui lui aurait permis par je ne sais quel moyen de détecter les mensonges humains. Après tout, il était conçu pour traquer les androides. Pas pour s'occuper des hommes. Je le vis hésiter... puis espérer. Je m'en voulais terriblement de feindre ainsi de croire en son innocence... de lui donner cet espoir idiot. C'était tellement puéril, tellement débile comme réaction. Mais je ne pouvais pas le laisser partir comme ça... je ne pouvais pas abandonner. Je devais maintenant me persuader moi-même de sa non-implication dans ce crime...
« un autre androide ? Le retour de ton crétin de frère jumeau ? Des humains qui t'en voudraient pour ton implication dans la rébellion ? Cyberlife... Connor des pistes, il y en a des milliers... Il semblerait qu'on ait hérité d'une nouvelle affaire, partenaire... »
Il eut un faible sourire. Il ne croyait pas tellement à tout ça, je le sentais... mais j'avais suffisamment semé le doute dans son esprit pour qu'au moins, il essaie, lui aussi...
« Jamais on aura le temps de mener cette enquête, Hank... »
Un problème à la fois petit... Je plaçais en le peuple androide un espoir de compassion et de désir de justice que je n'avais plus envers l'humanité depuis longtemps. Markus semblait être le genre de gars à haïr la violence gratuite. Et ça, c'était ma chance...
« ça, je m'en charge Connor. Toi, il faut que tu files d'ici avant qu'ils arrivent. On se retrouve au Jimmy's bar dès que j'ai fini. On va tirer ça au clair et je te promets qu'on va chopper le connard qui a réellement fait ça... »
il hocha la tête... Désormais, je pouvais sentir sur mes épaules le poids de ses espérances. Et bon sang, ce que ça pouvait peser lourd, ces petites choses, aussi maigres soient-elles ! Je le regardais partir et fermer la porte, alors que Sumo gémit. J'eus un faible sourire pour le saint bernard, et ma main se posa doucement sur sa tête.
« t'inquiète pas Sumo, je le lâcherai pas le petit. Pas le choix, qui va s'occuper de toi, sinon ? Hein mon vieux ? Tu l'aimes bien, ton maître en plastique...»
Le chien haleta de plaisir sous la caresse, puis se dirigea d'un pas lourd vers sa gamelle. J'eus un soupire malgré moi. La nuit allait être longue...
Mon corps s'assit comme dirigé par une force extérieur à la table de ma cuisine, après avoir ramassé un verre sale dans l'évier et une bouteille de Whisky bas de gamme entamée. Mécaniquement, ma main versa le liquide ambré dans le récipient, de ce geste répétitif qu'elle avait si souvent exécuté qu'elle semblait agir seule. Juste un verre, je devais avoir les idées claires...
à peine une petite vingtaine de minutes plus tard, un bruit violent vint secouer le silence mortel de la maison.
Deux coups sur la porte.
Deux coups qui résonnaient comme un glas funeste. Je descendis d'un geste sec mon... troisième verre de Whisky, avant de me lever lentement. Sumo gémit et se releva pour faire la fête. D'un geste de la main, je l'envoyais dans son panier. Le chien était trompé par le fait que les androides n'avait pas d'odeur, mais moi, je savais. Ce n'était pas Connor. Pourtant, derrière cette porte, c'était bien le destin du jeune androïde qui allait se jouer.
Je mis ma main sur la poignée, puis, d'un geste résigné, je l'ouvris. Dans l'embrasure de la porte d'entrée, immobile comme si la pluie ne le gênait pas plus que ça, se tenait celui après qui j'avais passer mon temps à courir ces dernières semaines.
Markus...
« Bonsoir, Lieutenant Anderson... »
Je ne répondis pas. Je savais pourquoi il était ici. Je ne le savais que trop bien...
« Il n'est pas ici... »
Me contentais-je de rétorquer, tout en sachant pertinemment que cela ne suffirait pas à le faire repartir. L'androide eut un sourire timide, et ajouta d'une voix douce :
« je peux tout de même entrer ? »
Je lui aurais volontiers claqué la porte au nez pour retourner me noyer au fond de ma bouteille, mais je n'avais pas le choix. Je devais avoir cette conversation. J'étais le dernier rempart de Connor. Et puis, je devais avouer que j'avais une certaine sympathie pour le leader des déviants, voir même une forme d'admiration. Bon, de là à lui demander un selfie et un autographe, fallait pas abuser... c'était pas non plus le chanteur des Knights of the Black Death...D'un air agacé, je lui fis signe d'entrer avant de refermer derrière lui. Sumo le fixa un court instant, avant de remettre la tête dans ses pattes, visiblement déçu de ne pas voir apparaître son cher compagnon en plastique.
