Partie 4
Attention ! Le chapitre suivant peut choquer les jeunes lecteurs !
Dans l'entrée, un homme d'une cinquantaine d'années était à demi allongé au sol, les lèvres saignantes, les pommettes rougies et boursouflées, la respiration difficile. Au-dessus de lui se tenait un jeune homme, les poings couverts d'escarres, les yeux aussi assassins que la lame la plus effilée.
« Je vous avais interdit de l'approcher » dit-il d'une voix à glacer le sang.
« Je … elle m'a promis cette nuit, j'ai payé pour ça ! » tenta de se défendre l'homme à terre.
« L'argent vous a été rendu ! »
« Pourquoi la défendre ? C'est une traînée ! »
Le regard du jeune homme n'exprima plus qu'un rictus de haine, une haine sans mesure.
« Pistolets ! » ordonna-t-il en tendant une main vers un serviteur.
Le domestique témoin de la bagarre hésita un instant. Il connaissait son maître et dans l'état où il se trouvait, lui glisser une arme entre les mains relevait de la folie.
« Pistolets ! » répéta violemment le jeune homme.
L'homme n'eut d'autre choix que d'ouvrir la boîte qui était posée sur un meuble et d'en sortir les deux armes chargées qui n'attendaient que leur office. Incertain, il les tendit au maître des lieux qui les arma aussitôt.
« Vous avez trente secondes ! » décréta-t-il.
« Mais … » voulut riposter le blessé.
« Un. Deux. Trois… »
Il ne plaisantait pas. L'homme savait que sa seule chance de survie était la fuite. Trente secondes… où pouvait-il aller en trente secondes ? Sans se poser plus de question, il se releva et partit en courant comme si le diable en personne le poursuivait. Le diable ? Peut-être pas mais sans doute son disciple, cet héritier qui tendait à présent ses bras pour le mettre en joue depuis les marches du perron.
« Dans vingt secondes tu es mort… » dit-il en visant le dos du noble.
……………..
La jeune femme s'était à peine remise de son agression, qu'elle se précipitait dans la cuisine.
Quelques minutes plus tôt, un homme avait pénétré dans sa chambre, le visage déformé par une étrange folie alors qu'elle changeait de vêtements. Il s'était approché, l'avait saisie par le bras et avait collé son corps infâme contre ses courbes douces.
« Tu es à moi… je vais te montrer qui est ton maître » avait-il marmonné les lèvres imbibées d'alcool contre la fine peau de son cou.
Elle avait senti son cœur s'emballer alors qu'il martyrisait ses poignets pour la contraindre à la soumission. Il l'avait embrassée. Il avait posé ses mains dans la vallée de ses seins, déchirant au passage la camisole qui les renfermait. Elle avait tenté de se défendre mais elle n'y était pas parvenue. L'homme à demi saoul s'était finalement montré trop fort et avait réussi à la traîner jusqu'au lit où il s'apprêtait à l'abuser.
Un cri avait du franchir ses lèvres car avant que l'inévitable ne soit commis, la porte s'était ouverte avec violence et une silhouette s'était dessinée dans l'embrasure. A cet instant, il était encore là pour la sauver. Depuis leur rencontre dans les rues de Beaurains, il avait pris soin d'elle, à sa manière.
« Que faites-vous ici ? » avait demandé le jeune homme.
Puis ses yeux avaient glissé sur le corps de la femme, sur sa poitrine libérée du tissu déchiré, sur ses jambes gainées que la robe avait partiellement quitté au profit d'une main masculine.
« Elle est à moi ! » avait expliqué l'homme.
Mais le maître des lieux avait vu le regard bleu de son amie saisi de terreur par ce qu'elle était sur le point de subir. Sans hésitation, il avait attrapé le violeur et l'avait jeté au sol.
« Rhabille-toi. Je m'occupe de lui ! » avait-il ordonné en traînant le soûlard hors de la chambre.
A présent, elle courrait à travers les pièces de la demeure, un châle protégeant sa gorge à demi-nue à la recherche du jeune arrivant qu'elle avait rencontré quelques minutes plus tôt. Elle espérait qu'il pourrait empêcher son ami de commettre l'irréparable : tuer un homme de sang froid.