Markus ne dit rien. Il cherchait visiblement les bons mots pour me convaincre. Je décidais de briser ce fichu silence d'une voix maussade...
« voilà... t'es rentré... et... donc...»
Je redoutais vraiment tout ce qui allait suivre. Oh combien je redoutais cette conversation... Markus se planta face à moi, toujours aussi paisible. Je comprenais pourquoi le petit avait choisi de le suivre. Il inspirait une forme de force apaisante, une profonde confiance.
« Vous savez pourquoi je suis là... »
Je le fixais d'un regard froid, masquant ma crainte et mes émotions. Bien sur que je le savais ! Tout comme je savais qu'il ne lâcherait pas l'affaire tant que je ne lui dirais pas où était Connor... Mais ça, c'était hors de question... Je ne pouvais pas... Je ne pouvais pas décevoir un fils encore une fois...
« Je dois savoir où il est Hank... J'en suis désolé, mais je dois le savoir. »
Je remuais négativement la tête...
« et je suis désolé, mais moi je pense... que tu dois foutrement pas le savoir mon gars... »
Markus eut un sourire triste, et son regard se perdit dans la vide...
« Au contraire, il vaut vraiment mieux que je sois celui qui le trouver en premier, vous ne pensez pas ? »
pour faire quoi ? Le protéger ? Essayer de lui donner un procès juste et équitable ? L'exécuter proprement ? Pfff, je ricanais d'un rire amer. Après tout ce qu'il avait sacrifié, Connor n'avait même pas droit à une place auprès du feu parmi son peuple. Tout ce que la plupart voyait en lui, c'était la machine qui avaient exécuté avec brio tant de missions... personne ne réalisait que le plus important, c'est qu'il avait choisi d'échouer la dernière. Personne sauf ce Markus là, en qui Connor plaçait une confiance aveugle. Alors, autant jouer cartes sur table...
« Connor n'est pas coupable... »
Markus me fixa comme on regarde un enfant entêté qui refuse de comprendre. Je pouvais percevoir de la tristesse en lui et peut-être même une forme de déception. Hormis les androides réveillés à cyberlife par Connor, il était l'un des rares à avoir tenté de croire en l'ancien chasseur de déviants. Sans doute la trahison évidente de mon partenaire l'affectait plus qu'il ne le laissait paraître...
« j'aimerais pouvoir y croire Hank, et, de toute évidence, vous aussi... »
Il y eut un silence. Cet androide là, c'était quelque chose. Il transparaissait à travers lui toute l'empathie du monde. On l'aurait dit capable de sonder l'âme, à la manière d'un artiste capable de puiser dans sa douleur et celle des autres de quoi créer une œuvre d'art. Il comprenait le monde. Il comprenait les gens... Il les ressentait... Un style totalement différent du jeune détective. Connor alliait l'innocence d'un enfant découvrant le monde à la rudesse d'une machine à tuer. Je ne pouvais chasser de mon esprit les images attendrissantes de son air contrit lorsque, agacé et impatient, je me montrais rude envers lui ou hostile à sa présence. Je ne pouvais non plus oublier comment il avait éliminé avec une aisance terrifiante les gardes de cyberlife ou pourchassé avec un acharnement inhumain chacun de ses suspects... avait-il fait preuve de la même violence glaciale cette nuit là, avec ces cinq androides ? Et merde, voilà que je recommençais. Je devais chasser cette idée de ma tête. Connor était innocent... oui, Connor était innocent...
« Il a sans doute été piégé... des humains ? Cyberlife ? Un autre RK800 ?»
Essayer, toujours. Se battre. J'étais sur un ring, et j'entamais une joute argumentaire avec un esprit qui tournait bien plus rapidement que moi et qui était bien plus alerte que le vieil homme usé en face de lui.
« Comment ? le plan s'est décidé le soir même... »
Une réplique. Un coup. Se relever. Qu'importe la souffrance, combattre, aussi déloyal que soit l'affrontement, toujours se redresser, jusqu'au KO.
« l'un des tiens ? »
Une esquive. L'adversaire me fixa, prêt à frapper à nouveau, bien trop jeune, bien trop rapide.
« La réunion a eu lieu à huis clos... seuls mes plus proches lieutenants... et quand bien même... Lieutenant Anderson, leurs membres ont été arrachés... ils étaient cinq, et aucun n'est en état d'être ne serait-ce que relancer quelques secondes... ils n'ont pas été exécutés, ils ont été massacrés par un tueur qui était bien plus rapide, bien plus agile et bien plus entrainé... je n'ai personne dans mon entourage capable de tenir tête à cinq autres androides de façon aussi... efficace. Personne... excepté Connor...»
Upercut... j'étais au sol, groggy. Vidé de toutes forces... se battre, encore, oui mais comment ? Quand on est dans les cordes et que tout ce qu'on peut faire, c'est attendre le dernier coup qui nous fera manger la poussière ? Pardon Connor, fallait pas parier sur un vieux boxeur comme moi...
« Il a toujours choisi la vie ... »
J'avais réfléchi à voix haute, spontanément, et le son de ma propre voix me surprit. Je regardais fixement Makus. Oui, bien sur que je n'y croyais pas. Mais je devais me battre... alors, je rebondis sur ma pensée un peu trop bruyante...
« Il a toujours choisi la vie... lorsqu'il s'est retrouvé face à ces deux filles androides... il n'a pas tiré... quitte à échouer dans son enquête, il n'a pas tiré... Lorsque Kamski a mis dans sa main un revolver et l'a dirigé vers la tête de cette androide, il n'a pas appuyé sur la gâchette... peu importe ce que ça aurait pu lui coûter, il n'a pas pu le faire... et lorsque Cyberlife a tenté de le pirater alors qu'il se tenait auprès de toi pour qu'il t'achève comme un chien d'une balle dans le dos, il s'est battu, il a lutté de toutes ses forces, et il a rangé son arme. Il a toujours choisi la vie, Markus... pourquoi cette fois-ci, ce serait différent ? »
Le leader des déviants eut un air intrigué, et je sus que je venais de marquer un point. Ça ne suffirait pas, mais si j'arrivais à semer le doute en lui, juste un peu, juste assez pour gagner un peu de temps, alors j'aurais réussi. Mais ce n'était pas Connor face à moi. Markus avait déjà bien trop souffert face à la cruauté humaine pour se laisser berner une nouvelle fois.
« peut-être simplement parce que, cette fois-ci, c'était la fois de trop... »
j'étais à court d'idées... Connor... pardonne moi gamin... je n'étais qu'un vieux flic alcoolique attaché à toi comme un capitaine s'attache à son bateau lorsqu'il le voit sombrer. Tu étais tout ce qui me restais de bien dans ce monde de merde, et je sentais ta vie glisser entre mes doigts comme du sable fin. Peu importe combien j'essayais de la retenir, elle s'enfuyait toujours, ne laissant derrière elle que quelques grains de souvenirs dorés encore brulants de soleil. Je baissais la tête. Je suis désolé Connor, je suis désolé...
Mais alors que je désespérais, Markus eut une drôle de réaction. Il s'avança vers moi, et sembla me sonder de ses yeux vairons.
« vous l'aimez vraiment, n'est-ce pas ? »
Sa question me désarçonna. Je mis un temps à comprendre pourquoi il me la posait. Puis, je réalisais que depuis le début, j'essayais de donner à Markus des arguments objectifs pour sauver Connor. Or, ce que l'androide cherchait, ce n'était pas mes mensonges. Les faits n'accusaient déjà que trop le RK800. Non, ce qu'il voulait, c'était mes émotions... c'était ce qu'il y avait au plus profond de moi. Ce qu'il restait de meilleur dans ce corps pourri jusqu'à la moelle... toutes ces choses que je ne savais plus exprimer il me fallait les lui donner... Aimer... j'avais perdu jusqu'à la définition même de ce mot, avant de rencontrer Connor. Ce n'était pourtant pas gagner, au début... Mais ouais, je crois qu'on pouvais dire qu'en devenant vivant, il m'avait petit à petit réappris à vivre...
Je me tus avant de hocher lentement la tête. Putain, ouais, qu'est ce que je l'aimais ce gamin en plastique ! Markus n'avait pas idée... Les mots étaient trop faibles pour vraiment décrire l'attachement que j'avais envers lui. Il était mon partenaire. Il était ce fils que j'avais perdu. Il était tout ce qui me restait à vivre. Peu importe ce qui c'était réellement passé, je ne pouvais pas le laisser dans la merde comme ça. Lui se serait battu pour moi. Il l'avait toujours fait, même quand son programme n'aurait pas dû l'y autoriser. Il m'avait sauvé sur le toit au lieu d'accomplir sa mission. Il avait affronté son double en risquant de tout perdre pour épargner ma vie. Ce putain de robot avait été plus humain envers moi ces dernières semaines que toute cette humanité pourrie dans toute mon existence. Au fond, avant même d'être déviant, il était vivant. Et j'étais à l'époque encore trop con pour m'en rendre compte immédiatement. Cette fois-ci je serai là petit, je te le promets, je serai là, tant que je tiendrai debout, jusqu'à mes dernières forces, je serai là.
« quarante-huit heures. Laisse-moi quarante huit heures... »
Son regard intrigué semblait pénétrer au fond de mon âme. Je plantais à mon tour mes yeux bleus dans les siens. Il devait m'accorder ce temps, il le devait...
Alors que je me tenais de toutes mes forces devant l'androide, je sentis mes jambes trembler, et un vertige me prendre. Je tentais de me rattraper à la table, mais il sembla se dérober sous ma main. Ce fut le bras de Markus qui me stabilisa, alors que son épaule me servit d'appui pour m'assoir sur une chaise. D'un geste agacé par ce moment de faiblesse, je le repoussais.
« ça va, ça va ! »
Ma voix était teintée d'une colère que je destinais plus à moi-même qu'à l'androide. J'entendis ses pas s'éloigner, avant qu'il ne revienne vers moi avec un grand verre d'eau. Je jettais sur lui un regard étonné avant de répondre plus spontanément que je ne l'aurais voulu :
« de l'eau ? Tu me prends pour quoi ? Un poisson rouge ? »
« je crois que vous avez déjà assez bu comme ça Lieutenant... »
Markus n'eut même pas un sourire. Il affichait au contraire un air soucieux. La tête d'un type qui pige un peu trop de choses même à mon goût... Il me tendit mon verre, et après un petit soupir histoire de marquer mon mécontentement, je le bus docilement. L'eau fraîche me fit du bien. Une fois ressaisi, je lançais un regard franc à mon nouvel aide à domicile autoproclamé. Ma voix résonna comme une supplique, honteuse...
« Ne dis rien à Connor... »
Markus se recula et une expression de grande peine s'empara de ses traits. Il prit une chaise, et s'assit face à moi, la tête baissée. Puis, doucement, il la releva, et je crus voir dans ses yeux des larmes que la pudeur et la fierté empêchèrent cependant de couler librement.
« moi aussi j'avais un père, avant... »
Je ne dis rien, surpris par la sincérité de sa confession et la douleur qui imprégnait les traits si parfaits de son visage. Fallait vraiment être aveugle pour ne pas voir que ces « choses » vivaient... Le sénat en mettait du temps à statuer sur leur existence et leurs droits. Mais bordel ils n'avaient qu'à venir ici, dans cette cuisine et regarder la souffrance dans les iris du leader de Jericho. Ils n'avaient qu'à être là quand Connor était entré dans cette même pièce, tremblant, le regard paniqué, complètement perdu. Allez tous vous faire foutre chers compatriotes, je choisis leur camp, quoiqu'il advienne, jusqu'à mon dernière souffle, j'emmerde l'humanité et sa prétendue supériorité. Elle en a perdu ses émotions, et de ce fait, elle a perdu sa raison même d'exister. Je ne supportais plus ces groupuscules extremistes qui voulaient faire pression pour détruire cette magnifique révolte. Et cyberlife, j'aurais volontiers bruler ce batiment bien trop blanc, bien trop neuf, et j'aurai pisser sur ses cendres. C'était ce monde qui était devenu un monde en plastique. Eux, ils étaient authentiques.
Markus reprit la parole, la voix teintée d'émotions... Il semblait apprécier Connor aussi, véritablement. Il le pensait coupable, mais il l'appréciait. Il ne parvenait pas à lui faire confiance, mais je sentais dans sa façon de parler une réelle crainte de ce qui pouvait arriver.
« 48 h, pas une de plus. Si Connor est coupable... s'il a vraiment fait ça... vous comprenez, je ne peux pas... »
« je sais... »
Bien sur que je comprenais. Si Connor était responsable, comment Markus et les siens auraient-ils pu le laisser rentrer parmis eux ? Putain de vie... J'étais l'esclave de mon alcoolisme, Connor était prisonnier de Cyberlife, et Markus était entravé par ses responsabilités de leader. 48h... c'était tout ce que je pouvais demander et tout ce qu'il pouvait péniblement m'offrir. Pour la première fois depuis longtemps, ce soir là j'avais peur. Pas une simple frayeur, non, ce que je ressentais, c'était cette terreur paralysante qui me torturait les entrailles et menacer de me faire vomir mon whisky sur le manteau de Markus.. La même terreur que celle qui m'avait saisi en voyant un brancard emmener la frêle silhouette d'un petit garçon dans un couloir d'hopital... une frêle silhouette entièrement recouverte d'un drap blanc.
Si Connor était coupable...
Non, je ne devais pas y penser.
Bien sur qu'il était innocent.
Je croyais en lui. Je devais croire en lui, absolument. J'étais la seule personne au monde encore capable de penser qu'il était innocent. Il fallait que j'y crois, peu importe les preuves qui s'amoncelaient contre lui, je devais y croire.
Sans un mot, Markus quitta la maison, qui redevint presque silencieuse. Seuls les ronflements de Sumo et l'orage dehors osaient venir troubler le calme mortel qui s'était abattu brutalement dans la pièce.
Et malgré le chauffage dans le salon, je me sentis soudainement gelé jusqu'au os, comme plongé dans un lac de glace...
Mais au moins, j'étais remonté sur le ring...
Prochain chapitre courant semaine prochaine, j'espère vers le milieu de semaine si tout va bien. Merci encore du temps que vous avez consacré à la lecture de la fic et n'hésitez pas à laisser un commentaire en bien ou en mal, ça aide toujours à progresser ! ^^
NaomiWeaver : j'en profite pour te répondre en fin de fic comme d'hab et te remercier de ton commentaire et de ta fidélité... par contre pour ce qui est de lâcher Connor, mais tu peux carrément oublier XD ! Hank et Connor sont les deux personnages qui ont le plus de capacités d'évoluer et de rencontrer des obstacles dans le jeu, je compte bien un peu les faire souffrir dans cette fic non mais oh ! ( bon, j'avoue, la prochaine ne sera pas forcément pleinement centrée sur le duo, y'a beaucoup de fic sur eux et peu sur les autres en définitive!) puis avec ses yeux de chiot battu, il est fait pour en prendre plein la tête ce petit androide. Même Quantic dream en a fait le seul perso qui peut se prendre des balles dans la tête à tout va et toujours revenir malgré tout!^^ naaaan, on les adore trop !
Je crains que ce chapitre ne t'es pas dit encore clairement si connor va redevenir une machine ou pas... faudra patienter encore un peu ! Qui de Hank ou Amanda va gagner ? Le sadisme, c'est la vie ! Merci encore pour ton commentaire ! ^_^
Firwolf : merci pour ta review ! Ça me rassure, j'ai toujours peur de m'attarder trop sur les sentiments des personnages et pas assez sur l'action ( je suis nulle pour les phases d'action!^^). Bon ben t'as la réponse à ta question. Hank, c'est un peu mon super héros à moi : il a quand même changé la pire machine à tuer de cyberlife en un innocent petit droide orphelin. Dire qu'au départ c'était les personnages auxquels j'accrochais le moins ! Il y a beaucoup de scènes fortes dans ce jeu je trouve, même avec les autres personnages ( la marche de Markus... quand il sort de l'enfer... rahhhh ce jeu rend fouuu!). Allez t'inquiète pas, tant que Hank est vivant, Connor a une chance peut-être ! ^-^... ou pas mwouhahahahaha !
merci encore à tous pour vos retours et pour avoir lu ce chapitre !
